{"id":24681,"date":"2018-01-12T14:02:31","date_gmt":"2018-01-12T14:02:31","guid":{"rendered":"http:\/\/dev.yogaesoteric.net\/spiritualite-universelle-fr\/hindouisme-1603-fr\/rene-guenon-esoterisme-et-exoterisme\/"},"modified":"2018-01-12T14:02:31","modified_gmt":"2018-01-12T14:02:31","slug":"rene-guenon-esoterisme-et-exoterisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/rene-guenon-esoterisme-et-exoterisme\/","title":{"rendered":"Ren\u00e9 Gu\u00e9non \u2013 \u00c9sot\u00e9risme et exot\u00e9risme"},"content":{"rendered":"<p>    Ren&#233; Gu&#233;non, Introduction g&#233;n&#233;rale &#224; l&#8217;&#233;tude des doctrines hindoues, 1921, Deuxi&#232;me partie &#8211; Les modes g&#233;n&#233;raux de la pens&#233;e orientale,<br \/>Chapitre IX &#8211; &#201;sot&#233;risme et exot&#233;risme<\/p>\n<p>\n    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/all_uploads\/uploads-dec17\/ianuarie\/12.01.2018\/14248\/14248_1.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"188\" align=\"right\" \/>Nous avons signal&#233; occasionnellement, au cours de nos consid&#233;rations pr&#233;liminaires, la distinction, d&#8217;ailleurs assez g&#233;n&#233;ralement connue, qui existait, dans certaines &#233;coles philosophiques de la Gr&#232;ce antique, sinon dans toutes, c&#8217;est-&#224;-dire entre deux aspects d&#8217;une m&#234;me doctrine, l&#8217;un plus int&#233;rieur et l&#8217;autre plus ext&#233;rieur : c&#8217;est l&#224; toute la signification litt&#233;rale de ces deux termes. L&#8217;exot&#233;risme, comprenant ce qui &#233;tait plus &#233;l&#233;mentaire, plus facilement compr&#233;hensible, et par cons&#233;quent susceptible d&#8217;&#234;tre mis plus largement &#224; la port&#233;e de tous, s&#8217;exprime seul dans l&#8217;enseignement &#233;crit, tel qu&#8217;il nous est parvenu plus ou moins compl&#232;tement ; l&#8217;&#233;sot&#233;risme, plus approfondi et d&#8217;un ordre plus &#233;lev&#233;, et s&#8217;adressant comme tel aux seuls disciples r&#233;guliers de l&#8217;&#233;cole, pr&#233;par&#233;s tout sp&#233;cialement &#224; le comprendre, n&#8217;&#233;tait l&#8217;objet que d&#8217;un enseignement purement oral, sur la nature duquel il n&#8217;a &#233;videmment pas pu &#234;tre conserv&#233; de donn&#233;es bien pr&#233;cises. <\/p>\n<p>D&#8217;ailleurs, il doit &#234;tre bien entendu que, puisqu&#8217;il ne s&#8217;agissait l&#224; que de la m&#234;me doctrine sous deux aspects diff&#233;rents, et comme &#224; deux degr&#233;s d&#8217;enseignement, ces aspects ne pouvaient aucunement &#234;tre oppos&#233;s ou contradictoires, mais devaient bien plut&#244;t &#234;tre compl&#233;mentaires : l&#8217;&#233;sot&#233;risme d&#233;veloppait et compl&#233;tait, en lui donnant un sens plus profond qui n&#8217;y &#233;tait contenu que comme virtuellement, ce que l&#8217;exot&#233;risme exposait sous une forme trop vague, trop simplifi&#233;e, et parfois plus ou moins symbolique, encore que le symbole e&#251;t trop souvent, chez les Grecs, cette allure toute litt&#233;raire et po&#233;tique qui le fait d&#233;g&#233;n&#233;rer en simple all&#233;gorie. Il va de soi, d&#8217;autre part, que l&#8217;&#233;sot&#233;risme pouvait, dans l&#8217;&#233;cole m&#234;me, se subdiviser &#224; son tour en plusieurs degr&#233;s d&#8217;enseignement plus ou moins profonds, les disciples passant successivement de l&#8217;un &#224; l&#8217;autre suivant leur &#233;tat de pr&#233;paration, et pouvant d&#8217;ailleurs aller plus ou moins loin selon l&#8217;&#233;tendue de leurs aptitudes intellectuelles ; mais c&#8217;est l&#224; &#224; peu pr&#232;s tout ce que l&#8217;on peut en dire s&#251;rement.