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Pélasgie, le berceau de la civilisation roumaine (I)


par Daciana Matei

Combien connaissons-nous le passé lointain de notre pays ? Non pas aussi bien que l’on était tentés de le croire. Nos racines sur ces terres semblent être plus profondes que l’on a appris à l’école. De nombreuses preuves archéologiques attentent l’existence d’une civilisation très ancienne – il y a environ 10.000 ans avant notre ère – qui avait son origine sur les terres de l’actuelle Roumanie. Le patrimoine roumain abonde de monuments, d’œuvres d’art, d’artefacts, des documents anciens qui sont des témoignages d’une époque pleine de gloire, d’une civilisation très avancée en rapport avec les autres populations contemporaines avec elle.

La plupart des historiens considèrent que les premières civilisations sur le globe se sont nées en Mésopotamie, Egypte, la vallée de l’Indus, Shang (la Vallée du fleuve Jaune) et en Méso-Amérique et les Andes sud-américains. Mais la civilisation pélasgique, qui s’est formée autour du bassin du Danube, semble être bien antérieure à toutes les civilisations qui sont fleuries dans ces cinq zones géographiques.

L’Ancienne Civilisation Européenne

Une des plus anciennes civilisations du monde, sinon la plus ancienne – selon certains chercheurs – est la civilisation pélasgienne ou daco-gétique. Elle serait apparue entre les années 10.000 – 8.000 avant J.C. et s’est étendue le long de plusieurs millénaires, jusqu’en 106 après J.C., se transformant ultérieurement dans la civilisation daco-roumaine.

La civilisation daco-gétique enregistre trois périodes distinctes, nommées : archaïque (environ 8.000 avant J.C. – environ 3.500 avant J.C.), moyenne (environ 3.500 avant J.C. – environ 1.600 avant J.C.) et zalmoxienne (environ 1.600 avant J.C. – 106 après J.C.).

 

Pélasgie (Daco-gétie) a trouvé son origine dans la zone du bassin du fleuve Danube, s’étendant et englobant dans son aire des terres qui appartiennent à présent à l’Ukraine (celles à droite du Nipre), à la Bessarabie (Moldavie entre le Prut et le Nistre), à la Roumanie, à la Bulgarie, Serbie, Macédoine, Munténégro, à l’Herzégovine et à la Bosnie, Croatie, Slovénie, Albanie, Grèce, Turquie, Hongrie, Autriche, Tchéquie, Slovaquie, Suisse (le côté vers l’est), Italie, Allemagne (le côté sud-est), Pologne, l’extrémité sudique étant marquée par les îles de Sicile, Crêta, Cipre etc., mais aussi les régions anatoliano-égéennes, à l’ouest d’Ankara.

 

Marija Gimbutas (1921-1994), professeur d’archéologie européenne à l’Université californienne de Los Angeles (UCLA), a été la première qui a énoncé l’idée de l’Ancienne Civilisation Européenne ou « l’Ancienne Europe ». Gimbutas désignait par cela le complexe culturel européen de néolithique et l’époque du cuivre avant l’infiltration de ceux qui parlaient des idiomes indo-européens de la steppe eurasiatique, il y a environ 4.200 et jusqu’à 2.800 avant J.C. A côté de Romulus Vulcănescu, elle a été un des plus persévérants chercheurs de la civilisation européenne avant l’arrivée des indo-européens. Nous allons citer souvent dans cet article des écritures de Marija Gimbutas, parce que ce sont des ouvrages de référence dans ce domaine.

Le culte de la « mirabilis semence »

La Roumanie actuelle a ses origines dans la période de l’Ancienne Civilisation Européenne. Cette entité culturelle, comprise entre les années 6.500 et 3.500 avant J.C., a eu une structure sociale bien consolidée, même « civilisée », où le rôle prédominant dans la société appartenait à la femme. « L’absence des représentations indiquant une société guerrière ou dirigée par des hommes reflète une structure sociale où les femmes avaient le rôle principal et où tant les hommes que les femmes activaient en égale mesure pour le bien commun. C’était une période de réelle harmonie, en accord total avec les énergies créatrices de la nature. » soutient Marija Gimbutas.

 

Certaines des caractéristiques essentielles de cette civilisation ancienne sont: l’égalité de ses membres, l’esprit de paix, l’organisation de la société dans des communautés, le développement de la technologie pour produire la céramique et travailler le métal, des croyances religieuses basées sur l’adoration des divinités féminines cosmiques, le développement de l’écriture. Tous ceux-ci on mit les bases d’un centre européen développé et complexe. « Il est devenu évident que cette ancienne civilisation européenne précède de quelques millénaires celle sumérienne », affirme Marija Gimbutas. Toujours elle est celle qui souligne le rôle prédominant de la femme, qui était de type religieux, sacré, le principe féminin étant considéré comme créateur et éternel dans la civilisation pélasgienne.

