{"id":12444,"date":"2018-07-13T13:57:22","date_gmt":"2018-07-13T13:57:22","guid":{"rendered":"http:\/\/dev.yogaesoteric.net\/actualite-fr\/societe-1602-fr\/archives-3495-fr\/aokigahara-la-foret-ou-les-japonais-se-cachent-pour-mourir\/"},"modified":"2018-07-13T13:57:22","modified_gmt":"2018-07-13T13:57:22","slug":"aokigahara-la-foret-ou-les-japonais-se-cachent-pour-mourir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/aokigahara-la-foret-ou-les-japonais-se-cachent-pour-mourir\/","title":{"rendered":"Aokigahara, la for\u00eat o\u00f9 les Japonais se cachent pour mourir"},"content":{"rendered":"<p>Si, comme certains urbains install&#233;s dans le b&#233;ton depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations, vous ne supportez la for&#234;t qu&#8217;en fond d&#8217;&#233;cran ; qu&#8217;au milieu des arbres et des insectes vous avez l&#8217;impression de rejouer Predator, le matos pour se d&#233;fendre en moins, et que surtout, jamais au grand jamais, vous n&#8217;accepteriez d&#8217;aller chercher du petit bois pour la chemin&#233;e tout seul (ni des m&#251;res, des champignons, rien qui vous oblige &#224; vous sentir comme le Petit Chaperon rouge), bref si vous flippez d&#232;s qu&#8217;il y a plus de trois arbres, vous pourriez vous confronter &#224; votre plus grande peur dans la for&#234;t maudite d&#8217;Aokigahara.<\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads4\/iulie\/2\/16504\/16504_1.jpg\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"281\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Au pied du mont Fuji, ce labyrinthe v&#233;g&#233;tal de 35 km2, appel&#233; aussi Jukai (mer d&#8217;arbres) a la r&#233;putation d&#8217;&#234;tre l&#8217;un des lieux les plus hant&#233;s du Japon. Et l&#8217;endroit pr&#233;f&#233;r&#233; des Japonais pour mettre fin &#224; leurs jours (200 suicides pour l&#8217;ann&#233;e record de 2010). Un coin riant que ce grand d&#233;conneur de Gus Van Sant a choisi pour raconter son dernier film Nos souvenirs. On y suit Arthur Brennan (Matthew McConaughey), fra&#238;chement veuf, qui se tape 10.000 km pour aller mourir &#224; Aokigahara, avant de croiser Takumi, un Japonais au bout du rouleau. Au cas o&#249; vous pendre ne ferait pas partie de vos projets imm&#233;diats, on vous fait la visite de cette for&#234;t des suicid&#233;s, qui n&#8217;a pas inspir&#233; que des Japonais en bout de course.<\/p>\n<p><strong>Best-sellers maudits<\/strong><\/p>\n<p>En 1959, quand Seicho Matsumoto, chantre de la litt&#233;rature polici&#232;re, publie sa nouvelle Nami no t&#244;, il n&#8217;a pas vraiment en t&#234;te d&#8217;en faire le livre de chevet des suicidaires. L&#8217;histoire raconte la romance interdite entre une jeune femme et un procureur qui, menac&#233;s par un ma&#238;tre-chanteur, se jettent en offrande dans la m&#226;choire carnassi&#232;re de la for&#234;t d&#8217;Aokigahara. Mais l&#8217;endroit attire aussit&#244;t des dizaines de candidats au tr&#233;pas.<\/p>\n<p align=\"center\">\n<p>Trente-quatre ans plus tard, un autre livre vient asseoir sa r&#233;putation : le pol&#233;mique Kanzen Jisatsu Manyuaru de Wataru Tsurumi. &#201;coul&#233; &#224; 1,1 million d&#8217;unit&#233;s au Japon, l&#8217;essai de 198 pages constitue un mode d&#8217;emploi du suicide et cite Aokigahara comme l&#8217;un des meilleurs spots pour mettre fin &#224; ses jours. La for&#234;t accueille de plus en plus de suicid&#233;s et il n&#8217;est pas rare que les autorit&#233;s retrouvent un exemplaire du Kanzen Jisatsu Manyuaru &#224; c&#244;t&#233; des cadavres.<\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads4\/iulie\/2\/16504\/16504_2.jpg\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"333\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Du manga Samurai Deeper Kyo d&#8217;Akimine Kamijyo au film d&#8217;&#233;pouvante The Forest, avec Natalie Dormer de Game of Thrones, la for&#234;t d&#8217;Aokigahara devient un personnage &#224; part enti&#232;re. Et un personnage &#224; l&#8217;enfance charg&#233;e.