<\/p>\n<p>Cette distinction de l&#8217;&#233;sot&#233;risme et de l&#8217;exot&#233;risme ne s&#8217;est aucunement maintenue dans la philosophie moderne, qui n&#8217;est v&#233;ritablement rien de plus au fond que ce qu&#8217;elle est ext&#233;rieurement, et qui, pour ce qu&#8217;elle a &#224; enseigner, n&#8217;a certes pas besoin d&#8217;un &#233;sot&#233;risme quelconque, puisque tout ce qui est vraiment profond &#233;chappe totalement &#224; son point de vue born&#233;. Maintenant, la question se pose de savoir si cette conception de deux aspects compl&#233;mentaires d&#8217;une doctrine fut particuli&#232;re &#224; la Gr&#232;ce ; &#224; vrai dire, il y aurait quelque chose d&#8217;&#233;tonnant &#224; ce qu&#8217;une division qui peut sembler assez naturelle dans son principe fut demeur&#233;e si exceptionnelle, et, en fait, il n&#8217;en est rien. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/all_uploads\/uploads-dec17\/ianuarie\/12.01.2018\/14248\/14248_2.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"166\" align=\"right\" \/>Tout d&#8217;abord, on pourrait trouver dans l&#8217;Occident, depuis l&#8217;antiquit&#233;, certaines &#233;coles g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s ferm&#233;es, plus ou moins mal connues pour ce motif, et qui n&#8217;&#233;taient d&#8217;ailleurs point des &#233;coles philosophiques, dont les doctrines ne s&#8217;exprimaient au dehors que sous le voile de certains symboles qui devaient sembler fort obscurs &#224; ceux qui n&#8217;en avaient pas la clef ; et cette clef n&#8217;&#233;tait donn&#233;e qu&#8217;aux adh&#233;rents qui avaient pris certains engagements, et dont la discr&#233;tion avait &#233;t&#233; suffisamment &#233;prouv&#233;e, en m&#234;me temps qu&#8217;on s&#8217;&#233;tait assur&#233; de leur capacit&#233; intellectuelle. Ce cas, qui implique manifestement qu&#8217;il doit s&#8217;agir de doctrines assez profondes pour &#234;tre tout &#224; fait &#233;trang&#232;res &#224; la mentalit&#233; commune, semble avoir &#233;t&#233; surtout fr&#233;quent au Moyen Age, et c&#8217;est une des raisons pour lesquelles, quand on parle de l&#8217;intellectualit&#233; de cette &#233;poque, il faut toujours faire des r&#233;serves sur ce qui a pu y exister en dehors de ce qui nous est connu d&#8217;une fa&#231;on certaine ; il est &#233;vident en effet que, l&#224; comme pour l&#8217;&#233;sot&#233;risme grec, bien des choses ont d&#251; se perdre pour n&#8217;avoir jamais &#233;t&#233; enseign&#233;es qu&#8217;oralement, ce qui est aussi, comme nous l&#8217;avons indiqu&#233;, l&#8217;explication de la perte &#224; peu pr&#232;s totale de la doctrine druidique. <\/p>\n<p>Parmi ces &#233;coles auxquelles nous venons de faire allusion, nous pouvons mentionner comme exemple les alchimistes, dont la doctrine &#233;tait surtout d&#8217;ordre cosmologique ; mais, d&#8217;ailleurs, la cosmologie doit toujours avoir pour fondement un certain ensemble plus ou moins &#233;tendu de conceptions m&#233;taphysiques. On pourrait dire que les symboles contenus dans les &#233;crits alchimiques constituent ici l&#8217;exot&#233;risme, tandis que leur interpr&#233;tation r&#233;serv&#233;e constituait l&#8217;&#233;sot&#233;risme ; mais la part de l&#8217;exot&#233;risme est alors bien r&#233;duite, et m&#234;me, comme il n&#8217;a en somme de raison d&#8217;&#234;tre v&#233;ritable que par rapport &#224; l&#8217;&#233;sot&#233;risme et en vue de celui-ci, on peut se demander s&#8217;il convient encore d&#8217;appliquer ces deux termes. En effet, &#233;sot&#233;risme et exot&#233;risme sont essentiellement corr&#233;latifs, puisque ces mots sont de forme comparative, de sorte que, l&#224; o&#249; il n&#8217;y a pas d&#8217;exot&#233;risme, il n&#8217;y a plus du tout lieu de parler non plus d&#8217;&#233;sot&#233;risme ; cette derni&#232;re d&#233;nomination ne peut donc, si l&#8217;on tient &#224; lui garder son sens propre, servir &#224; d&#233;signer indistinctement toute doctrine ferm&#233;e, &#224; l&#8217;usage exclusif d&#8217;une &#233;lite intellectuelle.