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Ovidiu Bojor : « Je crois en une jeunesse sans vieillesse et en une vie sans mort »

 
Il a su comme personne démêler les énigmes des plantes, choisir parmi elles les herbes curatives. Pharmacien de l’espèce des grands botanistes, il a guérit et sauver des vies à l’aide de ses remèdes. Dans les hautes montagnes du Tibet, parmi les pierres et les herbes, il a trouvé le secret de la vie sans fin. Il a 90 ans, un sourire comme le soleil et il est persuadé que « ce n’est pas le temps qui vole, mais c’est nous ». Une plaidoirie pour une vie longue, d’un homme habitué aux hauteurs, qui a appris à regarder loin, les étoiles.
 
„Je n’ai jamais confondu l’amour avec l’amour charnel”
 

– Monsieur Bojor, votre nom est à présent inséparable de celui des plantes médicinales, dont vous étudiez les secrets depuis toute une vie. Comment a pris naissance cette passion vibrante pour le monde vert ?
 

– Les premières choses sur les plantes et l’ethnobotanique, je les ai appris de mon père, professeur de sciences naturelles à Reghin et à Târgu-Mureş. Chaque dimanche, il allait en excursion dans les montagnes de Căliman, il m’emmenait avec lui et me montrait patiemment les fleurs, les plantes, les petits êtres vivant dans la forêt. A chaque fois il accompagnait ses informations par les noms latins des plantes et d'interminables histoires qui avaient le rôle de fixer ces informations dans la mémoire. Avec son aide, j’ai mis au point à la maison un petit laboratoire de biologie. J’avais toute sorte de bouteilles avec des solutions chimiques, avec des préparations, mais aussi des bocaux avec des serpents et des reptiles, des insectes que j’avais mis sous observation, des aquarium avec des poissons et des cages avec des oiseaux. Et beaucoup de livres que je lisais, très assoiffé d’apprendre le monde environnant. J’étais très curieux, je me demandais toujours : „pourquoi ?”

– Avez-vous trouvé la réponse ?

– Elle est venue graduellement, au cours des années. D’abord c’était une simple intuition, mais une intuition qui m’avait mis en conflit avec papa, qui était matérialiste, darwiniste. A l’âge de 14 ans, j’ai écrit un article pour une revue de sciences naturelles où j’argumentais qu’on ne peut pas inclure l’humain dans le règne animal, car il est le seul être vivant doué d’une étincelle divine. L’humain est la seule créature à laquelle le Créateur a donné le pouvoir d’aimer de façon inconditionnelle. Bien sûr, j’étais influencé par ma mère qui était très croyante. Si mon père m’a donné la science, le cerveau, ma mère m’a appris ce qu’est la foi et l’amour.

– Vous avez eu la chance d’une famille spéciale. Cela fût important pour votre évolution ?

– Mes premiers mentors ont été mes parents, mes grands-parents et mes arrière grands-parents, des anciennes et des anciens Transylvains. La famille de ma mère était de Reghin, celle de mon père de Năsăud. Papa a été professeur d’abord à Năsăud, puis au lycée Petru Maior de Reghin, d’où il a „recruté” ma mère qui était très belle. Elle avait 18 ans et venait à peine d’achever l’école. Il est tombé amoureux à la folie de sa propre élève et, bien qu’il y avait plus de vingt ans de différence entre eux, ils ont très bien vécu ensemble. Plus tard, j’ai eu d’autres mentors qui m’ont guidé. A l’école primaire et au lycée, j’ai eu des professeurs excellents et à la faculté, des professeurs qui avaient étudié à Paris ou à Montpellier. J’ai aussi bénéficié de la chance extraordinaire de me former du point de vue spirituel sous le guidage de quelques gens remarquables, le Père Ioan Suciu de Blaj, dont les sermons étaient admirables, et le Monsignor Vladimir Ghika, tous  deux morts dans les prisons communistes. Dieu m’a donné ce don de m’approcher de gens de grande valeur, je les ai recherché toute ma vie et ils sont venus vers moi. Leur présence remplissait mon cœur de joie. Ces gens vivaient vraiment dans l’esprit de leurs paroles et ils étaient doués d’un don particulier. En conséquence, je les ai toujours mis devant moi et j’ai envisagé de les suivre dans tout ce que je fais, parfois, très rarement, faire au moins un seul pas en avant, spécialement par amour. Je n’ai jamais confondu l’amour à l’amour charnel. Par amour j’ai compris et je comprends l’amour envers le Créateur et sa Création, de la plus insignifiante fourmi jusqu’à l'Homo Sapiens, dans la mesure où l’être humain mérite ce titre.

