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La relation aspirant-aspirant


par Gloriant Dunăre

Tu deviens ce que tu cherches

Une fois, dans le métro, quelqu’un me dit : « Dans la spiritualité, on ne parle que de la relationguide spirituel - aspirant, pas de la relation aspirant-aspirant, donc je ne la considère pas comme étant trop importante. En fait, chacun avec ses affaires. » J’ai gardé le silence. On ne peut pas dire à un arbre « Fleuris ! », et qu’il fleurisse sur place. La vie offre à chacun suffisamment de possibilités pour commencer à aimer. Ce que mon interlocuteur ne savait pas est qu’on apprend le plus rapidement possible dans un groupe spirituel, parmi d’autres aspirants spirituels.

On imagine souvent comment un guide spirituel est. Fort et sage, vivant au-delà des illusions de ce monde, avec une infinie bonté et compassion. Un immense amour qui coule à travers cette personne. Mais qui sont ceux qui le suivent ? Comment sont-ils nés et comment vivent-ils ? Nous lisons dans les livres que ce sont des gens qui ne veulent plus être emprisonnés dans ce monde. Nous ne parlons pas des personnes inadaptées qui ne sentent rien. Nous parlons des aspirants spirituels. C’est à dire ces êtres humains qui cherchent la vérité au-delà des apparences de ce monde, avec force et humilité, ceux qui ont la chance formidable d’être guidés par un guide spirituel.

Qui sont les aspirants spirituels ?

Il existe plusieurs catégories d’aspirants et plusieurs types de relations entre eux. La première catégorie, celle qui est inférieure, est aussi la première étape d’où la plupart des gens partent lorsqu’ils choisissent le chemin spirituel. A ce stade, les aspirants sont paresseux et ont une nature inférieure forte. Ce sont ceux qui posent la plupart des problèmes. Souvent ils se querellent entre eux, ils sont égoïstes et stupides. Souvent, leur effort principal est de faire passer le chameau par le chas d’une aiguille, d’« ajuster » la voie spirituelle à leurs besoins personnels, égoïstes. Ils utilisent souvent des textes traditionnels pour dominer les autres. Ils sont toujours les premiers à donner des conseils. Ils ne respectent pas les règles de la vie dans les ashrams ou le font très difficilement. Ils profitent de la voie spirituelle presque exclusivement pour des intérêts matériels. Ils ont une relation plutôt extérieure avec leur guide spirituel.

Les relations entre eux et les autres catégories d’aspirants sont pour la plupart formelles. Nous pouvons dire dans quelle catégorie appartient un aspirant, en notant sa capacité à communiquer. Ils ne participent pas avec leur âme dans ce qu’ils font, ils parcourent de façon mécanique les étapes du le chemin spirituel. Ils n’ont pas d’amour et leur aspiration spirituelle est fluctuante.

Les aspirants spirituels de niveau moyen sont consciencieux. Ils ont développé une certaine force intérieure, ils comprennent et appliquent les principes, mais avec des syncopes. Ceux-ci communiquent plus facilement avec les autres, chez eux apparaissent des signes de l’éveil des qualités spirituelles : l’intuition, l’honnêteté, le pouvoir de pardonner, le dévouement et le sacrifice. Habituellement ils effectuent leur sadhana (pratique spirituelle) avec joie et soin. Nous reconnaissons l’aspirant moyen parce qu’il participe aisément à la vie spirituelle de la communauté dont il fait partie et gère mieux ses émotions inférieures.

Les aspirants avancés sont ceux qui ont permis à la voie spirituelle de pénétrer si profondément en eux, que la spiritualité est devenue pour eux un mode de vie et pas seulement quelque chose qui peut être appliquée de temps en temps. Pour eux, toute situation de vie est l’occasion de comprendre un nouvel aspect de leur relation avec Dieu. Ils sont doués d’intelligence et de l’intuition. Ils sont des êtres rayonnant d’amour et de paix. Autour d’eux, les autres aspirants sont élevés au niveau de l’âme, ils deviennent motivés du point de vue spirituel et comprennent mieux les vérités spirituelles, les voyant appliquées de manière vivante. Les aspirants avancés sont pleins d’harmonie, calmes et dotés d’une grande foi en Dieu.

Ce sont ceux dont on va parler maintenant. On ne va pas parler de ceux qui pratiquent de temps en temps quelque chose des traditions spirituelles, mais de ceux qui font renaître la tradition et la portent en eux jour après jour, sans efforts inutiles et acharnés ou des tromperies, mais avec de la foi et des faits, de la clarté et de la vérité. C’est parce que dans le temps, de manière mystérieuse, on devient ce qu’on recherche, comme cela leur est arrivé.