<\/p>\n<p>On pourrait sans doute, mais dans une acception beaucoup plus large, envisager un &#233;sot&#233;risme et un exot&#233;risme dans une doctrine quelconque, en tant qu&#8217;on y distingue la conception et l&#8217;expression, la premi&#232;re &#233;tant tout int&#233;rieure, tandis que la seconde n&#8217;en est que l&#8217;ext&#233;riorisation ; on peut ainsi, &#224; la rigueur, mais en s&#8217;&#233;cartant du sens habituel, dire que la conception repr&#233;sente l&#8217;&#233;sot&#233;risme, et l&#8217;expression l&#8217;exot&#233;risme, et cela d&#8217;une fa&#231;on n&#233;cessaire, qui r&#233;sulte de la nature m&#234;me des choses. &#192; l&#8217;entendre de cette mani&#232;re, il y a particuli&#232;rement dans toute doctrine m&#233;taphysique quelque chose qui sera toujours &#233;sot&#233;rique, et c&#8217;est la part d&#8217;inexprimable que comporte essentiellement, comme nous l&#8217;avons expliqu&#233; toute conception vraiment m&#233;taphysique ; c&#8217;est l&#224; quelque chose que chacun ne peut concevoir que par lui-m&#234;me, avec l&#8217;aide des mots et des symboles qui servent simplement de point d&#8217;appui &#224; sa conception, et sa compr&#233;hension de la doctrine sera plus ou moins compl&#232;te et profonde suivant la mesure o&#249; il le concevra effectivement. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/all_uploads\/uploads-dec17\/ianuarie\/12.01.2018\/14248\/14248_3.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"205\" align=\"right\" \/>M&#234;me dans des doctrines d&#8217;un autre ordre, dont la port&#233;e ne s&#8217;&#233;tend pas jusqu&#8217;&#224; ce qui est vraiment et absolument inexprimable, et qui est le &#171; myst&#232;re &#187; au sens &#233;tymologique du mot, il n&#8217;en est pas moins certain que l&#8217;expression n&#8217;est jamais compl&#232;tement ad&#233;quate &#224; la conception, de sorte que, dans une proportion bien moindre, il s&#8217;y produit encore quelque chose d&#8217;analogue : celui qui comprend v&#233;ritablement est toujours celui qui sait voir plus loin que les mots, et l&#8217;on pourrait dire que l&#8217;&#171; esprit &#187; d&#8217;une doctrine quelconque est de nature &#233;sot&#233;rique, tandis que sa &#171; lettre &#187; est de nature exot&#233;rique. Ceci serait notamment applicable &#224; tous les textes traditionnels, qui offrent d&#8217;ailleurs le plus souvent une pluralit&#233; de sens plus ou moins profonds, correspondant &#224; autant de points de vue diff&#233;rents ; mais, au lieu de chercher &#224; p&#233;n&#233;trer ces sens, on pr&#233;f&#232;re commun&#233;ment se livrer &#224; de futiles recherches d&#8217;ex&#233;g&#232;se et de &#171; critique des textes &#187;, suivant les m&#233;thodes laborieusement institu&#233;es par l&#8217;&#233;rudition la plus moderne ; et ce travail, si fastidieux qu&#8217;il soit et quelque patience qu&#8217;il exige, est beaucoup plus facile que l&#8217;autre, car il est du moins &#224; la port&#233;e de toutes les intelligences.<\/p>\n<p>Un exemple remarquable de la pluralit&#233; des sens nous est fourni par l&#8217;interpr&#233;tation des caract&#232;res id&#233;ographiques qui constituent l&#8217;&#233;criture chinoise : toutes les significations dont ces caract&#232;res sont susceptibles peuvent se grouper autour de trois principales, qui correspondent aux trois degr&#233;s fondamentaux de la connaissance, et dont la premi&#232;re est d&#8217;ordre sensible, la seconde d&#8217;ordre rationnel, et la troisi&#232;me d&#8217;ordre intellectuel pur ou m&#233;taphysique, ainsi, pour nous borner &#224; un cas tr&#232;s simple, un m&#234;me caract&#232;re pourra &#234;tre employ&#233; analogiquement pour d&#233;signer &#224; la fois le soleil, la lumi&#232;re et la v&#233;rit&#233;, la nature du contexte permettant seule de reconna&#238;tre, pour chaque application, quelle est celle de ces acceptions qu&#8217;il convient d&#8217;adopter, d&#8217;o&#249; les multiples erreurs