{"id":18470,"date":"2017-11-29T19:29:43","date_gmt":"2017-11-29T19:29:43","guid":{"rendered":"http:\/\/dev.yogaesoteric.net\/demasquer-la-maconnerie-fr\/les-outils-psychologiques-du-pouvoir-manipulations-par-le-controle-de-linfo-3480-fr\/la-manipulation-de-lopinion-publique-selon-son-inventeur\/"},"modified":"2017-11-29T19:29:43","modified_gmt":"2017-11-29T19:29:43","slug":"la-manipulation-de-lopinion-publique-selon-son-inventeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/la-manipulation-de-lopinion-publique-selon-son-inventeur\/","title":{"rendered":"La manipulation de l\u2019opinion publique selon son inventeur"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n    \n  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    Le pr&#233;sent article propose une analyse du contexte historique et des fondements id&#233;ologiques de la th&#233;orie de la manipulation de l&#8217;opinion publique &#233;labor&#233;e par Edward Bernays. Sauf indication contraire, l&#8217;ensemble des citations entre guillemets sont extraites du Propaganda (1928), dans sa traduction fran&#231;aise parue en 2007 aux &#233;ditions Zones\/La D&#233;couverte. <\/p>\n<p align=\"justify\">La manipulation de l&#8217;opinion publique repose avant tout sur la manipulation du langage et, par l&#224;, des repr&#233;sentations mentales qui y sont associ&#233;es. De ce point de vue, la propagande est d&#8217;autant moins une invention du XXe si&#232;cle que l&#8217;opinion publique et la presse &#233;tait d&#233;terminantes en Europe depuis le XVIIIe si&#232;cle. La grande nouveaut&#233; de la &#171; nouvelle propagande &#187; d&#8217;Edward Bernays fut d&#8217;&#233;riger la manipulation de l&#8217;opinion publique en une doctrine &#233;labor&#233;e puisant aux sciences sociales et mise en oeuvre dans des techniques tr&#232;s abouties. Son &#233;poque &#233;tait extr&#234;mement favorable &#224; l&#8217;&#233;closion d&#8217;une telle doctrine, autant du fait des d&#233;couvertes anthropoliques et sociologiques que du large consensus de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine autour du principe de la d&#233;mocratie lib&#233;rale. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Edward Bernays (1891-1995), p&#232;re de la &#171; nouvelle propagande &#187; <\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">La th&#233;orie de la manipulation de l&#8217;opinion publique est n&#233;e au d&#233;but du XX e si&#232;cle, au c&#339;ur m&#234;me de la d&#233;mocratie lib&#233;rale des &#201;tats-Unis. Son inventeur et th&#233;oricien fut Edward Bernays (1891-1995). &#201;migr&#233; &#224; New-York avec sa famille peu apr&#232;s sa naissance, il suivit des &#233;tudes d&#8217;agriculture voulues par son p&#232;re, avant de se tourner vers le journalisme. Collaborateur &#224; la Medical Review of Reviews, sa vocation &#224; &#171; fabriquer les consentements &#187; lui apparut &#224; l&#8217;&#226;ge de 21 ans, lorsqu&#8217;il s&#8217;engagea &#224; faire jouer une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre dont le sujet &#8211; jug&#233; scandaleux pour l&#8217;&#233;poque &#8211; semblait interdire qu&#8217;elle p&#251;t un jour &#234;tre mont&#233;e. Pour y parvenir, il inventa une technique qui devait devenir l&#8217;un des grands classiques des relations publiques et qui consistait &#224; faire d&#8217;un objet de controverse une noble cause &#224; laquelle le public ne manquerait pas d&#8217;adh&#233;rer. L&#8217;immense succ&#232;s de la pi&#232;ce convainquit Bernays de se consacrer enti&#232;rement &#224; ce qu&#8217;il devait appeler pudiquement les &#171; relations publiques &#187;. Sa notori&#233;t&#233; de publiciste ne cessa d&#232;s lors de cro&#238;tre, ce qui lui valut d&#8217;int&#233;grer la Commission of Public Information, organisme cr&#233;&#233; par le gouvernement am&#233;ricain le 13 avril 1917 afin d&#8217;amener la population &#224; soutenir sa d&#233;cision, prise sept jours plus t&#244;t, d&#8217;entrer en guerre. Cette commission fit la d&#233;monstration qu&#8217;il &#233;tait possible de mener &#224; bien et sur une grande &#233;chelle un projet de retournement d&#8217;une opinion publique fortement r&#233;tive. Comme &#224; d&#8217;autres membres de la commission, ce succ&#232;s inspira &#224; Bernays l&#8217;id&#233;e de proposer en temps de paix, aux pouvoirs politiques comme aux entreprises, l&#8217;expertise d&#8217;ing&#233;nierie sociale d&#233;velopp&#233;e durant la guerre : &#171; C&#8217;est bien s&#251;r, &#233;crit-il, l&#8217;&#233;tonnant succ&#232;s qu&#8217;elle [la commission] a rencontr&#233; pendant la guerre qui a ouvert les yeux d&#8217;une minorit&#233; d&#8217;individus intelligents sur les possibilit&#233;s de mobiliser l&#8217;opinion, pour quelque cause que ce soit. &#187; <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" hspace=\"5\" alt=\"\" vspace=\"5\" src=\"\/all_uploads\/uploads-oct17\/29.11.2017\/12109\/12109_1.jpg\" width=\"450\" height=\"337\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\">\n    Edward Bernays (&#224; droite) et Sigmund Freud, dont il &#233;tait le double neveu et auquel il vouait une admiration sans bornes.