{"id":142587,"date":"2023-12-18T11:21:02","date_gmt":"2023-12-18T11:21:02","guid":{"rendered":"https:\/\/yogaesoteric.net\/?p=142587"},"modified":"2024-01-05T15:30:19","modified_gmt":"2024-01-05T15:30:19","slug":"la-verite-et-la-raison-ne-sont-pas-des-opinions-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/la-verite-et-la-raison-ne-sont-pas-des-opinions-3\/","title":{"rendered":"La v\u00e9rit\u00e9 et la raison ne sont pas des opinions (3)"},"content":{"rendered":"<p>Lisez <a href=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/la-verite-et-la-raison-ne-sont-pas-des-opinions-2\/\">la deuxi\u00e8me partie<\/a> de cet article<\/p>\n<p><strong> 2. Th\u00e9orie scotiste de la connaissance du r\u00e9el<\/strong><\/p>\n<p><strong>2.1.<\/strong>\u00a0<strong>Fonction s\u00e9miotique de la connaissance du r\u00e9el<\/strong><\/p>\n<p>Les th\u00e9ories scolastiques de la connaissance jouent un r\u00f4le pivotal peu connu, en dehors des orbites sp\u00e9cialis\u00e9s, dans l\u2019histoire du d\u00e9veloppement de la philosophie occidentale portant sur les rapports de l\u2019ontologie, de la logique et des th\u00e9ories s\u00e9mantiques \u2013 en vue, notamment, de comprendre les m\u00e9canismes du fonctionnement anti-hermog\u00e9nien ou cratylien du langage dans son rapport au monde extralinguistique des quiddit\u00e9s objectives. La Renaissance et les th\u00e9ories modernes forg\u00e9es au feu du positivisme logique auront pour effet d\u2019obscurcir, de d\u00e9former ou encore de faire oublier cette conciliation et les fruits intellectuels qui en d\u00e9coul\u00e8rent, sous pr\u00e9texte d\u2019obsolescence du paradigme m\u00e9taphysique pr\u00e9moderne.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-142597\" src=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_1.jpg\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"412\" srcset=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_1.jpg 560w, https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_1-300x221.jpg 300w, https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_1-86x64.jpg 86w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/>En r\u00e9alit\u00e9, la Renaissance (ayant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la rh\u00e9torique \u00e0 la logique) comme le positivisme (ayant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019axiomatisme fonctionnel \u00e0 la s\u00e9mantique extra-fonctionnel) ne seront jamais enclins \u00e0 faire justice, par pr\u00e9jug\u00e9 autant que par ignorance, \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage scolastique en ces mati\u00e8res. Deux grands domaines de recherche sur la fonction, les m\u00e9canismes, et les limites verbo-conceptuelles de la connaissance et de sa transmission ont n\u00e9anmoins int\u00e9ress\u00e9 les grands penseurs de l\u2019\u00e8re m\u00e9di\u00e9vale, en prise avec la mise en \u0153uvre d\u2019outils d\u2019analyse visant \u00e0 mieux saisir les rapports \u00e0 la fois extra et intralinguistiques entre objets ext\u00e9rieurs (<em>res<\/em>), concepts ou repr\u00e9sentations dans la sph\u00e8re de la conscience (<em>passiones mentis<\/em>), mots parl\u00e9s (<em>voces<\/em>) et mots \u00e9crits (<em>scripta<\/em>) : ceux de la th\u00e9orie logique de la supposition s\u2019appuyant sur la th\u00e9orie al\u00e9thique de l\u2019ad\u00e9quation entre la pens\u00e9e (informant le langage de l\u2019int\u00e9rieur) et le monde (informant ce m\u00eame langage de l\u2019ext\u00e9rieur moyennant ses donn\u00e9es quidditatives) \u2013 th\u00e9orie dite \u00ab traditionnelle \u00bb, pour la distinguer du paradigme, cher \u00e0 l\u2019empirisme logique, de la v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 l\u2019analyse de la signification des \u00e9nonc\u00e9s (Carnap, Quine, A. J. Ayer).