{"id":25827,"date":"2019-03-29T12:55:24","date_gmt":"2019-03-29T12:55:24","guid":{"rendered":"http:\/\/dev.yogaesoteric.net\/spiritualite-universelle-fr\/hommes-remarquables-1603-fr\/la-source-du-silence\/"},"modified":"2019-03-29T12:55:24","modified_gmt":"2019-03-29T12:55:24","slug":"la-source-du-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/la-source-du-silence\/","title":{"rendered":"La Source du Silence"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">Paul S&#233;dir de son vrai nom Yvon Le Loup, n&#233; le 2 janvier 1871 &#224; Dinan et mort le 3 f&#233;vrier 1926 &#224; Paris, est un &#233;sot&#233;riste et un mystique fran&#231;ais, auteur de nombreux ouvrages sur l&#8217;&#233;sot&#233;risme et la mystique chr&#233;tienne&#8230;<\/p>\n<p>      <img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/martie\/29\/19273_1.jpg\" \/><\/p>\n<p>    Paul S&#233;dir<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Le Silence &#8211; extrait de &#171; Conf&#233;rence in&#233;dite &#187; :<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Parler de silence comme il convient n&#8217;est gu&#232;re possible qu&#8217;&#224; celui qui s&#8217;est fait le serviteur du silence ; or, que voil&#224; un ma&#238;tre exigeant. Il est si naturel de faire du bruit et si difficile de se dominer dans les choses m&#233;diocres. Et puis d&#8217;employer la parole pour d&#233;crire le silence est paradoxal ; et cependant les conditions de ses facult&#233;s infirmes obligent l&#8217;&#234;tre pour conna&#238;tre une chose &#224; en prendre le contre-pied. Les Brahmanes v&#233;n&#233;rables font ainsi quand ils d&#233;finissent l&#8217;Absolu par la n&#233;gation fameuse : &#171; Ni ceci ni cela &#187;. Et cependant de m&#234;me que l&#8217;Absolu est &#224; la fois tout le possible et l&#8217;impossible, le Silence n&#8217;est pas que le non-parler ; il est une entit&#233; positive ; il est un g&#233;nie ; il est un royaume invisible, r&#233;el, peupl&#233; ; il poss&#232;de comme tout &#234;tre deux guides : un ange de Lumi&#232;re et un ange de T&#233;n&#232;bres&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Tout parle dans l&#8217;Univers par p&#233;riodes ; et par p&#233;riodes aussi tout &#233;coute. On s&#8217;inqui&#232;te beaucoup commun&#233;ment de savoir ce que disent les cr&#233;atures ; mais quelques sages cherchent plut&#244;t &#224; conna&#238;tre ce qu&#8217;elles taisent ; souvenez-vous de la grande r&#232;gle de l&#8217;Institut pythagoricien ; et si la sagesse ant&#233;diluvienne dont les Brahmanes furent les plus r&#233;cents h&#233;ritiers, donne &#224; l&#8217;Initiateur supr&#234;me le titre de &#171; silencieux &#187;, la sagesse &#233;ternelle de J&#233;sus r&#233;clame des &#234;tres, en certains cas, la perfection du silence. Le monde des sons contient la nourriture intellectuelle de l&#8217;esprit ; le monde du silence est le lieu du myst&#232;re du surconscient, de l&#8217;incompr&#233;hensible. Le discours embrasse par ses formes usuelles et par ses formes esth&#233;tiques la totalit&#233; du connu, mais ne peut que faire pressentir l&#8217;inconnu. Quand il s&#8217;arr&#234;te, d&#8217;autres voix s&#8217;&#233;l&#232;vent qui, sans le secours des mots, enseignent pour l&#8217;&#233;ternit&#233;, touchent ce qui d&#233;passe l&#8217;entendement, d&#233;voilent ce qui est imperceptible &#224; la sensibilit&#233;, et allument le d&#233;sir inextinguible de la Lumi&#232;re&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Tout &#234;tre poss&#232;de son langage. On commence &#224; comprendre aujourd&#8217;hui que les animaux se parlent et parlent aux gens. Mais le langage des plantes, des pierres et objets quoiqu&#8217;inaudible pour les gens, existe aussi r&#233;ellement. Leurs formes, leurs qualit&#233;s physiques, leurs couleurs, leur &#233;clat, le parfum de la fleur, le go&#251;t d&#8217;un fruit, le geste d&#8217;une tige, la silhouette