{"id":22934,"date":"2020-01-20T19:47:12","date_gmt":"2020-01-20T19:47:12","guid":{"rendered":"http:\/\/dev.yogaesoteric.net\/yoga-fr\/yoga-pour-les-debutants-1587-fr\/la-conversation-face-a-face-et-lempathie-sont-elles-menacees-par-les-portables\/"},"modified":"2020-01-20T19:47:12","modified_gmt":"2020-01-20T19:47:12","slug":"la-conversation-face-a-face-et-lempathie-sont-elles-menacees-par-les-portables","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/la-conversation-face-a-face-et-lempathie-sont-elles-menacees-par-les-portables\/","title":{"rendered":"La conversation face \u00e0 face et l\u2019empathie sont-elles menac\u00e9es par les portables ?"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n    \n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Happ&#233;s par les smartphones, menant des vies fragment&#233;es par les sms et les mails professionnels, sollicit&#233;s en permanence par le cyberspace, on ne serait plus capables de mener des conversations face &#224; face, affirment certains chercheurs, comme la psychosociologue du MIT Sherry Turkle qui a publi&#233; en 2015 l&#8217;essai Reclaiming Conversation (&#171; Reconqu&#233;rir la conversation &#187;), tr&#232;s discut&#233;. <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/ianuarie%202020\/20\/21896_1.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce sont des sc&#232;nes banales et troublantes de l&#8217;&#226;ge num&#233;rique&#8230; Une famille, deux parents et deux ados, se retrouve au restaurant, et pendant tout le repas, clic clic clic, ils pianotent sur leurs portables, se parlant &#224; peine&#8230; Cinq coll&#232;gues d&#233;jeunent ensemble, ils consultent leurs &#233;crans toutes les deux minutes, envoient des messages, discutant entre eux de fa&#231;on d&#233;cousue, &#224; peine pr&#233;sents l&#8217;un &#224; l&#8217;autre&#8230; Un d&#238;ner &#224; plusieurs commence, les jeunes regardent Facebook et r&#233;pondent &#224; WhatsApp sur leur portable pendant tout le repas, sans participer &#224; la conversation, tandis qu&#8217;un des adultes, &#224; moiti&#233; absent, envoie sans cesser des textos. Aucune v&#233;ritable vie collective se d&#233;veloppe autour de la table&#8230; <\/p>\n<p align=\"justify\">Nous avons tous &#233;t&#233; t&#233;moins ou acteurs de ces sc&#232;nes o&#249; nos pratiques num&#233;riques rivalisent avec notre vie familiale et amicale. Nous d&#233;couvrons de plus en plus combien qu&#8217;elles empi&#232;tent dessus. L&#8217;encerclent. La fractionnent. La dissolvent ? <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Identit&#233; &#171; fragment&#233;e &#187;<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Des chercheurs en sciences humaines commencent &#224; prendre la mesure de cet impact. La psychosociologue Sherry Turkle, professeure au Massachusetts Institute of Technology (MIT), m&#232;ne depuis vingt ans un travail sur l&#8217;influence des technologies sur les comportements. D&#232;s 1995, dans Life on the Screen (Simon &amp; Schuster, non traduit), elle &#233;tudiait &#171; l&#8217;identit&#233; &#224; l&#8217;&#226;ge de l&#8217;Internet &#187;. Elle montrait comment les ordinateurs portables, les consoles de jeux, tous ces &#171; objets avec qui penser &#187; sont devenus des &#171;compagnons quotidiens &#187; dou&#233;s d&#8217;une forme de &#171; psychologie &#187; : en nous projetant dans le cyberespace, ils ont modifi&#233; notre identit&#233;. Ils l&#8217;ont &#171; multipli&#233;e &#187; en faisant de nous des joueurs connect&#233;s, des avatars, mais aussi &#171; fragment&#233;e &#187; en accaparant &#224; tout moment notre attention. En ces moments, il n&#8217;est pas toujours facile, remarque-t-elle, de concilier le moi num&#233;rique, captiv&#233; par Internet, et le moi