<\/p>\n<p>Au Moyen-\u00c2ge, la notion de signification, l\u2019objet dynamique de l\u2019\u00e9tude de la s\u00e9miotique, est pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9finie. Contrairement \u00e0 la s\u00e9miotique postmoderne, si marqu\u00e9e par l\u2019influence proto-wokiste du structuralisme, l\u2019analyse s\u00e9miotique d\u2019inspiration m\u00e9di\u00e9vale porte une grande attention \u00e0 la langue 1) en tant que syst\u00e8me de signes ontologiquement \u00ab aptes \u00bb \u00e0 \u00ab s\u00e9miotiser \u00bb le \u00ab verbe \u00bb fondamental des choses par le biais de la fonction s\u00e9mantique de l\u2019intelligence elle-m\u00eame ; et 2) en tant que m\u00e9diatrice fondamentale de communication et de transmission de la <em>sign-ification<\/em>. Signifier <em>x<\/em>, c\u2019est donc \u00e9tablir la compr\u00e9hension de cet <em>x<\/em>, moyennant la fonction symbolique d\u2019un signe ou d\u2019un objet capable de le pr\u00e9sentifier \u00e0 l\u2019intelligence. Saint Augustin le synth\u00e9tise d\u00e9j\u00e0 dans son <em>De doctrina christiana<\/em>, en soulignant : \u00ab<em>[qu\u2019] un signe est une chose qui, par elle-m\u00eame, fait passer \u00e0 la connaissance [\u00e0 la pens\u00e9e] quelque chose d\u2019autre que l\u2019impression qu\u2019elle produit sur les sens<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Plus tard, avec la mont\u00e9e graduelle du nominalisme sur le plan des th\u00e9ories s\u00e9mantiques et de la logique, cette d\u00e9finition cardinale commencera \u00e0 c\u00e9der la place \u00e0 la conception selon laquelle, en termes linguistiques, une chose peut tout-\u00e0-fait constituer un signe d\u2019elle-m\u00eame, un signe autor\u00e9f\u00e9rent sans contenu particulier (autre que celui de sa fonction grammaticale, comme, par exemple, telle formule d\u2019un algorithme rigoureusement d\u00e9termin\u00e9 dans sa fonctionnalit\u00e9 infra-s\u00e9mantique par les r\u00e8gles du syst\u00e8me axiomatique dont elle d\u00e9rive).<\/p>\n<p>Pour les s\u00e9mioticiens et logiciens scolastiques (nous simplifions \u00e0 dessein), les <em>passiones mentis<\/em> (ou concepts) remplissent la fonction de termes (en tant que <em>verba intus<\/em>), au m\u00eame titre que les termes parl\u00e9s (<em>verba vocale<\/em>) et \u00e9crits (<em>scripta<\/em>). Mais, au lieu de consister en termes de la langue parl\u00e9e ou \u00e9crite, ils fonctionnent comme des termes relevant du langage de la conscience. Pour eux, le langage de la conscience est la v\u00e9ritable forme de langage naturel caract\u00e9ris\u00e9e par la marque non filtr\u00e9e de la signification (alors qu\u2019un terme parl\u00e9 constitue un \u00e9nonc\u00e9 signifiant par mode de convention). Ce pourquoi Jean Buridan, figure (nominaliste) de proue de la logique et de la s\u00e9miotique scolastique, consid\u00e9rera que les termes parl\u00e9s et \u00e9crits sont \u00ab subordonn\u00e9s aux concepts \u00bb (voir ses <em>Sophismata<\/em> et ses <em>Summulae de dialectica<\/em>). Dans cette optique, qu\u2019ils soient r\u00e9alistes ou nominalistes (encore une fois nous simplifions \u00e0 dessein), ils distinguent trois niveaux de langage : parl\u00e9, \u00e9crit, langage de la conscience. Divergentes positions existent, qu\u2019il nous est impossible d\u2019examiner ici, quant aux relations \u00e0 \u00e9tablir entre, langage parl\u00e9, langage \u00e9crit et langage de la conscience; ou quant \u00e0 la question de savoir si les mots (noms ou adjectifs parl\u00e9s et \u00e9crits) signifient des concepts, ou des choses r\u00e9elles, ou encore des formes (<em>species intelligibilis<\/em>) pr\u00e9sentes dans l\u2019\u00e2me humaine ; ou encore de savoir si la forme (l\u2019\u00ab <em>esp\u00e8ce intellectuelle<\/em> \u00bb) engendr\u00e9e dans l\u2019intelligence pr\u00e9c\u00e8de l\u2019acte de compr\u00e9hension ; ou, par contraste, si elle est quelque chose de model\u00e9 \u00e0 travers l\u2019acte de compr\u00e9hension lui-m\u00eame, etc.