\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Entre 1919 et l&#8217;&#233;clatement de la crise en octobre 1929, Edward Bernays devint non seulement le plus c&#233;l&#232;bre &#171; conseiller en relations publiques &#187; (d&#233;signation qu&#8217;il cr&#233;a sur mesure en 1920, sur le mod&#232;le de l&#8217;expression &#171; conseiller juridique &#187;), mais &#233;galement le plus &#233;minent th&#233;oricien et ap&#244;tre des relations publiques. Puisant aux sciences sociales &#8211; psychologie, sociologie, psychologie sociale, psychanalyse et autres &#8211; et &#224; leurs techniques &#8211; sondages, consultation d&#8217;experts et de comit&#233;s, etc. &#8211;, il s&#8217;effor&#231;a d&#8217;en d&#233;finir les contours et les fondements philosophiques et politiques dans diff&#233;rents &#233;crits, le plus significatif de ses ouvrages restant &#224; ce jour son Propaganda r&#233;dig&#233; en 1928. Affinant continuellement sa pratique, il multiplia les campagnes et les succ&#232;s, dont le plus retentissant fut d&#8217;avoir amen&#233;, en 1929 pour l&#8217; American Tobacco Company, les femmes am&#233;ricaines &#224; fumer. On reviendra sur les plus caract&#233;ristiques de ses techniques de manipulation de l&#8217;opinion publique, mais il convient de dire d&#8217;abord quelques mots de l&#8217;id&#233;ologie politique qu&#8217;il contribua fortement &#224; diffuser et qui devait marquer de fa&#231;on ind&#233;l&#233;bile les d&#233;mocraties lib&#233;rales de l&#8217;apr&#232;s-guerre. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>La &#171; nouvelle propagande &#187;<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Dans les ann&#233;es 1890, le physiologiste russe Ivan Pavlov (1849-1936) d&#233;couvrit les lois fondamentales de l&#8217;acquisition et de la perte des &#171; r&#233;flexes conditionnels &#187;, c&#8217;est-&#224;-dire des r&#233;ponses r&#233;flexes, comme la salivation, qui ne se produisent que de fa&#231;on conditionnelle. Ses travaux sur la physiologie de la digestion furent tr&#232;s largement repris par la psychologie sovi&#233;tique naissante pour fonder sa conception &#171; m&#233;caniste &#187; de la psychologie humaine. La propagande sovi&#233;tique devait en faire le plus grand usage avec le conditionnement id&#233;ologique, mais il devait aussi appara&#238;tre que de telles m&#233;thodes suscitaient des r&#233;sistances insurmontables chez une petite minorit&#233;, y compris dans le cadre d&#8217;un programme de &#171; r&#233;&#233;ducation &#187; associant sous-alimentation et lavage de cerveau. <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" hspace=\"5\" alt=\"\" vspace=\"5\" src=\"\/all_uploads\/uploads-oct17\/29.11.2017\/12109\/12109_2.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<p align=\"justify\">\n    Ivan Petrovitch Pavlov en 1904. Convaincu que le marxisme reposait sur des postulats erron&#233;s, il eut ces mots fameux, parlant du communisme : &#171; Pour le genre d&#8217;exp&#233;rience sociale que vous faites, je ne sacrifierais pas les pattes arri&#232;res d&#8217;une grenouille ! &#187;Ayant re&#231;u lePrix Nobel de m&#233;decine en 1904, il fut toutefois autoris&#233; &#224; continuer ses travaux pendant la p&#233;riode sovi&#233;tique. Il eut la douleur de les voir r&#233;cup&#233;r&#233;s par des id&#233;ologies scientifiques &#8211; au premier rang desquelles la psychologie sovi&#233;tique et le behaviorisme &#8211; qui heurtaient profond&#233;ment sa foi orthodoxe et son personnalisme chr&#233;tien. <\/p>\n<p align=\"justify\">Une conception similaire, &#233;galement inspir&#233;e des travaux d&#8217;Ivan Pavlov, connut un immense succ&#232;s aux &#201;tats-Unis jusqu&#8217;&#224; la fin des ann&#233;es 1940. Lanc&#233;e en 1913 par John B. Watson (1878-1958), qui lui donna le nom de behaviorisme, elle s&#8217;inspirait directement des travaux de Pavlov. Une erreur de traduction en avait cependant sensiblement modifi&#233; le sens : la notion pavlovienne de &#171; r&#233;flexes conditionnels &#187; avait &#233;t&#233; rendue en anglais par celle de &#171; r&#233;flexes conditionn&#233;s &#187;, laissant ainsi entendre que le conditionnement du sujet d&#233;pendait moins de sa nature m&#234;me que de l&#8217;action d&#8217;un tiers. C&#8217;&#233;tait s&#8217;affranchir d&#8217;un d&#233;terminisme naturel pour adopter un d&#233;terminisme voulu et contr&#244;l&#233; par les auteurs du conditionnement : en bref, une instrumentalisation. Edward Bernays expose ainsi les principes du behaviorisme alors en vogue dans les universit&#233;s am&#233;ricaines : &#171; [Il] assimilait l&#8217;esprit humain &#224; ni plus ni moins qu&#8217;une machine, un syst&#232;me de nerfs et de centres nerveux r&#233;agissant aux stimuli avec une r&#233;gularit&#233; m&#233;canique, tel un automate sans d&#233;fense, d&#233;pourvu de volont&#233; propre. [&#8230;] Une des doctrines de cette &#233;cole de psychologie affirmait qu&#8217;un stimulus souvent r&#233;p&#233;t&#233; finit par cr&#233;er une habitude, qu&#8217;une id&#233;e souvent r&#233;it&#233;r&#233;e se traduit en conviction. Ce proc&#233;d&#233; est illustr&#233; on ne peut mieux par une r&#233;clame longtemps consid&#233;r&#233;e comme id&#233;ale, du point de vue de la simplicit&#233; et de l&#8217;efficacit&#233; : &#8220;ACHETEZ (avec, le cas &#233;ch&#233;ant, un index point&#233; vers le lecteur) les talons en caoutchouc O&#8217;Leary. MAINTENANT !&#8221;. &#187; <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" hspace=\"5\" alt=\"\" vspace=\"5\" src=\"\/all_uploads\/uploads-oct17\/29.11.2017\/12109\/12109_3.