social, embarqu&#233; dans la vie avec les autres. &#171; La vie &#224; l&#8217;&#233;cran devient une philosophie quotidienne &#187;, affirmait d&#232;s cette &#233;poque Sherry Turkle. <\/p>\n<p align=\"justify\">Vingt ans apr&#232;s, avec l&#8217;arriv&#233;e des smartphones, des r&#233;seaux sociaux et des applications de r&#233;alit&#233; augment&#233;e, la chercheuse fait le point sur cette crise d&#8217;identit&#233; &#8211; et de pr&#233;sence dans le r&#233;el &#8211; dans un ouvrage qui fait du bruit, &#8211; Reclaiming Conversation (&#171; Reconqu&#233;rir la conversation &#187;, Penguin Press, 2015, non traduit). S&#8217;appuyant sur des centaines d&#8217;entretiens, elle observe que &#171; les conversations en face-&#224;-face s&#8217;amenuisent &#187; du fait de l&#8217;omnipr&#233;sence des t&#233;l&#233;phones mobiles. <\/p>\n<p align=\"justify\">En effet, d&#8217;apr&#232;s une &#233;tude du Pew Research Center publi&#233;e en ao&#251;t 2015, 92 % des adultes am&#233;ricains en poss&#232;dent un, 80 % disent que leur derni&#232;re relation sociale est pass&#233;e par lui, 67 % le consultent en permanence, et 44 % le gardent &#224; proximit&#233; quand ils dorment. Le mobile est toujours l&#224;, pos&#233; entre nous et les autres. Sa pr&#233;sence vibrante, la v&#233;rification permanente de l&#8217;&#233;cran, l&#8217;envoi r&#233;gulier de messages parasitent nos relations quotidiennes et &#233;courtent nos conversations. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>&#171; Machines &#224; sous de poche &#187;<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Dans son ouvrage comme dans ses conf&#233;rences, Sherry Turkle multiplie les t&#233;moignages. Une m&#232;re prend conscience qu&#8217;elle regarde son mobile tout en donnant le bain &#224; son b&#233;b&#233;, plut&#244;t que de jouer avec lui. Un employ&#233; d&#233;plore que la tyrannie des e-mails professionnels l&#8217;&#233;loigne de sa femme et de ses enfants. Des lyc&#233;ens, des &#233;tudiants racontent qu&#8217;ils consultent leur portable pendant les cours. Des spectateurs l&#8217;activent pendant un spectacle ou une conf&#233;rence&#8230; Et notre attention aux autres, notre vie affective, notre pr&#233;sence au monde r&#233;el s&#8217;en trouvent r&#233;duites. <\/p>\n<p align=\"justify\">Aux Etats-Unis, les ouvrages de Sherry Turkle ont suscit&#233; d&#8217;intenses d&#233;bats sur la fa&#231;on dont les technologies de l&#8217;information et de la communication (TIC) influencent nos vies. Un ancien conseiller strat&#233;gique de Google, l&#8217;&#233;thicien Tristan Harris, grand connaisseur des strat&#233;gies de s&#233;duction des GAFA (les g&#233;ants du Net : Google, Apple, Facebook, Amazon), a lui aussi d&#233;velopp&#233; une analyse proche. En septembre 2014, lors d&#8217;une conf&#233;rence, il expliquait que les portables sont devenus des &#171; machines &#224; sous de poche &#187;. On les utilise de fa&#231;on compulsive, explique-t-il non sans humour, comme le font des joueurs de casino avec les bandits manchots, &#171; en manque &#187; permanent, &#8211; &#171; accroch&#233;s &#187;, de crainte de rater quelque chose : le post essentiel d&#8217;un ami, un message d&#233;cisif du travail, un troll risible, un partenaire de r&#234;ve sur Tinder, etc. A chaque v&#233;rification de l&#8217;&#233;cran &#8211; 150 fois par jour en moyenne d&#8217;apr&#232;s des &#233;tudes &#8211;, &#171; nous jouons &#224; la machine &#224; sous &#187; et nous interrompons nos relations physiques aux autres, notre pr&#233;sence au monde, explique Tristan Harris. <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/ianuarie%202020\/20\/21896_2.