des traducteurs occidentaux. <\/p>\n<p>On doit comprendre par-l&#224; comment l&#8217;&#233;tude des id&#233;ogrammes, dont la port&#233;e &#233;chappe compl&#232;tement aux Europ&#233;ens, peut servir de base &#224; un v&#233;ritable enseignement int&#233;gral, en permettant de d&#233;velopper et de coordonner toutes les conceptions possibles dans tous les ordres ; cette &#233;tude pourra donc, &#224; des points de vue diff&#233;rents, &#234;tre reprise &#224; tous les degr&#233;s d&#8217;enseignement, du plus &#233;l&#233;mentaire au plus &#233;lev&#233;, en donnant lieu chaque fois &#224; de nouvelles possibilit&#233;s de conception, et c&#8217;est l&#224; un instrument merveilleusement appropri&#233; &#224; l&#8217;exposition d&#8217;une doctrine traditionnelle.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/all_uploads\/uploads-dec17\/ianuarie\/12.01.2018\/14248\/14248_5.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"146\" align=\"right\" \/>Revenons maintenant &#224; la question de savoir si la distinction de l&#8217;&#233;sot&#233;risme et de l&#8217;exot&#233;risme, entendue cette fois dans son sens pr&#233;cis, peut s&#8217;appliquer aux doctrines orientales. Tout d&#8217;abord, dans l&#8217;Islamisme, la tradition est d&#8217;essence double, religieuse et m&#233;taphysique, comme nous l&#8217;avons d&#233;j&#224; dit ; on peut ici qualifier tr&#232;s exactement d&#8217;exot&#233;rique le c&#244;t&#233; religieux de la doctrine, qui est en effet le plus ext&#233;rieur et celui qui est &#224; la port&#233;e de tous, et d&#8217;&#233;sot&#233;risme son c&#244;t&#233; m&#233;taphysique, qui en constitue le sens profond, et qui est d&#8217;ailleurs regard&#233; comme la doctrine de l&#8217;&#233;lite ; et cette distinction conserve bien son sens propre, puisque ce sont l&#224; les deux faces d&#8217;une seule et m&#234;me doctrine. <\/p>\n<p>Il faut noter, &#224; cette occasion, qu&#8217;il y a quelque chose d&#8217;analogue dans le Juda&#239;sme, o&#249; l&#8217;&#233;sot&#233;risme est repr&#233;sent&#233; par ce qu&#8217;on nomme Qabbalah, mot dont le sens primitif n&#8217;est autre que celui de &#171; tradition &#187;, et qui s&#8217;applique &#224; l&#8217;&#233;tude des significations plus profondes des textes sacr&#233;s, tandis que la doctrine exot&#233;rique ou vulgaire s&#8217;en tient &#224; leur signification la plus ext&#233;rieure et la plus litt&#233;rale ; seulement cette Qabbalah est, d&#8217;une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, moins purement m&#233;taphysique que l&#8217;&#233;sot&#233;risme musulman, et elle subit encore, dans une certaine mesure, l&#8217;influence du point de vue proprement religieux, en quoi elle est comparable &#224; la partie m&#233;taphysique de la doctrine scolastique, insuffisamment d&#233;gag&#233;e des consid&#233;rations th&#233;ologiques. Dans l&#8217;Islamisme, au contraire, la distinction des deux points de vue est presque toujours tr&#232;s nette ; cette distinction permet de voir l&#224; mieux encore que partout ailleurs, par les rapports de l&#8217;exot&#233;risme et de l&#8217;&#233;sot&#233;risme, comment, par la transposition m&#233;taphysique, les conceptions th&#233;ologiques re&#231;oivent un sens profond.<\/p>\n<p>Si nous passons aux doctrines plus orientales, la distinction de l&#8217;&#233;sot&#233;risme et de l&#8217;exot&#233;risme ne peut plus s&#8217;y appliquer de la m&#234;me fa&#231;on, et m&#234;me il en est auxquelles elle n&#8217;est plus du tout applicable. Sans doute, pour ce qui est de la Chine, on pourrait dire que la tradition sociale, qui est commune &#224; tous, appara&#238;t comme exot&#233;rique, tandis que la tradition m&#233;taphysique, doctrine de l&#8217;&#233;lite, est &#233;sot&#233;rique comme telle. Cependant, cela ne serait rigoureusement exact qu&#8217;&#224; la condition de consid&#233;rer ces deux doctrines par