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Pourquoi Dieu ne va pas partir. La science du cerveau et la biologie de la croyance (1)
par Iolanda Kosti

Aujourd’hui, à l’ère maximale de la pratique de la rationalité, le sentiment religieux est, bien que méprisé et repoussé dans la sphère de l’obscur, toujours présent. Pourquoi les gens gardent-ils leurs croyances ? Est-il possible qu’un jour la science efface Dieu de l’équation ? Des recherches relativement récentes en neurosciences offrent de nouvelles perspectives sur la résolution de ces questions troublantes, révélant un fait très simple et aussi très rigoureux du point de vue scientifique : le sentiment religieux est enraciné dans la biologie du cerveau humain.

Les chercheurs américains Andrew Newbeg, membre de l’équipe de Médecine nucléaire de l’Hôpital de l’Université de Pennsylvania, Eugène d’Aquili et Vince Rause fondent cette conclusion sur une longue étude sur le fonctionnement du comportement du cerveau humain. Au centre de la théorie scientifique des trois auteurs présentée dans le livre « Why God won’t go away. Brain science & the biology of belief » se trouve un modèle neurologique qui offre un lien entre l’expérience mystique et les fonctions cérébrales observables.

L’équipe a effectué un grand nombre d’expériences utilisant un tomographe SPECT (single photon emission computed tomography). Les sujets des expériences ont été des moines bouddhistes et des nonnes franciscaines qui pratiquent respectivement la méditation bouddhiste et la prière chrétienne contemplative. La recherche a duré plusieurs années et comprend aussi une étude approfondie de la littérature scientifique dans le domaine des neurosciences et de la religion. Ainsi, il y a eu une exploration philosophique, théorique et pratique approfondie des relations entre le cerveau, les pratiques religieuses et les expériences spirituelles.

Il a été découvert que les structures primaires du système limbique appelé « cerveau émotionnel » ont un rôle important dans les expériences religieuses et spirituelles. Bien qu’ils soient des organes primitifs, l’hypothalamus, l’amygdale cérébrale et l’hippocampe ont une influence considérable sur le mental. Voici un bref aperçu nécessaire pour comprendre comment ils interviennent dans la génération des expériences spirituelles.

L’hypothalamus relie les opérations du système nerveux autonome au néocortex ; il est, analogiquement parlant, « le chef ».

L’amygdale cérébrale, la partie centrale du lobe temporal est, analogiquement parlant, le « chien de garde », surveillant les fonctions cérébrales et les stimuli sensoriels qui représentent le besoin d’action (par exemple, un signal de détresse). Elle n’active pas directement le système nerveux autonome, mais l’hypothalamus, qui à son tour active le système nerveux autonome.

L’hippocampe ou dans le langage analogique, « le diplomate », situé juste derrière l’amygdale du cerveau est fortement influencé par l’activité de celle-ci de manière complémentaire : alors que l’amygdale est destinée à alerter, l’hippocampe bloque les stimuli dans différentes régions du néocortex, affectant ainsi l’état d’esprit. Il ne génère pas directement des émotions comme les deux premières structures nerveuses.

Le cerveau semble être doté d’une capacité innée à dépasser la perception de soi individuelle limitée. Ce talent pour l’auto-transcendance est à l’origine de l’aspiration spirituelle, indépendamment de la tradition spirituelle à laquelle l’être en question appartient.

Les rituels

La transcendance de l’ego et la fusion avec une réalité plus large est le but fondamental du comportement rituel. Certains rituels contemplatifs pratiqués par les mystiques chrétiens par exemple cherchent à atteindre l’état d' Unio Mystica, l’expérience mystérieuse de la fusion de l’être avec Dieu.

Dans toutes les cultures, les rites religieux ont pris une variété de formes presque infinie. Mais dans tous les cas, du point de vue de l’activité du cerveau, il y a un élément commun : lorsque le rituel religieux est efficace, il aide le cerveau à modifier les perceptions cognitives et émotionnelles quant au moi, d’une manière qui est interprétée par les personnes avec une pensée religieuse comme une approche ou même une fusion de l’être avec Dieu.

Il existe de nombreux rituels sans signification religieuse. Notre vie quotidienne est pleine de nombreuses activités et cérémonies rituelles à effet rituel, qui sont de nature purement sociale ou civique : réunions politiques, cérémonies d’inauguration, comportements judiciaires, habitudes de vacances, faire la cour à un être de sexe opposé et même événements sportifs. Toutes ces activités à structure cérémonielle contiennent, comme tout rituel, des éléments de rythme et de répétition et visent à définir l’individu en tant que partie dans le cadre d’un groupe ou d’une cause plus grande. Ces rituels séculaires sont des mécanismes pour promouvoir la cohésion sociale et qui encouragent les individus à mettre de côté leurs intérêts personnels et à s’offrir aux intérêts plus larges du bien commun.

Peu d’observateurs pourraient nier les avantages du phénomène rituel pour l’évolution humaine, ce qui suggère la possibilité de l’existence de certaines racines biologiques de ce comportement. Au cours des 30 dernières années, la biologie est devenue un élément important dans l’étude du rituel.

Un argument supplémentaire à l’appui de cette hypothèse est la similitude des rituels chez les humains et chez les animaux. Les rituels et les cérémonies de l’homme sont des échos clairs des rituels dans le règne animal, ceci suggérant des origines évolutives communes.

Chez l’homme, en raison de l’immense complexité du cerveau, le comportement rituel implique presque toujours les plus hauts niveaux de pensée et d’émotion. Nos rituels racontent quelque chose et ces sujets leur donnent un sens et une signification. Leur histoire est essentielle pour l’efficacité et elle est faite pour répondre à différents besoins.