– Vous avez mentionné le Monsigneur Ghika, quelle impression vous a-t-il fait ?

– J’ai rencontré Monsigneur personnellement dans des conditions dramatiques. En 1947, l’Eglise gréco-catholique a été déclarée illégale. Elle a été officiellement dissoute. Et alors, ensemble avec un groupe d’étudiants, nous nous sommes réfugié dans l’Eglise Sacré-Coeur de Bucarest, construite par le Monsigneur, au Sanatorium Saint Vincent de Paul, près de la statue des Aviateurs. Durant ces années-là, ils nous avait pris sous sa protection : il nous confessait, nous guidait spirituellement. J’avais environ vingt ans lorsque je l’ai rencontré, mais l’impression qu’il m’a fait est tout à fait exceptionnelle. Je me disais alors „cet homme est un saint”. Son influence a été définitive sur la façon d’être. Je l’ai suivi de près jusqu’en 1954, lorsqu’il a été soumis à des souffrances bestiales et assassiné à Jilava. J’ai toujours eu à mon esprit ses mots : „Une seule ambition est légitime, celle d’être meilleur !”.

„L’Univers est un miroir. Tu lui souris et il te rend le sourire !”

– M. Bojor, vous avez un amour infini pour le monde des plantes. Qu’est-ce que nous les humains pouvons apprendre d’elles ?

– Edward Bach a eu une intuition fantastique lorsqu’il a conçu sa thérapie à l’aide des fleurs. Les fleurs ont une sensibilité extraordinaire qui a déjà été prouvée dans de nombreuses expériences. On sait à présent que nos pensées ont une influence directe sur elles. Avez-vous remarqué comment les gens dépressifs dessèchent les fleurs autour d’eux par leurs pensées ? J’ai eu beaucoup à apprendre d’elles, mais premièrement sur ce qu’est le don de soi et le sacrifice. Je me souviens des mots de Monsigneur Ghika : „Les fleurs parfument les mains qui les écrasent”.

– Superbe !

– Nous devons apprendre à offrir et à nous sacrifier plus. Monsigneur disait aussi d’une manière très belle : „Dieu donne a ceux qui se donnent”. Offrir ce que l’on a : si on a un vêtement, alors offrir un vêtement, si on peut donner un conseil, alors offrir un conseil, ou une embrasse, une aide, ou au moins un sourire. Ce qu’on offre revient multiplié par dix. L’Univers est un miroir. Tu lui souris et il te rend le sourire !

– Quand avez-vous découvert Dieu ?

– Lorsque j’étais petit, dans une certaine forme. Mais, à mesure que j’ai grandi, je me suis rendu compte que Dieu est autre chose. Je ne suis pas religieux, je suis croyant. Il y a des aspects dans la religion avec lesquels je ne suis pas d’accord. Par exemple, la façon dont on dit dans la liturgie „Avec crainte approchez-vous de Dieu !” Qu’est ce que sela signifie ? Il faut s’approcher de Dieu avec amour. Ou une autre chose „et ne nous soumets pas à la tentation”. Nous seuls nous nous laissons tenter, ce n’est pas Dieu qui le fait. Il serait correct de dire „et protège-nous des tentations”. Et je ne crois pas en l’enfer, l’enfer est pour les imbéciles. Dieu ne te fait pas bouillir dans des chaudières avec du goudron ! Mais certains n’acceptent de faire du bien qu’en étant menacés ! Avec le temps je me suis écarté de ces aspects, j’ai appris à communiquer d’une certaine manière avec la nature et j’ai compris que la nature, c’est Dieu.