<\/p>\n<figure id=\"attachment_142591\" aria-describedby=\"caption-attachment-142591\" style=\"width: 560px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-142591\" src=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_3.jpg\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"426\" srcset=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_3.jpg 560w, https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_3-300x228.jpg 300w, https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_3-86x64.jpg 86w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-142591\" class=\"wp-caption-text\">Jean Duns Scot<\/figcaption><\/figure>\n<p>Duns Scot en particulier, faisant la distinction entre <em>cognition intuitive<\/em> (suscit\u00e9e par les mots parl\u00e9s et \u00e9crits) et <em>cognition abstraite<\/em> (suscit\u00e9e par l\u2019entremise s\u00e9mantique de la conceptualisation), estime que les mots signifient, en eux-m\u00eames (la plupart du temps), des concepts. Mais il consid\u00e8re que la signification, allant des signes externes aux signes internes, constitue une relation transitive. Par exemple, nous entendons un mot. Il va signifier le concept qui s\u2019y rapporte au plan cognitif s\u00e9mantique, ce qui signifie que le concept na\u00eet \u00e0 l\u2019esprit qui le pense. Mais ce concept, dans l\u2019ordre du langage de la conscience, en vient lui aussi \u00e0 signifier autre chose que lui-m\u00eame, \u00e0 savoir la r\u00e9alit\u00e9 extralinguistique dont il d\u00e9signe cognitivement la quiddit\u00e9, de sorte que le mot original nous am\u00e8ne aussi, indirectement, \u00e0 penser \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 extrins\u00e8que.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi il est crucial de ne pas consid\u00e9rer la signification en termes s\u00e9miotiques contemporains, comme une \u00ab r\u00e9f\u00e9rence \u00bb ou un \u00ab sens \u00bb. La r\u00e9f\u00e9rence et le sens ne sont pas des \u00e9tapes proprement transitives de la connaissance du r\u00e9el \u2013 ce qui explique qu\u2019on en reste, avec le constructivisme postmoderne, \u00e0 des r\u00e9f\u00e9rences strictement chim\u00e9riques, \u00ab wokites \u00bb, irr\u00e9elles (dont le sens se fige dans l\u2019irr\u00e9alit\u00e9). La signification, par nature intellectuellement dynamique, l\u2019est par sa fonction ins\u00e9parablement naturelle (par la cin\u00e9matique de la cognition humaine aboutissant \u00e0 l\u2019intellection r\u00e9elle) et culturelle (par l\u2019institution des mots).<\/p>\n<p>La signification s\u00e9miotique, au sens scolastique, est donc un type particulier de relation causale : signifier <em>x<\/em>, c\u2019est faire penser \u00e0 cet <em>x<\/em>. La signification est donc tout aussi transitive que l\u2019est le type de causalit\u00e9 applicable ici. Nous voyons, par exemple, tel mot \u00e9crit ; et il nous fait penser et entendre le mot parl\u00e9 correspondant. Ce mot parl\u00e9, d\u00e9sormais s\u00e9mantiquement int\u00e9rioris\u00e9, nous fait \u00e0 son tour penser et concevoir le concept qui lui correspond et qui, <em>in fine<\/em>, nous fait penser \u00e0 ce dont il est le concept. C\u2019est ce que nous appelons ici la fonction s\u00e9miotique de la connaissance du r\u00e9el, fonction faisant cruellement d\u00e9faut \u00e0 la triste postmodernit\u00e9\u2026<\/p>\n<p><strong>2.2.