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\">\n    John Broadus Watson, p&#232;re du b&#233;haviorisme, vers 1916-1920. D&#233;cid&#233; &#224; faire de la psychologie une science objective au m&#234;me titre que la physique, il entendait se cantonner &#224; l&#8217;&#233;tude rigoureuse des comportements tels qu&#8217;on peut les observer en r&#233;ponse &#224; des stimuli, en excluant tout aspect introspectif, &#233;motionnel ou humanisant. Afin de d&#233;montrer que tous les comportements humains peuvent s&#8217;expliquer sans recourir &#224; la notion de conscience et qu&#8217;ils ne diff&#232;rent en rien des comportements des animaux, il eut l&#8217;id&#233;e de soumettre un b&#233;b&#233; pr&#233;nomm&#233; Albert &#224; une exp&#233;rience aussi c&#233;l&#232;bre que controvers&#233;e. Aid&#233; de son assistante Rosalie Rayner (&#224; droite sur la photo), qui devint par la suite sa femme, il conditionna ce b&#233;b&#233; &#224; avoir peur d&#8217;un rat blanc en produisant un son violent &#8211; en frappant une barre m&#233;tallique avec un marteau &#8211; &#224; chaque fois qu&#8217;il lui pr&#233;sentait le rat au toucher. Il pensait ainsi d&#233;montrer que la th&#233;orie du comportement simple qu&#8217;Ivan Pavlov avait d&#233;duite de ses &#233;tudes sur les animaux rendait compte des comportements humains. Si le succ&#232;s des totalitarismes du XX e si&#232;cle sembla d&#8217;abord lui donner raison, les r&#233;sistances qu&#8217;ils suscit&#232;rent sign&#232;rent l&#8217;&#233;chec de son id&#233;ologie scientifique. Le conditionnement behaviorien est un th&#232;me majeur des romans dystopiques d&#8217;Aldous Huxley (Le Meilleur des mondes) et de Georges Orwell (1984).\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Le coup de g&#233;nie de Bernays fut de se d&#233;tourner de ce mod&#232;le dominant aux &#201;tats-Unis pour &#233;laborer un mod&#232;le, non pas de conditionnement des individus, mais de manipulationdes masses. Adepte enthousiaste du d&#233;terminisme psychique mis en lumi&#232;re par son oncle, il regardait comme absurde que l&#8217;on p&#251;t r&#233;duire le psychisme de l&#8217;homme &#224; une m&#233;canique c&#233;r&#233;brale sujette au seul d&#233;terminisme physiologique et environnemental. Il ne tenait rien en plus grande consid&#233;ration que les th&#233;ories structuralistes de Freud, toujours en honneur en Europe. Mais nourris aux travaux de Trotter, Le Bon, Wallas et Lippmann, il lui apparaissait tout aussi clairement que &#171; le groupe n&#8217;avait pas les m&#234;mes caract&#233;ristiques psychiques que l&#8217;individu, [et] qu&#8217;il &#233;tait motiv&#233; par des impulsions et des &#233;motions que les connaissances en psychologie individuelle ne permettaient pas d&#8217;expliquer. &#187; &#171; D&#8217;o&#249;, naturellement, la question suivante : si l&#8217;on parvenait &#224; comprendre le m&#233;canisme et les ressorts de la mentalit&#233; collective, ne pourrait-on pas contr&#244;ler les masses et les mobiliser &#224; volont&#233; sans qu&#8217;elles s&#8217;en rendent compte ? &#187;. Tel &#233;tait le but de la &#171; nouvelle propagande &#187; dont il &#233;tait l&#8217;inventeur. <\/p>\n<p align=\"justify\">Ce contr&#244;le &#8211; ou, plus exactement, manipulation &#8211; des masses fond&#233; sur la psychologie collective pr&#233;sentait une ind&#233;niable &#171; avanc&#233;e &#187; sur le conditionnement de l&#8217;individu pratiqu&#233; &#224; grande &#233;chelle aux &#201;tats-Unis et en Union sovi&#233;tique : en agissant sur les masses &#224; leur insu, &#171; la nouvelle propagande &#187; ne contrevenait ouvertement ni &#224; la libert&#233; individuelle, ni aux principes d&#233;mocratiques des &#201;tats libres. Si cette m&#233;thode commen&#231;a d&#8217;&#234;tre pratiqu&#233;e dans le domaine politique aux Etats-Unis d&#232;s le milieu des ann&#233;es 1920, le premier r&#233;gime europ&#233;en qui en fit une application syst&#233;matique fut le r&#233;gime nazi. Si l&#8217;on en croit le t&#233;moignage oculaire du journaliste am&#233;ricain Karl von Weigand, Joseph Goebbels avait dans sa biblioth&#232;que, en 1933, le Crystallizing Public Opinion de Bernays, et s&#8217;en servait pour &#233;laborer sa propagande. De fait, les gigantesques rassemblements organis&#233;s par le parti nazi &#224; travers tout le pays et la mise en sc&#232;ne qui les accompagnait r&#233;pondaient moins &#224; la volont&#233; de conditionner les individus qu&#8217;&#224; celle de manipuler les masses. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Fondements id&#233;ologiques de la nouvelle propagande<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    &#171; Une cons&#233;quence logique de notre soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique &#187;\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Edward Bernays concevait sa nouvelle propagande comme une &#171; cons&#233;quence logique &#187; de la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique am&#233;ricaine. En d&#233;mocratie, l&#8217;adh&#233;sion de l&#8217;opinion publique est indispensable, et l&#8217;on ne saurait lui faire grief d&#8217;&#234;tre parti du constat suivant : &#171; Compte tenu de l&#8217;organisation sociale qui est la n&#244;tre, tout projet d&#8217;envergure doit &#234;tre approuv&#233; par l&#8217;opinion publique. &#187;. Le propos de Bernays n&#8217;&#233;tait en rien r&#233;volutionnaire. R&#233;aliste, il ne pr&#233;tendait pas aller &#224; l&#8217;encontre des grandes tendances de son &#233;poque, mais en tirer le meilleur parti. Du reste, le r&#233;gime d&#233;mocratique n&#8217;avait pas de plus fervent &#233;pigone que lui : ne lui devait-il pas son invention des &#171; relations publiques &#187; et son immense succ&#232;s ? <\/p>\n<p align=\"justify\">Dans son De la D&#233;mocratie en Am&#233;rique, Tocqueville avait remarquablement analys&#233; le risque de &#171; tyrannie de la majorit&#233; &#187; inh&#233;rent aux r&#233;gimes d&#233;mocratiques, soulignant combien