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"center\">\n    Nos t&#233;l&#233;phones portables nous plongent dans un &#233;tat de &#171; manque &#187; permanent, soutient l&#8217;&#233;thicien am&#233;ricain Tristan Harris. ESTHER VARGAS \/ FLICKR\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Plong&#233;s dans le flux informatif<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">D&#8217;autres travaux vont dans ce sens : d&#8217;apr&#232;s une &#233;tude publi&#233;e en mai dans la revue Communication Theory, les consultations et les sollicitations permanentes des portables induisent des &#171; habitudes inconscientes de connexion &#187; qui nous poussent &#224; interrompre &#171; automatiquement &#187; toute activit&#233; en cours, conversation comprise, pour nous replonger dans le flux informatif. Nous croyons contr&#244;ler le portable, mais c&#8217;est lui qui nous contr&#244;le, affirme Tristan Harris. Sherry Turkle va plus loin. Dans un ouvrage pr&#233;c&#233;dent, Seuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines (L&#8217;Echapp&#233;e, 2015), elle &#233;tudiait la perte d&#8217;empathie que g&#233;n&#232;re l&#8217;usage intensif des portables. Elle y d&#233;crivait comment des lyc&#233;ens postent sur Facebook des textes cruels et vengeurs sur leurs camarades sans penser faire mal : le fait de passer par un &#233;cran, sans avoir &#224; se confronter &#233;motionnellement aux autres, les a rendus plus insensibles. D&#233;nu&#233;s d&#8217;empathie. Et ces pratiques agressives, parfois harceleuses, se multiplient. <\/p>\n<p align=\"justify\">&#171; L&#8217;empathie, la capacit&#233; de se mettre &#224; la place d&#8217;une personne et d&#8217;imaginer ce qu&#8217;elle ressent, a des fondements neurologiques, darwiniens, rappelle la psychosociologue. Or, nous la supprimons dans un environnement num&#233;rique o&#249; nous ne nous regardons plus dans les yeux. Riv&#233;s &#224; notre &#233;cran, il devient difficile d&#8217;exp&#233;rimenter physiquement ce que les autres &#233;prouvent. &#187; Pour Sherry Turkle, loin d&#8217;&#234;tre un support de communication &#171; neutre &#187;, le portable, devenu &#171; l&#8217;architecte de notre intimit&#233; &#187;, la fa&#231;onne en privil&#233;giant des relations disparates, distanci&#233;es, utilitaires et rapides. Il renforce une forme de narcissisme et de &#171; solitude &#224; plusieurs &#187;. Nous consommons, &#233;crit-elle, &#171; les personnes en morceaux. Nous les utilisons comme des pi&#232;ces de rechange &#187;. Certaines pratiques lui semblent tr&#232;s r&#233;v&#233;latrices, telle l&#8217;utilisation du mobile au cours d&#8217;un spectacle ou d&#8217;un service religieux. &#171; Ils ont donc oubli&#233; qu&#8217;un enterrement permet d&#8217;&#234;tre ensemble pour communier avec les autres ? &#187;, se demande-t-elle. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Id&#233;es biais&#233;es<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Si la plupart des chercheurs qui analysent, depuis une quinzaine d&#8217;ann&#233;es, les enjeux sociaux, comportementaux et anthropologiques des TIC et des r&#233;seaux sociaux saluent le travail pionnier de Sherry Turkle, tous ne se reconnaissent pas dans sa critique radicale. Nombre de ces sociologues de l&#8217;Internet estiment qu&#8217;elle c&#232;de &#224; une forme de &#171; panique morale &#187; face &#224; des fa&#231;ons d&#8217;&#234;tre et de communiquer radicalement nouvelles, encore mal d&#233;crypt&#233;es, et &#224; des pratiques g&#233;n&#233;rationnelles qui la d&#233;passent. En France, le philosophe des technologies St&#233;phane Vial, auteur de L&#8217;Etre et l&#8217;Ecran. Comment le num&#233;rique change la perception (PUF, 2013), &#233;voque m&#234;me une v&#233;ritable &#171; incompr&#233;hension &#187; des pratiques r&#233;elles de la g&#233;n&#233;ration num&#233;rique. <\/p>\n<p align=\"justify\">&#171; A toutes ses conf&#233;rences, Sherry Turkle montre des photos de ses filles et de leurs amies tapotant sur des portables sans se parler. Mais est-ce qu&#8217;elle s&#8217;interroge sur ce qu&#8217;elles sont en train de faire ? Elles lisent peut-&#234;tre un roman, ou dialoguent avec leur amoureux&#8230; Elles ne sont pas forc&#233;ment isol&#233;es ou d&#233;c&#233;r&#233;br&#233;es &#187;, argumente-t-il. <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/ianuarie%202020\/20\/21896_3.