{"id":228245,"date":"2026-03-18T06:59:37","date_gmt":"2026-03-18T06:59:37","guid":{"rendered":"https:\/\/yogaesoteric.net\/?p=228245"},"modified":"2026-03-18T06:59:37","modified_gmt":"2026-03-18T06:59:37","slug":"aux-origines-de-ladmd-eugenisme-anglo-saxon-et-internationale-humaniste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/aux-origines-de-ladmd-eugenisme-anglo-saxon-et-internationale-humaniste\/","title":{"rendered":"Aux origines de l\u2019ADMD : eug\u00e9nisme anglo-saxon et \u00ab internationale humaniste \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019Association pour le droit de mourir dans la dignit\u00e9 (ADMD) est le principal promoteur de l\u2019euthanasie et du suicide assist\u00e9 en France depuis plus de 40 ans, mais son histoire est peu connue. C\u2019est ce voile que nous allons lever quelque peu, pour montrer que loin de l\u2019image lisse et consensuelle qu\u2019elle cherche \u00e0 imposer aujourd\u2019hui, l\u2019ADMD est directement issue des mouvements euthanasistes et eug\u00e9nistes anglo-saxons, ainsi que de l\u2019internationale \u00ab humaniste \u00bb. Cet article remonte dans le temps pour tracer l\u2019histoire du mouvement pro-euthanasie, puis pr\u00e9sente ses traductions politiques. Cet article r\u00e9sume une \u00e9tude approfondie de l\u2019histoire de \u00ab <em>La promotion de l\u2019euthanasie au XXe si\u00e8cle <\/em>\u00bb <a href=\"https:\/\/eclj.org\/promoting-euthanasia?lng=fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><u>disponible ici<\/u><\/a>.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-228252\" src=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/228245_1.jpg\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"344\" srcset=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/228245_1.jpg 560w, https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/228245_1-300x184.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><\/p>\n<p><strong>L\u2019ADMD : un \u00ab produit d\u2019importation \u00bb (1979-1980)<\/strong><\/p>\n<p>On ignore g\u00e9n\u00e9ralement que l\u2019ADMD est un produit d\u2019importation. Elle a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1980 par un am\u00e9ricain, Michel Lee Landa, apr\u00e8s que celui-ci a publi\u00e9 dans <em>Le Monde<\/em> une tribune faisant l\u2019apologie de \u00ab l\u2019auto-d\u00e9livrance \u00bb[1] en prenant d\u2019ailleurs pour exemple la pratique am\u00e9ricaine. Il publia cette tribune de retour d\u2019un congr\u00e8s tenu \u00e0 Londres. D\u2019embl\u00e9e l\u2019ADMD adopte le logo de l\u2019association euthanasiste britannique <em>Exit<\/em> repr\u00e9sentant la cha\u00eene bris\u00e9e de la vie, marqu\u00e9e par la mort. L\u2019acronyme ADMD figure \u00e0 l\u2019emplacement de cette brisure, c\u2019est-\u00e0-dire de la mort. Le choix du nom \u00ab ADMD \u00bb est aussi emprunt\u00e9 \u00e0 l\u2019association am\u00e9ricaine pour la l\u00e9galisation de l\u2019euthanasie qui a adopt\u00e9 le nom \u00ab <em>Society for the Right to Die <\/em>\u00bb en 1974. Le programme de l\u2019ADMD est aussi copi\u00e9 des associations britanniques et am\u00e9ricaines. Il consistait initialement en la promotion des \u00ab testaments de vie \u00bb (anc\u00eatre des \u00ab directives anticip\u00e9es \u00bb), dont la diffusion a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e aux \u00c9tats-Unis dans les ann\u00e9es 1970, puis en la traduction et diffusion en France du \u00ab Guide de l\u2019auto-d\u00e9livrance \u00bb publi\u00e9 d\u2019abord par <em>Exit<\/em> au Royaume-Uni, et qui donna la mati\u00e8re au fameux livre <em>Suicide, mode d\u2019emploi<\/em> publi\u00e9 en 1982.