la d&#233;mocratie am&#233;ricaine y &#233;tait organiquement sujette : &#171; Je ne connais pas de pays o&#249; il r&#232;gne, en g&#233;n&#233;ral, moins d&#8217;ind&#233;pendance d&#8217;esprit et de v&#233;ritable libert&#233; de discussion qu&#8217;en Am&#233;rique. [&#8230;] la majorit&#233; trace un cercle formidable autour de la pens&#233;e. Au-dedans de ces limites, l&#8217;&#233;crivain est libre ; mais malheur &#224; lui s&#8217;il ose en sortir. &#187; Mais ce qui &#233;tait, dans la pens&#233;e de Tocqueville, un danger que les m&#233;canismes constitutionnels devaient pouvoir temp&#233;rer en accordant les protections n&#233;cessaires &#224; la minorit&#233;, appara&#238;t clairement, dans l&#8217;esprit de Bernays, comme un fait irr&#233;sistible &#8211; une fatalit&#233;, pourrait-on dire, s&#8217;il l&#8217;avait seulement d&#233;plor&#233;. Bien plus, Bernays voyait dans la majorit&#233; et la tyrannie qu&#8217;elle peut exercer le moyen pour les dirigeants d&#8217;imposer leurs d&#233;cisions et de neutraliser en toute l&#233;galit&#233; la r&#233;sistance de la minorit&#233;, puisque celle-ci doit, en d&#233;mocratie, se plier &#224; la volont&#233; de la majorit&#233;. Ce que Bernays avait parfaitement compris, c&#8217;est que les r&#233;gimes d&#233;mocratiques, pour peu que la cristallisation de l&#8217;opinion publique dans le sens souhait&#233; permette de cr&#233;er une majorit&#233;, offrent aux dirigeants la possibilit&#233; d&#8217;imposer n&#8217;importe quelle d&#233;cision, sans avoir &#224; risquer de s&#8217;exposer &#224; la r&#233;probation g&#233;n&#233;rale qu&#8217;entra&#238;neraient des mesures de coercition contre la minorit&#233;. <\/p>\n<p align=\"justify\">Bernays dissociait la d&#233;mocratie, &#224; laquelle il ne croyait pas, du r&#233;gime d&#233;mocratique, qu&#8217;il regardait comme un fait incontournable de son &#233;poque. S&#8217;il ne croyait pas &#224; la d&#233;mocratie, c&#8217;est qu&#8217;il la consid&#233;rait &#224; la fois comme une utopie et un ferment d&#8217;instabilit&#233; et d&#8217;anarchie. Compte tenu de l&#8217;ignorance et de la versatilit&#233; qu&#8217;il attribuait au peuple, une soci&#233;t&#233; fonctionnelle ne pouvait &#234;tre, selon lui, qu&#8217;oligarchique. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Une &#171; n&#233;cessit&#233; &#187; indispensable au &#171; bon fonctionnement &#187; de nos soci&#233;t&#233;s <\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Bernays ne consid&#233;rait pas seulement sa &#171; nouvelle propagande &#187; comme une cons&#233;quence logique des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques, mais &#233;galement comme une n&#233;cessit&#233; indispensable &#224; leur &#171; bon fonctionnement &#187;. Depuis l&#8217;id&#233;ologie des Lumi&#232;res qui fa&#231;onna la mentalit&#233; des &#233;lites occidentales &#224; partir du milieu du XVIIIe si&#232;cle, il &#233;tait acquis par les &#233;lites dirigeantes des &#201;tats-Unis et d&#8217;Europe que la l&#233;gitimit&#233; des dirigeants tenait &#224; leur raison qui, &#233;clair&#233;e par les lumi&#232;res de la philosophie nouvelle, les pla&#231;ait au-dessus d&#8217;un peuple jug&#233; inapte au gouvernement de lui-m&#234;me. Mieux que quiconque, Voltaire sut exprimer le profond m&#233;pris des Lumi&#232;res pour les masses obscures : &#171; Au peuple sot et barbare, il faut un joug, un aiguillon et du foin. &#187;, et cette phrase si souvent d&#233;nonc&#233;e par Henri Guillemin : &#171; L&#8217;esprit d&#8217;une nation r&#233;side toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne &#187;. La philosophie politique des Lumi&#232;res &#8211; le despotisme &#233;clair&#233; connu &#224; l&#8217;&#233;poque sous le nom de &#171; nouvelle doctrine &#187; &#8211; fut profond&#233;ment marqu&#233;e par cette forme de s&#233;gr&#233;gation emprunte d&#8217;un profond m&#233;pris de la haute aristocratie, du haut clerg&#233; et des autocrates &#8211; totalement acquis &#224; l&#8217;id&#233;ologie des Lumi&#232;res &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle &#8211; pour la petite noblesse, le bas clerg&#233; et le peuple. L&#8217;id&#233;e que seule une &#233;lite &#233;clair&#233;e est &#224; m&#234;me de gouverner et de juger de ce qui est bon pour le peuple fut durablement implant&#233;e dans l&#8217;esprit des &#233;lites occidentales. Contrairement &#224; l&#8217;Europe, o&#249; la cr&#233;dibilit&#233; des Lumi&#232;res p&#226;tit de leur ind&#233;fectible soutien aux pires autocraties du XVIIIe si&#232;cle et de la critique marxiste de la r&#233;volution bourgeoise, les &#201;tats-Unis firent de la &#171; nouvelle doctrine &#187; la pierre angulaire de leur Constitution. C&#8217;est par l&#8217;am&#233;ricanisation que le despotisme &#233;clair&#233; op&#233;ra un retour en force en Europe, particuli&#232;rement dans l&#8217;id&#233;ologie de la construction europ&#233;enne con&#231;ue outre-Atlantique. <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" hspace=\"5\" alt=\"\" vspace=\"5\" src=\"\/all_uploads\/uploads-oct17\/29.11.2017\/12109\/12109_4.