J’ai beaucoup marché sur les sentiers des montagnes, j’ai parcouru des dizaines de milliers de kilomètres à pied pour cartographier la flore de Roumanie. Durant des jours et des jours j’étais seul, que moi et l’herbe, le ciel, les animaux sauvages, mais je n’avais pas peur, ils savaient que je n’allais pas leur faire du mal. En 1983 je suis arrivé en Himalaya. Je dirigeais la dernière des quatre expéditions scientifiques où je collaborais avec des Népalais pour cartographier, évaluer et créer une petite industrie de traitement des plantes. Là-haut je me suis senti le plus proche de Dieu. Je me souviens qu’un jour je me suis réveillé et je suis sorti de la tente. Il était minuit passé, la voûte était étoilée et la lune pleine. Je ne me suis jamais senti aussi proche de Dieu. Il était partout, parmi les étoiles. Dieu qui les avait créés toutes, visibles et invisibles.

– Je dois avouer que vous êtes pour moi un miracle. Alors que certains gens à l’âge de 60,70 ans se sentent vieillis et ennuyés par la vie, à 90 ans vous nous transmettez votre enthousiasme. D’où prenez-vous cette joie de vivre ?

– D’en haut. Les gens dont vous me parlez ont certainement vécu beaucoup de difficultés et des désillusions dans cette vie, mais ils n’ont certainement pas découvert ce que j’ai découvert. Ils n’ont pas eu la croyance en l’éternité. Notre vie ici sur terre n’est qu’une miette de la vraie vie que nous devons vivre ; si on la mesurait, elle aurait un mètre de longueur sur l’infini de notre vie. Notre devoir est de vivre au maximum ce mètre, de nous en réjouir en totalité.

– Lorsque la vie coule en douceur, la vieillesse est elle aussi belle. Pourtant, parfois, le bagage de souffrances d’une vie pèse lourd à la vieillesse.

– Lorsque la souffrance est comprise, elle vous élève. Restée incompréhensible, elle détruit. Dans ma jeunesse j’ai traversé des moments de souffrance acerbe, qui m’ont hanté pendant des années. Cinq personnes de notre famille ont été assassinées par les horthystes (soldats de l’armée de Horthy qui ont commis des dizaines de massacres parmi la population civile roumaine surtout en 1940, pendant la Deuxième guerre mondiale) dans la nuit du 23 au 24 septembre 1940. Il s’agit du frère de mon père, le prêtre Andrei Bojor, avec toute sa famille et encore six Roumains emmenés par les horthystes dans sa maison. J’étais cousin de premier rang avec son fils, il allait au même lycée que moi et on passait chaque été ensemble, chez eux, à Mureşenii de Câmpie, au sud de Cluj. C’était une de nos habitudes. Sauf que l’année ou le malheur a eu lieu, papa nous a vu fumer dans le jardin des cigarettes faites de soie de maïs. Il m’a interdit d’aller en vacances chez eux.

–  Ainsi il vous a sauvé...

– Oui. Et cela a renforcé ma conviction qu’il existe un ordre en tout, que rien n’est au hasard. Et qu’on peut se lever purifié de tout malheur.

La sainte simplicité

– Lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois vous aviez 82 ans et vous disiez qu’à 90 ans, vous alliez prendre votre retraite. Maintenant, je vous retrouve aussi actif. Avez-vous changé d’avis ?

– Je me suis proposé de vivre au moins 92 ans. Mais un très bon ami à moi, l’archevêque de Tomis, m’a dit : „Non, je t’ordonne de vivre 95 ans, pas 92 !”. (il rit de bon coeur) La raison est qu’alors je vais accomplir 60 ans de mariage et il pourra célébrer les noces de platine. Maintenant, laissant de côté la blague, je me retrouve dans un grand dilemme. Au lieu de simplifier ma vie, comme j’aurais du le faire, pendant les vingt dernières années je l’ai beaucoup compliquée, car j’ai une grande faiblesse : je ne peux refuser personne. J’ai renoncé à beaucoup de choses inutiles, mais je dois encore faire un peu d’ordre dans ma vie. Mes capacités sont limitées.

– Vous accordez des consultations ?

– Oui, un seul jour par semaine, seulement le jeudi, je reçois maximum cinq personnes pour pouvoir parler une demie heure avec chacune et donner des conseils sur les thérapies intégratives.

– Peut-être que justement votre profession vous a tenu loin de la vieillesse.