Pendant cette période ont été élevés des temples sur les parois desquels étaient peintes des formes spiralées et des symboles sacres anciens, comme on peut le voir au temple de Căscioarele, département de Călărași, un lieu insulaire se trouvant sur un lac auprès de Danube. Sur l’île au milieu du lac, nommée Ostrovelul, ont été découvertes des vestiges très anciens: un médaillon en terre cuite sur lequel était gravée une spirale rouge; une colonne avec l’hauteur de deux mètres sur laquelle étaient gravées 22 lignes verticales parallèles, au long desquelles étaient gravées sept lignes horizontales de sept paires de triangles.

 

 

 

Les temples de cette période étaient dédiés à des divinités féminines, centrées autour la Déesse Mère. Les divinités étaient vénérées en tant que créatrices de la vie et non pas l’hypostase de contreparties des divinités masculines. C’est pourquoi, toute l’organisation de la vie était orientée vers le bien-être, tant matériel, que spirituel, vers le développement de l’agriculture, de la poterie et au travail des métaux, les Daco-Gètes menant une vie tranquille, en communion avec la nature. La civilisation était paisible, champêtre, démocratique. Les Pélasgiens disposaient de dépôts minéraux riches, des forêts, des grottes et des champs agricoles.

En Daco-gétie s’est développée une civilisation autochtone qui a irradié, en influençant les populations autour.

Les invasions et les migrations

 

A partir de l’année 4400 avant J.C., l’Ancienne Europe a commencé à être envahie par la population Kurgan (connue aussi sous le nom de la population indo-européenne), dans trois vagues successives. Le peuple Kurgan était un peuple de guerriers qui vénéraient les dieux du ciel et de la guerre.

La première invasion indo-européenne a eu un impact très puissant sur les habitants de la civilisation pélasgienne. Une partie de la population a migré vers l’Île Italique et au-delà des Alpes, vers l’Europe occidentale. Cependant, la civilisation daco-gétique a survécu grâce au caractère compact des communautés qui la formaient, la première vague des kourganes étant assimilés par le peuple daco-gétique. La population kourgane avait une idéologie de caste où le rôle prédominant dans la société appartenait à l’homme. Cette influence a eu des répercussions sur la population daco-gétique, il ayant lieu graduellement un amalgame entre les deux composants idéologiques, celle autochtone et celle indo-européenne, conduisant progressivement à la cristallisation de la civilisation européenne. Cette nouvelle civilisation a donné naissance à un nouveau peuple, prêt à défendre ses terres contre les éventuelles invasions.

 

La deuxième invasion est apparue à environ mille ans après la première, vers environ les années 3.400 avant J.C., toujours des steppes nord-pontiques. La deuxième vague de la population Kurgan a été suivie en peu de temps par une troisième vague d’invasion, cette fois-ci la population Iamna, autour l’année 3000 avant J.C. Suite à l’impacte avec ces deux invasions des peuples migrateurs, une partie de la population pélasgienne a connu l’exode, arrivant dans la zone de la Péninsule Italique au-delà des Alpes et au-delà des Pyrénées. Après la troisième vague, tous ces peuples migrateurs ont été aussi assimilés par l’immense peuple dacogétique, de Nipre jusqu’aux Alpes, ou même au-delà de la chaîne des Alpes et des Pyrénées, de la Mer Baltique jusqu’à la Mer Méditerranée et la Mer Noire. L’espace de la civilisation pélasgienne se désintègre graduellement et les « cites urbaines de l’Ancienne Europe, avec leurs temples, les autels raffinés, les vases rituelles, des trépieds et des sculptures (figurines) sont disparus », affirme Marija Gimbutas. Une fois avec l’apparition de ces peuples guerriers sur les terres dacogétiques a lieu aussi le répandissement de la métallurgie du bronze, spécialement des armes de lutte (poignards, hallebardes, haches, massues etc.).