<\/strong>\u00a0<strong>Logique de la supposition et th\u00e9orie scotiste de la connaissance du r\u00e9el<\/strong><\/p>\n<p>Rappelons d\u2019abord que Jean Duns Scot, philosophe et th\u00e9ologien m\u00e9di\u00e9val ayant v\u00e9cu entre la fin du XIIIe si\u00e8cle et le d\u00e9but du XIVe si\u00e8cle, est reconnu comme l\u2019une des figures les plus influentes de la grande p\u00e9riode de floraison intellectuelle m\u00e9di\u00e9vale dite de la scolastique, son \u0153uvre rev\u00eatant plusieurs caract\u00e9ristiques d\u00e9cisives qui la rapprochent mais la distinguent \u00e9galement de celles de ses non moins prestigieux contemporains et pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Notre objectif n\u2019est certes pas de passer ici en revue les principaux \u00e9l\u00e9ments et volets des travaux inachev\u00e9s du grand franciscain \u00e9cossais, qui sera \u00e9galement d\u00e9sign\u00e9 par le titre de <em>Doctor subtilis<\/em> (\u00ab Docteur subtil \u00bb). Cet accent plac\u00e9 sur la subtilit\u00e9 et la pr\u00e9cision de la pens\u00e9e deviendra en effet l\u2019une des signatures de la m\u00e9thode philosophique scotiste.<\/p>\n<p>Nous signalerons simplement que la d\u00e9monstration scotiste relative \u00e0 l\u2019in\u00e9vitabilit\u00e9 de l\u2019existence de Dieu \u2013 passant de pr\u00e9misses logiques \u00e0 l\u2019efficience consid\u00e9r\u00e9e comme une propri\u00e9t\u00e9 m\u00e9taphysique (plut\u00f4t que physique) pour aboutir rigoureusement \u00e0 la premi\u00e8re cause efficiente (<em>primum efficiens<\/em>\/<em>agens<\/em>), laquelle est aussi la fin ultime (l\u2019objectif dernier et concomitamment le terme premier de la s\u00e9rie des existants se d\u00e9clinant sous l\u2019angle de la causalit\u00e9 finale) et la nature la plus parfaite (l\u2019objet divin connu sous l\u2019angle de l\u2019excellence supr\u00eame, ou pr\u00e9\u00e9minence) \u2013 est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des contributions les plus remarquables jamais apport\u00e9es par la pens\u00e9e au domaine de la th\u00e9ologie naturelle (discipline partant, sans r\u00e9f\u00e9rence confessionnelle \u00e0 une r\u00e9v\u00e9lation, des seules donn\u00e9es, mat\u00e9rielles et immat\u00e9rielles de la structure du monde). Duns Scot arrivera \u00e0 plusieurs conclusions convergentes au prix d\u2019une argumentation admirablement \u00e9labor\u00e9e, dont celle qui consiste \u00e0 prouver l\u2019impossibilit\u00e9 (tant logique qu\u2019ontologique) d\u2019une s\u00e9rie ascendante infinie, donc la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une causalit\u00e9 efficiente premi\u00e8re.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-142600\" src=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_2-1.jpg\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"372\" srcset=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_2-1.jpg 560w, https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_2-1-300x199.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/>Le grand m\u00e9rite de l\u2019argumentation scotiste tient \u00e0 son fondement doublement logique et m\u00e9taphysique, \u00e9tablissant la primaut\u00e9 d\u2019un \u00catre (qui est la fois premier Agent, Objet final, et Bont\u00e9 supr\u00eame) selon le triple ordre de la causalit\u00e9 efficiente ; de la causalit\u00e9 finale ; et de la pr\u00e9\u00e9minence de nature (<em>suprema<\/em>\/<em>eminens<\/em>\u00a0<em>natura<\/em>). De l\u00e0, la d\u00e9monstration du Ma\u00eetre franciscain se d\u00e9cline de mani\u00e8re \u00e0 faire ressortir l\u2019implication mutuelle des trois ordres de la preuve d\u00e9j\u00e0 mise en \u0153uvre : un \u00catre dont on a \u00e9tabli la primaut\u00e9 sous l\u2019angle de l\u2019une de ces trois voies ne peut pas ne pas l\u2019\u00eatre \u00e9galement sous l\u2019angle des deux autres. En outre, le Docteur mineur soutient qu\u2019un tel \u00catre, r\u00e9pondant