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"center\">\n    Une preuve de la coupure au monde induite par les portables, &#224; l&#8217;image de ces lyc&#233;ens tournant le dos &#224; La Ronde de nuit de Rembrandt au Rijksmuseum ? En fait, ils consultent l&#8217;application &#233;ducative traitant du tableau. Photo Gijsbert van der Wal <\/p>\n<p align=\"justify\">St&#233;phane Vial donne un exemple frappant des id&#233;es biais&#233;es sur l&#8217;usage des mobiles par les adolescents. Le quotidien britannique The Telegraph a publi&#233; une contre-enqu&#234;te sur une photo repr&#233;sentant un groupe de lyc&#233;ens au Rijksmuseum d&#8217;Amsterdam : devant La Ronde de nuit, de Rembrandt, tous regardaient leur t&#233;l&#233;phone. &#171; Cette image a fait le tour du Net, elle est devenue le symbole de la d&#233;culturation et de la d&#233;r&#233;alisation des jeunes, rappelle-t-il. Or, il s&#8217;est av&#233;r&#233; que les lyc&#233;ens consultaient une application &#233;ducative du mus&#233;e. Et dans une photo pr&#233;c&#233;dente, les m&#234;mes &#233;taient assis devant un Rembrandt, discutant du tableau. &#187; <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/ianuarie%202020\/20\/21896_4.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"center\">\n    Le m&#234;me groupe de lyc&#233;ens photographi&#233;s un peu plus t&#244;t discutant d&#8217;un tableau&#8230;\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Contre-exemples<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Pour ce philosophe, Sherry Turkle pose plusieurs a priori philosophiques et pratiques qui l&#8217;emp&#234;chent de comprendre les nouvelles possibilit&#233;s de se cultiver et d&#8217;&#233;changer gr&#226;ce aux mobiles. Le premier de ces biais est que &#171; seule la conversation face &#224; face serait satisfaisante et authentique &#187;. Or, toutes les formes de communication &#8211; par t&#233;l&#233;phone, textos, envoi d&#8217;images ou de liens &#8211; peuvent &#234;tre &#171; enrichissantes &#187;, avance St&#233;phane Vial. Elles &#171; continuent &#187; plus qu&#8217;elles n&#8217;abolissent les conversations. Elles d&#233;ploient notre &#171; pr&#233;sence num&#233;rique &#187;, tout aussi r&#233;elle que notre pr&#233;sence physique. Elles conservent une dimension &#233;motionnelle, affective. <\/p>\n<p align=\"justify\">Selon le sociologue fran&#231;ais Antonio Casilli, auteur des Liaisons num&#233;riques. Vers une nouvelle sociabilit&#233; (Seuil, 2010), la chercheuse am&#233;ricaine ne voit pas non plus que les pratiques du portable &#233;voluent, se civilisent. Les internautes inventent une &#171; netiquette &#187; : des r&#232;gles de politesse s&#8217;installent dans les lieux publics, les transports, les espaces culturels o&#249; chacun s&#8217;isole pour t&#233;l&#233;phoner. C&#8217;est ainsi, &#224; l&#8217;usage, que les technologies s&#8217;humanisent et se &#171; socialisent &#187;, fait remarquer Casilli, qui rappelle que de nombreuses &#233;tudes de sociologie contredisent l&#8217;approche psychologique de Sherry Turkle. <\/p>\n<p align=\"justify\">Aux Etats-Unis m&#234;mes, d&#8217;importantes recherches pr&#233;sentent des contre-exemples &#224; ses analyses. Sur l&#8217;absence suppos&#233;e