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\">\n    L&#8217;un des despotes &#233;clair&#233;s de la construction europ&#233;enne, Tommaso Padoa-Schioppa, ancien ministre de l&#8217;Economie et des Finances italien (2006-2008), ancien membre du directoire de la Banque Centrale Europ&#233;enne et Pr&#233;sident du think-tank Notre Europe. Dans un article intitul&#233; Les enseignements de l&#8217;aventure europ&#233;enne paru dans le 87e num&#233;ro de la revue Commentaire (automne 1999), il &#233;crivait : &#171; La construction europ&#233;enne est une r&#233;volution, m&#234;me si les r&#233;volutionnaires ne sont pas des conspirateurs bl&#234;mes et maigres, mais des employ&#233;s, des fonctionnaires, des banquiers et des professeurs [&#8230;]. L&#8217;Europe s&#8217;est form&#233;e en pleine l&#233;gitimit&#233; institutionnelle. Mais elle ne proc&#232;de pas d&#8217;un mouvement d&#233;mocratique [&#8230;]. Entre les deux p&#244;les du consensus populaire et du leadership de quelques gouvernants, l&#8217;Europe s&#8217;est faite en suivant une m&#233;thode que l&#8217;on pourrait d&#233;finir du terme de despotisme &#233;clair&#233;. &#187; Jacques Delors tiendra des propos similaires lors d&#8217;une conf&#233;rence &#224; Strasbourg, le 7 d&#233;cembre 1999 : &#171; L&#8217;Europe est une construction &#224; allure technocratique et progressant sous l&#8217;&#233;gide d&#8217;une sorte de despotisme doux et &#233;clair&#233; &#187;.<\/p>\n<p align=\"justify\">Compl&#232;tement impr&#233;gn&#233; du bien-fond&#233; du despotisme &#233;clair&#233;, Bernays regardait comme indispensable au bon fonctionnement des r&#233;gimes d&#233;mocratiques qu&#8217;ils soient en r&#233;alit&#233; dirig&#233;s par une oligarchie libre de toute contrainte d&#233;mocratique. Ne consid&#233;rant pas le peuple comme le d&#233;tenteur du pouvoir autrement que par une sorte de fiction juridique (&#224; laquelle il tenait, du reste), ni l&#8217;opinion publique comme une sorte de contre-pouvoir salutaire, il voyait en elle une contrainte et une menace d&#8217;instabilit&#233; dont les dirigeants ont le devoir de s&#8217;affranchir en la manipulant. Bernays allait m&#234;me plus loin, en affirmant &#339;uvrer au bien de l&#8217;humanit&#233;. La manipulation ne rendait-elle pas la r&#233;pression et la subversion aussi inutiles l&#8217;une que l&#8217;autre, en donnant &#224; l&#8217;&#233;lite dirigeante une totale libert&#233; d&#8217;action et au peuple l&#8217;illusion de la libert&#233; ; n&#8217;offrait-elle pas l&#8217;immense avantage de la stabilit&#233; et d&#8217;un assujettissement sans douleur du peuple ? Donner &#224; une &#171; minorit&#233; d&#8217;individus intelligents &#187; la possibilit&#233; de manipuler &#224; sa guise l&#8217;opinion publique, c&#8217;&#233;tait, selon Bernays, assurer la paix sociale et pr&#233;venir les guerres. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Les &#171; nouveaux propagandistes &#187; et le &#171; gouvernement invisible &#187; <\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Edward Bernays reconnaissait la qualit&#233; de faiseur d&#8217;opinion &#224; toute personne investie d&#8217;une autorit&#233; politique, &#233;conomique ou sociale. Il lui paraissait &#233;vident que &#171; si l&#8217;on entreprenait de dresser la liste des hommes et des femmes qui, par leur position, sont ce qu&#8217;il faut bien appeler des \u201f faiseurs d&#8217;opinion &#8221;, on se retrouverait vite devant la longue kyrielle des noms recens&#233;s dans le Who&#8217;s Who. &#187;. Mais il a tendance &#224; voir dans ces autorit&#233;s officielles les relais, conscients ou non, d&#8217;&#171; hommes de l&#8217;ombre &#187; dont &#171; le pouvoir est parfois flagrant &#187; : &#171; G&#233;n&#233;ralement, on ne r&#233;alise pas &#224; quel point les d&#233;clarations et les actions de ceux qui occupent le devant de la sc&#232;ne leur sont dict&#233;es par d&#8217;habiles personnages agissant en coulisse. &#187;. <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" hspace=\"5\" alt=\"\" vspace=\"5\" src=\"\/all_uploads\/uploads-oct17\/29.11.2017\/12109\/12109_5.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\">\n    Jean Monnet et Robert Schuman sont un bon exemple du m&#233;canisme manipulatoire d&#233;crit par Bernays : si tous deux prenaient leurs instructions au D&#233;partement d&#8217;&#201;tat am&#233;ricain, le premier &#233;tait l&#8217;homme des milieux d&#8217;affaires anglo-saxons et incarnait l&#8217;homme de l&#8217;ombre (&#171; Si c&#8217;est au prix de l&#8217;effacement que je puis faire aboutir les choses, alors je choisis l&#8217;ombre&#8230; &#187;), tandis que le second, arch&#233;type de l&#8217;homme politique inoxydable, &#233;tait charg&#233; de pr&#233;senter bien et de faire adopter par la classe politique et l&#8217;opinion publique fran&#231;aises les projets atlantistes. La France &#233;tant, au sortir de la guerre, la &#171; premi&#232;re puissance d&#233;mocratique[vocable qui, dans la terminologie des relations publiques, d&#233;signe un satellite des &#201;tats-Unis d&#8217;Am&#233;rique, de la m&#234;me fa&#231;on qu&#8217;il d&#233;signait un satellite de Moscou dans la terminologie sovi&#233;tique. La France perdra ce label d&#233;mocratique pendant la pr&#233;sidence de De Gaulle] du continent &#187; (Dean Acheson, dans sa lettre &#224; Robert Schuman du 30 avril 1949), il fallait que la paternit&#233; de la construction europ&#233;enne con&#231;ue par Washington soit attribu&#233;e de pr&#233;f&#233;rence &#224; un Fran&#231;ais. La fameuse D&#233;claration Schuman du 9 mai 1950 fut con&#231;ue outre-Atlantique par les services du Secr&#233;taire d&#8217;&#201;tat am&#233;ricain Dean Acheson, avant d&#8217;&#234;tre r&#233;dig&#233;e et transmise &#224; l&#8217;int&#233;ress&#233; par Jean Monnet. <\/p>\n<p align=\"justify\">En raison de l&#8217;influence dont elles jouissent sur leurs opinions publiques, les autorit&#233;s institutionnelles sont clairement une cible, consentante ou non, d&#8217;int&#233;r&#234;ts cach&#233;s