d&#8217;un arbre ou d&#8217;une colline, expriment bien leurs propri&#233;t&#233;s dynamiques : ce sont des signatures pour l&#8217;herm&#233;tiste ; ce ne sont des paroles que pour le po&#232;te. La parole des extra humains r&#233;side dans un plan, parce que la communication verbale comporte toujours une influence spirituelle et qu&#8217;on n&#8217;est pas sages assez pour qu&#8217;il nous soit permis d&#8217;agir sur l&#8217;esprit des min&#233;raux, des v&#233;g&#233;taux et des choses&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce que les formes des cr&#233;atures r&#233;v&#232;lent, c&#8217;est la qualit&#233; de leurs fluides ; leur individualit&#233; permanente immortelle ne se laisse voir que dans un autre plan, l&#224; o&#249; r&#233;side le Verbe. L&#224; seulement elles parlent. Quant aux hommes, ils ont n&#233;cessaire qu&#8217;ils agissent les uns sur les autres : c&#8217;est pourquoi, chez eux, le Verbe est descendu jusqu&#8217;&#224; leur forme physique. Les facult&#233;s d&#8217;action, d&#8217;intelligence et de sensibilit&#233;, ne constituent qu&#8217;un roc minuscule perdu entre l&#8217;infini des petitesses et l&#8217;infini des grandeurs. Le domaine de la parole est donc bien &#233;troit et celui du Silence bien vaste. Il faut se conformer &#224; la Loi de nature : &#233;couter beaucoup, parler peu. Tout le monde rend un culte &#224; la parole ; mais le silence est un dieu n&#233;glig&#233;. Parler, c&#8217;est semer, puisque c&#8217;est agir ; toutefois le verbe n&#8217;acquiert cette puissance que lorsque l&#8217;&#226;me est devenue un verbe de Dieu ; jusque-l&#224;, le travail est plus vivant que le discours : prenons donc l&#8217;habitude du silence&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Un ma&#238;tre parle &#224; ses ouvriers et ils saisissent imm&#233;diatement ses ordres ; mais un dompteur ne se fait ob&#233;ir de ses fauves qu&#8217;en employant certains proc&#233;d&#233;s o&#249; la patience se m&#234;le &#224; la ruse, &#224; la cruaut&#233;, &#224; la crainte. De m&#234;me, en &#233;sot&#233;risme, il y a des m&#233;thodes de dressage pour soumettre ces forces invisibles que les anciens initi&#233;s repr&#233;sentaient si justement sous des figures animales. Pour le mystique, la parole de la bouche est toujours une avec le verbe essentiel prof&#233;r&#233; du fond de son coeur par l&#8217;&#233;tincelle divine. Le P&#232;re l&#8217;a cr&#233;&#233;e, le Fils l&#8217;a vivifi&#233;e et le Consolateur l&#8217;a fait grandir. Ainsi envisag&#233;, tout devient grave; et on comprend pourquoi les ma&#238;tres de la vie spirituelle tiennent le silence en si haut prix&#8230;<\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/martie\/29\/19273_2.jpg\" \/>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Pour le moine chr&#233;tien, le silence est l&#8217;&#233;vocation de Dieu dans l&#8217;&#226;me, l&#8217;habitude prise de la pr&#233;sence c&#233;leste, une barri&#232;re contre toutes sortes de vertiges. Tous les ordres contemplatifs ordonnent le silence plusieurs heures par jour, quand ils ne le d&#233;cr&#232;tent pas perp&#233;tuel, comme autrefois chez les cisterciens, et aujourd&#8217;hui chez les trappistes et les clarisses. La grande voix de la Nature, le tonnerre, ne se fait entendre qu&#8217;apr&#232;s une seconde de r&#233;pit dans la temp&#234;te. Le Verbe est descendu sur terre dans la stupeur des vieux sanctuaires, des annonciateurs et des empires. Le Verbe ne descend en soi que dans le silence des perturbateurs habituels. Ce silence int&#233;rieur se nomme l&#8217;attention. Cette attention est toujours un acte affectif. Et &#224; son tour l&#8217;amour vrai, l&#8217;amour supr&#234;me, l&#8217;amour &#233;ternel, ne trouve pour s&#8217;exprimer que le silence&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Les grandes douleurs sont muettes, dit-on : les grandes joies aussi. Sur cette terre, tout ce