<\/p>\n<p>L\u2019ADMD-France s\u2019inscrit ainsi compl\u00e8tement dans cette filiation anglo-saxonne ; celle-ci s\u2019ajoute \u00e0 sa filiation humaniste ou franc-ma\u00e7onne qui est, elle, beaucoup plus connue. En effet, il est de notori\u00e9t\u00e9 publique que les principaux fondateurs de l\u2019ADMD sont fortement engag\u00e9s dans la franc-ma\u00e7onnerie. C\u2019est le cas en particulier du s\u00e9nateur Henri Caillavet et de Pierre Simon.<\/p>\n<p><strong>Les premi\u00e8res propositions de loi en faveur de l\u2019euthanasie (1969-1978)<\/strong><\/p>\n<p>Au Royaume-Uni, la <em>British Humanist Association<\/em> s\u2019engagea formellement en 1968 \u00e0 \u0153uvrer pour la l\u00e9galisation de l\u2019euthanasie. De m\u00eame, la <em>National Secular Society<\/em> adopta une r\u00e9solution reconnaissant \u00ab <em>le droit naturel des individus \u00e0 demander l\u2019euthanasie pour eux-m\u00eames lorsque leur vie est devenue intol\u00e9rable, et pour leurs m\u00e9decins de pouvoir les aider sans risquer d\u2019\u00eatre poursuivis pour crime <\/em>\u00bb[2]. C\u2019est ainsi toute la mouvance de la libre-pens\u00e9e britannique qui s\u2019engagea publiquement en faveur de l\u2019euthanasie. Cet engagement conduisit \u00e0 l\u2019introduction, \u00e0 partir de 1969, d\u2019une s\u00e9rie de propositions de loi par des membres de cette \u00e9cole de pens\u00e9e ; mais sans succ\u00e8s.<\/p>\n<p>En juillet 1974, l\u2019<em>American Humanist Association<\/em> (AHA) publia un manifeste[3] en faveur de l\u2019euthanasie cosign\u00e9 par les pr\u00e9sidents des associations humanistes am\u00e9ricaine et britannique, ainsi que par trois prix Nobel. Ce manifeste fut traduit et publi\u00e9 le m\u00eame jour par <em>Le Figaro<\/em>, donnant le coup d\u2019envoi de la campagne pour l\u2019euthanasie en France. Il s\u2019ensuivit une s\u00e9rie de livres et de publications favorables \u00e0 l\u2019euthanasie, ainsi que le d\u00e9p\u00f4t par les s\u00e9nateurs Henri Caillavet et Jacques Mezard d\u2019une proposition de loi visant \u00e0 obtenir la reconnaissance l\u00e9gale de \u00ab testaments de vie \u00bb, en 1978. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de cette proposition de loi que l\u2019ADMD fut fond\u00e9e en France, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le mouvement euthanasiste anglo-saxon entreprit de se diffuser dans le monde.<\/p>\n<p><strong>La revendication de l\u2019euthanasie forc\u00e9e des handicap\u00e9s (1937-1945)<\/strong><\/p>\n<p>Le lien entre courants humaniste et euthanasiste est enracin\u00e9 dans l\u2019histoire pour des raisons philosophiques, car ce courant estime que le contr\u00f4le volontaire qualitatif de la vie (et donc de la mort) est une condition et un instrument du progr\u00e8s de l\u2019humanit\u00e9. C\u2019est la raison pour laquelle Henri Caillavet ou Pierre Simon se sont engag\u00e9s non seulement pour l\u2019euthanasie, mais aussi pour la contraception, l\u2019avortement et la GPA. Comme l\u2019\u00e9crivait Pierre Simon, la vie est un \u00ab <em>mat\u00e9riau <\/em>\u00bb que \u00ab <em>il nous appartient de g\u00e9rer <\/em>\u00bb. Il ajoute : \u00ab <em>un respect absolu \u2013 ou plut\u00f4t aveugle \u2013 de la vie se retourne contre lui-m\u00eame et, ruin\u00e9 par les moyens qu\u2019il emploie, d\u00e9vore ce qu\u2019il entend pr\u00e9server : la qualit\u00e9 de la vie, l\u2019avenir de l\u2019esp\u00e8ce <\/em>\u00bb.[4]<\/p>\n<p>C\u2019est cette conviction \u00ab progressiste \u00bb et \u00ab humaniste \u00bb qui est la base id\u00e9ologique de l\u2019eug\u00e9nisme, puis de la revendication de l\u2019euthanasie.