par nature aux exigences logiques et m\u00e9taphysiques de la triple primaut\u00e9 (<em>triplicem primitatem<\/em>) qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9, ne peut pas ne pas poss\u00e9der l\u2019intelligence et la volont\u00e9, dans un rapport d\u2019identit\u00e9 absolue de ces deux actes \u00e0 Sa propre et indivisible essence divine (contrairement \u00e0 ce qu\u2019avance une conception naturaliste de \u00ab Dieu \u00bb comme quelque entit\u00e9 sous-personnelle, telle une \u00ab force \u00bb ou quelque autre chim\u00e8re de ce type). L\u2019infinit\u00e9 d\u2019un tel premier Agent \u2013 qui est aussi Fin ultime et Bont\u00e9 pr\u00e9\u00e9minente \u2013 en d\u00e9coule ; tout comme le fait qu\u2019il ne peut exister qu\u2019un seul \u00catre de cette nature.<\/p>\n<p>Il importait d\u2019au moins faire mention de cette dimension fondatrice du scotisme et de son rapport sp\u00e9cifique aux deux domaines r\u00e9ciproques de la pens\u00e9e objective et de la r\u00e9alit\u00e9 pensable \u2013 ultimement de la r\u00e9alit\u00e9 divine \u00e0 la source de la r\u00e9alit\u00e9 totale du monde.<\/p>\n<p>La logique de la supposition est une composante de base de la th\u00e9orie scotiste de la connaissance du r\u00e9el. Avec le Docteur subtil, elle va participer \u00e0 un r\u00e9alisme m\u00e9diant, consistant dans l\u2019expression de l\u2019existence r\u00e9elle de concepts g\u00e9n\u00e9raux moyennant leur supposition diff\u00e9renci\u00e9e \u00e0 travers le support du mot parl\u00e9\/ou \u00e9crit et de sa signification concr\u00e9tis\u00e9e dans l\u2019objet r\u00e9el d\u00e9sign\u00e9. Elle tente donc de clarifier le probl\u00e8me s\u00e9miotique de la signification des termes du discours logiquement organis\u00e9 en propositions, en analysant de mani\u00e8re \u00ab quantitative \u00bb la fonction et l\u2019usage des mots \u2013 autrement dit la mani\u00e8re dont les mots et les concepts logiquement arrang\u00e9es se rapportent aux r\u00e9alit\u00e9s individuelles et g\u00e9n\u00e9rales, en l\u2019absence de techniques modernes de quantification. Elle permet en outre de distinguer entre diff\u00e9rents types de suppositions, notamment la supposition mat\u00e9rielle (r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des objets concrets), la supposition formelle (r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des concepts abstraits mais \u00ab simples \u00bb dans leur universalit\u00e9) et la supposition personnelle (r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des individus particuliers). On dira par exemple, en consid\u00e9rant la proposition \u00ab l\u2019homme regarde <em>x <\/em>\u00bb, que le terme \u00ab homme \u00bb assume une supposition personnelle, sans autre signification que celle d\u2019un signifiant singulier dans son rapport \u00e0 telle autre r\u00e9alit\u00e9 individu\u00e9e \u00ab <em>x <\/em>\u00bb ; et qu\u2019il assume une supposition simple lorsque l\u2019on dit : \u00ab l\u2019homme est une esp\u00e8ce \u00bb. C\u2019est dans ce dernier cas que le terme \u00ab homme \u00bb se r\u00e9f\u00e8re (par supposition formelle) \u00e0 ce qu\u2019il signifie ontologiquement. Le terme \u00ab homme \u00bb signifie ici une esp\u00e8ce universelle, plus pr\u00e9cis\u00e9ment une nature stable r\u00e9pondant \u00e0 une d\u00e9finition pr\u00e9cise (<em>ad id quod est<\/em>). La signification ici renvoie \u00e0 l\u2019op\u00e9ration de pr\u00e9sentation cognitive de la forme d\u2019un r\u00e9f\u00e9rent universel \u00e0 l\u2019intellect par supposition formelle, en vue d\u2019en d\u00e9signer l\u2019actualisation, par mode de supposition personnelle, dans des cas particuliers. On retrouve ce positionnement \u00e9pist\u00e9mologique, jouant sur la fonction diff\u00e9renci\u00e9e de la supposition pour faire correspondre les caract\u00e9ristiques s\u00e9mantiques du discours et la r\u00e9alit\u00e9 signifi\u00e9e \u00e0 la fois au plan psychologique et au plan d\u00e9signatif verbalis\u00e9, dans les travaux d\u2019auteurs contre-nominalistes, notamment ceux d\u2019Henri de Gand (avant Duns Scot) et de Walter Burley. Burley, par exemple, diff\u00e9renciera la port\u00e9e d\u2019une expression, signifi\u00e9e par sa forme universelle, de son \u00ab extension \u00bb \u00e0 travers les individus instanciant la premi\u00e8re.