{"id":15216,"date":"2019-11-18T18:11:44","date_gmt":"2019-11-18T18:11:44","guid":{"rendered":"http:\/\/dev.yogaesoteric.net\/demasquer-la-maconnerie-fr\/sur-la-perverse-manipulation-maconnique-3480-fr\/les-medias-et-la-verite-le-grand-mensonge\/"},"modified":"2019-11-18T18:11:44","modified_gmt":"2019-11-18T18:11:44","slug":"les-medias-et-la-verite-le-grand-mensonge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/les-medias-et-la-verite-le-grand-mensonge\/","title":{"rendered":"Les m\u00e9dias et la v\u00e9rit\u00e9, le grand mensonge"},"content":{"rendered":"<p align=\"right\">\n    \n  <\/p>\n<p align=\"right\">Par Vivien Hoch, Docteur en philosophie <\/p>\n<p align=\"justify\">La devise du New York Times &#233;nonce : &#171; Toutes les nouvelles qui m&#233;ritent d&#8217;&#234;tre imprim&#233;es &#187;. Il n&#8217;y a rien de plus faux. Chaque jour, le journaliste d&#233;termine ce qui est important, ce que nous devrions savoir. Il fait le tri entre les informations et choisit la mani&#232;re de les pr&#233;senter. <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/noiembrie%202019\/18\/21339_1.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<p align=\"justify\">Les journalistes des grands journaux se targuent de ma&#238;triser leurs pr&#233;jug&#233;s et de fournir une information &#171; experte &#187;. &#171; Ils se voient comme les d&#233;fenseurs des valeurs occidentales progressistes, nous prot&#233;geant des nouvelles qui ne m&#233;ritent pas d&#8217;&#234;tre imprim&#233;es, pornographie, propagande ou publicit&#233;s d&#233;guis&#233;es en informations. Tels des conservateurs de mus&#233;e, les r&#233;dacteurs du NYT organisent notre vision du monde &#187;, &#233;crit Scott Galloway, professeur &#224; la New York University, qui a &#233;t&#233; au comit&#233; de direction du New York Times [1]. &#171; Lorsqu&#8217;ils s&#233;lectionnent les informations qui feront la une, ils &#233;tablissent le programme des journaux radio et t&#233;l&#233;vis&#233;s, la vision dominante de l&#8217;actualit&#233; partag&#233;e par la plan&#232;te &#187;. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Eug&#233;nisme m&#233;diatique<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Cette emprise des grands m&#233;dias sur l&#8217;agenda d&#233;mocratique, ce d&#233;pistage des &#233;v&#233;nements avant qu&#8217;ils ne naissent comme information, tout cela constitue un eug&#233;nisme m&#233;diatique. Ne naissent que les informations s&#233;lectionn&#233;es ; les autres sont &#233;cart&#233;es, supprim&#233;es, pass&#233;es sous silence. C&#8217;est une ontologie de la radiographie : tout &#233;v&#233;nement est transform&#233; en fonction de l&#8217;&#233;clairage &#8211; ou de l&#8217;obscurit&#233; &#8211; qu&#8217;on lui donne. On ne peut pas comprendre le contexte g&#233;n&#233;ral de Fake news, sans parler des Ghost news (nouvelles fant&#244;mes), ces &#233;v&#233;nements ou ces propositions (partis politiques, mobilisations, associations) d&#233;laiss&#233;s par les m&#233;dias nationaux, pass&#233;es sous les lumi&#232;res m&#233;diatiques, devenues par-l&#224; fantomatiques. Il y a pire que d&#8217;&#234;tre roul&#233; dans la boue par les m&#233;dias : il y a le fait de ne m&#234;me pas avoir d&#8217;existence &#224; leurs yeux, ce qui bloque toute possibilit&#233; de participer au d&#233;bat d&#233;mocratique. <\/p>\n<p align=\"justify\">Au fond, comme l&#8217;&#233;crit Umberto Eco, la t&#233;l&#233;vision &#171; parle de moins en moins du monde ext&#233;rieur. Elle parle d&#8217;elle-m&#234;me et du contact qu&#8217;elle est en train d&#8217;&#233;tablir avec son