ou discrets, hommes de l&#8217;ombre, lobbies, etc. : &#171; &#192; partir du moment o&#249; l&#8217;on peut influencer des dirigeants &#8211; qu&#8217;ils en aient conscience ou non et qu&#8217;ils acceptent ou non de coop&#233;rer &#8211;, automatiquement on influence aussi le groupe qu&#8217;ils tiennent sous leur emprise. &#187; Il est donc essentiel de cerner les personnalit&#233;s qui ont autorit&#233; sur le groupe cibl&#233; et, si possible, de les inclure dans des structures informelles destin&#233;es &#224; les utiliser dans le sens voulu, soit qu&#8217;elles en partagent les convictions, soit qu&#8217;elles en retirent un int&#233;r&#234;t quelconque, soit encore que cette appartenance leur paraisse indispensable &#224; leur carri&#232;re ou &#224; leur vanit&#233;. <\/p>\n<p align=\"justify\">Les observations de Bernays furent mises en &#339;uvre &#224; grande &#233;chelle par les milieux politiques et &#233;conomiques am&#233;ricains pour assurer la pr&#233;pond&#233;rance de leurs int&#233;r&#234;ts dans le monde. Il semble que la Pilgrim&#8217;s Society fut le creuset de cette politique de mainmise. Soci&#233;t&#233; secr&#232;te anglo-am&#233;ricaine fond&#233;e le 11 juillet 1902 au Carlton, elle se donna pour but officiel de &#171; promouvoir la paix &#233;ternelle et l&#8217;entraide entre les &#201;tats-Unis et le Royaume-Uni &#187; ; en fait, d&#8217;asseoir la supr&#233;matie anglo-saxonne dans le monde. D&#232;s 1941, elle servit &#224; la politique de satellisation du Royaume-Uni par les &#201;tats-Unis, &#224; laquelle Churchill consentit en 1943 malgr&#233; les mises en garde de De Gaulle. <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" hspace=\"5\" alt=\"\" vspace=\"5\" src=\"\/all_uploads\/uploads-oct17\/29.11.2017\/12109\/12109_6.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\">\n    D&#238;ner de la Pilgrim&#8217;s Society, 9 janvier 1951. Son logo officiel &#8211; que l&#8217;on aper&#231;oit ici entre les deux drapeaux, au-dessus du tableau &#8211; a pour devise &#171; Hic et ubique &#187; (Ici et partout). Patronn&#233;e par la reine d&#8217;Angleterre, la Pilgrim&#8217;s Society a r&#233;uni des membres aussi influents que Paul Warburg (banquier et promoteur de la Federal Reserve ), John Pierpont Morgan (fondateur de la banque du m&#234;me nom), Jacob Schiff (directeur de la Kuhn Loeb, banque concurrente de la J. P. Morgan), William MacDonald Sinclair (archidiacre anglican de Londres), Henry Codman Potter (&#233;v&#234;que &#233;piscopalien de New-York), Grover Cleveland (ancien pr&#233;sident am&#233;ricain), Joseph Kennedy (patriarche de la famille Kennedy), Henry Kissinger, Margaret Thatcher&#8230; sans oublier Jean Monnet. <\/p>\n<p align=\"justify\">Le sch&#233;ma de la Pilgrim&#8217;s Society fut soigneusement reproduit pour les groupes d&#8217;influence cr&#233;&#233;s sp&#233;cifiquement pour chacune des entreprises de satellisation : <\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; le Council on Foreign Relations (1921) : cr&#233;&#233; par un groupe d&#8217;avocats et de banquiers r&#233;unis autour d&#8217;Elihu Root afin &#171; d&#8217;aider les officiels du gouvernement, les dirigeants des entreprises, les journalistes, les enseignants et les &#233;tudiants, les leaders civils et religieux, des citoyens [&#8230;] &#224; mieux comprendre le monde ainsi que les choix de politique &#233;trang&#232;re que doivent faire tant les &#201;tats-Unis que d&#8217;autres pays &#187; &#8211; en clair, d&#8217;orienter le choix des d&#233;cideurs am&#233;ricains et &#233;trangers dans le sens voulu par l&#8217;&#233;lite politique et &#233;conomique des &#201;tats-Unis &#8211;, il regroupe quelques 5.000 membres (300 &#224; l&#8217;origine), dont plusieurs membres de la Pilgrim&#8217;s Society, du Bilderberg Group et de la Commission trilat&#233;rale. Georges Cl&#233;menceau, G&#233;rald Ford, David Rockefeller, Paul Warburg, Paul McNamara et Colin Powell figurent parmi les noms les plus illustres. <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" hspace=\"5\" alt=\"\" vspace=\"5\" src=\"\/all_uploads\/uploads-oct17\/29.11.2017\/12109\/12109_7.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\">\n    Elihu Root, pr&#233;sident du premier Council on Foreign Relations, avocat d&#8217;affaires, Secr&#233;taire d&#8217;&#201;tat, Secr&#233;taire &#224; la Guerre, s&#233;nateur et prix Nobel de la paix en 1912. Dans le premier num&#233;ro de la revue Foreign affairs, lanc&#233;e en septembre 1922 par le Council on Foreign Relations, il &#233;crivit qu&#8217;isolationniste ou pas, l&#8217;Am&#233;rique &#233;tait devenue une puissance mondiale et que le public devait le savoir. Le v&#233;ritable objectif du Council on Foreign Relations transpara&#238;t &#233;galement dans sa devise &#8211; &#171; Ubique &#187; (Partout), r&#233;f&#233;rence directe &#224; la paternit&#233; de la Pilgrim&#8217;s Society &#8211; et dans le programme de cinq ans lanc&#233; en 2008 et intitul&#233; International Institutions and Global Governance : World Order in the 21st Century, dont l&#8217;un des buts est de &#171; promouvoir un leadership constructif des &#201;tats-Unis &#187;. <\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; le Bilderberg Group (1954) : cr&#233;&#233; &#224; l&#8217;initiative des diplomates polonais et f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens Joseph Retinger et Andrew Nielsen, il re&#231;ut d&#232;s l&#8217;origine le patronage du prince Bernhard des Pays-Bas, de l&#8217;ex-Premier ministre belge Paul Van Zeeland, du dirigeant d&#8217;Unilever Paul