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La « reine » de l’Europe. Comment Merkel a ruiné la Grèce et l’euro

 
Angela Merkel veut remodeler l’UE, sauver l’euro. Elle ne veut pas être montrée du doigt lorsqu’elle quittera la politique. Sauf que sa façon d’agir fait en sorte que toute l’Europe reste sur place, sans savoir ce que la plus puissante femme du monde veut.

Depuis 2010, Angela Merkel a toujours été au centre de l’attention, comme une souveraine sur le plus grand budget de guerre. La chancelière a aimé le rôle de „reine” de l’Europe, mais elle n’a pas étendu son influence sur les autres : elle n’a été ni aussi sonore que Gerhard Schröder, ni aussi puissante qu'Helmut Kohl, écrit le journal Der Spiegel.

Par contre, Merkel a fait ce qu’aucun autre chancelier allemand n’avait jamais fait. Elle a suivi une politique d’impérialisme pédagogique, poursuivant une leçon de  discipline budgétaire, de réforme du marché du travail et de privatisation. Cette stratégie a fonctionné en Espagne, au Portugal et en Irlande, mais en Grèce, les conditions imposées par les créanciers ont été considérées non comme un remède, mais comme un poison qui va détruire la société.

Merkel a compris ce qui se passe, mais elle n’a pas eu le courage d’affronter les conséquences. Il y avait des alternatives. Elle aurait pu offrir à la Grèce une voie de sortie de la zone euro. C’était la variante suggérée par le ministre des finances, Wolfgang Schäuble.

Elle aurait pu offrir à la Grèce une diminution de la dette. Si elle avait fait cela au dernier moment, elle aurait pu éviter la radicalisation de la scène politique hellène. Aucune des variantes n’était sans risques. Les deux auraient nécessité de l’argent et aurait supposé que Merkel passe à l’attaque. C’est quelque chose qu’elle n’a jamais voulu faire.

Qu-a-t-elle choisi ? Se cacher derrière la dénommée „troïka”, derrière les technocrates, ce qui a accéléré l’ascension du parti Syriza. En fin de compte, Tsipras est un produit d’Angela Merkel.

Ainsi est Angela Merkel, toujours indécise, toujours à la recherche d’une solution qui la rassure pour qu’à la fin, personne ne pointe le doigt vers elle.

Pour comprendre la politique de Merkel, revoyons le passé. Nous sommes en 2003, Angela Merkel est la présidente de l’Union Chrétienne Démocrate depuis trois ans, les élections approchent et pour gagner, il faut un programme politique. En Allemagne il y a 4,5 millions de chômeurs, pourcentage bien moindre qu’en Grèce à présent, cependant bien trop pour l’Allemagne. Merkel veut un programme strict.

A cette fin elle embauche une très bonne entreprise de management-consulting, mais avec une image un peu spéciale. McKinsey est cette entreprise embauchée par les grandes compagnies au moment où leur direction veut renvoyer du personnel, lorsqu’il était clair que les choses ne vont pas bien, mais les chefs ne veulent pas être ceux qui proposent la solution douloureuse. McKinsey était le paravent derrière lequel se cachaient les directeurs, lorsqu’il était temps d’annoncer le moment de mesures malheureuses. D’une certaine façon, le FMI est une sorte de McKinsey à l’échelle globale – il aide les pays, les leaders, mais en échange de mesures douloureuses.

Ceci est un visage d’Angela Merkel – Angela des chiffres, des documents secs qui ne mentent pas. A cette fin, le chancelier a un conseiller à la mesure, Nikolaus Meyer-Landrut – le chef du Département Européen de la chancelière. Un bureaucrate raffiné, francophile, et qui a maintenu une relation parfaite avec la France du régime Sarkozy, mais un individu totalement dépourvu d’humour et qui maîtrise à la perfection ses émotions. Il est celui qui charge Angela Merkel de chiffres, de pourcentages et des diagrammes desquels le chancelier ne se sépare pas pendant ses déplacements à l'extérieur.

