{"id":24261,"date":"2017-03-26T13:10:15","date_gmt":"2017-03-26T13:10:15","guid":{"rendered":"http:\/\/dev.yogaesoteric.net\/actualite-fr\/articles-1602-fr\/comment-senrichir-en-pretendant-sauver-la-planete\/"},"modified":"2017-03-26T13:10:15","modified_gmt":"2017-03-26T13:10:15","slug":"comment-senrichir-en-pretendant-sauver-la-planete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/comment-senrichir-en-pretendant-sauver-la-planete\/","title":{"rendered":"Comment s\u2019enrichir en pr\u00e9tendant sauver la plan\u00e8te"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n    \n  <\/p>\n<p align=\"justify\">La plan&#232;te, nouvel objet &#224; but lucratif ? Bient&#244;t, des ONG pourront acheter des quotas de baleines pour les prot&#233;ger. Les parcs naturels pourront &#234;tre &#233;valu&#233;s par des agences de notation. Les performances des for&#234;ts en mati&#232;re de recyclage du carbone seront quantifi&#233;es. Des produits financiers d&#233;riv&#233;s vous assureront contre l&#8217;extinction d&#8217;une esp&#232;ce. &#171; Nous sommes en train d&#8217;&#233;tendre aux processus vitaux de la plan&#232;te les m&#234;mes logiques de financiarisation qui ont caus&#233; la crise financi&#232;re &#187;, d&#233;nonce le chercheur Christophe Bonneuil, &#224; l&#8217;occasion de la conf&#233;rence Rio+20. Entretien (20 au 22 juin 2012).<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Basta !<\/strong> : Cela fait vingt ans, depuis le sommet de la Terre &#224; Rio en 1992, que l&#8217;on se pr&#233;occupe davantage de la biodiversit&#233;. Quel bilan tirez-vous de ces deux d&#233;cennies ?<\/p>\n<\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads2\/2017-3\/11535\/11535_1.jpg\" width=\"550\" height=\"413\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Christophe Bonneuil [1] :<\/strong> Ce qui a &#233;t&#233; mis en place en 1992 n&#8217;a pas permis de ralentir la sixi&#232;me extinction actuellement en cours [2]. Le taux de disparition des esp&#232;ces est mille fois sup&#233;rieur &#224; la normale ! Cette &#233;rosion de la biodiversit&#233; est essentiellement due &#224; la destruction des habitats naturels, &#224; la d&#233;forestation, aux changements d&#8217;usage des sols. La Convention sur la diversit&#233; biologique (CDB) adopt&#233;e &#224; Rio il y a vingt-cinq ans se souciait certes de la biodiversit&#233;, mais son premier article indique clairement que la meilleure fa&#231;on de la conserver suppose le partage des ressources li&#233;es &#224; son exploitation. Il s&#8217;agit donc de conserver la biodiversit&#233; par la mise en march&#233; de ses &#233;l&#233;ments, &#224; savoir les &#171; ressources g&#233;n&#233;tiques &#187;.<\/p>\n<p align=\"justify\">La CDB ent&#233;rine d&#232;s cette &#233;poque la notion de brevets sur le vivant. Les textes pr&#233;figurent d&#233;j&#224; un mod&#232;le marchand qui pense que l&#8217;on ne conserve bien que ce qui est appropri&#233;, brevet&#233; et marchandis&#233;. Tout en mettant en avant qu&#8217;une partie de ces profits seront redistribu&#233;s par un m&#233;canisme de partage des avantages vers les communaut&#233;s locales. Mais il a fallu plus de vingt ans pour qu&#8217;il y ait un accord sur ce m&#233;canisme, lors de la conf&#233;rence des parties sur la biodiversit&#233; &#224; Nagoya en 2010. Il semble que les firmes n&#8217;&#233;taient pas press&#233;es d&#8217;avoir un m&#233;canisme qui contr&#244;le le retour des royalties vers les populations locales.<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>B ! :<\/strong><br \/>\n    Les &#201;tats se sont-ils donn&#233;s les moyens de pr&#233;server la biodiversit&#233; ?