public. &#187; [2]. Elle tente de survivre au pouvoir d&#8217;un t&#233;l&#233;spectateur qui est devenu actif, en devant plus agressive, en parlant plus d&#8217;elle-m&#234;me. Cela se traduit dans les d&#233;bats TV qui commentent l&#8217;actualit&#233; : les journalistes invitent des&#8230; journalistes pour discuter des th&#232;mes choisis par des&#8230; journalistes. Nulle part n&#8217;intervient le monde ext&#233;rieur. Nulle part un micro est tendu en-dehors de la sph&#232;re m&#233;diatique. L&#8217;un des signes de la radicalisation des m&#233;dias est cet enfermement sur soi-m&#234;me, cet entre-soi, qui contredisent l&#8217;essence m&#234;me du m&#233;dia &#8211; &#234;tre un m&#233;diateur. <\/p>\n<p align=\"justify\">Cet enfermement m&#233;diatique remet en question profond&#233;ment le fonctionnement d&#233;mocratique. Le d&#233;bat se d&#233;roule sur le terrain m&#233;diatique, qui est le lieu de confrontation des paroles et des v&#233;cus. Les m&#233;dias vivent cette mission avec une contradiction int&#233;rieure, une double injonction. D&#8217;une part le journaliste veut rendre compte des faits le plus loyalement possible, d&#8217;autre part il se doit de respecter les versions des uns et des autres, parfois multiples et contradictoires, d&#8217;un m&#234;me fait. Dans cette contradiction, le pouvoir m&#233;diatique a tranch&#233; : il est le garant de la v&#233;racit&#233; des d&#233;bats parce qu&#8217;il est l&#8217;&#171; expert des faits &#187;. Pour cela, il lutte contre les fausses informations : il fait de la &#171; v&#233;rification de faits &#187; (fact-checking). Ce qui r&#233;siste au fact-checking des m&#233;dias et des experts m&#233;diatiques est qualifi&#233; de &#171; faits alternatifs &#187; (alternative facts). Il est vrai que le politique ne s&#8217;embarrasse pas toujours du souci la v&#233;rit&#233;, et lui pr&#233;f&#232;re souvent l&#8217;efficacit&#233; et la communication : c&#8217;est le r&#232;gne de la post-v&#233;rit&#233; (post-truth).<\/p>\n<p align=\"justify\">Post-v&#233;rit&#233;, faits alternatifs et fact-checking sont les nouvelles topiques du monde m&#233;diatique. Leur signification profonde et la raison pour laquelle ils sont utilis&#233;s abondamment doivent &#234;tre connus et ma&#238;tris&#233;s. Revenons rapidement sur leur signification. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>La post-v&#233;rit&#233;, la v&#233;rit&#233; du monde<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">La notion de v&#233;rit&#233; est au c&#339;ur de notre d&#233;mocratie. Elle est le terrain de manipulation de toutes les dictatures et de tous les totalitarismes, qui pr&#233;tendent la poss&#233;der et l&#8217;imposer. Cette disputatio d&#233;mocratique ent&#233;rine le r&#232;gne de la &#171; post-v&#233;rit&#233; &#187;. Elle est aujourd&#8217;hui toujours au c&#339;ur de la guerre s&#233;mantique que se livrent une partie du peuple et le conglom&#233;rat de m&#233;dias, d&#8217;intellectuels et autres ayants-droits qui pensent pour lui. C&#8217;est surtout depuis l&#8217;apparition de Donald Trump et de ses militants que les journalistes ont commenc&#233; &#224; parler du concept de post-v&#233;rit&#233; dans le d&#233;bat politique. La post-v&#233;rit&#233;, tous les m&#233;chants la pratiquent &#8211; Donald Trump, les &#171; populistes &#187;, les r&#233;actionnaires, les conservateurs. Le r&#232;gne de la post-v&#233;rit&#233;, c&#8217;est l&#8217;apparition de personnalit&#233;s qui manipulent l&#8217;opposition en exag&#233;rant les faits, en les travestissant ou encore en les imposants. C&#8217;est aussi cette masse immense de flux d&#8217;information sur les r&#233;seaux sociaux, qui &#233;chappe au contr&#244;le des institutions et des m&#233;dias classiques. <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/noiembrie%202019\/18\/21339_2.