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Le dernier des Dalaï-lamas ?


Le quatorzième et actuel Dalaï-lama a annoncé en 2014 qu’il pouvait très bien être le dernier. Une manière de court-circuiter les tentatives de Pékin pour lui désigner un successeur.


Stupéfaction dans la communauté bouddhiste : le quatorzième et actuel Dalaï-lama – Tenzin Gyatso, de son nom tibétain – a annoncé le 7 septembre 2014 dans un entretien à Welt am Sonntag qu’il pouvait très bien être le dernier des Dalaï-lamas, c’est-à-dire le chef spirituel de la branche tibétaine du bouddhisme, non reconnu par les autres écoles chinoise, indienne, etc.

Aussi détesté par Pékin qu’il est adoré par la communauté bouddhiste, le Dalaï-lama a une aura très particulière. Poussé à l’exil exil depuis 1959, l’homme de 79 ans, prix Nobel de la paix en 1989, est en effet devenu une icône mondiale et a participé plus que tout autre à la diffusion du combat pour la libération du Tibet. Une telle annonce a eu un écho retentissant dans la province autonome du Tibet et auprès de sa diaspora.

Ces déclarations relèvent toutefois d’une habile stratégie vis-à-vis de la République populaire de Chine, qui a d’ores et déjà revendiqué le droit de nommer la personne qui devra succéder au quatorzième Dalaï-lama.
En annonçant que « si un quinzième Dalaï-lama venait et faisait honte à la fonction, l’institution serait ridiculisée », Tenzin Gyatso essaye clairement de jeter le discrédit sur l’éventuel prétendant chinois qui lui succéderait. La volonté de démocratiser les institutions tibétaines pour leur donner plus de poids sur la scène internationale n’est pas entièrement neuve. Le Dalaï-lama avait déjà évoqué la possibilité d’une fin de son cycle de réincarnation au terme de son règne actuel. Mais c’est la première fois qu’il s’exprime aussi clairement sur le sujet.

Quel est le statut du Dalaï-lama ?

Historiquement, le Dalaï-lama jouit d’un double statut, politique et religieux. Dans la religion bouddhiste, il est en effet considéré comme la réincarnation du bodhisattva (l’équivalent d’un saint dans le bouddhisme) de la compassion, et représente, à ce titre, la plus haute autorité spirituelle de cette religion.

Depuis le XVIIe siècle, il est également le chef temporel du Tibet ; c’est le cinquième Dalaï-lama qui instaura sa capitale à Lhassa. Ironie de l’histoire, c’est le pouvoir chinois (certes pas le même) qui créa l’institution du Dalaï-lama en 1578, quand le souverain mongol Altan Khan décida de réunifier les tribus mongoles sous l’égide d’une autorité religieuse bouddhique. Mais depuis 2011, le Dalaï-lama ne jouit plus que de l’autorité spirituelle, puisqu’il a décidé, le 10 mars 2011, son retrait de la fonction de chef du gouvernement tibétain en exil qu’il occupait depuis 1959, après l’échec d’un soulèvement contre l’administration de Pékin. Il déclarait alors : « Dès les années 1960, je n’ai eu de cesse de répéter que les Tibétains avaient besoin d’un dirigeant, élu librement par le peuple tibétain, à qui je pourrai transmettre le pouvoir. Aujourd’hui, j’ai clairement atteint le moment pour mettre ceci en application. »

Depuis lors, le Dalaï-lama a principalement eu une fonction d’ambassadeur du Tibet, reçu par différents chefs d’Etat, comme le président américain, Barack Obama, en février 2014, et ce malgré les mises en garde de la Chine.

Qui devrait être son successeur selon la tradition ?

Depuis le XVIIe siècle, à la mort d’un Dalaï-lama, un conseil de tulkus (c’est-à-dire des maîtres réincarnés) se réunit pour désigner, parmi plusieurs dizaines de jeunes enfants, la réincarnation de leur chef spirituel.

Le film Little Buddha, sorti en 1993, montre les rituels complexes et collectifs qui prévalent au choix du successeur. L’enfant est ensuite emmené au Potala, résidence du Dalaï-lama et siège de son gouvernement, pour y recevoir les enseignements du bouddhisme.

Tenzin Gyatso a, lui, été trouvé en 1937 à Taktser, dans la province d’Amdo, à l’âge de 2 ans, puis intronisé Dalaï-lama en 1950, quelques mois après l’intervention chinoise au Tibet. Neuf ans plus tard, il a été contraint à l’exil, d’où il a constitué son gouvernement jusqu’en 2011.



yogaesoteric
4 décembre 2017