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 en 1937, le fondateur de l\u2019<em>American Humanist Association<\/em> (AHA), Charles Potter, \u00e9tait aussi le premier pr\u00e9sident de l\u2019association am\u00e9ricaine pour la l\u00e9galisation de l\u2019euthanasie, et favorable \u00e0 ce titre \u00e0 l\u2019euthanasie forc\u00e9e. Il avait ainsi d\u00e9clar\u00e9 \u00ab <em>socialement d\u00e9sirable <\/em>\u00bb l\u2019euthanasie des enfants handicap\u00e9s, des malades incurables et les personnes souffrant d&#8217;un handicap intellectuel et avait recommand\u00e9 leur ex\u00e9cution compassionnelle dans des \u00ab <em>chambres l\u00e9tales<\/em> \u00bb[5], \u00e0 gaz. Il justifiait alors leur euthanasie forc\u00e9e au nom de la \u00ab responsabilit\u00e9 sociale \u00bb des individus concern\u00e9s, et de la subordination de la libert\u00e9 personnelle au progr\u00e8s social, ainsi que par mesure d\u2019\u00e9conomie. Son mouvement humaniste se pr\u00e9sentait comme une nouvelle religion ayant \u00ab <em>foi en la valeur supr\u00eame et en l\u2019auto-perfectibilit\u00e9 de la personnalit\u00e9 humaine, pens\u00e9e socialement ainsi que individuellement <\/em>\u00bb[6]. On trouve dans les membres de cette \u00ab \u00e9glise \u00bb des personnalit\u00e9s engag\u00e9es pour l\u2019eug\u00e9nisme et l\u2019euthanasie, des deux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Atlantique, tel Julian Huxley, le premier secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019UNESCO, qui fut aussi pr\u00e9sident fondateur de <em>l\u2019Union internationale humaniste et \u00e9thique<\/em>.<\/p>\n<p>En fait, l\u2019engagement de ces \u00ab humanistes \u00bb en faveur de l\u2019euthanasie d\u00e9coule de leur adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019eug\u00e9nisme, pour des raisons \u00e9videntes : l\u2019euthanasie est un prolongement de la politique de st\u00e9rilisation recommand\u00e9e par les eug\u00e9nistes. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019\u00e9viter que les personnes jug\u00e9es \u00ab inaptes \u00bb aient une descendance (par la st\u00e9rilisation et l\u2019avortement), mais aussi de lib\u00e9rer la soci\u00e9t\u00e9 de la charge sociale et financi\u00e8re de l\u2019entretien de ces personnes handicap\u00e9es et malades (par l\u2019euthanasie). Il s\u2019agit de \u00ab g\u00e9rer la vie \u00bb humaine comme un \u00ab mat\u00e9riau \u00bb pour le \u00ab progr\u00e8s \u00bb de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>En fait, si l\u2019ADMD-France est issue du mouvement euthanasiste anglo-saxon, celui-ci est \u00e0 son tour directement issu du mouvement eug\u00e9niste. En effet, le mouvement euthanasiste trouve son origine dans les ann\u00e9es 1930 au Royaume-Uni, en Allemagne et aux \u00c9tats-Unis dans le mouvement eug\u00e9niste.<\/p>\n<p><strong>Le recrutement dans les soci\u00e9t\u00e9s eug\u00e9nistes (1907-1935)<\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_228249\" aria-describedby=\"caption-attachment-228249\" style=\"width: 560px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-228249\" src=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/228245_2.jpg\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/228245_2.jpg 560w, https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/228245_2-300x180.