qui d&#233;passe un certain niveau ne trouve plus d&#8217;expression. Tout ce qui est vraiment grand parle peu ; voyez dans le monde profane m&#234;me, les r&#233;putations naissent et vivent dans le bruit : mais la gloire, elle na&#238;t dans le silence. Le plus grand des &#202;tres, Dieu, Celui que la scolastique a d&#233;fini magnifiquement : l&#8217;Acte pur qui a entendu Sa parole ? Les plus ang&#233;liques parmi les hommes n&#8217;en ont jamais saisi que quelques &#233;chos. Puisse la pratique du silence mat&#233;riel fomenter en soi les cendres chaudes o&#249; rougeoient encore quelques &#233;tincelles du Feu incr&#233;&#233;. Dans l&#8217;asc&#233;tisme corporel, il y a une mesure &#224; garder ; dans l&#8217;asc&#233;tisme de la volont&#233;, il n&#8217;y en a pas : or, la pratique du silence est le sommet du premier, le fondement du second. Telle &#233;tait l&#8217;opinion de ces terribles lutteurs qui dans les premiers si&#232;cles de cette &#232;re, construisirent aux solitudes th&#233;ba&#239;ques, les assises de la vie conventuelle. On n&#8217;est pas tr&#232;s partisan du c&#233;nobitisme ; mais on pr&#233;f&#232;re le monachisme chr&#233;tien au monachisme oriental ; peut-&#234;tre est-il moins savant ; mais il est plus sain, plus adapt&#233; &#224; l&#8217;&#226;me europ&#233;enne, et surtout dirig&#233; vers le Ma&#238;tre v&#233;ritable et immuable, vers J&#233;sus&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Comment apprendre &#224; se taire ?<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Le silence n&#8217;implique pas la m&#233;lancolie. Gardons-nous de la tristesse : elle &#233;tiole et g&#232;le les tendres petites feuilles spirituelles ; elle affaiblit, elle abat, elle st&#233;rilise. Le grand saint Antoine l&#8217;ermite, celui de la tentation, que Flaubert n&#8217;a pas tr&#232;s bien repr&#233;sent&#233;, par ignorance pratique du mysticisme, saint Antoine ne craignait pas d&#8217;appeler la tristesse le huiti&#232;me p&#233;ch&#233; capital. Jean l&#8217;&#201;vang&#233;liste, saint J&#233;r&#244;me, saint Fran&#231;ois, saint Philippe de N&#233;ri, F&#233;nelon, tous les &#233;ducateurs recommandent la gaiet&#233;. La r&#232;gle b&#233;n&#233;dictine ordonne la joie : enfin, si un destin heureux a mis sur votre route quelqu&#8217;un de ces hommes dont le coeur est l&#8217;habitacle permanent d&#8217;un rayon divin, vous avez d&#251; remarquer, comme moi, que leur b&#233;atitude int&#233;rieure transsude sur leur visage, et donne &#224; leur regard une fra&#238;cheur et un &#233;clat inoubliables&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Le signe de la ma&#238;trise, c&#8217;est que l&#8217;effort ne puisse se deviner. L&#8217;optimisme est pour cela la meilleure disposition ; J&#233;sus le recommande express&#233;ment : Quand tu je&#251;nes, parfume toi, non pour rendre le je&#251;ne moins p&#233;nible, mais pour que les voisins ne s&#8217;en aper&#231;oivent pas, pour que le P&#232;re seul le sache. Et si vous avez senti une seconde l&#8217;ineffable sollicitude du Ciel &#224; notre &#233;gard, votre joie rayonnera sans effort de votre coeur &#224; votre visage. L&#8217;apprentissage du silence suppose un contr&#244;le de la parole. Comment l&#8217;&#233;tablir ? La multiplicit&#233; de nos discours prouve notre faiblesse : l&#8217;homme fort est celui qui concentre sur un seul but toutes ses &#233;nergies. Nous devrions ne parler que pour &#234;tre utiles ; mieux encore, nous devrions avant de parler, demander l&#8217;aide divine ; car si intelligent, si habile qu&#8217;on soit, il existe toujours en Dieu une perfection infiniment sup&#233;rieure &#224; la n&#244;tre&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">A cause de la faiblesse de notre volont&#233;, de l&#8217;infirmit&#233; de notre intellect, de la tyrannie de nos sens, il faut d&#8217;abord apprendre &#224; nous taire, ext&#233;rieurement, pour que le silence int&#233;rieur apaise le tumulte mental, pour que la notion de la pr&#233;sence divine devienne sensible en nous. Comme enseigne saint Jean Climaque, &#171; quiconque aime le silence devient l&#8217;ami particulier de Dieu &#187;.