{"id":26543,"date":"2020-07-24T20:05:30","date_gmt":"2020-07-24T20:05:30","guid":{"rendered":"http:\/\/dev.yogaesoteric.net\/actualitate-ro\/societate-1602-ro\/quand-leurope-se-moquait-des-epidemies\/"},"modified":"2020-07-24T20:05:30","modified_gmt":"2020-07-24T20:05:30","slug":"quand-leurope-se-moquait-des-epidemies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/quand-leurope-se-moquait-des-epidemies\/","title":{"rendered":"Quand l\u2019Europe se moquait des \u00e9pid\u00e9mies"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    La grippe de 1968 a fait un million de morts, dans l&#8217;indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale. Comment et pourquoi, &#224; cinquante ans d&#8217;&#233;cart, la soci&#233;t&#233; r&#233;agit-elle de mani&#232;re diam&#233;tralement oppos&#233;e devant le danger &#233;pid&#233;mique ?\n  <\/p>\n<p align=\"center\">\n    <img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/iulie 2020\/24\/24274_1.jpg\" \/>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n    La grippe de Hongkong, apparue en Asie en 1968, s&#8217;est propag&#233;e aux Etats-Unis, o&#249; elle a fait 50.000 morts, avant de gagner l&#8217;Europe au tournant des ann&#233;es 1969-1970. Rien qu&#8217;en France, le bilan s&#8217;&#233;l&#232;vera &#224; 35.000 d&#233;c&#232;s en deux mois.\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">1969. L&#8217;Europe a les yeux riv&#233;s sur la guerre du Vietnam, la catastrophe du Biafra, les soubresauts de Mai 68, les premiers pas de l&#8217;homme sur la Lune. Tout &#224; la fr&#233;n&#233;sie des Trente Glorieuses, le Vieux-Continent ne saurait laisser un virus venir g&#226;cher l&#8217;ambiance. Il d&#233;tourne donc le regard des h&#244;pitaux et leur lot de mis&#232;res. Pourtant, ceux-ci comptent les morts.<\/p>\n<p align=\"justify\">La faute &#224; la grippe de Hongkong, aussi appel&#233;e grippe de 68, l&#8217;ann&#233;e o&#249; elle appara&#238;t en Asie. Fin 1968, le virus d&#233;barque aux Etats-Unis, faisant plus de 50.000 victimes en trois mois. D&#233;but 1969, il s&#8217;invite en Europe, observe une pause estivale avant de provoquer une h&#233;catombe au tournant 1969-1970: 35.000 morts en France en deux mois. Il n&#8217;&#233;pargne pas la Grande-Bretagne et franchit m&#234;me le Rideau de fer.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cit&#233; par le quotidien Lib&#233;ration dans un article r&#233;dig&#233; en 2005, un m&#233;decin ni&#231;ois se souvient : &#171; Les gens arrivaient en brancard, dans un &#233;tat catastrophique. Ils mouraient d&#8217;h&#233;morragie pulmonaire, les l&#232;vres cyanos&#233;es, tout gris. On n&#8217;avait pas le temps de sortir les morts. On les entassait dans une salle au fond du service de r&#233;animation. Et on les &#233;vacuait quand on pouvait, dans la journ&#233;e, le soir. &#187;<\/p>\n<p align=\"justify\">La grippe de 68 tue environ un million de personnes, selon les estimations de l&#8217;OMS et se hisse ainsi sur le podium macabre des grippes du XXe si&#232;cle les plus assassines, apr&#232;s la &#171; grippe espagnole &#187; (20 &#224; 40 millions de morts en 1918-1920) et la &#171; grippe asiatique &#187; (2 millions de morts en 1957).<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>&#171; Le dernier cadeau de No&#235;l &#187;<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Pourtant, ni les autorit&#233;s, ni le public, ni les m&#233;dias ne s&#8217;en soucient. Bien au contraire, le ton est l&#233;ger, voire fol&#226;tre : &#171; Un pr&#233;sentateur d&#8217;un journal t&#233;l&#233;vis&#233; parle de la grippe de 68 comme du dernier cadeau de No&#235;l qui fait des millions de malades et quelques morts &#187;, raconte Bernardino Fantini, historien de la m&#233;decine. La presse ne fait pas exception.