rapport &#224; la tradition primordiale dont elles sont d&#233;riv&#233;es l&#8217;une et l&#8217;autre ; mais, &#224; vrai dire, elles sont trop nettement s&#233;par&#233;es, malgr&#233; cette source commune, pour qu&#8217;on puisse les regarder comme n&#8217;&#233;tant que les deux faces d&#8217;une m&#234;me doctrine, ce qui est n&#233;cessaire pour qu&#8217;on puisse parler proprement d&#8217;&#233;sot&#233;risme et d&#8217;exot&#233;risme. Une des raisons de cette s&#233;paration est dans l&#8217;absence de cette sorte de domaine mixte auquel donne lieu le point de vue religieux, o&#249; s&#8217;unissent dans la mesure o&#249; ils en sont susceptibles, le point de vue intellectuel et le point de vue social, d&#8217;ailleurs au d&#233;triment de la puret&#233; du premier ; mais cette absence n&#8217;a pas toujours des cons&#233;quences aussi marqu&#233;es &#224; cet &#233;gard, comme le montre l&#8217;exemple de l&#8217;Inde, o&#249; il n&#8217;y a rien non plus de proprement religieux et o&#249; toutes les branches de la tradition forment cependant un ensemble unique et indivisible.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/all_uploads\/uploads-dec17\/ianuarie\/12.01.2018\/14248\/14248_6.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"147\" align=\"right\" \/>C&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment de l&#8217;Inde qu&#8217;il nous reste &#224; parler ici, et c&#8217;est l&#224; qu&#8217;il est le moins possible d&#8217;envisager une distinction comme celle de l&#8217;&#233;sot&#233;risme et de l&#8217;exot&#233;risme, parce que la tradition y a en effet trop d&#8217;unit&#233; pour se pr&#233;senter, non seulement en deux corps de doctrine s&#233;par&#233;s, mais m&#234;me sous deux aspects compl&#233;mentaires de ce genre. Tout ce qu&#8217;on peut y distinguer r&#233;ellement, c&#8217;est la doctrine essentielle, qui est toute m&#233;taphysique, et ses applications de divers ordres, qui constituent comme autant de branches secondaires par rapport &#224; elle ; mais il est bien &#233;vident que cela n&#8217;&#233;quivaut nullement &#224; la distinction dont il s&#8217;agit. La doctrine m&#233;taphysique elle-m&#234;me n&#8217;offre point d&#8217;autre &#233;sot&#233;risme que celui que l&#8217;on peut y trouver dans le sens tr&#232;s large que nous avons mentionn&#233;, et qui est naturel et in&#233;vitable en toute doctrine de cet ordre : tous peuvent &#234;tre admis &#224; recevoir l&#8217;enseignement &#224; tous ses degr&#233;s, sous la seule r&#233;serve d&#8217;&#234;tre intellectuellement qualifi&#233;s pour en retirer un b&#233;n&#233;fice effectif ; nous parlons seulement ici, bien entendu, de l&#8217;admission &#224; tous les degr&#233;s de l&#8217;enseignement, mais non &#224; toutes les fonctions, pour lesquelles d&#8217;autres qualifications peuvent en outre &#234;tre requises ; mais, n&#233;cessairement, parmi ceux qui re&#231;oivent ce m&#234;me enseignement doctrinal, de m&#234;me qu&#8217;il arrive parmi ceux qui lisent un m&#234;me texte, chacun le comprend et se l&#8217;assimile plus ou moins compl&#232;tement, plus ou moins profond&#233;ment, suivant l&#8217;&#233;tendue de ses propres possibilit&#233;s intellectuelles. C&#8217;est pourquoi il est tout &#224; fait impropre de parler de &#171; Br&#226;hmanisme &#233;sot&#233;rique &#187;, comme ont voulu le faire certains, qui ont surtout appliqu&#233; cette d&#233;nomination &#224; l&#8217;enseignement contenu dans les UPANISHADS ; il est vrai que d&#8217;autres, parlant de leur c&#244;t&#233; de &#171; Bouddhisme &#233;sot&#233;rique &#187;, ont fait pire encore, car ils n&#8217;ont pr&#233;sent&#233; sous cette &#233;tiquette que des conceptions &#233;minemment fantaisistes, qui ne rel&#232;vent ni du Bouddhisme authentique ni d&#8217;aucun &#233;sot&#233;risme v&#233;ritable.