– Dans mon cas, la passion pour ce que je fais et le désir d’aider les gens ont déterminé le métier et non pas l’inverse. Beaucoup de gens m’ont conseillé d'ouvrir un cabinet, me tentant avec le gain que j’aurais pu en tirer. Je ne vais jamais donner de consultations rémunérées. Je n’ai jamais été intéressé par cela. Tout ce que j’ai voulu a été d’aider, d’après mes possibilités, ceux qui en ont besoin. Offrir du réconfort. Il y a tant de gens qui tombent malades, tout simplement à cause de la solitude, car ils n’ont personne à serrer dans les bras. Lorsqu’on offre de l’amour, il revient multiplié par dix, alors comment ne pas se sentir jeune ?

– Vous avez affirmé que vous avez renoncé à beaucoup de choses inutiles. Est-ce un secret de la longévité ?

– D’abord je me suis débarrassé des choses menues, des choses qui ne servaient qu’au maximum à mon orgueil personnel. J’ai renoncé à tout ce qui était négatif. Si vous sentez qu’un grain d’envie vous cause de la peine, ou de l’irritation, de l’énervement, jetez-le tout de suite à la poubelle. Ne le laissez pas vous habiter, il peut grandir. Vous ne savez même pas combien le mal nous vieillit et nous rend malades. Au-delà de cela, je n’ai pas vécu comme un saint. J’aurais pu m’isoler des gens et devenir moine. Mais j’ai goutté tous les plaisirs de la vie, il faut le savoir. Sauf que j’ai senti dès que j’étais tout petit le besoin d’équilibre. Je pratiquais chaque jour de la gymnastique, j’allais régulièrement faire du ski, du patinage, de la natation. Je me suis toujours arrêter de manger avant d’être saturé. Je n’ai jamais eu trop de vêtements ou trop de biens et je n’ai jamais couru après l’argent.

La simplicité est le don le plus précieux. La sainte simplicité ! Se montrer aux gens tel qu’on est. Ne pas essayer de se faire prendre pour un autre. Quel soulagement peut emmener cela ! Avec le temps, bien sûr, j’ai renoncé aux choses qui n’allaient plus avec l’âge. L’humain a été bâti dans un équilibre parfait, avec trois étages. En haut c’est le mental (le cerveau), au milieu c’est le sentimental (le cœur) et tout en bas c’est le biologique (les viscères). Avancer bien avec l’âge signifie monter d’en bas, des viscères, vers la raison. Tout comme on escalade une montagne, à mesure qu’on monte en tout et en amour l’horizon s’ouvre. Et tout en haut c’est l’infini.

Répertoire de longue vie

– De nos jours, tous les spécialistes se sont mis d’accord que la mauvaise alimentation est le principal facteur de maladie. J’aimerais que vous nous donniez quelques conseils à ce sujet. Qu’est-ce qu’on devrait manger pour préserver notre jeunesse?

– Les cellules ont montré qu’une cellule humaine meurt et renaît à une distance d’un an et demi à deux ans. Mais à mesure que nous avançons dans l’âge, les capacités des nouvelles cellules se détériorent graduellement. Ce qui peut les renforcer, ce sont les acides nucléiques. Nous pouvons les trouver dans les germes de blé, le pain intégral, les algues marines, les flocons d’avoine, les champignons, les légumineux (soja, haricots, lentille, pois, épinard, endives), dans le miel et les jus de fruits. La viande doit être évitée. La viande contient en elle la mort de l’animal tué. Les consommateurs de viande se sont avérés être beaucoup plus agressifs. Le célèbre médecin japonais George Ohsawa soutient d’ailleurs que la nourriture idéale pour les personnes âgées devrait compter 60% de céréales non décortiquées, 30% de légumes, fruits et semences, et seulement 10% d'œufs, de lait et de viande. Je mange peu, cinq fois par jour. Je l’ai répété tellement de fois que je crois que les gens en ont assez.

– Avez-vous une certaine routine journalière ?