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<p align=\"justify\">En 2016, le dictionnaire d&#8217;Oxford a d&#233;sign&#233; l&#8217;expression post-truth comme mot de l&#8217;ann&#233;e [3]. Elle est d&#233;finie comme &#171; relative aux circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d&#8217;influence sur la formation de l&#8217;opinion publique que l&#8217;appel aux &#233;motions et aux croyances personnelles &#187;. La d&#233;finition est int&#233;ressante, car elle suppose qu&#8217;une objectivit&#233; des faits est possible, et que cette objectivit&#233; a une relation sp&#233;cifique avec l&#8217;opinion publique. Evidemment, le constat d&#8217;une contestation contemporaine de l&#8217;existence d&#8217;une v&#233;rit&#233; absolue, soit le relativisme g&#233;n&#233;ralis&#233;, n&#8217;est pas nouveau. Les &#171; circonstances &#187; qui font que la v&#233;rit&#233; est devenue n&#233;gligeable, volatile, mall&#233;able, c&#8217;est notre culture toute enti&#232;re. La post-v&#233;rit&#233; est une caract&#233;ristique de notre &#233;poque toute enti&#232;re. La post-v&#233;rit&#233; est la v&#233;rit&#233; de notre monde. La Doxa, l&#8217;opinion fluide et contingente, soumise aux al&#233;as a gagn&#233; sa bataille plurimill&#233;naire contre le philosophe. <\/p>\n<p align=\"justify\">En liant la post-v&#233;rit&#233; &#224; la manipulation, les th&#233;oriciens du monde moderne ne sont pas si modernes. C&#8217;est une mani&#232;re finalement assez classique de comprendre le politique depuis Machiavel [4]. Mais il est int&#233;ressant de noter que la post-v&#233;rit&#233; est associ&#233;e &#224; la manipulation de l&#8217;opinion via les &#233;motions. Ainsi peut-on lire dans les m&#233;dias que l&#8217;ins&#233;curit&#233; n&#8217;est que &#171; ressentie &#187;, sugg&#233;rant implicitement qu&#8217;objectivement elle n&#8217;existe pas. On comprend pourquoi la r&#233;pression judiciaire s&#8217;abat sur les &#8211; phobies &#8211; techniquement des peurs, donc des sentiments, des &#233;tats &#233;motionnels. Ces derniers deviennent des faits objectifs susceptibles d&#8217;&#234;tre condamn&#233;es. Le monde du sentiment devient judiciarisable, donc contr&#244;lable. La post-v&#233;rit&#233; est en cela une condition de possibilit&#233; du biopouvoir, qui d&#233;signe l&#8217;ensemble des techniques qui &#233;tendent leur contr&#244;le sur la vie et les corps humains. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Les faits alternatifs (alternative fact) : la coexistence des contraires <\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Si on creuse l&#8217;idiosyncrasie mise en place pour d&#233;crire le r&#232;gne de la post-v&#233;rit&#233;, on rencontre l&#8217;expression de &#171; faits alternatifs &#187;. La post-v&#233;rit&#233;, c&#8217;est l&#8217;utilisation syst&#233;matique des &#171; faits alternatifs &#187; &#224; des buts politiques. Le fait alternatif est plus que la possibilit&#233; de l&#8217;erreur ou la volont&#233; de mentir : c&#8217;est la substitution coercitive d&#8217;une version des faits sur une autre. Une interpr&#233;tation chasse l&#8217;autre, une version &#233;touffe les autres versions, la coexistence des interpr&#233;tations est impossible. <\/p>\n<p align=\"justify\">Un fait alternatif n&#8217;est pas une erreur, c&#8217;est la possibilit&#233; ouverte qu&#8217;un fait soit autrement qu&#8217;il n&#8217;est r&#233;ellement. Le