<\/p>\n<figure id=\"attachment_142588\" aria-describedby=\"caption-attachment-142588\" style=\"width: 560px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-142588\" src=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_4.jpg\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"517\" srcset=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_4.jpg 560w, https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/142587_4-300x277.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-142588\" class=\"wp-caption-text\">Walter Burley<\/figcaption><\/figure>\n<p>Chez Duns Scot, le cadre g\u00e9n\u00e9ral de la supposition logique relatif \u00e0 la connaissance du r\u00e9el est assez clairement corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 celui de la th\u00e9ologie de la Cr\u00e9ation mise en avant par la tradition franciscaine et conf\u00e9rant \u00e0 l\u2019exemplarit\u00e9 le r\u00f4le pr\u00e9\u00e9minent dans l\u2019ordre de la connaissance de la nature d\u2019un <em>x<\/em> amen\u00e9 \u00e0 l\u2019existence actuelle. Dans Son rapport \u00e0 la Cr\u00e9ation, Dieu, en tant que cause efficiente, ne produit pas seulement telle \u0153uvre cr\u00e9\u00e9e en lui conf\u00e9rant une existence r\u00e9elle ; en tant que cause exemplaire, Il l\u2019\u00e9tablit dans l\u2019\u00eatre essentiel en lui conf\u00e9rant une nature d\u00e9finie (source fixe de sa d\u00e9finition). En raison de cette relation \u00e0 l\u2019intellect divin (relation de raison insistera le Docteur subtil), une chose cr\u00e9\u00e9e est dite poss\u00e9der la certitude d\u2019une quiddit\u00e9 r\u00e9elle (<em>quiditatem rei<\/em>) et est par cons\u00e9quent d\u00e9finie comme telle, ontologiquement comme \u00e9pist\u00e9mologiquement. Sur ce mod\u00e8le fondateur, la connaissance du monde r\u00e9el passe ainsi par une mise en rapport de l\u2019objet et de l\u2019intelligence qui reproduit, par analogie, la double causalit\u00e9 efficiente et exemplaire qui pr\u00e9side \u00e0 la quiddit\u00e9 et \u00e0 l\u2019existence actuelle de l\u2019objet. En th\u00e9orie scotiste de la connaissance, pour comprendre le monde r\u00e9el, il est essentiel que l\u2019intelligence saisisse (causalement) la mani\u00e8re dont les termes linguistiques se rapportent aux objets de la connaissance \u2013 en se les signifiant plus distinctement, en tant qu\u2019objets formels, qu\u2019ils ne peuvent eux-m\u00eames \u00eatre directement saisis en tant que r\u00e9alit\u00e9s objectives (comme cela est le cas, \u00e9minemment, de la signification et de la conception de l\u2019essence divine, y compris par le profane qui parle sans m\u00eame conna\u00eetre Dieu). Il faut donc qu\u2019agisse une forme analogique de l\u2019efficience causative dans la signification active, qui ne cause certes pas l\u2019objet de la connaissance, mais le d\u00e9signe intelligiblement, par conformit\u00e9 au <em>fait<\/em> de son existence ; ainsi qu\u2019une forme analogique de l\u2019exemplarit\u00e9 causative dans le rapport de certitude de l\u2019intelligence se conformant \u00e0 la <em>nature<\/em> de l\u2019objet de la connaissance.