d&#8217;empathie &#224; l&#8217;int&#233;rieur des univers num&#233;riques, par exemple. A l&#8217;universit&#233; James-Madison (Virginie), la sociologue Jenny Davis a d&#233;couvert que les joueurs adeptes de jeux vid&#233;o bas&#233;s sur l&#8217;entraide et le souci d&#8217;autrui d&#233;veloppent ces pratiques dans leur propre vie : leur existence virtuelle d&#233;borde sur la r&#233;elle, toutes deux s&#8217;entrem&#234;lent. <\/p>\n<p align=\"justify\">A l&#8217;universit&#233; Stanford, des chercheurs du Virtual Interaction Lab ont annonc&#233; en octobre combattre des pr&#233;jug&#233;s racistes bien r&#233;els en confrontant des &#233;tudiants, par le truchement d&#8217;avatars, &#224; des situations virtuelles de x&#233;nophobie. <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Enrichir son &#171; capital social &#187;<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">D&#8217;autres recherches, comme celles des sociologues Barry Wellman et John A. Bargh, soulignent que Sherry Turkle d&#233;valorise les relations distanci&#233;es &#8211; ces liens l&#233;gers, cordiaux, de camaraderie, de loisirs, pr&#233;tendument &#171; inauthentiques &#187; qu&#8217;induisent les portables. Or ces &#171; liens faibles &#187;, estiment-ils, sont en fait fondamentaux pour nourrir nos vies. Ils compl&#232;tent, &#233;toffent, renouvellent parfois nos relations &#171; fortes &#187;, familiales et parentales. <\/p>\n<p align=\"justify\">C&#8217;est pourquoi nous serions si attach&#233;s &#224; nos portables et aux sollicitations des r&#233;seaux sociaux. Un r&#233;seau comme Facebook facilite ces liens et cela enrichit, dit John A. Bargh, le &#171; capital social &#187; de ses utilisateurs : des personnes isol&#233;es retrouvent de vieux copains et leurs r&#233;seaux ; des habitants qui d&#233;m&#233;nagent, changent de travail ou d&#8217;&#233;cole et souffrent de perdre leurs relations peuvent rechercher leurs anciens voisins et coll&#232;gues. Et sortir de leur isolement. <\/p>\n<p align=\"justify\">Reste que la question pos&#233;e par Turkle est ouverte : la &#171; conversation &#187;, l&#8217;art dialectique consid&#233;r&#233; comme un fleuron de l&#8217;&#233;ducation classique, est-elle compatible avec notre monde de textos et d&#8217;e-mails ? <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" style=\"border-top-color: ; border-left-color: ; border-bottom-color: ; border-right-color: \" border=\"0\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/ianuarie%202020\/20\/21896_5.jpg\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"center\">\n    Gravure du XIVe si&#232;cle repr&#233;sentant une<br \/>\n    &#171; disputatio<br \/>\n    &#187; ou grande discussion philosophique, &#224; l&#8217;universit&#233;, sur un th&#232;me choisi. Une mani&#232;re de former les esprits &#224; l&#8217;&#233;poque de la scholastique, quand la pens&#233;e chr&#233;tienne et grecque rivalisaient.\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n<p align=\"justify\">\n    <strong>L&#8217;art perdu de la conversation<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Grand contempteur des usages narcissiques et antisociaux de l&#8217;&#226;ge num&#233;rique, le romancier et essayiste am&#233;ricain Jonathan Franzen a salu&#233; Sherry Turkle dans sa critique de Reclaiming Conversation parue dans le New York Times en septembre 2015. &#171; Une grande part de ce qui constitue l&#8217;humanit&#233; est menac&#233;e lorsque nous rempla&#231;ons la conversation par la communication &#233;lectronique &#187;, affirme-t-il. <\/p>\n<p align=\"justify\">Pour l&#8217;&#233;crivain, la conversation face &#224; face, entre visages expressifs et familiers, fonde la personnalit&#233; : familiale, elle aide &#224; d&#233;ployer l&#8217;estime de soi et