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L’Otan et les bombes nucléaires ne sont pas des thèmes électoraux



Si les débats de la campagne électorale législative italienne ont abordé la question du rôle de l’Union européenne, aucun ne s’est intéressé à celui de l’Otan. Pourtant les deux institutions sont les deux faces, civile et militaire, d’une seule et même institution. Tant mieux pour le Pentagone qui peut ainsi faire avancer son agenda sans être remarqué.

Le Gouvernement italien, qui dans la période électorale est resté en charge pour « traiter les affaires courantes », était sur le point de prendre de nouveaux engagements contraignants dans l’Otan. Ils ont este officialisés dans le Conseil de l’Atlantique-Nord, qui s’est tenu les 14 et 15 février à Bruxelles au niveau des ministres de la Défense (pour l’Italie Roberta Pinotti).

À la différence de précédentes années, le rapport du Pentagone est cette année top secret. Seul un résumé en a été publié, suffisant quand même pour nous faire comprendre ce qui se prépare en Europe.

Accusant la Russie de « violer les frontières de nations limitrophes et d’exercer un pouvoir de veto sur les décisions de ses voisins », le rapport déclare : « Le moyen le plus sûr de prévenir la guerre est d’être préparés à en gagner une ».

Il demande ainsi aux alliés européens de « maintenir leur engagement à augmenter la dépense pour augmenter la puissance de l’Otan ». L’Italie s’est déjà engagée dans l’Otan à porter sa propre dépense militaire des actuels environ 70 millions d’euros par jour à environ 100 millions d’euros par jour. Mais pratiquement personne n’en a parlé dans le débat électoral.

Tout comme on ne parle pas du contingent italien déployé en Lettonie au bord du territoire russe, ni des avions de chasse italiens Eurofighter Typhoon basés depuis le 10 janvier en Estonie, à une dizaine de minutes de vol de Saint-Petersbourg, avec le motif de protéger les pays baltes de l’« agression russe ».

Silence sur le fait que l’Italie a pris le 10 janvier le commandement de la composante terrestre de la Nato Response Force, projetable dans n’importe quelle partie du monde « sous l’autorité du Commandant suprême des forces alliées en Europe », toujours nommé par le président des États-Unis.

Ignorée la nouvelle que la Marine italienne a reçu le 26 janvier le premier avion de chasse F-35B à décollage court et atterrissage vertical, dont le personnel sera entraîné dans la base des Marines de Beaufort en Caroline du Sud.

Tout cela et d’autres choses ont été passées sous silence dans le débat électoral. Celui-ci s’est concentré sur les implications économiques de l’appartenance de l’Italie à l’Union européenne, mais en a ignoré celles politiques et militaires, et en conséquence économiques aussi, de l’appartenance de l’Italie à l’Otan sous commandement états-unien, dont font partie (après le Brexit) 21 des 27 États de l’UE.

Dans ce cadre ne s’est pas trouvé soulevée la question des nouvelles bombes nucléaires B61-12, que d’ici environ deux ans le Pentagone commencera à déployer en Italie à la place des actuelles B-61, poussant ce pays au premier rang dans la toujours plus dangereuse confrontation nucléaire avec la Russie.

Pour rompre la chape de silence sur ces questions fondamentales on aurait dû poser aux candidates et candidats aux élections politiques (comme le propose le Comité No Guerra No Nato) deux questions précises dans des rencontres publiques, sur les réseaux sociaux et émissions radio-télévisées : « Etes-vous favorable ou non à ce que l’Italie sorte de l’Otan ? Etes-vous favorable ou non au déplacement immédiat hors de l’Italie des armes nucléaires US ? Répondez Oui ou Non, en motivant éventuellement la raison de votre choix ».

Aux 243 parlementaires (parmi lesquels se distingue le candidat leader du M5 Stelle Luigi Di Maio), signataires de l’engagement Ican à faire adhérer l’Italie au Traité Onu sur l’interdiction des armes nucléaires, on aurait dû poser une troisième question : « Sur la base de votre engagement soussigné, vous engagerez-vous, dans la prochaine législature, pour le déplacement immédiat hors de l’Italie des bombes nucléaires états-uniennes B-61, qui déjà violent le Traité de non-prolifération, et pour la non-installation des B61-12 et d’autres armes nucléaires ? ».



yogaesoteric
24 avril 2018