<\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/martie\/29\/19273_3.jpg\" \/>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">&#171; S&#8217;abstenir de paroles inutiles,<br \/>S&#8217;abstenir de paroles mauvaises,<br \/>S&#8217;abstenir de juger personne,<br \/>S&#8217;abstenir de se d&#233;fendre soi-m&#234;me,<br \/>S&#8217;abstenir d&#8217;indiscr&#233;tions,<br \/>S&#8217;abstenir de r&#234;veries prolong&#233;es. &#187;<\/p>\n<p align=\"justify\">Voil&#224; les le&#231;ons passives de l&#8217;&#233;cole du Silence. Les le&#231;ons actives, il n&#8217;appartient pas &#224; un homme de les donner ; elles constituent une partie du travail de Dieu en nous. Comme le sommeil de l&#8217;hiver pr&#233;pare la v&#233;g&#233;tation luxuriante de l&#8217;&#233;t&#233;, le silence habituel favorise les plus magnifiques &#233;closions de notre esprit. Bossuet, ce g&#233;nie de la parole qui n&#8217;a pas encore &#233;t&#233; &#233;gal&#233;, ses condisciples l&#8217;appelaient le b&#339;uf muet. Comme dit la sagesse chinoise : &#171; Pour commander, apprendre &#224; ob&#233;ir ; pour agir, demeurer immobile ; pour parler, savoir se taire &#187;. Si l&#8217;on r&#233;fl&#233;chit aux cons&#233;quences lointaines d&#8217;un mot qui nous &#233;chappe, on se persuade vite de la fr&#233;quente utilit&#233; du silence. En tous cas il faut r&#233;aliser ce &#224; quoi on a jug&#233; bon de se r&#233;soudre&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Si on prend la parole, que ce soit avec tout le soin et tout le talent dont on est capable. Si on garde le silence, il doit &#234;tre complet. Ce qu&#8217;on a d&#233;cid&#233; de taire doit &#234;tre tu de la bouche, de coeur et d&#8217;esprit. Il y a des curieux ailleurs que sur le plan physique ; le paysan, qui, comme le sauvage conna&#238;t le prix de la parole dit avec une raison profonde : &#171; Les murs ont des oreilles &#187; et : &#171; La for&#234;t a des oreilles et le champ des yeux &#187;. Et encore : &#171; Il faut taire son secret entre quatre murs et dans les bois &#187;. Ici se trouve la raison pour laquelle ceux qui savent la sagesse cach&#233;e se montrent si avares de leurs connaissances. Les &#171; chiens &#187; et les &#171; pourceaux &#187; de l&#8217;&#201;vangile se pressent surtout autour de l&#8217;homme int&#233;rieur. S&#8217;il faut prendre la parole quand on attaque devant nous quelqu&#8217;un qui ne peut se d&#233;fendre, il est excellent de se taire quand c&#8217;est nous-m&#234;mes que l&#8217;on calomnie ou que l&#8217;on injurie&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">L&#8217;opinion n&#8217;a de valeur que pour celui qui recherche la gloire. Elle ne peut rien, ni pour ni contre l&#8217;Ami de Dieu. Une parole peut atteindre la r&#233;putation, la fortune, le coeur, l&#8217;intelligence, la vie ; elle est impuissante contre notre &#226;me. On n&#8217;est bless&#233; que parce qu&#8217;on est vuln&#233;rable. Toute attaque subie doit nous &#234;tre pr&#233;cieuse. Quand faut-il se taire ? Toutes les fois que notre conversation est inutile ; toutes les fois qu&#8217;elle n&#8217;aide pas les autres, qu&#8217;elle ne leur redonne pas du courage. Nous ne devrions n&#8217;employer la parole que pour deux objets : pour demander &#224; Dieu la Lumi&#232;re, int&#233;rieurement ; pour donner &#224; autrui ce que nous avons re&#231;u de force, ext&#233;rieurement. Il n&#8217;est pas meilleur de tenir toujours la bouche close que de l&#8217;avoir sans cesse ouverte ; le mysticisme ne r&#233;side pas dans l&#8217;extase perp&#233;tuelle ; il est un &#233;quilibre harmonieux entre les mondes de la mati&#232;re et de l&#8217;esprit ; et c&#8217;est