\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>CB :<\/strong> Il n&#8217;existe pas de fonds mondial que chaque &#201;tat ou une taxe mondiale sur les biotechnologies auraient pu abonder. Les &#201;tats ont mis&#233; exclusivement sur la bioprospection [3] des firmes pharmaceutiques. Un des contrats les plus m&#233;diatis&#233;s a &#233;t&#233; celui qui liait la multinationale allemande Merck &#224; INBio, l&#8217;Institut national de la biodiversit&#233; au Costa Rica. Inbio devait fournir &#224; Merck les substances chimiques extraites des plantes et les insectes pr&#233;lev&#233;s au Costa Rica. En contrepartie, Merck versait 500.000 dollars par an, ce qui permettait &#224; INBio d&#8217;avoir des ressources pour financer ses actions de conservation. Cet accord a fait &#233;norm&#233;ment de bruit mais il n&#8217;a pas &#233;t&#233; suivi par beaucoup d&#8217;autres initiatives de ce type. Les grandes entreprises comptent davantage sur les &#233;normes banques de mol&#233;cules dont elles disposent, pour innover en laboratoire. Le paradigme de Rio 92, de conservation de la biodiversit&#233; par la bioprospection et la biotechnologie, cr&#233;ant un nouveau march&#233; des ressources biologiques tout en r&#233;mun&#233;rant les communaut&#233;s locales pauvres a fait la preuve de ses limites.<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>B ! :<\/strong><br \/>\n    Concr&#232;tement, comment se d&#233;roule cette privatisation de la protection de l&#8217;environnement ?\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>CB :<\/strong> Un accord financier a par exemple &#233;t&#233; sign&#233; en mars 2008 entre une soci&#233;t&#233; financi&#232;re, Canopy Capital, et la r&#233;serve nationale d&#8217;Iwokrama au Guyana, dans la for&#234;t amazonienne. En &#233;change d&#8217;un versement annuel de 100.000 dollars finan&#231;ant des actions de conservation de la r&#233;serve, Canopy Capital n&#8217;a pas achet&#233; la terre en tant que telle, mais les droits sur les services &#233;cosyst&#233;miques de la r&#233;serve. Autrement dit, les droits sur le maintien de la pluviosit&#233; dans la r&#233;gion, sur le stockage de l&#8217;eau, sur la r&#233;tention du carbone, et &#233;ventuellement sur l&#8217;effet mod&#233;rateur sur le climat. La r&#233;serve s&#8217;&#233;tend sur 371.000 hectares, sur lesquels vivent 7.000 habitants.<\/p>\n<p align=\"justify\">D&#8217;autres accords de ce type sont amen&#233;s &#224; se multiplier, soumettant ainsi des parcs naturels aux logiques des &#171; partenariats public-priv&#233; &#187;. Avec cet investissement, Canopy Capital esp&#232;re ensuite vendre des cr&#233;dits carbone, des cr&#233;dits biodiversit&#233; ou des cr&#233;dits li&#233;s &#224; d&#8217;autres services &#233;cosyst&#233;miques, soit dans le cadre de march&#233;s volontaires (engagement d&#8217;une entreprise pour son image de marque), soit dans le cadre de march&#233;s r&#233;gul&#233;s tels les &#171; m&#233;canismes de d&#233;veloppement propre &#187; du protocole de Kyoto. Par exemple, si Coca-Cola souhaite compenser ses &#233;missions polluantes, elle pourra financer une action de conservation au Guyana en payant un service &#224; Canopy Capital.<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>B ! :<\/strong><br \/>\n    D&#8217;autres march&#233;s se d&#233;veloppent-ils pour sp&#233;culer sur l&#8217;&#233;cologie ?\n  <\/p>\n<\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads2\/2017-3\/11535\/11535_2.jpg\" width=\"550\" height=\"419\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>CB :<\/strong> &#192; c&#244;t&#233; des march&#233;s institu&#233;s par l&#8217;action publique (M&#233;canisme de d&#233;veloppement propre de la convention climat, Emission Trading System europ&#233;en sur le carbone, etc.), des march&#233;s volontaires ont le vent en poupe. Ils t&#233;moignent de la privatisation des normes et des politiques environnementales aujourd&#8217;hui, alors que l&#8217;action publique internationale est enlis&#233;e au regard de l&#8217;&#233;chec de Copenhague, du manque d&#8217;ambition de Rio+20, ou de la crise financi&#232;re des agences de l&#8217;ONU. Une foule de bureaux d&#8217;&#233;tude d&#8217;experts, de cabinets d&#8217;audit, de chercheurs et de soci&#233;t&#233;s bancaires se d&#233;m&#232;nent pour codifier des standards, des unit&#233;s de mesure et des r&#232;gles d&#8217;&#233;change pour ces march&#233;s volontaires.