En 2012, Merkel est allée à Athènes et a rencontré le premier ministre Antonis Samaras, un politicien conservateur qui a initialement rejeté les mesures d’austérité, mais les a ultérieurement accepté. Dans l'avion qui la ramène à Berlin, entourée de chiffres, Merkel a raconté aux conseillers comment Samaras s’était vanté dans une interview avoir dit à ses ministres qu’ils peuvent l'appeler même le week-end. La morale pour Merkel : comment pourrait progresser un pays lorsque ses leaders font d’une chose si banal une sorte d’acte d’héroïsme ?

Il y a aussi un autre visage d’Angela Merkel: Angela des principes. Dans la politique extérieure, Merkel a été extrêmement conséquente. Sa fidélité envers les Etats-Unis est très puissante et même pas l’énorme scandale des interceptions NSA (qui ont visé aussi son propre portable personnel) n’a  réussi à diminuer cette loyauté.

Il en est de même dans le cas des relations avec Israël, à côté duquel l’Allemagne s’assied fermement, même si les gouvernements Netanyahu n’ont rien fait pour la paix avec les Palestiniens.

Il en est de même avec la France, où Merkel s’est parfaitement entendu avec les locataires de l’Elysée, passant au-delà même de l’antipathie envers François Hollande, l’homme qui a fait campagne pour son rival social-démocrate.

Eh bien, lorsqu’il s’agit de la politique européenne, les deux Angela Merkel ne réussissent pas à se mettre d’accord. Une semaine avant le référendum en Grèce, Merkel regardait la télévision du hall à côté de son bureau où on disait qu’un NON signifierait un „NON pour l’euro”. Merkel a dit soudainement: „Pour être honnête, j’ai de grands doutes à cet égard”.

Angela des chiffres dit que l’Europe a 7% de la population  mondiale, 25% de la production mondiale et 50% des dépenses sociales mondiales – il est clair, même pour quelqu’un qui a fait peu d’études, que les choses ne peuvent durer ainsi.

L’autre Angela est consciente qu’on ne peut pas négocier sans tenir compte des traditions, des soucis du partenaire de dialogue et que le projet européen doit aller plus loin. C’est pourquoi Merkel a préféré se cacher derrière le FMI et la Commission Européenne lorsque les mesures dures pour la Grèce ont été annoncées, c’est pourquoi Merkel a tout le temps transmis au premier ministre Alexis Tsipras que, „s’il y a de la volonté, il y a de la place pour l’entente”. En Allemagne, ces mots sont toujours interprétés comme un signe de bienveillance. Sauf que le grec Tsipras les a interprété différemment – comme une provocation de la part du Berlin pour trancher la dispute aussi vite que possible.

Le résultat de cette indécision est que Merkel adopte toujours le discours d’Helmut Kohl, mais, lorsqu’il s’agit de faits, elle ne suit plus les convictions politiques de son ancien mentor politique.

Ceci est la raison pour laquelle Merkel a peur que son héritage politique ne soit pas du tout impressionnant. Le simple fait d’être la première femme chancelier lui assurera la place dans les livres d’histoire, tout comme Konrad Adenauer a ancré l’Allemagne de l’Ouest, Willy Brandt a réconcilié l’Allemagne avec la démocratie et Kohl a réunifié le pays.

Sauf que pour Merkel ce n’est pas suffisant. Ses proches disent qu’elle veut participer encore une fois aux élections et cela pour l’Europe. Elle veut remodeler l’UE, sauver l’euro et ne pas laisser la zone euro se rompre. Elle ne veut pas qu’on pointe de doigt vers elle lorsqu’elle quittera la politique.

Sauf que sa façon d’agir fait en sorte que toute l’Europe reste immobile, ne sachant pas ce que la plus puissante femme du monde veut d’elle.

 

yogaesoteric
2016