<\/p>\n<p align=\"center\">\n<p>&#171; Aokigahara a &#233;t&#233; un lieu privil&#233;gi&#233; pour d&#233;poser les personnes &#226;g&#233;es en fin de vie. Mais aussi des nouveau-n&#233;s dans le cadre d&#8217;infanticides pratiqu&#233;s &#224; la fin du XIXe si&#232;cle dans les campagnes comme moyen de r&#233;gulation de la population en vue de la modernisation du pays, explique R&#233;mi Scoccimarro, docteur en g&#233;ographie, am&#233;nagement et urbanisme et ma&#238;tre de conf&#233;rences en langue et civilisation japonaises &#224; Toulouse-II. Cette pr&#233;sence de la mort en a ainsi fait, depuis l&#8217;apr&#232;s-guerre, un site &#224; la fois id&#233;al pour les suicides et tr&#232;s pratique pour se d&#233;barrasser des corps &#224; la suite d&#8217;un meurtre.&#187;<\/p>\n<p><strong>Au pays du hara-kiri<\/strong><\/p>\n<p>Si Aokigahara, deuxi&#232;me site pr&#233;f&#233;r&#233; des candidats au suicide apr&#232;s le Golden Gate Bridge de San Francisco, ne propose aucune aide aux promeneurs qui voudraient se faire une petite balade digestive, elle regorge de panneaux &#224; l&#8217;attention des d&#233;pressifs : &#171; La vie est un cadeau pr&#233;cieux offert par vos parents. S&#8217;il vous pla&#238;t, pensez &#224; eux, &#224; votre entourage, &#224; vos amis. Ne gardez pas les choses en vous. Parlez-en. &#187;<\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads4\/iulie\/2\/16504\/16504_3.jpg\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"313\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Les autorit&#233;s esp&#232;rent ainsi juguler la centaine de d&#233;c&#232;s annuels enregistr&#233;e (une majorit&#233; d&#8217;hommes &#226;g&#233;s de 45 &#224; 65 ans, parfois des personnes venues de pays lointains), mais aussi &#233;viter d&#8217;avoir &#224; faire le m&#233;nage: car chaque pendu abandonne tout un tas d&#8217;objets &#8211; torches, rubans, tentes, cordes, emballages de m&#233;dicaments dangereux&#8230; Si cela fait un peu d&#233;sordre en for&#234;t, le suicide ne souffre d&#8217;aucun tabou religieux au Japon. Depuis Minamoto no Yorimasa, premier samoura&#239; &#224; avoir eu recours au seppuku (auto-&#233;ventration), c&#8217;est m&#234;me plut&#244;t consid&#233;r&#233; comme un geste capable de r&#233;tablir un honneur perdu. Une pratique, inspir&#233;e des valeurs morales f&#233;odales, qu&#8217;on retrouve aussi chez les femmes sous le nom de jigai, et m&#234;me beaucoup plus tard, durant la Seconde Guerre mondiale, chez les kamikazes.<\/p>\n<p>D&#8217;ailleurs, Aokigahara n&#8217;est pas le seul endroit au Japon &#224; attirer les suicidaires: les autorit&#233;s surveillent de pr&#232;s le barrage d&#8217;Agamase ou les falaises de Tojimbo, qui ont servi de toile de fond au roman Le C&#339;ur r&#233;gulier d&#8217;Olivier Adam (d&#232;s qu&#8217;il y a une falaise, il n&#8217;est g&#233;n&#233;ralement pas bien loin), qui vient d&#8217;&#234;tre adapt&#233; au cin&#233;.<br \/><strong><br \/>\nUn repaire de fant&#244;mes<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads4\/iulie\/2\/16504\/16504_4.jpg\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"332\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Traditionnellement, les for&#234;ts et les montagnes sont consid&#233;r&#233;es par les Japonais comme des espaces sacr&#233;s et des lieux de rendez-vous de nombreux esprits. &#192; l&#8217;image d&#8217;Hoia-Baciu en Roumanie, de l&#8217;&#206;le des Poup&#233;es au Mexique ou du Triangle des Bermudes, Aokigahara n&#8217;en finit plus de voir les fant&#244;mes se bousculer dans ses clairi&#232;res. Parmi eux, vous serez ravis de rencontrer les stars de la for&#234;t, les yurei, qui par regret, rage ou chagrin, ne peuvent se r&#233;soudre &#224; quitter la Terre et &#233;mettent des cris gla&#231;ants que transportent les vents (eh non, ce n&#8217;&#233;tait pas le bruit de vos chaussures sur la mousse). Des esprits popularis&#233;s dans les contes fantastiques d&#232;s l&#8217;&#233;poque d&#8217;Edo (qui commence vers 1600) jusqu&#8217;&#224; Sadako, l&#8217;h&#233;ro&#239;ne &#224; la chevelure noire de jais qui jaillit de la t&#233;l&#233;vision dans le film Ring d&#8217;Hideo Nakata, lui-m&#234;me tir&#233; du roman homonyme de Koji Suzuki.