 

La fin de la civilisation de l’Ancienne Europe

La désintégration de l’Ancienne Europe a commencé après l’année 3.500 avant J.C., exceptant la zone de montagne et de côte, des îles de la Mer Egée et de la Mer Adriatique. L’apogée de cette désintégration a eu lieu autour l’année 2.200 avant J.C. Durant cette période sont apparue de nombreuses modifications dans la structure religieuse, sociale et culturelle de la civilisation nouvellement créée. Si l’Ancienne Civilisation de l’Europe était plutôt sédentaire, basée sur l’agriculture et l’horticulture, ses membres étant égalitaires et paisibles, ayant une idéologie axée sur les aspects de la création, de la mort et de la régénération centrée autour la Déesse Mère (Mater Creatrix), symbolisant le principe féminin, la civilisation kourganienne était mobile, ayant une structure guerrière, de conquête. Ils étaient patriarcaux, et l’idéologie culturelle était axée sur la force virile, sur les dieux guerriers, les héros du ciel serein et du tonnerre. Si la population daco-gétique était utilisait le cheval et le chariot pour leurs travaux, une fois avec l’arrivée des kourganes, le cheval et le chariot deviennent des éléments essentiels dans l’organisation militaire et, aussi, sont initiés les rituels de sacrifice animal et humain. « Le cheval, le chariot, le joug, le poignard et la lance, le patriarcat, ainsi que de nouveaux dieux et des images mythiques – typiques aux mythologies indo-européennes – ont été introduits ou se sont imposés. L’Ancienne Europe a été transformée, mais non pas exterminée. » (Marija Gimbutas)

Le peuple daco-gétique

Hérodote décrit dans son ouvrage Les Histoires que le peuple daco-géte était « le plus grand parmi tous les peuples » de l’Europe et qu’il parlait une langue unique sur toute son aire, la daco-gétique ou la thracogétique, portant de « nombreux noms, chacun d’après la région, mais tous ont des habitudes communes », de ceux religieux jusqu’à ceux guerriers.

 

Dans le cadre d’un Congres en 1980, le professer Iosif Constantin Drăgan a présenté les résultats de ses recherches, selon lesquelles le peuple trac (daco-gétique) s’est développé autour du Danube Carpatique et a eu le centre à « Corona montium » (Transylvanie actuelle), étant le plus nombreux peuple de l’antiquité. Le général N. Portocală, dans l’ouvrage De la préhistoire de la Dacie et des anciennes civilisations, il arrive à la conclusion que « la première civilisation du premier grand peuple du monde s’est formé en Dacie ».

Ion Pachia Tatomirescu écrit dans son livre Mihai Eminescu et le mythe de l’ethnogenèse daco-roumaine sur l’organisation administrative-territoriale de l’immense peuple daco-gétique, qui était divisé en provinces, chacun ayant un chef d’armes. Ces provinces ensemble avec leurs chefs étaient subordonnées au centre administratif-religieux se trouvant à Sarmizegetusa ou, selon l’ancienne dénomination, Cogaïon. Ici était la résidence du roi-dieu et guérisseur Zalmoxis, connu aussi sous le nom de Salumos, Salmos ou Zalmos, Zalmoxe. Ce roi-dieu était considéré le Message Céleste qui se trouvait en liaison avec le Père-Ciel et avait les plus grands pouvoirs sur terre et qui était immortel. Toujours lui, Zalmoxis, « dirigeait les puissantes confréries guerrières religieuse des lupachis – de l’aire cucutenienne (moldavienne), des Gètes – du Champ de Nord-Danubienne de Bas, des moeses (moşi - vieux) – du Champ Sud-Danubienne, au nord des Balkanes, des ursins – d’Ardeal, de plus important et développé centre métallurgique de l’Europe Antique, des daoïs (les daces) – de Pannonie (Hercinia), des siguinis – de Dalmatie (Illyricum), des maramarisiens, des masagaets etc., bien sûr, dans des actions de défense des territoires avec les sanctuaires du suprême dieu Salumos ».

 

Tout comme nous l’avons montré antérieurement, une fois avec l’apparition des peuples migrateurs, en Daco-gétie commencent apparaître les tendances polythéistes, étant vénérés des dieux comme le Père-Ciel et me Soleil-Guerriers (Sol-Ares), le fils du Père-Ciel. C’est aussi le moment de l’apparition des confréries guerrières, se développe la production d’armes, apparaissent des constructions de fortification placées dans des cercles concentriques, autour Sarmizegetusa. Ces organisations ont un double rôle, tant guerrier, que religieux, conduisant à l’apparition de la première religion monothéiste de l’histoire de la spiritualité universelle, nommée universelle, dénommée zalmoxianisme, vers l’année 1600 avant J.C. Cette nouvelle religion conduit à un souffle tout à fait nouveau, créant une vraie révolution religion dans le monde antique, à travers laquelle l’être humain s’est libéré de la peur de la mort inévitable, étant initiée la science de devenir immortel.