<\/p>\n<p>La connaissance du r\u00e9el passe donc par ce double jeu de conformit\u00e9 intellectuelle \u00e0 l\u2019existence factuelle et \u00e0 l\u2019essence d\u00e9finitionnelle de la chose connue par l\u2019intelligence actualis\u00e9e du sujet connaissant, s\u2019appuyant sur la structure s\u00e9miotique de son langage conceptuel et verbal pour d\u00e9signer, signifier, et communiquer ce qui est <em>objectivement<\/em> saisi en tant qu\u2019objet formel \u2013 comme nous allons le voir plus avant dans la section suivante. R\u00e9capitulons d\u2019abord notre propos quant \u00e0 ce qu\u2019est et ce qu\u2019accomplit la supposition logique dans le cadre scotiste d\u2019une th\u00e9orie r\u00e9aliste (dite \u00ab mod\u00e9r\u00e9e \u00bb) de la connaissance.<\/p>\n<p>L\u2019arri\u00e8re-plan intellectuel de la th\u00e9orie scotiste de la connaissance s\u2019articule autour d\u2019une question \u00e9pist\u00e9mologique centrale : si nous ne pouvons trouver rien de commun ou d\u2019universel qui puisse r\u00e9ellement correspondre \u00e0 nos concepts g\u00e9n\u00e9raux et \u00e0 nos noms communs dans le domaine de la r\u00e9alit\u00e9 objective de la connaissance (<em>extra mentem<\/em>), quel crit\u00e8re doit-on alors invoquer et retenir aux fins d\u2019expliquer la formation de ces objets formels linguistiques, conceptuels (<em>in mente<\/em>) et nominaux (<em>ex ordine nominum<\/em>) ? Si font d\u00e9faut de tels r\u00e9f\u00e9rents corollaires de nos signes dans la sph\u00e8re de la conscience et verbaux (autrement dit, si l\u2019existence de ces objets irr\u00e9ductibles \u00e0 ce que nous pouvons simplement penser et dire n\u2019est pas une r\u00e9f\u00e9rence r\u00e9elle), peut-on encore tenir notre pr\u00e9tendue \u00ab connaissance du monde \u00bb pour autre chose qu\u2019une vaste <em>m\u0101y\u0101<\/em> projective ?<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019\u00e9cueil qu\u2019entend \u00e9luder le Docteur franciscain, accompagn\u00e9 d\u2019autres grandes figures de l\u2019\u00e8re scolastique issues de ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui le \u00ab r\u00e9alisme mod\u00e9r\u00e9 \u00bb, par la supposition logique et par la distinction entre objet formel et r\u00e9alit\u00e9 objective de la connaissance, que nous allons succinctement rappeler dans la section suivante.<\/p>\n<p>Lisez <a href=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/la-verite-et-la-raison-ne-sont-pas-des-opinions-4\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><u>la quatri\u00e8me partie<\/u><\/a> de cet article<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>yogaesoteric<br \/>\n18 d\u00e9cembre 2023<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lisez la deuxi\u00e8me partie de cet article 2. Th\u00e9orie scotiste de la connaissance du r\u00e9el 2.1.\u00a0Fonction s\u00e9miotique de la connaissance du r\u00e9el Les th\u00e9ories scolastiques de la connaissance jouent un r\u00f4le pivotal peu connu, en dehors des orbites sp\u00e9cialis\u00e9s, dans l\u2019histoire du d\u00e9veloppement de la philosophie occidentale portant sur les rapports de l\u2019ontologie, de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[825],"tags":[],"class_list":["post-142587","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-societe-1602-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/142587","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=142587"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/142587\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":143163,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/142587\/revisions\/143163"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=142587"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=142587"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=142587"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}