Rijkens, du directeur de la CIA Walter Bedell Smith et du conseiller d&#8217;Eisenhower, Charles Douglas Jackson. Selon Denis Healey, l&#8217;un des initiateurs de la conf&#233;rence de Bilderberg de 1954 et membre du Comit&#233; Directeur pendant 30 ans, le groupe aurait &#233;t&#233; form&#233;, lui aussi, dans le but d&#8217;annihiler les risques de guerre en favorisant l&#8217;int&#233;gration des &#233;conomies nationales et en obtenant des &#201;tats qu&#8217;ils transf&#232;rent leur souverainet&#233; &#224; des organismes ex&#233;cutifs supranationaux : &#171; Dire que nous cherchions &#224; mettre en place un gouvernement mondial unique est tr&#232;s exag&#233;r&#233;, mais pas totalement absurde. Nous autres &#224; Bilderberg pensions qu&#8217;on ne pouvait pas continuer &#224; se faire la guerre &#233;ternellement et &#224; tuer des millions de gens pour rien. Nous nous disions qu&#8217;une communaut&#233; unique pouvait &#234;tre une bonne chose. &#187; Le groupe comprend environ 130 membres, dont plusieurs membres de la Pilgrim&#8217;s Society et de la Commission trilat&#233;rale. <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" hspace=\"5\" alt=\"\" vspace=\"5\" src=\"\/all_uploads\/uploads-oct17\/29.11.2017\/12109\/12109_8.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\">\n    Premi&#232;re r&#233;union du groupe, &#224; l&#8217;H&#244;tel Bilderberg (Pays-Bas), du 29 au 31 mai 1954. Une r&#233;union pr&#233;paratoire avait eu lieu le 25 septembre 1952, &#224; l&#8217;h&#244;tel particulier de Fran&#231;ois de Nervo (Paris), en pr&#233;sence d&#8217;Antoine Pinay, alors Pr&#233;sident du Conseil, et de Guy Mollet, patron de la SFIO. En furent ou en sont membres Georges Pompidou, Dominique Strauss-Kahn, Beatrix des Pays-Bas, Henry Kissinger, Javier Solana, David Rockefeller, George Soros et Bernard Kouchner.\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; le Comit&#233; d&#8217;action pour les &#201;tats-Unis d&#8217;Europe (1955) : cr&#233;&#233; par Jean Monnet apr&#232;s l&#8217;&#233;chec du projet de Communaut&#233; europ&#233;enne de d&#233;fense (CED) face &#224; l&#8217;opposition des gaullistes et des communistes, il se donnait pour but de de pr&#233;parer le trait&#233; pour le March&#233; commun et l&#8217;Euratom &#8211; en somme, de travailler &#224; l&#8217;int&#233;gration euro-atlantiste, &#224; l&#8217;&#233;largissement de la construction europ&#233;enne au Royaume-Uni, et &#224; une fili&#232;re am&#233;ricaine d&#8217;approvisionnement contre l&#8217;ind&#233;pendance nucl&#233;aire fran&#231;aise. Il se composait en 1965 de 44 personnalit&#233;s, dont 9 socialistes des six membres de la CECA, 12 d&#233;mocrates-chr&#233;tiens, 7 lib&#233;raux et assimil&#233;s, et 16 membres des syndicats ouvriers. <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" hspace=\"5\" alt=\"\" vspace=\"5\" src=\"\/all_uploads\/uploads-oct17\/29.11.2017\/12109\/12109_9.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"center\">Comit&#233; d&#8217;action pour les &#201;tats-Unis d&#8217;Europe, huiti&#232;me session, Paris, 11 juillet 1960. Groupe de pression cr&#233;&#233; par Jean Monnet &#224; Paris le 13 octobre 1955, le Comit&#233; rassemblait des responsables syndicaux et des chefs des partis politiques d&#233;mocrates-chr&#233;tiens, lib&#233;raux et socialistes de l&#8217;Europe des Six. Parmi les hommes politiques fran&#231;ais, figuraient : Pierre Pflimlin, Robert Lecourt, Ren&#233; Pleven, Val&#233;ry Giscard d&#8217;Estaing, Antoine Pinay, Gaston Defferre, Guy Mollet, Maurice Faure, Fran&#231;ois Mitterrand, Raymond Barre, Jacques Delors, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jean Lecanuet et Alain Poher. <\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; la Commission Trilat&#233;rale (1973) : cr&#233;&#233;e &#224; l&#8217;initiative des principaux dirigeants du Bilderberg group et du Council on Foreign Relations, dans le but de &#171; promouvoir et construire une coop&#233;ration politique et &#233;conomique entre l&#8217;Europe occidentale, l&#8217;Am&#233;rique du Nord et l&#8217;Asie Pacifique &#187; &#8211; en r&#233;alit&#233;, de satelliser les pays d&#8217;Asie non communistes, au premier chef desquels le Japon &#8211; elle r&#233;unit 300 &#224; 400 personnalit&#233;s, parmi lesquelles David Rockefeller, Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski, Jean-Louis Brugui&#232;re et Jean-Claude Trichet, qui pr&#233;side le groupe europ&#233;en. <\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; les groupes bilat&#233;raux entre les Etats-Unis et leurs satellites, notamment la French-American Foundation (1976). Cr&#233;&#233;e &#224; Washington par les pr&#233;sidents G&#233;rald Ford et Val&#233;ry Giscard d&#8217;Estaing sur l&#8217;initiative de Henry Kissinger, dans le but d&#8217;&#171; &#339;uvrer au renforcement des relations entre la France et les &#201;tats-Unis &#187; &#8211; c&#8217;est-&#224;-dire de re-satelliser la France apr&#232;s la parenth&#232;se gaullienne &#8211;, elle brille moins par ses membres que par son &#171; programme phare &#187; des Young Leaders. Financ&#233; par la CIA et de grands groupes (dont de tr&#232;s grands groupes fran&#231;ais, auxquels s&#8217;ajoute l&#8217;Universit&#233; Paris I !), ce programme vise &#224; formater les futures &#233;lites qui seront ensuite plac&#233;es aux postes cl&#233;s. Parmi les anciens Young Leaders, on trouve Fran&#231;ois Hollande, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Najat Vallaut-Belkacem, Ernest-Antoine Seill&#232;re, Nicolas Dupont-Aignan, Bernard Laroche, Alain