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-228249\" class=\"wp-caption-text\">Photo de groupe : la Soci\u00e9t\u00e9 pour la l\u00e9galisation de l&#8217;euthanasie volontaire. Au fond, de gauche \u00e0 droite : Lord Listowel (vice-pr\u00e9sident), Canon F. R. C. Payne (membre du comit\u00e9), H. T. Cooper (membre du comit\u00e9, avocat \u00e0 Leicester, conseiller juridique de Millard), A. Percy Groves (membre du comit\u00e9 de Leicester), le Dr Astley V. Clark (membre du comit\u00e9, fondateur de l&#8217;universit\u00e9 de Leicester) Au premier rang, de gauche \u00e0 droite : Dr C. Killick Millard (secr\u00e9taire honoraire de Leicester), Canon Peter Green de Manchester (groupe \u00e9thique), Lord Ponsonby (pr\u00e9sident), C. J. Bond de Leicester<\/figcaption><\/figure>\n<p>C\u2019est en 1935 qu\u2019est fond\u00e9e au Royaume-Uni la <strong>\u00ab <\/strong><em>Voluntary Euthanasia Legalisation Society <\/em>\u00bb<em>,<\/em> premi\u00e8re organisation d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la l\u00e9galisation de l\u2019euthanasie, qui deviendra ensuite <em>EXIT<\/em>. La plupart de ses cadres sont recrut\u00e9s dans les rangs de la <em>Eugenics Society<\/em>, une soci\u00e9t\u00e9 eug\u00e9niste fond\u00e9e en 1907 dans l\u2019entourage de Darwin qui recommande la st\u00e9rilisation \u2013 y compris forc\u00e9e \u2013 des personnes \u00ab inf\u00e9rieures \u00bb. Julian Huxley en est aussi l\u2019un des vice-pr\u00e9sidents, de m\u00eame que Havelock Ellis, fondateur de la <em>Ligue mondiale pour la r\u00e9forme sexuelle<\/em>, et les \u00e9crivains H. G. Wells et George Bernard Shaw. Ce dernier estime, lui aussi, que l\u2019eug\u00e9nisme devrait \u00ab <em>nous conduire \u00e0 un usage extensif de chambres l\u00e9tales <\/em>\u00bb.[7]<\/p>\n<p>De m\u00eame, aux \u00c9tats Unis, l\u2019<em>Euthanasia Society of America<\/em> (ESA, renomm\u00e9e ensuite <em>Society for the Right to Die<\/em>), pr\u00e9sid\u00e9e par Charles Potter, r\u00e9unit le gratin du milieu progressiste et eug\u00e9niste. On y retrouve encore Julian Huxley, H. G. Wells et Havelock Ellis, de m\u00eame que L\u00e9on F. Whitney et Henry P. Fairchild de la <em>Eugenics Society,<\/em> ou encore la fondatrice embl\u00e9matique du Planning familial, Margaret Sanger. Lors de la fondation de la Soci\u00e9t\u00e9 en 1938, Charles Potter explique \u00e0 la presse vouloir r\u00e9orienter les efforts de son courant de pens\u00e9e vers la l\u00e9galisation de l\u2019euthanasie[8] apr\u00e8s avoir men\u00e9, et d\u00e9j\u00e0 largement gagn\u00e9 disait-il, le combat pour le contr\u00f4le eug\u00e9nique des naissances. C\u2019est le m\u00eame discours que tient l\u2019ADMD aujourd\u2019hui en France.<\/p>\n<p><strong>Une premi\u00e8re traduction politique : la \u00ab grande b\u00e9n\u00e9diction \u00bb du nazisme<\/strong><\/p>\n<p>Le successeur de Potter \u00e0 la pr\u00e9sidence de l\u2019<em>Euthanasia Society of America,<\/em> le Dr Foster Kennedy, se d\u00e9clare favorable \u00e0 l\u2019euthanasie forc\u00e9e des \u00ab erreurs de la nature \u00bb, sur avis m\u00e9dical, estimant que c\u2019est seulement par sentimentalisme mal plac\u00e9 et absurde que la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019abstient d\u2019euthanasier \u00ab <em>une personne qui n\u2019est pas une personne <\/em>\u00bb[9]. En 1942, alors que la pratique nazie \u00e9tait connue, le Dr Kennedy recommandait encore l\u2019euthanasie forc\u00e9e des enfants pr\u00e9sentant un handicap intellectuel \u00e0 la demande de leurs responsables l\u00e9gaux et apr\u00e8s avis m\u00e9dical.[10]<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, dans un courrier de 1940, Ann Mitchell, la fondatrice de la soci\u00e9t\u00e9 euthanasiste am\u00e9ricaine d\u00e9crivait au Dr Millard, de la soci\u00e9t\u00e9 britannique, comme une \u00ab <em>grande b\u00e9n\u00e9diction <\/em>\u00bb le fait que des docteurs nazis \u00ab <em>ont donn\u00e9 de la morphine et ont ensuite tu\u00e9 les enfants malades de plusieurs asiles <\/em>\u00bb[11] en Pologne. En 1941, elle observait encore avec espoir que la guerre ferait entrer l\u2019humanit\u00e9 dans un nouvel \u00ab <em>\u00e2ge biologique <\/em>\u00bb, r\u00e9volutionnant les esprits de sorte que l\u2019euthanasie et la st\u00e9rilisation de masse deviendraient acceptables.