concept de &#171; faits alternatifs &#187; veut dire non pas qu&#8217;il y a diverses interpr&#233;tations, ou plusieurs versions des faits, mais d&#233;signe l&#8217;existence de faits et en m&#234;me temps l&#8217;existence de la possibilit&#233; qu&#8217;il y ait d&#8217;autres faits &#224; ceux-ci. Comme si la r&#233;alit&#233; poss&#233;dait plusieurs facettes, qui coexistent au m&#234;me moment, et qui sont parfois contradictoires. <\/p>\n<p align=\"justify\">En 2017, la conseill&#232;re du pr&#233;sident Trump, Kellyanne Conway, faisait r&#233;f&#233;rence &#224; Nietzsche devant la presse pour justifier que les faits que voient les journalistes ne sont peut-&#234;tre pas les faits que voient les gens. Selon le philosophe allemand, le r&#233;el est un jeu de forces contradictoires et mouvantes cr&#233;ant une multiplicit&#233;, et non une belle harmonie de &#171; faits &#187; identifi&#233;s et tri&#233;s par &#171; ceux qui savent &#187;. Tout comme Nietzsche, le trumpisme d&#233;truit le pi&#233;destal de ceux qui imposent leur version des faits ; il introduit des alternatives l&#224; o&#249; on ne nous pr&#233;sentait que l&#8217;unilat&#233;ral et le commun. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Le fact-checking : la pharmacop&#233;e du mensonge<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Chaque commentaire politique se pr&#233;sente avec une dimension heuristique, c&#8217;est-&#224;-dire de recherche de la v&#233;rit&#233;. L&#8217;expert d&#233;cr&#232;te la v&#233;rit&#233; des choses et des paroles. &#171; Ceci est vrai ou faux \/ ce qu&#8217;il dit est un mensonge ou une v&#233;rit&#233; &#187;. Les journalistes ont ainsi cr&#233;&#233; des cellules de riposte pour &#171; v&#233;rifier les faits &#187; ; autrement dit, pour dire si ce qui est dit co&#239;ncide avec leur propre version des faits, leur propre interpr&#233;tation des textes et des chiffres. Ainsi les journalistes ne sont plus les rapporteurs des faits et des paroles, leur &#233;diteurs, leurs commentateurs, mais ils sont devenus leurs juges. Les fonctionnaires du fact-checking irriguent une gigantesque pharmacop&#233;e virtuelle contre les pr&#233;tendus &#171; Fake News &#187;. <\/p>\n<p align=\"justify\">Selon eux, les populistes sont ainsi d&#233;sign&#233;s parce qu&#8217;ils travestissent les faits afin de mentir sciemment. De nombreuses personnes accusent &#224; leur tour les m&#233;dias d&#8217;&#234;tre malhonn&#234;tes et de pr&#233;senter les choses faussement. Dans cette violente dialectique, il n&#8217;y a pas de part au droit &#224; l&#8217;interpr&#233;tation. Aucune partie ne semble vouloir admettre la simple existence d&#8217;une &#171; version des faits &#187;. Ces parties se retrouvent souvent au tribunal, jug&#233;es &#224; l&#8217;aune de lois souvent liberticides, qui consacrent la judiciarisation du d&#233;bat public. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Les Ghost-news ou le pouvoir d&#8217;invisiblisation<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Dans son histoire politique de la v&#233;rit&#233;, Michel Foucault montre &#171; que la v&#233;rit&#233; n&#8217;est pas libre par nature, ni l&#8217;erreur serve, mais que sa production est tout enti&#232;re travers&#233;e par des rapports de pouvoir &#187; [5]. C&#8217;est le pouvoir, au sens large, qui impose sa version des faits avec toute la coercition dont il dispose : celle de la force en dernier lieu, pour le pouvoir politique, mais aussi celle de la masse, pour les m&#233;dias importants, celle de l&#8217;expertise &#171; irr&#233;futable &#187;, pour les experts. C&#8217;est la fameuse