 

Le fondement de la doctrine du zalmoxianisme réside dans « l’harmonisation de la Partie dans le Tout Sacré », comme l’affirme Ion Pachia Tatomirescu dans l’ouvrage Mihai Eminescu et le mythe de l’ethnogenèse daco-roumaine. Cette nouvelle religion s’est imposée dans tout le bassin du Danube, des Alpes à la Mer Noire et au Nipre : du nord des Carpates, des sources de Vistule, jusqu’au sud de la chaîne des montagnes Balkanes Dinares. Un aspect très important dans le cadre de cette renaissance culturelle est l’évolution de l’écriture archaïque vers l’alphabet daco-gétique de 23 lettres, mais seulement dans un cadre initiatique, comme il est montré dans la Cosmographie d’Aethicus le Danubien (environ 370 – 435 après J.C).

Dans son livre Dacia préhistorienne, Nicolae Densușianu parle sur l’ancienne civilisation pélasgienne qui, dans sa vision, a donné naissance à l’entière civilisation européenne.

« Avant la civilisation grecque et égyptienne, une civilisation bien plus ancienne s’est déversée sur l’Europe. Celle-ci a été la civilisation morale et matérielle de la race pélasgienne et a ouvert un vaste champ d’activité du génie humain. (...) Les influences de ces trois cultures pélasgiennes ont été décisives, pour le destin des mortels sur cette terre. (...) Les pélasgiens ont été les vrais fondateurs de notre état actuel (...) Les pélasgiens nous apparaissent d’après les anciennes traditions historiques comme étant une et la même population avec les néolithiques, qui introduisirent en Europe les premiers éléments de la civilisation, les animaux domestiques, la culture des céréales et un art industriel plus avancés.

Les pélasgiens apparaissent au front de toutes les traditions historiques, non seulement à Hellade et en Italie, mais aussi dans les régions au nord du Danube et la Mer Noire, Asie Mineure, Assyrie et Egypte. Ils représentent le type originaire des peuples nommés ariens, qui ont introduit en Europe les premiers bénéfices de la civilisation.

Pour le peuple grec, les pélasgiens étaient les plus anciens gens sur Terre. Leur race leur semblait si archaïque, si supérieure dans leurs conceptions, puissante en ce qui concerne la volonté et leurs actions, si nobles en ce qui concerne leurs mœurs que les traditions et les poèmes grecques attribuaient à tous les pélasgiens l’épithète de “ divins ”, dioi, c’est-à-dire des humains avec des qualités surnaturelles, pareils aux dieux, un nom qu’ils méritaient vraiment à cause de leurs dons physiques et moraux. Les grecs avaient perdu depuis longtemps leur tradition, quand, comment et d’où sont-ils venus dans les régions de l’Hellade ; mais, ils avaient une tradition qui disait qu’avant leur arrivé, sur la terre occupée par eux régnait un autre peuple qui avait dessécher les marécages, qui a dessécher les lacs, qui a donné de nouveaux cours aux rivières, qui a coupé les montagnes, qui a unit les mers, qui a labouré les champs, qui a fondé des villes, des villages et des cités, qui a eu une religion élevée, qui a bâti des autels et des temples aux dieux et que ceux-ci étaient les pélasgiens.

Les arcadiens, peuple pastoral et brave, les plus anciens habitant de l’Hellade, racontaient, comment nous le dit Pausania, que le premier humain né sur Terre a été Pélasgien, un homme qui se distinguait par la taille, son pouvoir et la beauté de sa figure et qui dépassait tous les autres mortels par les facultés de son esprit. »

 

En dehors des historiens et des chercheurs mentionnés plus haut, d’autres auteurs aussi ont fait des références dans leurs écritures à l’ancienne civilisation pélagienne qui s’est développée sur le territoire de notre pays.

« La civilisation et l’histoire ont commencé là où habite à présent le peuple roumain. » – W. Schiller, archéologue américain

« Je suis Pélasgien, le fils de Palaechtin (Mars), né de la Terre (Gaea), le seigneur de ce pays, et d’après moi son roi a nommé le tribu des pélasgiens qui règne sur cette terre. » – Eschyle, Supplices

« La place où se trouvent à présent la Moldavie et le Pays de Munténie est en fait Dacie, tout comme l’Ardeal et le Maramures et le Pays de l’Olt le sont. Des noms plus anciens que celui-ci, Dacie, ils ne se trouvent pas, quoi qu’ils soient les historiens qu’on recherche. » – M. Costin, Sur le peuple des Moldaves
 
 
Lisez la deuxième partie de cet article

 
 



yogaesoteric
8 juillet 2018