[12]<\/p>\n<p><strong>La deuxi\u00e8me traduction politique : la posture lib\u00e9rale de l\u2019ADMD<\/strong><\/p>\n<p>Ces associations euthanasistes britanniques et am\u00e9ricaines n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 dissoutes apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale ; elles ont seulement chang\u00e9 de nom pour effacer la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019euthanasie, et ont adopt\u00e9 une posture \u00ab lib\u00e9rale \u00bb, d\u00e9fendant moins un \u00ab droit de tuer \u00bb qu\u2019un \u00ab droit de mourir \u00bb. Mais le r\u00e9sultat est sensiblement le m\u00eame. Voil\u00e0 le terreau dont est issue l\u2019ADMD.<\/p>\n<p>Encore apr\u00e8s-guerre, malgr\u00e9 les efforts du mouvement pour se recentrer et para\u00eetre \u00ab lisse \u00bb, des th\u00e9oriciens et membres influents de ce mouvement, tel Joseph Fletcher, continu\u00e8rent \u00e0 recommander l\u2019euthanasie active et forc\u00e9e de personnes handicap\u00e9es. On retrouve aussi des propos extr\u00eames \u00e9manant de fondateurs et cadres de l\u2019ADMD-France.<\/p>\n<p>C\u2019est le cas par exemple de Odette Thibault, fondatrice et th\u00e9oricienne de l\u2019ADMD-France, qui \u00e9crit \u00ab <em>Tout individu ne poss\u00e9dant plus ces facult\u00e9s [intellectuelles] peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 dans un \u00e9tat sous-humain ou infra-humain, pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame dans le cas du d\u00e9bile <\/em><em>profond<\/em> \u00bb[13]. D\u00e8s lors, ajoute-elle, \u00ab <em>beaucoup d\u2019individus sont des morts-vivants, d\u00e9j\u00e0 morts \u00e0 l\u2019humain bien avant la fin de leur vie organique <\/em>\u00bb[14]. Les tuer ne serait donc pas un meurtre, puisqu\u2019ils seraient d\u00e9j\u00e0 morts \u00e0 l\u2019humanit\u00e9. Elle ajoute \u00ab <em>Prolonger cette d\u00e9ch\u00e9ance est, \u00e0 mon avis, une des plus graves atteintes qu\u2019on puisse porter \u00e0 la dignit\u00e9 humaine <\/em>\u00bb[15]. Ce n\u2019est pas diff\u00e9rent de ce qu\u2019\u00e9crivait le Dr Foster Kennedy.<\/p>\n<p><strong>Un m\u00eame fondement philosophique<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 un changement d\u2019approche plus lib\u00e9ral adopt\u00e9 \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, il y a une continuit\u00e9 du mouvement euthanasiste avant et apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, mais aussi, et plus encore, une continuit\u00e9 id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>L\u2019euthanasie eug\u00e9niste tout comme l\u2019euthanasie lib\u00e9rale conservent un m\u00eame fondement philosophique : la r\u00e9duction de la dignit\u00e9 humaine \u00e0 la volont\u00e9 individuelle, ce qui implique la domination de la volont\u00e9 sur le corps, laquelle est un corollaire de la domination de l\u2019esprit sur la mati\u00e8re. Un corps sans esprit ne serait que mati\u00e8re et peut donc \u00eatre euthanasi\u00e9 (cas du malade mental ou du f\u0153tus), tandis qu\u2019un esprit enferm\u00e9 dans un corps malade peut s\u2019en \u00ab lib\u00e9rer \u00bb par la mort volontaire. Dans les deux cas, la volont\u00e9 doit dominer le corps, l\u2019esprit la mati\u00e8re, comme exigence de la dignit\u00e9 humaine.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-228246\" src=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/228245_3.jpg\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/228245_3.jpg 560w, https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/228245_3-300x188.