L’apôtre d’aujourd’hui

Les monastères, les lamaseries, les ashrams sont des établissements spirituels où les gens viennent pour devenir des aspirants spirituels. Lorsque nous choisissons cette voie, nous le faisons en connaissance de cause. Au début, tout aspirant teste souvent son guide spirituel, mais à mesure que celui-ci lui montre avec amour le chemin spirituel, le disciple gagne de la confiance et se laisse guider. Puis tout devient plus facile. Le mental de l’aspirant devient plus clair auprès de son guide, son âme s’élève, les secrets des mondes invisibles lui sont révélés. Mais que fait-on lorsque le guide spirituel n’est pas présent à chaque minute de la vie du disciple ? Lorsque celui qui cherche à discerner les pas reste seul ou seulement avec d’autres compagnons de chemin qui sont à leur tour plus ou moins éveillés spirituellement ? « On fait semblant qu’il pleut... » Bien que cela semble être une plaisanterie, il s’agit en réalité de la situation de nombreux aspirants. Pourquoi ? A cause de l’orgueil, du complexe d’infériorité ou de supériorité, de l’ignorance, de l’enkystement ou du manque d’idéal spirituel élevé, ou même du travail d’informateur pour les services d’informations dans certains pays. Et ce ne sont que quelques-unes des raisons.

Dans les monastères, le néophyte qui vient pour la vie monastique n’est pas autorisé tout au début à s’approcher du « noyau » de la vie de moine comme nous l’imaginons : des heures interminables de contemplation et des états mystiques dans une cellule. Pas du tout. Il y a plusieurs stades de préparation pour cela et le premier est appelé, non pas par hasard, « l’obéissance ». En d’autres termes, le néophyte est mis sous la garde d’un moine qui le fait accomplir toutes sortes de travaux physiques, en plus du canon de tous les jours qui n’est pas très difficile dans cette étape. Ainsi passent, dans de nombreux cas, des années de nettoyage des écuries ou du travail de la terre. Le néophyte passe peu à peu d’un homme « extérieur » à un homme qui a appris à « écouter ». Ce qui était à l’extérieur reçoit alors un sens secondaire. Les pouvoirs de « celui qui obéit », de « celui qui écoute » deviennent vifs. « La voix deDieu se fait entendredans l’humilité », dit Saint Ephrem le Syrien.

Dans d’autres traditions, même si les méthodes sont différentes, les étapes sont presque les mêmes. Souvent le guide spirituel ne donne pas autant d’attention extérieure à l’aspirant spirituel, mais lui fait passer ses examens en même temps qu’à d’autres aspirants. C’est parce qu’à côté d’un être illuminé, il est facile d’être bon et d’avoir des pensées « blanches ».

Miettes de la vie de quelques aspirants

Un jour j’ai convoqué mes amis à une discussion sur la relation aspirant-aspirant pour ramasser des miettes de leurs expériences. Voilà les conclusions :

Ioana B., 34 ans, professeur d’histoire, 13è année de yoga :

« La relation aspirant-aspirant consciemment vécue nous révèle en fait la véritable attitude que nous avons envers notre guide spirituel et donc envers Dieu. Il ne sert à rien de dire que nous aimons Dieu sinous ne sommes pas capables d’aimer nos frères spirituels, au moins ceux qui sont proches de nous. Et l’amour se traduit par l’aide qu’on leur offre presque toujours pour qu’ils grandissent aussi spirituellement. Si nous aimons, tôt ou tard, cet amour amplifié viendra à nous. Nous pouvons dire que nous aimons nos frères spirituels seulement lorsque nous faisons tout ce qu’il y a en notre pouvoir pour faire grandir leurs âmes. Qu’elles soient grandes jusqu’au ciel. »

Iulian C., 33 ans, électronicien, 9è année de yoga :

« Chaque compagnon de voyage spirituel à quelque chose à nous enseigner, il porte pour nous un message secret du Divin. Souvent,il ne le sait pas très bien. Les leçons que nous avons reçues à travers les autres aspirants yogis se réfèrent au pardon, au respect, à la gentillesse et toujours à l’amour. J’essaie de répondre le mieux que je peux. Savez-vous pourquoi ? Depuis quelques années, je me demande souvent lorsque je suis testé : “ Et si en cet instant, Jésus-Christ même se trouvait derrière moi et me regardait ?Pendant ces moments, je me reprends immédiatement et quel que soit le dés accord ou la tension, la solution apparaît rapidement. Cela fonctionne à chaque fois. Je me sens alors soudain transfiguré, empli d’une lumière nouvelle et sage. Tout cela est possible grâce à l’amour. L’amour de Jésus travaille ” par moi alors est ce que je vise dans ma relation avec les autres. Mon modèle de comportement envers les autres aspirants ? Les apôtres de Jésus. »

Monica R, 29 ans, informaticienne, 10è année de yoga :

