La scolarisation et la machine industrielle à l’image du Goulag…

 

« Nous ne sommes pas faits pour ça. Nous sommes faits pour vivre et aimer, et jouer et travailler, ou même pour haïr, plus directement et plus simplement. Ce n’est qu’en raison d’une violence inacceptable que nous en venons à percevoir cette absurdité comme normale, ou à ne pas la percevoir du tout.

Chaque nouvel enfant se fait arracher les yeux afin qu’il ne voit pas, les oreilles afin qu’il n’entende pas, et la langue afin qu’il ne parle pas ; son esprit est broyé afin qu’il ne pense pas, et ses nerfs sectionnés afin qu’il ne ressente pas. On le relâche alors dans un monde brisé en deux : d’un côté d’autres qui lui ressemblent, et de l’autre ceux à utiliser. Il ne réalisera jamais que tous ses sens sont encore là, puisqu’il n’essaiera même pas de les utiliser. Si vous lui rappeliez qu’il a toujours ses oreilles, il ne vous entendrait pas. S’il entendait, il ne penserait pas. Et, peut-être est-ce là le plus dangereux, s’il pensait il ne ressentirait pas. Et ainsi de suite, encore et encore. »
Derrick Jensen, The Culture of Make Believe

Chaque matin, entre 8h et 9h, les rues sont pleines d’enfants qui se rendent à l’école, et qui trimballent des sacs pleins de ce qu’ils prennent pour la sagesse et le savoir-faire de la culture moderne. Ils vont au vidyabhyaasam (l’éducation, ou, plus littéralement, « l’exercice du savoir »), écouter les gardiens de ce savoir, les professeurs des écoles. Tout le monde (les parents, les enfants, l’état et la société) juge cela bon et nécessaire.

Depuis de nombreuses années, nous pouvons observer nos voisins ruraux et tribaux préparer leurs enfants pour l’école. Bien que le concept des possibilités égales (et des salaires égaux) existe, un piège psychologique sombre et dangereux se propage sur nos terres, appuyé par l’arrivée en simultané de télévisions dans les maisons des villages, et par une flopée de politiques gouvernementales changeantes, au nom du progrès, de la modernité et de la fin de la pauvreté.

L’autosuffisance et la subsistance basées sur les relations avec la terre ont été remplacées par une populace mobile qui se déplace quotidiennement dans l’espoir d’obtenir ailleurs des qualifications, des connaissances, du soutien, de la sagesse, et la sécurité.

Puisque les conflits mentaux et sociaux augmentent aussi (sous la forme de divers désordres et maladies), peut-être que cette modernité, au-delà de son éclat et de ses promesses, devrait être examinée. Ne distille-t-elle pas, par exemple, des aspirations qui ne pourront jamais être pleinement satisfaites ? Échange-t-elle un type de pauvreté contre un autre ? Qu’arrive-t-il aux familles et aux communautés une fois que les jeunes partent ? Où finissent ces enfants, une fois scolarisés ?

L’éducation moderne est au service d’un dérivé du Goulag, en ce qu’elle oblige nos enfants à endurer des conditions innommables dès le plus jeune âge, et à effectuer des exercices à l’école et à la maison pendant la majeure partie de leurs journées. En prolongeant cela pendant de longues périodes, au moment le plus crucial et où ils sont le plus vulnérables, elle les brise, et les usine en une main d’œuvre malléable. A la fin de leur scolarité, les jeunes sont assujettis, par la peur et la promesse de salut s’ils réussissent. S’ils échouent, comme beaucoup, des destins plus bas les attendent. Cet entraînement difficile, qui exige et impose routine et vigilance, est essentiel pour le grand bureau mondial, et ne pourrait aboutir sans diverses formes de récompenses, de promesses, de menaces, de violences et d’incarcérations.

L’incarcération (à la fois volontaire et involontaire), lorsqu’elle se prolonge et se banalise, génère tout un éventail de problèmes – fermeture, frustration, trouble, fuite, clivage psychologiques, désespoir, dissociation, maladies physiques et phobies. Ceux-ci sont observables chez les enfants, les prisonniers, les esclaves, les animaux en cages et battus, et les peuples contrôlés.

La malheureuse situation psychologique qui vient d’être décrite va de pair avec la destruction de la vie, avec la fin catastrophique de la biosphère.

Un manuel élémentaire de création d’écoles dans un « nouveau » pays pourrait lire :

« Tout d’abord, persuader, séduire, corrompre ou dévaster la population. Briser leur société, leurs croyances et leurs modes de vie. Prendre possession de leurs rivières et de leur forêt. Par tous les moyens ; de gré ou de force. Ou directement par la force pure, sans prétention. Les convaincre que c’est pour leur bien ; ou mieux, travailler les jeunes. Instiller l’idée selon laquelle vous auriez quelque chose de bien meilleure à offrir.