l&#8217;affirmation ; amicale, elle cultive l&#8217;intimit&#233; et l&#8217;empathie ; rebondissante, elle facilite la mise &#224; distance, le questionnement&#8230; La conversation encourage l&#8217;&#171; auto-r&#233;flexion &#187;, la pens&#233;e ind&#233;pendante, l&#8217;&#233;laboration de convictions personnelles : elle n&#8217;est jamais loin de la disputatio des XIVe et XVe si&#232;cles fran&#231;ais, cette forme d&#8217;enseignement et d&#8217;entra&#238;nement de l&#8217;esprit consistant en grandes joutes dialectiques entre des &#171; opposants &#187; et des &#171; d&#233;fenseurs &#187; d&#233;battant d&#8217;une question d&#233;cisive. <\/p>\n<p align=\"justify\">Une bonne conversation, avance de son c&#244;t&#233; le philosophe fran&#231;ais Fran&#231;ois Flahaut dans Le sentiment d&#8217;exister (Descartes&amp;compagnie, 2013), est un &#171; bien commun v&#233;cu &#187;. Elle vient de loin, dit-il, cette parole en mouvement, de la vie villageoise, quand les gens se retrouvent en fin de journ&#233;e ou &#224; l&#8217;occasion d&#8217;un march&#233; ou d&#8217;une f&#234;te, mais aussi des travaux faits ensemble dans la &#171; bonne ambiance &#187; des discussions pour mener les taches &#224; bien. La conversation, enrichissante et appr&#233;ci&#233;e&#8230; d&#232;s lors qu&#8217;un des interlocuteurs n&#8217;accapare pas la parole, mettant fin &#224; son jeu collectif. Elle conf&#232;re &#224; chacun le sentiment d&#8217;exister avec les autres, d&#8217;&#234;tre reconnu, tout en conservant son amour-propre. <\/p>\n<p>  Chacun s&#8217;y exprime, tout en apprenant &#224; &#233;couter, acceptant d&#8217;&#234;tre emport&#233; dans les rebondissements des dialogues vers de nouveaux sujets &#8211; car la discussion est souple et infinie. Son art &#8211; perdu ? &#8211; dont Socrate a r&#233;v&#233;l&#233; les bienfaits intellectuels et cathartiques, ses r&#232;gles de respect et de libert&#233;, sa dimension ludique et gourmande, ses virevoltes existentielles font partie du &#171; patrimoine immat&#233;riel &#187; des populations. Alors, devrions-nous dire d&#233;sormais, au d&#233;but d&#8217;une rencontre amicale : &#171; Si tu veux discuter, coupes ton t&#233;l&#233;phone&#8230; &#187; ?. N&#8217;est-il pas temps, dans notre monde de connexion permanente, aussi pr&#233;sente que la lumi&#232;re &#233;lectrique qui nous entoure, ou la ville qui nous encercle, d&#8217;am&#233;nager des espaces favorisant la rencontre yeux dans les yeux, corporelle, chaleureuse &#8211; d&#8217;en faire une r&#232;gle de la nouvelle Netiquette ? <br \/>\n  &#160;<br \/>\n  &#160;<br \/>\n  &#160;<\/p>\n<p>    <strong><br \/>\n      <br \/>yogaesoteric<\/strong><br \/>\n    <br \/>\n    <strong>20 janvier 2020<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Happ&#233;s par les smartphones, menant des vies fragment&#233;es par les sms et les mails professionnels, sollicit&#233;s en permanence par le cyberspace, on ne serait plus capables de mener des conversations face &#224; face, affirment certains chercheurs, comme la psychosociologue du MIT Sherry Turkle qui a publi&#233; en 2015 l&#8217;essai Reclaiming Conversation (&#171; Reconqu&#233;rir la conversation [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[1260],"tags":[],"class_list":["post-22934","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-yoga-pour-les-debutants-1587-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22934","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22934"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22934\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22934"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22934"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22934"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}