formule de Thomas Hobbes, dans le Leviathan : &#171; Auctoritas, non veritas facit legem &#8211; c&#8217;est l&#8217;autorit&#233; et non la v&#233;rit&#233; qui fait la loi &#187; [6]. Alors que la force est l&#8217;autorit&#233; du politique, l&#8217;irr&#233;futabilit&#233; est celle de l&#8217;expert, celle des m&#233;dias est la visibilisation. <\/p>\n<p align=\"justify\">Quand les m&#233;dias tournent en boucle sur un sujet, salissant un tel ou tel, adorant tel ou tel, la puissance est ph&#233;nom&#233;nale. Quand les m&#233;dias, &#224; l&#8217;inverse, passent volontairement sous silence un &#233;v&#233;nement, une initiative ou une d&#233;marche, il est quasiment mort-n&#233;. Les m&#233;dias ont le pouvoir de rendre visible un &#233;v&#233;nement, mais aussi de l&#8217;invisibiliser. C&#8217;est la Ghost-news. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Quelle v&#233;rit&#233; ?<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong><br \/>\n    <\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/noiembrie%202019\/18\/21339_3.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<p align=\"justify\">On pourrait se demander quel est le concept de v&#233;rit&#233; qui fait les frais de ce d&#233;passement (post-v&#233;rit&#233;), de la fausset&#233; (Fake news) et du checking (factchecking). Pour le comprendre, il faut revenir &#224; la d&#233;finition pluris&#233;culaire de la v&#233;rit&#233; &#8211; &#171; Veritas est adaequatiorei et intellectus &#187; &#8211; qui rel&#232;ve, &#224; l&#8217;origine, de la th&#233;ologie. Saint Thomas d&#8217;Aquin, dans la question 1 de son magistral De Veritate, interpr&#232;te cette d&#233;finition comme l&#8217;ad&#233;quation de l&#8217;intelligence divine avec les choses. Pour la cr&#233;ature, c&#8217;est un peu plus compliqu&#233; : ce que nous formulons des choses ne sont pas les choses. Il y a une inad&#233;quation fondamentale, et c&#8217;est &#224; cause de cette insuffisance gnos&#233;ologique que la v&#233;rit&#233; pleine et enti&#232;re n&#8217;est pas accessible &#8211; sinon par la vie th&#233;ologale &#8211; et suppose donc une perp&#233;tuelle auto-interpr&#233;tation : c&#8217;est-&#224;-dire une histoire. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>L&#8217;expert et son totalitarisme interpr&#233;tatif<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Le probl&#232;me de la v&#233;rit&#233; m&#233;diatique ne tient pas tant &#224; l&#8217;ad&#233;quation du discours politique avec les faits, qu&#8217;&#224; la mani&#232;re dont le discours politique s&#8217;&#233;nonce et aux conditions dans lesquelles il est re&#231;u. Les faits, lorsqu&#8217;ils sont humains &#8211; c&#8217;est-&#224;-dire &#233;conomiques, sociaux, &#233;thiques, religieux &#8211; sont irr&#233;ductibles &#224; toute ad&#233;quation et &#224; toute objectivit&#233;. On explique un &#233;v&#233;nement physique, on comprend un &#233;v&#233;nement humain. L&#8217;expertise r&#233;duit le fait humain &#224; une explication causaliste. Sur le plateau de TV, l&#8217;expert, avec ses chiffres et son panache, pose son interpr&#233;tation dans le marbre de la v&#233;rit&#233; m&#233;diatique. Il est indiscutable. Mais il ne rend pas compte de la profondeur du r&#233;el et des complexit&#233;s humaines. La v&#233;rit&#233; de l&#8217;expert cache en fait un totalitarisme s&#233;mantique, qui emp&#234;che toute opinion concurrente de se manifester. <\/p>\n<p align=\"justify\">Le m&#233;dia pr&#233;tend donc restituer des faits objectifs sous le r&#232;gne de la post-v&#233;rit&#233;, o&#249; il n&#8217;y a ni faits, ni objectivit&#233;. Il pr&#233;tend