Les attirer dans la jungle de béton, dans la cyber-machine, dans l’usine de travail, vers l’idée d’une bonne vie sous la lumière des villes. Contrôler en permanence leur nourriture et leur eau ; cela propage la peur et l’obéissance. Ensuite, rompre leur allégeance envers leurs corps et leurs esprits ; les brancher à la machine. Être leur pourvoyeur tout-puissant. »

Dans leur chanson « Wish you were here » (1975) les Pink Floyd demandent « as-tu échangé un rôle de figurant à la guerre contre un premier rôle dans une cage ? » (« Did you exchange a walk on part in the war for a lead role in a cage? »).

Les Kurchiyas étaient des mercenaires qui participèrent à une bataille sur la côte de Malabar contre les colons britanniques. Ils étaient des rebelles féroces et de fiers combattants. Ils pouvaient lire la forêt mieux que nous lisons un livre. Ils travaillent désormais pour des salaires, et leurs enfants vont à l’école. Une fois urbanisés et éduqués, leurs arcs seront produits en masse pour les magasins de touristes ; leurs anciens conteront des vieilles histoires aux voyageurs en maison d’hôtes, entre deux publicités à la télévision ; et leurs incroyables corps succomberont aux diverses maladies de civilisation comme le diabète, l’hypertension et le cancer.

Un autre mantra, très tendance, du développement dit en gros ceci : « mettez les enfants à l’école et les taux de criminalité s’effondreront ». Les effets de la civilisation moderne sont: « mettez ces enfants à l’école, faites d’eux des extensions de la machine, et, à coup sûr, le monde vivant, le monde réel, eux y compris, s’effondrera ».

Krishnamurti a écrit, dans L’éducation et le sens de la vie :

« Où est l’amour, il y a communion instantanée avec l’autre, au même niveau et en même temps. C’est parce que nous sommes si desséchés nous-mêmes, si vides et sans amour que nous avons permis aux gouvernements et aux systèmes de s’emparer de l’éducation de nos enfants et de la direction de nos vies ; mais les gouvernements veulent des techniciens efficients, non des êtres humains, car des êtres vraiment humains deviennent dangereux pour les États et pour les religions organisées. Voilà pourquoi les gouvernements et les Églises cherchent à contrôler l’éducation. »

Le terme Goulag est utilisé ici de matière métaphorique pour lever le voile de déni qui plane sur un système d’oppression cruel et inhumain que nous avons tous sous les yeux, que nous avons pour beaucoup connus, et même encouragés. Des gens ont survécu au Goulag, l’acronyme officiel du système pénitencier soviétique, visant à punir ou a rééduquer des criminels, des psychopathes, et des dizaines de millions de dissidents politiques, un système promu comme un service progressiste et éducationnel de l’état, utilisant le travail forcé. Les conditions y étaient brutales, saturés de privations et de morts, et plus d’un million y périrent. De la même manière, nos écoles sont brutales, saturés de peur, et des milliards d’âmes, de cœurs et d’esprits y meurent, ce ne sont pas là des signes d’avancement humain et de progrès. Combien d’entre nous ont survécu à leur scolarité ?

Vous vous sentez triste et désespéré? Inquiet ? Anxieux quant au futur ? Isolé et seul ? Vous souffrez peut-être de CAPITALISME. Les syndromes peuvent inclure la perte de son logement, de son emploi, la pauvreté, la faim, le sentiment d’impuissance, la peur, l’apathie, l’ennui, la décadence culturelle, la perte d’identité, de confiance en soi, la perte de la liberté d’expression, l’incarcération, les idées suicidaires ou révolutionnaires et la mort.

Krishnamurti dit également que « ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade ».

Et à quel point une société – la civilisation industrielle – dont les effets entrainent un effondrement planétaire est-elle malade ; une société qui accepte la violence systémique, déclarée comme dissimulée, qui menace de détruire toutes les autres sociétés humaines et toute la nature. Que faudra-t-il pour créer une société saine dans un monde dirigé par des suprémacistes ? Les pratiques éducatives actuelles ne servent-elles pas ce statu quo destructeur ? L’éducation, au lieu de cela, ne pourrait-elle pas générer une nouvelle culture ? Plus important encore, avons-nous le temps d’imaginer une éducation différente ? Comment les jeunes et le sauvage peuvent-ils survivre à cette ère toxique ? Face à l’effondrement, différentes sortes d’éducation peuvent-elles donner naissance à des nouvelles cultures, qui ne soient pas basées sur la haine, la domination et le contrôle (des humains et de l’environnement) ? Qui s’en chargera ?

La force de la vie triomphe de toutes les tentatives de la mettre en cage, de l’empoisonner ou de l’étouffer. Quelque chose de sauvage et de vrai survit malgré ce terrible cauchemar. Tout comme les derniers endroits sauvages de la planète, au cœur de chaque être sommeille certainement une profonde et intense conscience de ce qu’est la liberté.

 

yogaesoteric
6 juillet 2017

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