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ces march&#233;s permettent &#224; des entreprises dont les activit&#233;s ont des impacts environnementaux d&#233;sastreux de les compenser pour restaurer &#224; bon compte leur image aupr&#232;s des consommateurs, des actionnaires ou des bailleurs (mont&#233;e de crit&#232;res &#171; verts &#187; dans la notation financi&#232;re), soit en conduisant elles-m&#234;mes un projet autour de leurs sites industriels (minier par exemple, comme le fait le g&#233;ant Rio Tinto) soit en finan&#231;ant par du m&#233;c&#233;nat ou des achat de cr&#233;dits une op&#233;ration de conservation ailleurs dans le monde.<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>B ! :<\/strong><br \/>\n    Cela tend &#224; imposer l&#8217;id&#233;e que tous les milieux, tous les &#233;cosyst&#232;mes sont substituables les uns aux autres&#8230;\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>CB :<\/strong> En ayant la possibilit&#233; de compenser un d&#233;g&#226;t en un lieu par une &#171; r&#233;paration &#187; ailleurs, o&#249; cela co&#251;te moins cher, on est dans une logique de flexibilit&#233;, de d&#233;localisation. C&#8217;est comme si tous les processus naturels pouvaient &#234;tre ramen&#233;s &#224; une seule grandeur mon&#233;taire globale&#8230; alors que, dans le cas de la biodiversit&#233; notamment, sa nature est profond&#233;ment li&#233;e &#224; des espaces, des pratiques et des cultures qui sont tr&#232;s divers. C&#8217;est justement ce qui maintient la biodiversit&#233;. Mais &#224; la diff&#233;rence du march&#233; du carbone qui entre dans le cadre des m&#233;canismes de d&#233;veloppement propre sous l&#8217;&#233;gide de l&#8217;ONU, les cr&#233;dits biodiversit&#233; seront encadr&#233;s par des normes et des certificateurs priv&#233;s.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il y a notamment une proposition faite par des &#233;conomistes d&#8217;un march&#233; des droits &#224; p&#234;cher la baleine [4]. Ils estiment que plus d&#8217;un millier de baleines sont p&#234;ch&#233;es chaque ann&#233;e, malgr&#233; les accords internationaux, ce qui repr&#233;senterait un march&#233; mondial de 35 millions de dollars. En ramenant cette somme &#224; l&#8217;animal, ils &#233;valuent le co&#251;t de la baleine &#224; pr&#233;server entre 13.000 et 85.000 dollars. Ils ont &#233;galement calcul&#233; que les grandes ONG environnementales d&#233;pensaient 25 millions de dollars dans leur campagne de lutte contre la chasse &#224; la baleine. Soit presque autant que ce que vaudrait le march&#233;.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ces &#233;conomistes proposent donc &#224; ces ONG d&#8217;utiliser leurs fonds d&#233;di&#233;s au lobbying pour acheter des quotas de baleines. Elles paieraient pour la conservation, en faisant par exemple des souscriptions aupr&#232;s du public et des &#201;tats, ce qui permettrait aux p&#234;cheurs d&#8217;&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;s sans p&#234;cher. Cette proposition illustre bien l&#8217;id&#233;ologie ambiante : il faut transformer la nature en march&#233; pour mieux la conserver. Et il faut transformer les activistes faisant du travail politique en simples clients sur un march&#233;.<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>B ! :<\/strong><br \/>\n    A quels autres &#171; services rendus &#187; par la nature s&#8217;int&#233;ressent les investisseurs ?\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>CB :<\/strong> Depuis les ann&#233;es 1990 aux &#201;tats-Unis, il existe une sorte de march&#233; national de la compensation qui permet &#224; un &#171; d&#233;veloppeur &#187;, lorsqu&#8217;il cr&#233;e un supermarch&#233; sur une zone humide dans un &#201;tat am&#233;ricain, de &#171; compenser &#187; la d&#233;gradation environnementale caus&#233;e en payant une action de conservation dans une autre zone humide &#224; plusieurs centaines de kilom&#232;tres. L&#8217;op&#233;rateur qui lance cette restauration &#233;cologique (nomm&#233; &#171; banque &#187; de compensation) vend de son c&#244;t&#233; ses &#171; cr&#233;dits &#187; &#224; divers d&#233;veloppeurs qui ont besoin de &#171; compenser &#187; les effets n&#233;gatifs de leurs activit&#233;s. Ces cr&#233;dits correspondent &#224; des surfaces de tel habitat dans tel &#233;tat &#233;cologique, ou bien en nombre de couples de telle esp&#232;ce prot&#233;g&#233;e.