cette balance constamment &#233;gale qui en fait la grande difficult&#233;. En r&#233;sum&#233; le misanthrope taciturne devrait plut&#244;t se d&#233;faire de son mutisme ; et l&#8217;homme trop sociable s&#8217;abstenir de r&#233;unions mondaines&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Celui-ci est d&#8217;ailleurs bien plus fr&#233;quent que celui-l&#224;. Quelle est la cause profonde de ce prurit de bavardage ? Est-ce pour nous aider les uns les autres, pour nous distraire, pour nous instruire, que nous multiplions les paroles ? Quelquefois, c&#8217;est pour faire souffrir autrui ; mais surtout, c&#8217;est pour nous-m&#234;mes, c&#8217;est pour nous &#233;tourdir. S&#8217;il y a une cr&#233;ature au monde que l&#8217;homme redoute, c&#8217;est lui-m&#234;me, son moi v&#233;ritable, sa conscience. Parce qu&#8217;il sait bien que s&#8217;il l&#8217;&#233;coutait, ce serait des reproches qu&#8217;il entendrait, ce serait une voix aust&#232;re et haute et pleine d&#8217;autorit&#233;. Et, par crainte de ces remontrances implacables, nous nous jouons &#224; nous-m&#234;mes une com&#233;die qui serait risible si elle n&#8217;&#233;tait pitoyable. Voil&#224; comment la solitude est l&#8217;habitacle des forts. Maintenant que nous avons pass&#233; en revue, tr&#232;s vite il est vrai, tout le cot&#233; prohibitif de l&#8217;&#201;cole du Silence, jetons un coup d&#8217;oeil sur ce qui se passe derri&#232;re le voile&#8230;<\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/martie\/29\/19273_4.jpg\" \/>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">On aper&#231;oit dans ce sanctuaire deux personnages : l&#8217;homme et Dieu ; deux objets : la croix et le tr&#244;ne de gloire ; deux sc&#232;nes : le disciple &#224; la recherche du Ma&#238;tre, le Ma&#238;tre &#224; la rencontre du disciple ; et une apoth&#233;ose : la fusion unitive de l&#8217;homme adorant dans l&#8217;&#234;tre m&#234;me du Dieu qui le transfigure au sein des gloires perp&#233;tuellement renaissantes de l&#8217;extase. Que sont ces silences ineffables, vases pr&#233;cieux d&#8217;o&#249; d&#233;bordent de toutes parts les flots &#233;tincelants des fontaines &#233;ternelles ? Le mystique pr&#233;tend, en vertu de son humilit&#233; m&#234;me, recevoir imm&#233;diatement, je veux dire sans interm&#233;diaire, la Lumi&#232;re m&#234;me de Dieu, Son Fils, le Verbe J&#233;sus. Les &#233;sot&#233;rismes purs professent cette doctrine, aussi bien que la th&#233;ologie catholique. Pour s&#8217;apercevoir de cette visite, il faut y faire attention ; et la forme la plus simple de l&#8217;attention c&#8217;est le silence&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Il ne faut pas, comme un z&#232;le h&#226;tif nous y pousserait, tuer en nous les forces naturelles et couper tout ce qui nous attache au monde. Le Ciel d&#233;fend de tuer, et son serviteur doit concevoir le respect le plus scrupuleux pour toutes les formes de la vie. Il faut seulement aiguiller ces puissances du moi et du non-moi vers la volont&#233; de l&#8217;Ami &#233;ternel. Il n&#8217;y a pas d&#8217;homme assez d&#233;velopp&#233; ou du moins je n&#8217;en connais point pour pouvoir simultan&#233;ment faire tout son devoir et tenir immuable son coeur en Dieu. Bien travailler exige toutes nos forces depuis les muscles jusqu&#8217;aux appareils intuitifs ; bien &#233;couter Dieu exige aussi toutes nos r&#233;ceptivit&#233;s, des plus subtiles aux plus grossi&#232;res. Il suffit de retenir, sur son travail, une minute par heure pour se reprendre : qu&#8217;on se jette &#224; corps et &#224; coeur perdus dans la Lumi&#232;re &#233;ternelle ; cet arr&#234;t rapide de toutes les voix qui parlent en nous repose et redonne des forces, toutes sortes de forces. Une pratique simple poss&#232;de une efficace merveilleuse&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Quand le coeur est ti&#232;de et l&#8217;intelligence puissante, qu&#8217;on