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><\/p>\n<p>L\u2019euthanasie eug\u00e9niste, tout comme la lib\u00e9rale, trouvent ainsi leur justification ultime dans la volont\u00e9 de puissance. Pour la premi\u00e8re, au plan collectif, par la volont\u00e9 de puissance des sujets sup\u00e9rieurs sur les inf\u00e9rieurs (handicap\u00e9s et malades). Pour la seconde, au plan individuel, par la volont\u00e9 de l\u2019individu de rester ma\u00eetre de lui-m\u00eame, de se supprimer avant de d\u00e9choir. Le malade demandant la mort s\u2019applique \u00e0 lui-m\u00eame ce que la soci\u00e9t\u00e9 eug\u00e9niste applique \u00e0 la portion \u00ab malade \u00bb de sa population. La mort volontaire \u2013 qu\u2019elle soit inflig\u00e9e (euthanasie) ou choisie librement (suicide assist\u00e9) \u2013 est vue comme une affirmation de puissance de la volont\u00e9 sur la vie, comme une expression de la dignit\u00e9 de l\u2019homme \u00e9mancip\u00e9 du respect de la vie.<\/p>\n<p><strong>Notes :<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li>Michel Lee Landa, \u00ab <em>Un droit <\/em>\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 17 novembre 1979.<\/li>\n<li>Chambre de Lords, HL Deb 25 March 1969 vol 300 cc1143-254 Voluntary Euthanasia Bill.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/wfrtds.org\/a-plea-for-beneficent-euthanasia\/\"><u>https:\/\/wfrtds.org\/a-plea-for-beneficent-euthanasia\/<\/u><\/a><\/li>\n<li>Pierre Simon, \u00ab <em>De la vie avant toute chose<\/em> \u00bb, \u00e9d. Mazarine, Paris, 1979. p. 15<\/li>\n<li>Martin A. Elks, \u00ab <em>The Lethal Chamber<\/em>\u00a0<em>: Further Evidence for the Euthanasia Option <\/em>\u00bb, <em>31 Mental Retardation<\/em>\u00a0<em>201\u20137<\/em> (1993), cit\u00e9 par Ian Dowbiggin, <em>\u00c0 Merciful End. The Euthanasia Movement in Modern America<\/em>, Oxford University Press, 2003, p. 44. Potter emploie l\u2019expression : \u00ab <em>mercifully executed by lethal chamber<\/em> \u00bb.<\/li>\n<li>Dictionary of Unitarian &amp; Universalist Biography, <a href=\"http:\/\/uudb.org\/articles\/charlesfrancispotter.html*\"><u>http:\/\/uudb.org\/articles\/charlesfrancispotter.html<\/u><\/a><\/li>\n<li>Discours reproduit dans le <em>Daily express<\/em>, Londres, 4 mars 1910, ainsi que dans les archives de la Eugenics society, SA\/EUG NI 3,4, cit\u00e9 par N.D.A. Kemp, \u00ab <em>Merciful release, the history of the British euthanasia movement<\/em> \u00bb, Manchester University Press, Manchester, 2002, p. 55.<\/li>\n<li>\u00a0\u00ab <em>Legalization of Mercy Killing <\/em>\u00bb, Aim of Newly-formed U.S. Society, <em>The Gazette<\/em>, 17 janvier 1938, p. 1.<\/li>\n<li>Cit\u00e9 par Dowbiggin, \u00ab <em>\u00c0 Merciful End, op. Cit<\/em> \u00bb. pp. 59-60.<\/li>\n<li>F. Kennedy, \u00ab <em>The Problem Of Social Control Of The Congenital Defective. <\/em><em>Education, Sterilization, Euthanasia <\/em>\u00bb, <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 1942, cite par A. Pichot, <em>La soci\u00e9t\u00e9 pure<\/em>, p. 278.<\/li>\n<li>Cit\u00e9 par Dowbiggin, \u00ab <em>\u00c0 Merciful End, op. Cit<\/em> \u00bb. p. 71.<\/li>\n<li>Cit\u00e9 par Dowbiggin, \u00ab <em>\u00c0 Merciful End, op. Cit<\/em> \u00bb. p. 71.<\/li>\n<li>Odette Thibault, \u00ab <em>La maitrise de la mort<\/em> \u00bb, Editions universitaires, 1975, p. 163.<\/li>\n<li>Idem, p. 78.<\/li>\n<li>Ib. p. 196.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>yogaesoteric<br \/>\n18 mars 2026<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Association pour le droit de mourir dans la dignit\u00e9 (ADMD) est le principal promoteur de l\u2019euthanasie et du suicide assist\u00e9 en France depuis plus de 40 ans, mais son histoire est peu connue. 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