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ces crit&#232;res de calcul de l&#8217;&#233;quivalence entre l&#8217;impact d&#8217;un projet de &#171; d&#233;veloppement &#187; et ce qu&#8217;il faut acheter pour compenser sont plus ou moins encadr&#233;s par l&#8217;Agence de protection environnementale am&#233;ricaine. Aux &#201;tats-Unis, ce march&#233; de la biodiversit&#233; repr&#233;sente 80.000 hectares, plus 400 banques de zones humides et d&#8217;esp&#232;ces prot&#233;g&#233;es, et 3 milliards de dollars de chiffres d&#8217;affaires. Plusieurs projets visent &#224; d&#233;velopper de tels march&#233;s, r&#233;glement&#233;s ou volontaires, au niveau mondial.<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>B ! :<\/strong><br \/>\n    Apr&#232;s le march&#233; carbone, on envisage donc un march&#233; international de la biodiversit&#233; ?\n  <\/p>\n<\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads2\/2017-3\/11535\/11535_3.jpg\" width=\"550\" height=\"438\" \/>&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>CB :<\/strong> Le projet le plus abouti serait d&#8217;aligner le secteur de conservation de la nature sur le mod&#232;le des march&#233;s du carbone et du m&#233;canisme REDD [5]. L&#8217;initiative &#171; Biodiversity and Business Offsets Programme &#187; [6] travaille &#224; la promotion d&#8217;un march&#233; international de la compensation financi&#232;re de la biodiversit&#233; qui soit analogue aux m&#233;canismes existant pour les gaz &#224; effet de serre. Il comprend parmi ses membres des ONG comme le WWF, The Nature Conservancy ou Conservation International, des entreprises comme Inmet Mining, des banques comme la Caisse des d&#233;p&#244;ts et consignations, le Global Environmental Fund ou la Banque europ&#233;enne pour la reconstruction et le d&#233;veloppement (BERD), et des d&#233;partements minist&#233;riels d&#8217;une quinzaine de pays, dont le minist&#232;re de l&#8217;&#201;cologie en France.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le but &#233;tait de mettre en place des m&#233;thodologies faisant en sorte que, par exemple, quelqu&#8217;un qui d&#233;grade un &#233;cosyst&#232;me en Louisiane puisse restaurer une mangrove au Gabon. Mais l&#8217;initiative n&#8217;a pas &#233;norm&#233;ment avanc&#233;. Avec les crises de 2008-2009, l&#8217;espoir d&#8217;un march&#233; mondial r&#233;glement&#233; de la biodiversit&#233; se fait plus lointain. Ce qui avance bien plus, plus vite, ce sont les &#233;tudes pilotes pour harmoniser les techniques de quantification et de mon&#233;tarisation de la biodiversit&#233; et des &#233;cosyst&#232;mes. En toile de fond se dessine un mouvement sp&#233;culatif de prospection et d&#8217;achat de terres &#224; forte valeur en &#171; services &#233;cosyst&#233;miques &#187;, qui pourrait prolonger la ru&#233;e de ces derni&#232;res ann&#233;es sur les terres pour produire des agrocarburants.<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>B ! :<\/strong><br \/>\n    Vous &#233;voquez la mise en place de &#171; produits d&#233;riv&#233;s biodiversit&#233;, o&#249; l&#8217;on pourrait sp&#233;culer sur la disparition d&#8217;esp&#232;ces comme d&#8217;autres ont sp&#233;cul&#233; sur l&#8217;&#233;croulement des subprimes &#187;&#8230; C&#8217;est &#224; dire ?\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">CB : Tout &#233;change marchand de tout type de services li&#233;s aux &#233;cosyst&#232;mes comporte des risques : que le service ne soit pas rendu, qu&#8217;un al&#233;a climatique ou &#233;cologique survienne, etc. Pour s&#233;curiser les march&#233;s &#233;mergents des services &#233;cosyst&#233;miques, on recourt donc &#224; des assurances. C&#8217;est le d&#233;but de march&#233;s d&#233;riv&#233;s et de la possibilit&#233; de parier sur la disparition de telle zone ou de telle esp&#232;ce pour toucher l&#8217;assurance, ou faire monter le cours de tel produit financier d&#233;riv&#233;. Avec le carbone, les for&#234;ts et autres &#171; services &#233;cosyst&#233;miques &#187;, on est en train d&#8217;&#233;tendre &#224; des processus vitaux de notre plan&#232;te les m&#234;mes logiques de financiarisation qui ont caus&#233; la crise financi&#232;re de 2008&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Tout cela