Du point de vue neurobiologique, les rituels humains ont deux caractéristiques majeures :
- ils génèrent des états émotionnels avec des degrés divers d’intensité, qui représentent des nuances subjectives de paix, de ravissement et de vénération ;
- ils génèrent des états unitaires qui, dans le contexte religieux, sont vécus comme différents degrés de transcendance.

Les deux effets semblent avoir des origines neurologiques. Les auteurs de ces études ont conclu que la puissance du rituel de produire des états transcendants d’unité résulte de l’effet rythmique du comportement rituel sur l’hypothalamus et le système nerveux autonome. (Le rythme et la répétition sont des éléments que l’on retrouve dans presque tout rituel chez les humains, des rythmes majestueux du chant grégorien aux vives danses polynésiennes de la fertilité.)

Mais l’intensité de ces émotions peut être modulée par d’autres composantes du comportement rituel, comme par exemple par une certaine action spécialement réalisée (un penché léger de salut, une prostration, le mouvement des mains, etc.) et différente des gestes quotidiens. Ce geste inhabituel attire l’attention de l’amygdale du cerveau appelée le « chien de garde ». Tout en cherchant des signaux indiquant un danger ou une occasion spéciale, l’attention de celle-ci est retenue pour une plus longue période de temps que d’habitude, ce sentiment faisant naître une faible sensation de peur ou une activation du système sympathique. Combinée avec la sensation de calme béatifique du système parasympathique, il résulte un état de respect ou de vénération religieuse.

Les vécus spécifiques du cadre du rituel peuvent être renforcés par d’autres stimuli tels que l’odorat, si on utilise certains arômes pendant la cérémonie. Des études scientifiques montrent que différents parfums peuvent susciter des émotions - par exemple, la lavande incite à la relaxation et au calme, tandis que l’acide acétique à la colère, au dégoût.

Les différents stimuli se renforcent mutuellement, de sorte que dans un rituel chrétien, par exemple, si le prêtre balance l’encensoir en cadence et s’arrête pour faire un geste d’obéissance, cela peut, en stimulant l’amygdale du cerveau, amplifier le sentiment de vénération.

Les émotions de toute sorte sont clairement liées à l’activité du système nerveux autonome, surtout les émotions fortes vécues lors de cérémonies rituelles. Mais les recherches ont montré qu’il ne suffit pas d’impliquer le système nerveux autonome pour créer des états émotionnels forts lors des rituels. Par exemple, de nombreuses études ont montré que la stimulation chimique du système nerveux autonome n’active pas les centres émotionnels du cerveau aussi fortement que peut le faire le comportement rythmique dans le cadre d’un rituel. Il résulte que l’effet émotionnel du rituel dépend aussi d’une stimulation neuronale différente, le plus important étant le contexte cognitif du déroulement du rituel. Il est donc nécessaire d’avoir quelques idées avec une charge psychologique profonde qui stimulent les émotions. Pour qu’un rituel soit efficace et couvre toutes les parties du cerveau et du corps, il faut relier les idées aux comportements. Cette synthèse entre le sens et le rythme confère de la force au rituel.

Dans le rituel religieux, la croyance forte en l’existence de Dieu et la capacité de l’homme à communiquer avec cette réalité ou force grandiose, confère une énergie énorme à l’individu qui prie, ou au cerveau.

Dans un certain sens, chaque rituel transforme une idée qui a une signification profonde en une expérience organique. Les idées qui animent les rituels religieux sont enracinées dans les histoires et les mythes.

La connexion entre rituel et mythe

Selon le célèbre mythologue américain Joseph Campbell, le dilemme existentiel majeur de l’homme est le « grand récit mythologique qui dit qu’au début, nous avons été unis à notre source, mais qu’ensuite nous avons été séparés d’elle, et maintenant nous devons trouver le chemin du retour ».

Toutes les grandes religions - le christianisme, l’hindouisme, le bouddhisme, l’islam – ont à la base un tel mythe. Et les assurances présentes dans les Écritures confèrent à la foi une base solide et un tampon efficace contre les angoisses existentielles. Mais toutes ces assurances ne sont finalement que des idées et même leur version la plus puissante ne peut être embrassée que dans l’esprit, par l’esprit. La neurobiologie du rituel transforme ces idées en des expériences sensorielles vécues dans l’ensemble mental-corps, en des événements cognitifs qui « prouvent » la réalité. En nous offrant un goût organique de la présence de Dieu, les rituels nous fournissent des preuves convaincantes que les enseignements des Écritures sont véridiques.

Ce processus est appelé la réification et se trouve à la base de la composition du moi ou de la personnalité dans l’ontogenèse.

Ainsi, les effets neurobiologiques du comportement rituel confèrent de la substance cérémoniale à l’histoire du mythe. Ceci est la fonction principale du rituel religieux - de transformer les histoires spirituelles en des expériences spirituelles ; de transformer quelque chose qu’on croit en quelque chose qu’on ressent. « Il n’a pas encore été découvert de société humaine, dit Joseph Campbell, où des motifs mythologiques ne soient pas « répétés » » dans des liturgies, interprétés par des voyants, des poètes, des théologiens et des philosophes, présentés dans l’art, salués dans des chants ou expérimentés dans des visions pleines de vie. »

Qu’existe-t-il dans la construction de l’être humain qui le pousse à interpréter ses propres mythes, à répéter la décision de l’unification avec la Source primordiale qui lui a été promise ? Jusqu’à récemment, les anthropologues ont convenu que les gens ont appris ces comportements dus aux bénéfices sociaux. Mais la compréhension de la façon dont une fonction neurologique mène à quelque chose de plus profond qu’une nécessité culturelle, suggère la raison pour laquelle les gens sont déterminés à interpréter les mythes : en raison des opérations biologiques du cerveau.
 
 
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2013