« J’avais beaucoup de mal à comprendre pourquoi, dans certaines confréries spirituelles, certains se comportent comme s’ils ne savaient rien des lois de la spiritualité. Mon esprit critique m’a aidé à ne pas être fanatique et à faire face à la bêtise, mais il ne m’a pas du tout aidé à trouver une véritable solution pour communiquer avec les autres aspirants, de tempérament différent et avec d’autres niveaux de vibration. Bien qu’on diseque la plupart des démons sont au monastère, je n’ai jamais cru cela. Dans un climat où les gens veulent transformer leur obscurité intérieure en lumière, ils sont testés en tous sens. Ils se retrouvent dans des situations inattendues, parfois délicates, difficiles et c’est ainsi que leurs réactions sont vérifiées. Grâce à cette relation avec les autres disciples, soit on rend la route plus lisse, soit on scie une nouvelle fois la branche du dessous.

Il y a longtemps, il me semblait que c’était juste une occasion de freiner l’évolution. Pourtant, cette façon de réunir les aspirants spirituels est un excellent moyen pour eux de se connaître et de se corriger seuls. Souvent c’est ainsi que j’ai compris que je me trompais. En voyant les mêmes fautes chez les autres. Le guide  spirituel est le metteur en scène. Les aspirants sont les acteurs. Ce n’est pas le metteur en scène qui joue la pièce, mais c’est nous les acteurs. Je pense que Dieu a écrit cette pièce. »

Le plus important, c’est qui aime plus

Notre relation avec les autres aspirants spirituels signifie non seulement le respect des règles de coexistence, mais exige quelque chose de spécial : l’amour, l’altruisme, la fraternité. On dit que quand l’amour disparaît, il reste la justice. En fait, peu importe qui a raison en ce moment. Ce qui importe est qui aime plus. La règle d’or dans les communautés où il y a beaucoup d’aspirants spirituels est : « Comportez-vous avec les autres comme vous aimeriez qu’ils vous traitent ». Sans compromis et sans artifices inutiles qui ne font que vous freiner dans votre chemin.

On ne peut être un aspirant spirituel seulement l’après-midi ou le matin lorsqu’on fait du yoga ou qu’on prie. On est un aspirant spirituel tant qu’on comprend cela. La condition d’aspirant à la spiritualité est dynamique. Un aspirant spirituel cherche à être constamment vigilant, « pour ne pas que son âme se rendorme », comme disait saint Jean Climaque. Il ne suffit pas de passer un test. Murphy aurait sûrement dit ici : « Après chaque test spirituel, souris ! Bientôt vientle suivant, toujours plus vite que prévu ! »

Les attitudes qui nous libèrent

Je pense parfois à l’homme du métro. Récemment, quelqu’un m’a raconté une histoire au sujet des aspirants spirituels. Quelque part, dans l’ashram d’un célèbre guide spirituel, parmi des centaines d’aspirants qui y habitaient, certains partaient – ils quittaient l’ashram et leur guide spirituel. Les malentendus entre les aspirants, même s’ils devenaient plus rares chaque semaine, ne s’arrêtaient pas. Chacun prétendait être plus évolué que les autres et être le préféré du guide spirituel.

Un jour, quand il y n’y eut plus que quatre qui restaient, le guide spirituel vint inopinément dans la pièce où ils se trouvaient et leur dit que l’un d’entre eux était l’incarnation de Bouddha, sans préciser lequel exactement. A une telle nouvelle, tous se turent et à partir de ce moment-là, les querelles stériles et les disputes entre eux disparurent comme par magie. Chacun d’entre eux cherchait à servir les autres avec grand dévouement et humilité. Les résultats furent immédiats : les quatre passaient toute la journée plongés dans des états mystiques d’extase. Parmi eux se trouvait certainement l’incarnation de Bouddha, non ? L’état intérieur de chacun était souvent béni par les états d’illumination que le guide spirituel, satisfait, observait chez ses aspirants. A un moment, l’un d’eux dit au maître : « Maître, vous nous avez trompés, aucun d’entre nous n’est l’incarnation du Bouddha. » Le guide spirituel souriait heureux. Ses quatre aspirants spirituels avaient déjà atteint depuis longtemps l’état de Bouddha. « Maintenant, chacun de vous est comme une incarnation de Bouddha ». Leur apprentissage s’était terminé.

J’aurais aimé raconter cette histoire à l’individu du métro, lui dire aussi qu’un aspirant authentique à la spiritualité grandit, aidé entre autre par l’amour de ceux qui l’accompagnent sur la voie de la connaissance de la Vérité.

Et dans quelque temps, l’aspirant authentique va retrouver cette Vérité partout, non seulement dans des endroits privilégiés vers lesquels tout le monde pointe du doigt. Nous la rencontrons partout, à chaque carrefour. Dans tes yeux ou dans les miens…




yogaesoteric

20 octobre 2017