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La dignité vient de la valeur mystérieuse divine qui existe dans chaque être humain (I)

Par le professeur de yoga Gregorian Bivolaru


Désignée dans le cadre de la tradition millénaire du yoga par le terme sanscrit « HRI », la dignité est généralement définie comme le respect qu’un être humain mérite. La dignité de l’être humain met en évidence sa grandeur spécifique et sa noblesse. Blaise Pascal disait que « la dignité de l’homme est sa pensée ». La dignité définit le caractère de l’être humain autonome et représente une fin en soi. Dans le sens moral, la dignité atteste une valeur intrinsèque spécifique qui est attribuée à un être humain en tant que tel ou, en d’autres termes, indépendamment de ses caractéristiques physiques et de sa position sociale.

Pour mieux comprendre ce terme, nous vous offrons par la suite un glossaire. Le mot dignité vient du terme latin « dignitas » qui signifie en traduction « le fait de mériter ou estime ».


La dignité de l’être humain est caractérisée par l’autonomie de l’agent moral. D'après le philosophe Kant, « elle n’est pas soumise à d’autres lois que celles que l’être humain se crée toujours ». Cela lui donne une valeur en tant que tel et fait en sorte qu’elle soit toujours considérée comme une fin en soi et jamais simplement comme un moyen. D’où la distinction que nous faisons entre les choses qui ont un prix et qui peuvent toujours être remplacées par un équivalent et les êtres humains qui sont toujours supérieurs à tout prix et qui n’admettent pas d’équivalent. Tout cela parce qu’ils ont de la dignité. Pico de la Mirandole a montré que la dignité n’est pas une simple qualification de l’être humain, car elle appartient à sa nature très fondamentale.

La dignité de l’être humain existe parce que l’homme a été créé par Dieu le Père au début des débuts pour aimer, pour découvrir et pour profiter de la création et de la manifestation divine dans laquelle il est un microcosme par sa noble intelligence. Cette noble intelligence, autrement dit cet intellect qui réside dans la conscience de chaque être humain prend sa source en Dieu qui a créé l’être humain « à Son image ».

Ainsi est fondée la liberté de l’être humain, une liberté qui fait de lui un être de métamorphoses et qui, en relation étroite avec les choix qu’il fait, le fait osciller, parce qu’il participe à deux univers sui generis, étant placé entre Dieu et la condition animale, même quand il n'en est pas conscient. Compte tenu de la pleine liberté que Dieu lui a donné, l’être humain doit choisir entre la condition animale et la transfiguration divine. Sa grandeur réside précisément dans le fait qu'il est libre de choisir la forme qu’il préfère, étant toujours maître de lui-même. Mais il est évident que chaque choix que l’être humain fait librement entraîne certaines conséquences. De cette façon, la nature ouverte de l’être humain et sa vocation divine sont également exprimée.

Le concept de dignité, conçu comme une nécessaire et constante maîtrise de soi, correspond au statut de l’être humain ; la notion habituelle de dignité signifie un statut honorable que l’autre doit reconnaître et qui exige certaines attitudes, une certaine tenue vestimentaire et un comportement approprié pour les êtres humains jouissant de ce statut. Étant donné que l’homme a été créé à l’image de Dieu, il en résulte implicitement que chaque être humain est doté de dignité en vertu de sa nature, qui est dotée de conscience. À cet égard, il est nécessaire de souligner que même si nous ne le savons encore pas, la conscience est la présence mystérieuse et la manifestation de Dieu dans l’homme.

Par conséquent, indépendamment des facteurs externes et grâce à une discipline rationnelle, sage même, l’être humain peut et doit toujours vivre une vie scellée par la dignité et la maîtrise de soi, une vie digne de son hypostase d’être humain vivant dans un Macrocosme éminemment bénéfique et dans lequel il est indécent de se préoccuper excessivement de pertes et de gains, de souffrances et de plaisirs personnels.

D’ailleurs, la tradition chrétienne affirme que Dieu a donné aux êtres humains à la fois la conscience et la raison, qui leur permet de discerner et de respecter les lois divines naturelles et universelles. Cela leur donne un statut très particulier parmi les autres créatures de Dieu qui existent sur cette planète et fait en sorte qu’ils jouissent d’une situation supérieure à celle de tous les animaux. Selon cette tradition, l’amour infini de Dieu embrasse tous les êtres humains considérés individuellement, malgré leur comportement souvent corrompu et pécheur.

La valeur que Dieu nous confère est un don divin et ce don nous est offert même si certains d’entre nous ne le méritent pas. Il est important de noter que ce don divin ne peut jamais être complètement perdu ou confisqué. La conséquence morale résultant souvent, sinon toujours, de ce concept est que chaque être humain doit aimer et respecter tous les êtres humains comme des créatures rationnelles dotées de conscience, quel que soit leur statut social et leurs réalisations. Et cela pas nécessairement pour obtenir l’amour de Dieu mais pour découvrir, vivre et reconnaître cet amour d’une manière appropriée, même en faisant des efforts pour agir d’une manière qui soit digne. La tradition chrétienne attribue à chaque être humain une valeur qui émane de Dieu et qui est indépendante de son mérite et de sa position sociale.

À la lumière de ces aspects, on peut dire qu’une mauvaise action commise intentionnellement reflète également un conflit intérieur avec la volonté supérieure et un manque d’estime de soi véritable, qui se manifestera plus tard par des sentiments de remords et d’insatisfaction envers soi-même. Même quand nous ne le réalisons pas, la dignité est basée sur l’autonomie.

La dignité exige que nous nous considérions nous-mêmes comme étant soumis à des exigences morales pleines de bon sens et intelligentes et qui contraignent de l’intérieur, qu’elles servent ou non un intérêt personnel. Les grands sages suggèrent que seul un être humain doté de bienveillance exemplaire et parfaite peut avoir une dignité admirable. La formulation de l’impératif catégorique qui exprime le mieux l’idée de dignité est : « Agis toujours de telle sorte que tu considères l’humanité existante à la fois dans ta personne et en la personne de tous les autres êtres humains et agis toujours comme si elle était une fin en elle-même, ne la regarde jamais comme un moyen. »

La dignité est une sorte de valeur immuable qui est attribuée aux êtres humains et, dans le cas de l’humanité, elle s’exerce à chaque fois par les êtres humains. La dignité est et reste une valeur inconditionnelle et incomparable. Cela implique par exemple que la dignité d’un être humain soit indépendante de son statut social, de sa popularité ou son utilité pour les autres, parce que ces facteurs peuvent varier dès que les circonstances changent. Étant donné que la dignité est incomparable, nous ne pouvons pas dire qu’un être humain a plus de dignité qu’un autre être humain. La valeur de ce que la dignité a est supérieure à tout prix, de sorte qu’en cas de conflit, elle ne doit jamais être négligée ou sacrifiée pour atteindre ou pour obtenir quelque chose qui a une simple valeur relative.

Il est essentiel de se rappeler que la dignité ne permet pas d'équivalent. Par conséquent, tout ce qui est doté de dignité ne peut être changé ou sacrifié sous prétexte qu’il serait remplacé par un bien présentant une dignité égale ou supérieure. Cela implique que la dignité, à la différence du prix, ne peut pas être comprise ou appréciée en termes quantitatifs. Tous les êtres dotés de dignité sont irremplaçables, et c’est pourquoi ils sont inestimables. Ils ont une valeur inestimable dans un sens qui nie même l’affirmation selon laquelle « deux de ces choses valent deux fois plus que l’une d’elle ».

(à suivre)



yogaesoteric
2014