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Une cause des causes : la peur du vide….

 

La propension à tout garder dénote, en fait, la peur du vide. Notre vie doit-elle se cantonner à entasser des « preuves » de l’existence, sous la forme d’objets divers et variés ? On est enchaînés par les « possessions », qui remplissent ce besoin de combler le vide.

En substance : pour que quelque chose de neuf puisse advenir, il faut toujours un espace vide. En restant au contact des concepts d’entropie et de néguentropie on peut affirmer que c’est incroyable la quantité d’énergie contenue dans le moindre objet inutile et/ou oublié ou encore dans ce type d’objet qu’on garde soi-disant parce qu’on ne sait jamais, ça pourrait servir un jour (soi-disant parce que la vraie raison est notre peur du vide).

Car le déséquilibre est total : les gens sont obnubilés par le fait d’ajouter, d’ajouter et d’ajouter encore et toujours. Enlever, retirer, faire disparaître leur coûtent énormément. On ajoute un milliard de fois plus que on retire. (on dit « un milliard » pour donner une idée mais ce n’est pas tellement chiffrable et c’est sans doute beaucoup plus).

Et les gens ont un milliard de fois plus l’impression de travailler, d’œuvrer, de faire quelque-chose d’important s’ils font apparaître une chose qui n’était pas là quelques instants auparavant (y compris des objets virtuels). Faire apparaître un objet inutile nous paraît in fine toujours plus utile que de ne rien faire apparaître. Passer du temps à enlever, retirer, faire du vide coûtent tellement aux gens émotionnellement que cette activité est terriblement rare. Pour beaucoup cette activité intervient uniquement pour éviter l’étouffement morbide, quand ça déborde tellement qu’ils ne peuvent plus faire un pas ou qu’ils ne retrouvent vraiment plus rien. Pour beaucoup passer constamment 15 minutes à chercher un objet est la normalité, c’est seulement quand ce temps passe à 1 heure qu’ils se décident (parfois) à réagir…

Il faut dire que la loi de l’argent va également dans ce sens, dans celui de la production. Produire, produire, produire. Ajouter, ajouter, ajouter. Créer, créer, créer ! Malheureusement, dans l’enfance, c’est quand nous faisions apparaître quelque-chose (et non l’inverse) que nous récoltions des félicitations et l’émerveillement de nos proches…

Pensons un instant à tout le bien (moral) dont nous entourons le mot et l’idée de création. L’idée de création nous fait devenir l’égal de Dieu qui créa le monde, le Ciel et la Terre (Genèse). Dieu, c’est le Créateur ! Pour être quelqu’un de bien (qui se rapproche de Dieu), il faut donc créer ! Si tu œuvres pour faire disparaître : tu es soit invisible, ou plutôt carrément le méchant du film, tu es tout comme la faucheuse ! Tu es l’inverse de Dieu qui, lui, est créateur ! Si Dieu est le créateur, qui donc est le dé-créateur ? Satan ?

Et si Dieu était plutôt celui qui avait justement été capable de faire du vide afin que quelque-chose puisse advenir ? Avec ce changement de point de vue : le vide est premier ou à minima en équilibre parfait. Dans ce point de vue, l’œuvre extrinsèque surprenante et improbable pourrait bien être le vide plutôt que le plein. Ne dit-on pas d’ailleurs que la nature a horreur du vide (et cela constitue des lois physiques bien réelles) ? Or Dieu n’est pas la nature ! Dieu est celui qui a été capable de créer le vide dont avait besoin la nature. La nature (la matière) avait besoin de se repaître de vide pour croître et Dieu la lui fournit. Dieu est certes le Créateur de toutes les choses, donc aussi le Créateur du vide nécessaire !!! Ainsi, si nous voulons vraiment suivre Dieu, nous devons augmenter notre capacité à créer du vide.

Mais les gens développent mille et une techniques psychologiques afin de s’autoriser à ajouter et puis à conserver : il faut remplir à tout prix. Tout l’espace.

Imaginons quelqu’un de désœuvré, de désorienté, mais qui se sent poussé à l’activité par la société ou par ses proches. La probabilité pour qu’il concentre son énergie dans une action visant à faire du vide, à retirer, à faire disparaître est quasi-nulle. On a un mal fou à s’échanger pour du vide, on cherche constamment à s’échanger pour du plein, à faire émerger quelque-chose de visible, de concret, qui va s’ajouter, que l’on va pouvoir montrer. Quitte, dans de très nombreux cas, à mettre sur pied n’importe quoi, d’inutile et d’encombrant, voire de dangereux : le simple fait de pouvoir montrer aux autres qu’on a su ajouter et remplir, que l’on a été créateur, nous rassure.

Chacun, dans son domaine, passe sa journée à remplir : on en met littéralement de partout. Pensons aussi à ce vieux mépris de classe envers « la femme de ménage »… alors que si cette personne ne réalisait pas cette œuvre, rien ne pourrait advenir ensuite.

Pire que des objets inutiles, beaucoup peuvent rester des mois et des mois, voire des années, avec toutes sortes d’encombrants et de déchets devant leur porte, dans ou autour de leur habitat. Au bout d’un moment, ce type d’objet s’ancre dans le paysage comme un rocher ou un arbre, on ne les voit plus. Ce pot de peinture vide dégueulasse et toxique, cette caisse en plastique cassée, cette visseuse en panne, cette vieille peluche, ce lustre débranché, cette chambre à air, ce gobelet en plastique, cette boîte de clou rouillés, ce bouchon de feutre par terre, cette éponge usagée, ce porte-manteau cassé, ces bris de verre, ce vieux hamac tout pourri, etc. etc. (x 999999) resteront à la même place pendant quatre ans, voire même dix ans.

Pourquoi toute cette situation est tellement fixe ? Pourquoi même quand on se décide à faire du vide pour éviter l’étouffement ou l’empoisonnement, ça revient ensuite si vite ? Apparemment, on a une abyssale peur du vide (= à la peur de la mort ?) couplé à un besoin de remparts et de régressivité placentaire. On a une tendance à s’enfermer dans une bulle d’objets.

En ce qui concerne les choses vivantes, c’est un peu pareil et là, c’est très confortable, on a la morale de sa côté : en se posant comme les ennemis de la mort et du crime, on obtient le droit qu’on ne touche absolument à rien. Si l’homme ne touchait pas régulièrement la limite physique pour sa survie de ce comportement il continuerait à l’infini : il baignerait dans un océan infini d’objets, d’animaux, et de plantes.

On peut petit à petit comprendre que si on a le sentiment de détruire, c’est que, paradoxalement, on s’arrête jamais de construire, d’échafauder, de mettre au point, de créer. Jamais on crée le vide nécessaire à la nature pour qu’elle reprenne ses droits comme Dieu le fait. Si l’environnement est détruit, c’est parce que nous ne savons pas arrêter notre frénésie créatrice ! Bien-sûr le parallèle vient vite avec les notions de silence, de jeûne, et d’immobilité (qui sont seulement d’autres versions du vide).

 

yogaesoteric
10 mars 2018