– J’ai reçu de la part de mes parents une éducation assez sévère qui a mis son empreinte : des heures précises pour l’éveil, pour manger et pour dormir. L’étude m’a conduit à la conclusion que la discipline du travail, des repas et du sommeil est favorable à la longévité. J’ai institué la règle des trois huit : huit heures de sommeil, huit heures de travail et huit heures de repos actif. Je la respecte. Lorsque je me sens fatigué, je m’allonge, j’applique quelques techniques de yoga et je m’endors si profondément que les téléphones peuvent sonner, je ne les entends pas. Une demie heure après, je suis à nouveau frais et je peux travailler encore 4 ou 5 heures. Le soir, je ne mets pas la montre sonner. Ma montre intérieure fonctionne si bien qu’il me suffit de me proposer une certaine heure de réveil et je me réveille à temps.

– Je sais que vous avez un enfant. Suit-il vos conseils ?

– Notre enfant, c’est exactement l'inverse de moi : il travaille la nuit, il dort le jour, il se réveille à 14h00, il mange à trois heure du matin et il a les yeux pointés toute la nuit sur l’ordinateur. Maintenant je le prie d’aller nager, au moins une fois par semaine. Je crois que c’est notre faute, à moi et à ma femme, à un moment donné nous l’avons perdu, nous ne nous sommes pas trop occupé de sa formation. Mais je n’aime pas trop insister. Il va trouver son chemin, il n’a que 40 ans !

– Il faut être une femme chanceuse d’avoir à ses côtés, à un âge avancé, un homme aussi optimiste que vous.

– Vous savez, l’inverse fonctionne aussi. Je dois énormément à ma femme. Elle est un être humain exceptionnel qui a prouvé beaucoup de compréhension, de la douceur et de la patience. Elle a su voir le côté éclairé de la vie et a accepté mes petites coquineries. Elle ne m’a jamais embêté. C’est un grand art, vous les dames, vous devriez l’apprendre aussi ! Et peut-être elle aurait eu des raisons! Surtout que je m’absentais souvent de la maison. Quand que j'ai travaillé en tant qu’expert à l’ONU, chaque année j’étais parti pendant six ou sept mois. Il est très important de savoir avec qui partager la vie. L’homme à côté de toi peut te tirer vers le bas aussi.

„En réalité, nous sommes infinis. Nous ne finissons jamais”

– Quelles sont les joies d’un homme de 90 ans ?

– A l’âge de 90 ans tout te réjouit. Les jeunes ne savent plus se réjouir des événements et des gens à côté d’eux, ils ne les voient pas car ils attendent toujours des actions et des gestes grandioses. Je me réjouis de ce qui est, non pas de ce qui pourrait être. Ce matin je suis allé me promener avec Fillette, notre chien. Je me suis promené pendant vingt minutes, tout était serein et il faisait beau. Puis je suis venu à pied au bureau. J’ai aimé, il y avait un air fort de montagne, dehors. Et ici je t’ai rencontré. Je t’ai pris dans mes bras comment ont enlace un arbre.

– La pensée de la mort vous perturbe-t-elle ?

– Non. Je ne crois pas la mort. La mort ne me fait plus peur depuis longtemps. Je sais que cela semble utopique, mais je crois en une jeunesse sans vieillesse et une vie sans mort. Nous sommes infinis, nous ne finissons jamais. Si nous sommes prêts à accepter la loi de Lavoisier qui dit que „rien ne se perd, tout se transforme”, alors pourquoi ne pas croire que notre âme existera en éternité ? De notre côté nous avons un bagage ancestral : la religion des daces, la première religion monothéiste, cinq mille ans avant le judaïsme. Qu’est-ce qu’elle signifiait ? Un seul Dieu et la vie éternelle ! Les Daces se réjouissaient aux enterrements et pleuraient lorsqu’un nouveau-né était condamné à la vie. Ils savaient quelque chose que nous avons oublié, que la vraie vie commence dans l'au-delà. Lorsqu’on sait qu’on a bien vécu, qu’on n’a pas fait de mal et qu’on a offert, la mort n’est qu’un passage avec le sourire aux lèvres.

– Vous avez vécu tant de choses dans neuf décennies de vie ! Si vous pouviez changer quelque chose au cours de la vie, quelle serait la faute que vous ne répéteriez plus ?

– Je reprendrais tout dès le début avec le même enthousiasme. Je me sens bien et je ne souhaiterais rien de plus de ce que j’ai eu. Je n’ai aucun regret.

 

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2016