<\/p>\n<p>Dans un manuel d&#8217;histoire des religions, et o&#249; se retrouvent d&#8217;ailleurs, bien qu&#8217;il se distingue par l&#8217;esprit dans lequel il est r&#233;dig&#233;, beaucoup des confusions communes en ce genre d&#8217;ouvrages, surtout celle qui consiste &#224; traiter comme religieuses des choses qui ne le sont nullement en r&#233;alit&#233;, nous avons relev&#233; &#224; ce propos l&#8217;observation que voici : &#171; Une pens&#233;e indienne trouve rarement son &#233;quivalent exact en dehors de l&#8217;Inde ; ou, pour parler moins ambitieusement, des mani&#232;res d&#8217;envisager les choses qui sont ailleurs &#233;sot&#233;riques, individuelles, extraordinaires, sont, dans le Br&#226;hmanisme et dans l&#8217;Inde, vulgaires, g&#233;n&#233;rales, normales &#187; (1). Cela est juste au fond, mais appelle pourtant quelques r&#233;serves, car on ne saurait qualifier d&#8217;individuelles, pas plus ailleurs que dans l&#8217;Inde, des conceptions qui, &#233;tant d&#8217;ordre m&#233;taphysique, sont au contraire essentiellement supra-individuelles ; d&#8217;autre part ces conceptions trouvent leur &#233;quivalent, bien que sous des formes diff&#233;rentes, partout o&#249; il existe une doctrine vraiment m&#233;taphysique, c&#8217;est-&#224;-dire dans tout l&#8217;Orient, et ce n&#8217;est qu&#8217;en Occident qu&#8217;il n&#8217;y a en effet rien qui leur corresponde, m&#234;me de tr&#232;s loin. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/all_uploads\/uploads-dec17\/ianuarie\/12.01.2018\/14248\/14248_4.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"197\" align=\"right\" \/>Ce qui est vrai, c&#8217;est que les conceptions de cet ordre ne sont nulle part aussi g&#233;n&#233;ralement r&#233;pandues que dans l&#8217;Inde, parce qu&#8217;on ne rencontre pas ailleurs de peuple ayant aussi g&#233;n&#233;ralement au m&#234;me degr&#233; les aptitudes voulues, bien que celles-ci soient pourtant fr&#233;quentes chez tous les Orientaux, et notamment chez les Chinois, parmi lesquels la tradition m&#233;taphysique a gard&#233; malgr&#233; cela un caract&#232;re beaucoup plus ferm&#233;. Ce qui, dans l&#8217;Inde, a d&#251; contribuer surtout au d&#233;veloppement d&#8217;une telle mentalit&#233;, c&#8217;est le caract&#232;re purement traditionnel de l&#8217;unit&#233; hindoue : on ne peut participer r&#233;ellement &#224; cette unit&#233; qu&#8217;autant qu&#8217;on s&#8217;assimile la tradition, et, comme cette tradition est d&#8217;essence m&#233;taphysique, on pourrait dire que, si tout Hindou est naturellement m&#233;taphysicien, c&#8217;est qu&#8217;il doit l&#8217;&#234;tre en quelque sorte par d&#233;finition.<\/p>\n<p>(1) Christus, ch. VII, p. 359, note.<\/p>\n<p><strong>yogaesoteric<br \/>12 janvier 2018<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ren&#233; Gu&#233;non, Introduction g&#233;n&#233;rale &#224; l&#8217;&#233;tude des doctrines hindoues, 1921, Deuxi&#232;me partie &#8211; Les modes g&#233;n&#233;raux de la pens&#233;e orientale,Chapitre IX &#8211; &#201;sot&#233;risme et exot&#233;risme Nous avons signal&#233; occasionnellement, au cours de nos consid&#233;rations pr&#233;liminaires, la distinction, d&#8217;ailleurs assez g&#233;n&#233;ralement connue, qui existait, dans certaines &#233;coles philosophiques de la Gr&#232;ce antique, sinon dans toutes, c&#8217;est-&#224;-dire [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[392],"tags":[],"class_list":["post-24681","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-hindouisme-1603-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24681","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24681"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24681\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24681"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24681"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24681"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}