Jupp&#233;, &#201;ric Raoult, Val&#233;rie P&#233;cresse, Jacques Toubon, Jean-Marie Colombani, Alain Minc et Christine Ockrent, pour ne citer qu&#8217;eux. <\/p>\n<p align=\"justify\">Il est saisissant de constater que ces groupes choisirent exactement la m&#234;me &#171; noble cause &#187; &#8211; garantir la paix et promouvoir l&#8217;entraide entre pays &#8211; que Bernays jugeait indispensable au camouflage de buts inavouables. Leur v&#233;ritable finalit&#233; appara&#238;t n&#233;anmoins clairement &#224; la lumi&#232;re des observations de Bernays. En r&#233;unissant de mani&#232;re informelle l&#8217;ensemble des dirigeants les plus influents du &#171; monde libre &#187; sous la tutelle des &#201;tats-Unis, l&#8217;objectif de ces groupes est de promouvoir les int&#233;r&#234;ts des &#201;tats-Unis et de l&#8217;OTAN aupr&#232;s des dirigeants mondiaux, g&#233;n&#233;ralement &#171; &#224; l&#8217;insu de leur plein gr&#233; &#187;, l&#8217;id&#233;e centrale &#233;tant de les persuader de l&#8217;omnipotence des &#201;tats-Unis, au moyen notamment d&#8217;une narrative sc&#233;naris&#233;e dans laquelle s&#8217;inscrivent, par exemple, les th&#233;ories grossi&#232;res de la fin de l&#8217;histoire et du choc des civilisations. Ces groupes furent constitu&#233;s pour manipuler les dirigeants des pays satellites et entretenir chez eux le sentiment quasi-h&#233;g&#233;lien que l&#8217;h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine est un processus inexorable dont l&#8217;ach&#232;vement marquera la fin de l&#8217;histoire. Le grand nombre de leurs participants, l&#8217;absence de factions partisanes et de r&#232;gles de votes et de majorit&#233;, le partage du pouvoir que cela supposerait avec un grand nombre de personnes et d&#8217;autres pays que les Etats-Unis, l&#8217;absence m&#234;me de d&#233;cisions formelles prises au cours de ces meetings, montrent assez que ces groupes agissent sans doute moins en organes de gouvernement mondial qu&#8217;en r&#233;seaux constitu&#233;s en vue d&#8217;asseoir un tel gouvernement, projet qui se heurtait dans les ann&#233;es 1960 au bloc communiste et &#224; la politique de la France, et qui bute aujourd&#8217;hui sur ce que les am&#233;ricains appellent avec d&#233;dain the Rest of the World, Russie et Chine en t&#234;te. <\/p>\n<p align=\"justify\">Faut-il conclure qu&#8217;un tout petit nombre de personnes est en mesure de diriger le monde &#224; leur guise ? Bernays est conduit &#224; admettre que &#171; [&#8230;] tous tant que nous sommes, nous vivons avec le soup&#231;on qu&#8217;il existe dans d&#8217;autres domaines des dictateurs aussi influents que ces politiciens [de l&#8217;ombre]. &#187;. En bon manipulateur, il reste toutefois r&#233;aliste en rappelant que la nouvelle propagande, aussi achev&#233;e soit elle, restera toujours sujette &#224; des al&#233;as hors de tout contr&#244;le : &#171; Trop d&#8217;&#233;l&#233;ments &#233;chappent toutefois &#224; son contr&#244;le pour qu&#8217;il puisse esp&#233;rer obtenir des r&#233;sultats scientifiquement exacts. [&#8230;] le propagandiste doit tabler sur une marge d&#8217;erreur importante. La propagande n&#8217;est pas plus une science exacte que l&#8217;&#233;conomie ou la sociologie, car elles ont toutes les trois le m&#234;me objet d&#8217;&#233;tude, l&#8217;&#234;tre humain. &#187; <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Conclusion : &#171; c&#8217;&#233;tait avant que les gens n&#8217;acqui&#232;rent une conscience sociale &#187; <\/strong>\n  <\/p>\n<p>  La machine construite par Edward Bernays a longtemps paru implacable. Jamais les opinions publiques ne furent assujetties &#224; des manipulations d&#8217;une telle ampleur, que ce soit &#224; des fins consum&#233;ristes par la publicit&#233; ou &#224; des fins politiques dans les m&#233;dias. Malgr&#233; ses &#171; succ&#232;s &#187; consid&#233;rables, elle ne le fut pourtant qu&#8217;un temps et uniquement &#224; l&#8217;&#233;gard les peuples des &#201;tats-Unis et de leurs &#201;tats satellites. Comme Bernays lui-m&#234;me le soulignait, il peut toujours surgir des obstacles impr&#233;vus qui lui font &#233;chec, tels que les r&#233;f&#233;rendums fran&#231;ais et n&#233;erlandais de 2005. Surtout, la nouvelle propagande, qui f&#234;te son centenaire, s&#8217;est &#233;mouss&#233;e. Ceci, Edward Bernays l&#8217;avait aussi compris avant les autres. Quelques ann&#233;es avant sa mort en mars 1995, il reconnut, non sans nostalgie, devant le journaliste Stuart Ewen : &#171; C&#8217;&#233;tait avant que les gens n&#8217;acqui&#232;rent une conscience sociale &#187;. Depuis plusieurs ann&#233;es, cette conscience sociale d&#233;plor&#233;e par Bernays devient, lentement mais s&#251;rement, une conscience politique qui pourrait bien permettre un jour &#224; la France de recouvrer son ind&#233;pendance et aux Fran&#231;ais leur libert&#233;. <br \/>\n  &#160;<br \/>\n  &#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong><br \/>\n    <\/strong>\n  <\/p>\n<p>    <strong>yogaesoteric<\/strong><br \/>\n    <br \/>\n    <strong>29 novembre 2017<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pr&#233;sent article propose une analyse du contexte historique et des fondements id&#233;ologiques de la th&#233;orie de la manipulation de l&#8217;opinion publique &#233;labor&#233;e par Edward Bernays. Sauf indication contraire, l&#8217;ensemble des citations entre guillemets sont extraites du Propaganda (1928), dans sa traduction fran&#231;aise parue en 2007 aux &#233;ditions Zones\/La D&#233;couverte. 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