<\/p>\n<p>&#171; Si l&#8217;on veut trouver une particularit&#233; au cas japonais, c&#8217;est peut-&#234;tre dans le fait que les productions artistiques en rapport avec les cr&#233;atures surnaturelles sont souvent d&#8217;une grande qualit&#233;, note Fran&#231;ois Mac&#233;, professeur &#233;m&#233;rite de civilisation japonaise &#224; l&#8217;Institut national des langues et civilisations orientales. Il suffit de regarder les estampes de Kuniyoshi, d&#8217;Hokusai ou les nouvelles Contes de pluie et de lune &#233;crites par Ueda Akinari [adapt&#233;es &#224; l&#8217;&#233;cran par Kenji Mizoguchi sous le titre Les Contes de la lune vague apr&#232;s la pluie] pour le comprendre. La litt&#233;rature fantastique reste pour nous un genre mineur. Ce n&#8217;est pas le cas au Japon. &#187;<\/p>\n<p>Parmi la faune de l&#233;gendes qui hante la for&#234;t d&#8217;Aokigahara, on trouve des grandes chauves-souris cannibales, des gobelins, des monstres et autres compagnons de rando. Vous h&#233;sitez &#224; aller y faire un tour? &#171; Il y a au Japon des arbres sacr&#233;s, entour&#233;s de corde de paille de riz et abritant des Teng&#251;, des &#234;tres assez inqui&#233;tants, croisements de l&#8217;homme et du corbeau. Mais m&#234;me les Teng&#251; ne sont pas fonci&#232;rement mauvais &#187;, tente de rassurer Fran&#231;ois Mac&#233;. <br \/><strong><br \/>\nUn triangle des Bermudes<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads4\/iulie\/2\/16504\/16504_5.jpg\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"332\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>&#171; Aokigahara est une destination &#224; part. Quand j&#8217;y ai mis les pieds, j&#8217;ai d&#8217;embl&#233;e senti que la for&#234;t &#233;tait sp&#233;ciale, hant&#233;e&#8230; &#187;, se souvient Pieter Ten Hoopen, qui y a r&#233;alis&#233; un reportage pour l&#8217;agence VU en 2012. Pour ne pas s&#8217;y perdre, le photographe n&#233;erlandais a d&#251; avoir recours aux conseils d&#8217;Azusa Hayano, un g&#233;ologue qui conna&#238;t la for&#234;t comme sa poche et qui y a sauv&#233; d&#8217;ailleurs quelques candidats au dernier saut.<\/p>\n<p>&#171; C&#8217;&#233;tait primordial car les GPS ne fonctionnent pas &#224; l&#8217;int&#233;rieur, les t&#233;l&#233;phones non plus. Parmi les corps retrouv&#233;s dans la for&#234;t, plusieurs sont ceux de randonneurs &#233;gar&#233;s. &#187;<\/p>\n<p>Une d&#233;tox digitale niveau expert, forc&#233;e par les origines de la for&#234;t, n&#233;e d&#8217;une coul&#233;e de lave au IXe si&#232;cle. Les m&#233;taux ferreux contenus dans la roche volcanique rendent encore aujourd&#8217;hui toute boussole caduque, d&#8217;autant que le caract&#232;re r&#233;p&#233;titif du paysage et l&#8217;impossibilit&#233; d&#8217;apercevoir le soleil depuis certains endroits perturbent le sens de l&#8217;orientation. &#171; La lave renfermait par ailleurs des bulles de gaz qui se sont &#233;chapp&#233;es lors de la phase de solidification en cr&#233;ant des formes &#233;tranges, fig&#233;es lors du refroidissement, et de nombreuses cavit&#233;s qui se r&#233;v&#232;lent dangereuses &#187;, pr&#233;vient R&#233;mi Scoccimarro. Bref, n&#8217;y jouez pas &#224; cache-cache, vous risqueriez de perdre pour de bon.<\/p>\n<p><strong>yogaesoteric<br \/>\n13 juillet 2018<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si, comme certains urbains install&#233;s dans le b&#233;ton depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations, vous ne supportez la for&#234;t qu&#8217;en fond d&#8217;&#233;cran ; qu&#8217;au milieu des arbres et des insectes vous avez l&#8217;impression de rejouer Predator, le matos pour se d&#233;fendre en moins, et que surtout, jamais au grand jamais, vous n&#8217;accepteriez d&#8217;aller chercher du petit bois pour [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[1303],"tags":[],"class_list":["post-12444","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-3495-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12444","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12444"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12444\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12444"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12444"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12444"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}