passe cette minute &#224; se souvenir de telle haute id&#233;e th&#233;ologique ou m&#233;taphysique. Quand le coeur br&#251;le, qu&#8217;il s&#8217;&#233;lance vers l&#8217;Ami des hommes. Ceux qui ne Le voient que comme h&#233;ros, qu&#8217;ils le v&#233;n&#232;rent pour tel ; sept g&#233;n&#233;rations ne passeront pas qu&#8217;ils ne d&#233;couvrent un peu plus qu&#8217;un homme en Lui. Ceux qui ne voient en Lui qu&#8217;un adepte, qu&#8217;ils Lui parlent comme &#224; un fr&#232;re a&#238;n&#233; ; si leur apparence de savoir ne les aveugle pas, ils recevront un jour la v&#233;rit&#233;. Quant &#224; ceux qui voient J&#233;sus de Nazareth tel qu&#8217;Il f&#251;t, tel qu&#8217;Il est, tel qu&#8217;Il sera, r&#233;ellement, ils n&#8217;ont plus personne &#224; &#233;couter que Lui-m&#234;me. J&#233;sus instruit directement Ses amis : non pas tel organe subtil de leur moi, non pas tel principe &#233;lev&#233; des psychologies &#233;sot&#233;riques, mais leur &#234;tre tout entier ; Il ne parle pas aujourd&#8217;hui &#224; leur centre passionnel, demain &#224; leur corps de b&#233;atitude ; il parle partout &#224; la fois ; Son action ne se localise point ; et c&#8217;est en raison de cela que le mystique travaille simultan&#233;ment tous les centres de son individualit&#233;&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Tout d&#233;pend, dans la culture spirituelle, de l&#8217;intention profonde : notre coeur habite r&#233;ellement le pays invisible qu&#8217;il s&#8217;est choisi ; et il y emm&#232;ne les esprits de tous nos corps et de toutes nos facult&#233;s. Cette conversation intime dont le silence externe est la condition oblig&#233;e, transfigure et nous-m&#234;mes et tout l&#8217;univers, &#224; tel point que les paroles manquent pour en d&#233;crire les ravissements : n&#233; dans le silence, v&#233;cu dans le silence, le mystique dialogue s&#8217;arr&#234;te encore dans le silence. Les livres et les initiateurs ne servent qu&#8217;&#224; nous apprendre comment recevoir les v&#233;ritables et vivides le&#231;ons du Verbe ; et vous savez tous qu&#8217;un homme compl&#232;tement illettr&#233;, mais qui accomplit son devoir est plus pr&#232;s de Dieu que le prince de la science qui bien &#224; l&#8217;aise dans sa tour d&#8217;ivoire, d&#233;pouille les immenses archives du pass&#233;. Notre J&#233;sus incarne, concentre et r&#233;alise toutes les merveilles de l&#8217;&#233;ternit&#233; ; Sa parole int&#233;rieure v&#233;hicule l&#8217;intelligence et la force ; elle garde en nous sa vertu caract&#233;ristique : le pouvoir cr&#233;ateur ; elle nous d&#233;barrasse de tout l&#8217;impur m&#234;me de notre corps ; le Christ peut gu&#233;rir en une seconde un canc&#233;reux ou un aveugle aujourd&#8217;hui comme il y a deux mille ans&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>yogaesoteric<br \/>29 mars 2019<\/strong><br \/>\n    \n  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#160; Paul S&#233;dir de son vrai nom Yvon Le Loup, n&#233; le 2 janvier 1871 &#224; Dinan et mort le 3 f&#233;vrier 1926 &#224; Paris, est un &#233;sot&#233;riste et un mystique fran&#231;ais, auteur de nombreux ouvrages sur l&#8217;&#233;sot&#233;risme et la mystique chr&#233;tienne&#8230; Paul S&#233;dir Le Silence &#8211; extrait de &#171; Conf&#233;rence in&#233;dite &#187; : Parler [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[356],"tags":[],"class_list":["post-25827","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-hommes-remarquables-1603-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25827","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25827"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25827\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25827"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25827"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25827"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}