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Shiva Bhairava

   Shiva, transcendant et ineffable qui se manifeste dans la nuit mystérieuse de la révélation divine, Shivaratri 


                                                                                                                                 un article de Gregorian Bivolaru

"Lumière mirifique de tous les mondes, ténèbres mystérieuses de toutes les ténèbres! À ces lumières paradisiaques et à ces ténèbres mystérieuses, qui manifestent sans arrêt une brillance sans paire, hommage!” Ahinavagupta – Laghuvritti I.I.

Shiva entoure tant les lumières, que les ténèbres dans une brillance transcendante incomparable. Il n’a aucun mode défini d’être (cela constituerait une limitation). Il est “la troisième merveille, au-delà de l’existence et de la non-existence”, étant au-delà de tout attribut. Il est l’hypostase de Dieu extraordinaire et suprême, dont le signe distinctif est de n’en avoir aucun. Ainsi, le yogi qui aspire à s’identifier à l’état de Shiva accède à “l’ineffable Nuit, où il n’existe plus la question du voyage ou des étapes”. Utpaladeva invoque cette nuit avec un désir ardent: “Nous T’implorons, pleins d’humilité, fais en sorte qu’en nous règne toujours, souveraine de tout, la paradisiaque Nuit de Shiva, dont l’essence lumineuse répand toujours sa propre brillance incréée. En Elle, la lune (-, le féminin) et le soleil (+, le masculin), et toutes les autres dualités entrent en pâlissant.”

La nuit mystérieuse de la non différenciation – qui représente la pureté sans ombre de Shiva, qui remplace le jour de l’illusion – n’est pas autre chose qu’un aspect du dénouement qui conduit à l’état de non détermination finale (nirvikalpa) de la conscience fusionnée avec Shiva.

Nous pouvons aussi rappeler la nuit de la joie extatique, où l’être de l’adorateur est comblé par l’ineffable Paramashiva, nuit du héros spirituel (vira), qui est arrivé au bout de son ascension, bien qu’elle soit au-dessus de toute description, car en fait aucune notion n’arrive jusque là.

Qu’il dorme, qu’il veille, l’adorateur connaît le sommeil conscient (yoganidra) de l’amour, qui le conduira jusqu’à l’état de non différenciation extatique (nirvikalpa). Grâce à l’intensité extraordinaire de la volonté, la pensée discursive est alors comme endormie, endormie pour le monde de l’illusion, car l’être entier de l’adorateur de Shiva repose dans la paix béatifique de l’amour de Dieu. Et ce sommeil supra conscient (yoganidra) n’englobe pas seulement la compréhension mentale limitée et différenciatrice, mais entoure aussi le cœur, parce que de même que le mental élimine les concepts et ses images fluctuantes se résorbant ensuite dans la non différenciation, ne subsistant alors que la Pure Conscience (cit), toujours ainsi le cœur doit être vidé de tout ce que n’est pas Shiva : souvenir, dévotion concrète, joies spirituelles mineures etc., pour que finalement il ne reste que l’état immense, vide et pur de Shiva. Pour le cœur vraiment plein d’amour, c’est la vraie ascèse spirituelle.

La nuit mystérieuse de la non différenciation qui accompagne l’avancement du yogi vers l’illumination spirituelle est différente selon l’étape parcourue et l’intensité de son amour. Si elle prend fin pour celui qui a réalisé l’identité avec Shiva dans une “nuit” (état de vide béatifique) de fusion totale, pleine de béatitude, elle nous apparaît au long de la voie, parfois douce, parfois difficile. Parfois, l’adorateur (bhakta) avance par des tâtonnements, presque désorienté, provisoirement dépourvu de la Présence divine, après avoir longtemps connu le bonheur de le ressentir pleinement.

La nostalgie intense de Shiva s’approfondit à mesure que le yogi avance sur la voie spirituelle. Dans une étape plus avancée de son ascension spirituelle, l’aspirant est soumis à d’autres épreuves terribles de l’ego, mais encore un peu obscures, à la recherche d’une Réalité Ultime qui lui échappe pour le moment.

Même après que le yogi ait vécu la révélation instantanée du Soi Suprême Atman, n’ayant plus aucun doute et s’attachant à Shiva dans un état de communion où “l’incomparable bonheur a recouvert l’effrayant abîme de la séparation”, il peut encore s’attrister, pris par la nostalgie, et mécontent de son incapacité à contempler Shiva sans cesse. La splendeur divine brille pour lui seulement durant certains moments, étant une étincelle foudroyante, comme un rayon d’espoir, qui se manifeste seulement pendant l’extase (samadhi), et non au cours des états de veille ou de sommeil.

Sur cette voie de la grâce et de la renonciation, la béatitude et la nostalgie infinie de Dieu fusionnent de façon ineffable. "Hommage à cette grande fête de l’inexprimable amour divin, où même les larmes ont la saveur de l’ambroisie. L’Univers entier a séché en moi. J’ai consommé mon âme dans le feu de l’amour et ainsi j’ai trouvé Shiva.” - Lalleshvari.


yogaesoteric
2008