se d&#233;roule dans un contexte o&#249; l&#8217;ONU a de moins en moins de volont&#233; politique et ne fonctionne que par des partenariats public-priv&#233;, o&#249; la communaut&#233; politique internationale n&#8217;a plus les moyens d&#8217;agir. Elle dit aux entreprises : aidez-nous &#224; sauver la plan&#232;te. Depuis le sommet de Johannesburg en 2002, on a officiellement intronis&#233; les entreprises comme des acteurs l&#233;gitimes dans l&#8217;effort international de protection environnementale. Mais pour que les entreprises sauvent la plan&#232;te, il est imp&#233;ratif pour leurs actionnaires que cette activit&#233; devienne lucrative. Et donc on s&#8217;ing&#233;nie, dans les agences de l&#8217;ONU ou &#224; la Banque mondiale, &#224; instaurer de nouveaux march&#233;s de la nature.<\/p>\n<p align=\"justify\">Fini, les taxes, les parcs ou les r&#233;gulations publiques, on ne jure plus que par les &#171; instruments de march&#233; &#187; : paiements, ench&#232;res, march&#233;s de droits &#224; polluer et de compensation, pr&#234;ts hypoth&#233;caires bas&#233;s sur la nature&#8230; comme la bonne fa&#231;on &#171; innovante &#187;, souple et efficace de g&#233;rer l&#8217;environnement et de &#171; sauver la plan&#232;te &#187;. De m&#234;me qu&#8217;il y a un projet n&#233;olib&#233;ral pour l&#8217;eau, les services ou pour l&#8217;&#233;ducation, on voit bien ici se dessiner les contours du projet n&#233;olib&#233;ral pour financiariser la gestion de l&#8217;ensemble de la biosph&#232;re et l&#8217;atmosph&#232;re&#8230; Et il y a de bonnes raisons de s&#8217;y opposer !<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <br \/>\n    <strong>Notes<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">[1] Christophe Bonneuil est chercheur au Centre Koyr&#233;, CNRS, et membre de la commission &#233;cologie et soci&#233;t&#233; d&#8217;Attac. Il a particip&#233; &#224; la r&#233;daction de l&#8217;ouvrage : La nature n&#8217;a pas de prix, les m&#233;prises de l&#8217;&#233;conomie verte, publi&#233; par l&#8217;association Attac, &#233;d. Les liens qui lib&#232;rent, 2012.<\/p>\n<p align=\"justify\">[2] Apr&#232;s les cinq extinctions massives qui ont marqu&#233; la plan&#232;te, des extinctions pr&#233;historiques &#224; celles de nombreuses esp&#232;ces li&#233;es &#224; la colonisation de nouveaux territoires par l&#8217;&#234;tre humain, en Am&#233;rique ou dans le Pacifique.<\/p>\n<p align=\"justify\">[3] La bioprospection est l&#8217;inventaire et l&#8217;&#233;valuation des &#233;l&#233;ments constitutifs de la diversit&#233; biologique ou biodiversit&#233; d&#8217;un &#233;cosyst&#232;me particulier.<\/p>\n<p align=\"justify\">[4] Article de Nature du 12 janvier 2012.<\/p>\n<p align=\"justify\">[5] &#171; Reducing emissions from deforestation and forest degradation in developing countries &#187;, ou r&#233;duction des &#233;missions li&#233;es &#224; la d&#233;forestation et &#224; la d&#233;gradation des for&#234;ts dans les pays en d&#233;veloppement.<\/p>\n<p align=\"justify\">&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>yogaesoteric<br \/>26 mars 2017<\/strong><br \/>\n    \n  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La plan&#232;te, nouvel objet &#224; but lucratif ? Bient&#244;t, des ONG pourront acheter des quotas de baleines pour les prot&#233;ger. Les parcs naturels pourront &#234;tre &#233;valu&#233;s par des agences de notation. Les performances des for&#234;ts en mati&#232;re de recyclage du carbone seront quantifi&#233;es. Des produits financiers d&#233;riv&#233;s vous assureront contre l&#8217;extinction d&#8217;une esp&#232;ce. &#171; Nous [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[840],"tags":[],"class_list":["post-24261","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-1602-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24261","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24261"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24261\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24261"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24261"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24261"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}