confronter les interpr&#233;tations, alors qu&#8217;il est un biopouvoir, o&#249; il domine et contr&#244;le. Il pr&#233;tend adresser un message &#224; un consommateur passif et captif, alors que, d&#233;j&#224;, les consommateurs sont actifs et libres. Les individus hypermodernes ne poursuivent plus un bien commun univoque, un r&#233;cit g&#233;n&#233;ral. Il n&#8217;y a plus de grand r&#233;cit collectif, et les compteurs &#8211; les m&#233;dias institutionnels &#8211; sont en retard de plusieurs pages. <\/p>\n<p align=\"justify\">Les grandes utopies qu&#8217;ils nous comptaient ne trouvent plus d&#8217;emprise sur le r&#233;el, parce qu&#8217;elles n&#8217;existent plus. Chacun poursuit d&#233;sormais sa micro-utopie, et est en droit de m&#233;diatiser son v&#233;cu. L&#8217;uberisation de la prise de parole politique a d&#233;finitivement &#233;clat&#233; les canaux habituels. Il suffit d&#8217;un smartphone pour ouvrir une chaine Youtube politique, qui a potentiellement des millions de vues ; les initiatives se sont d&#233;centralis&#233;es, les prises de parole ont abond&#233;es, le sens est devenu multiple. On assiste &#224; la fois &#224; l&#8217;&#233;mergence massive d&#8217;une vague d&#8217;auto-entreprenariat m&#233;diatique, o&#249; chacun s&#8217;exprime directement, et &#224; la radicalisation des contestations du pouvoir. S&#8217;accrocher aux r&#233;cits collectifs racont&#233;s par les m&#233;dias institutionnels, c&#8217;est trainer les pattes derri&#232;re l&#8217;autoroute de l&#8217;histoire. <\/p>\n<p align=\"justify\">Il nous manque peut-&#234;tre une rigueur personnelle qui permettrait de nous lib&#233;rer de ces grands r&#233;cits m&#233;diatiques. Qui nous transformerait d&#233;finitivement, non plus spectateur, mais en acteur du monde. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Notes :<\/strong>\n  <\/p>\n<p>  [1] Scott Galloway, Le r&#232;gne des quatre, trad. Fr. Edito, 17 mai 2018, p. 172 <br \/>[2] Umberto Eco, &#171; TV : la transparence perdue &#187;, La Guerre du faux, Poche, 1985, p. 197<br \/>\n  [3] <a style=\"color: \" href=\"https:\/\/en.oxforddictionaries.com\/word-of-the-year\/word-of-the-year-2016\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/en.oxforddictionaries.com\/word-of-the-year\/word-of-the-year-2016 <\/a><br \/>\n  [4] Machiavel, Le Prince, chap. XVIII &#171; Il faut que le prince ait l&#8217;esprit assez flexiblepour se tourner &#224; toutes choses, selon le vent et les accidents de la fortune le commandent &#187;.<br \/>\n  [5] Michel Foucault, La Volont&#233; de savoir, Gallimard, 1976, p. 81<br \/>\n  [6] Thomas Hobbes, L&#233;viathan, trad. G. Mairet, chap. XXVI, &#171; Des lois civiles &#187;, Paris, Gallimard (coll. &#171; Folio Essais &#187;), 2000 : &#171; Dansune cit&#233; constitu&#233;e, l&#8217;interpr&#233;tation des lois de nature ne d&#233;pend pas&#160; des docteurs, des &#233;crivains qui ont trait&#233; de philosophie morale, mais de l&#8217;autorit&#233; de la cit&#233;. En effet, les doctrines peuvent &#234;tre vraies : mais c&#8217;est l&#8217;autorit&#233;, non la v&#233;rit&#233;, qui fait la loi. &#187;<br \/>\n  <strong><\/p>\n<p>&#160;<br \/>\n    yogaesoteric<br \/>\n  <\/strong><\/p>\n<p>    <strong>18 novembre 2019<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong><br \/>\n    <\/strong>\n  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Vivien Hoch, Docteur en philosophie La devise du New York Times &#233;nonce : &#171; Toutes les nouvelles qui m&#233;ritent d&#8217;&#234;tre imprim&#233;es &#187;. Il n&#8217;y a rien de plus faux. 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