<\/p>\n<p align=\"justify\">Des r&#233;actions &#224; l&#8217;extr&#234;me inverse de celles d&#8217;aujourd&#8217;hui, ou l&#8217;actualit&#233; est diss&#233;qu&#233;e, relay&#233;e, parfois broy&#233;e dans la machine aux mensonges des r&#233;seaux sociaux. Autant de facteurs anxiog&#232;nes qui n&#8217;existaient pas en 1969. Georges, un Valaisan de 78 ans, se souvient : &#171; Nous n&#8217;avions aucune recommandation particuli&#232;re et pas de statistiques sur le nombre de morts de la part des autorit&#233;s. C&#8217;&#233;tait le beau temps o&#249; m&#234;me les dangers imminents passaient inaper&#231;us pour le commun des mortels. &#187;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>&#171; M&#234;me la mort des personnes &#226;g&#233;es est devenue un scandale &#187;<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Comment expliquer une telle transformation sociale en l&#8217;espace de cinquante ans, o&#249; l&#8217;on passe de l&#8217;insouciance &#224; la terreur collective? Certes, il s&#8217;agissait d&#8217;une grippe virulente et non d&#8217;un virus inconnu, et sa vitesse de propagation &#233;tait moindre. Mais ces deux &#233;pisodes r&#233;v&#232;lent tout de m&#234;me des changements profonds, touchant &#224; notre rapport &#224; la mort, &#224; la ma&#238;trise, &#224; l&#8217;individualisme : &#171; Ce changement d&#8217;attitude sociale est d&#8217;abord li&#233; &#224; l&#8217;esp&#233;rance de vie, explique Bernardino Fantini. A l&#8217;&#233;poque, les plus de 65 ans &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme des survivants de la mortalit&#233; naturelle. Alors qu&#8217;aujourd&#8217;hui, m&#234;me la mort des personnes &#226;g&#233;es est devenue un scandale. &#187;<\/p>\n<p align=\"justify\">Car avec l&#8217;individualisme progressent les droits fondamentaux : &#171; Le droit &#224; la sant&#233;, affirm&#233; en 1948 par l&#8217;OMS, a gagn&#233; ce statut dans les consciences dans les ann&#233;es 1980, poursuit l&#8217;historien. Ressenti comme un droit personnel, il doit par cons&#233;quent &#234;tre assur&#233; par l&#8217;Etat. Alors que, dans les si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents, la mort &#233;tait accept&#233;e: on mourait &#224; la guerre, on mourait pour Dieu, personne n&#8217;y trouvait &#224; redire. &#187;<\/p>\n<p align=\"justify\">Tout au plus l&#8217;&#234;tre humain cherchait-il les causes des maladies. Bernardino Fantini a r&#233;pertori&#233; les diff&#233;rentes causes avanc&#233;es par nos anc&#234;tres du Moyen Age pour expliquer la peste noire: la punition divine, bien s&#251;r, mais aussi les astres &#8211; une mauvaise conjonction de Mars et de V&#233;nus &#8211;, les zones putrides, la vengeance d&#8217;ennemis, le contact avec les animaux, qui va d&#8217;ailleurs d&#233;boucher sur la pers&#233;cution des chats. Mais en d&#233;pit de la recherche de coupables, le fatalisme reste un refuge.<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>Les Lumi&#232;res &#233;teignent le fatalisme<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Celui-ci commence &#224; d&#233;cliner avec les Lumi&#232;res, rel&#233;guant Dieu et la providence : &#171; La querelle entre Rousseau et Voltaire &#224; propos du tremblement de terre de Lisbonne est r&#233;v&#233;latrice, rappelle Dominique Bourg, philosophe et professeur honoraire &#224; l&#8217;Universit&#233; de Lausanne. Rousseau, en refusant le fatalisme, pr&#233;figure la modernit&#233;. Celle-ci s&#8217;installe d&#233;finitivement dans la soci&#233;t&#233; occidentale de l&#8217;apr&#232;s-guerre. &#187;<\/p>\n<p align=\"justify\">Le mouvement amorc&#233; est aussi soutenu par l&#8217;av&#232;nement des antibiotiques, apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale : &#171; Auparavant, la tuberculose et d&#8217;autres maladies &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme une fatalit&#233;, car incurables, explique Bernardino Fantini. La variole lors des &#233;pid&#233;mies tuait deux enfants sur cinq. La mort frappait &#224; n&#8217;importe quel &#226;ge. &#187;<\/p>\n<p align=\"justify\">En quelques ann&#233;es, la perspective change du tout au tout. On passe de la r&#233;signation &#224; l&#8217;exc&#232;s de confiance. Le moment charni&#232;re est l&#8217;ann&#233;e 1979, o&#249; l&#8217;OMS d&#233;clare la variole &#233;radiqu&#233;e. D&#233;sormais, l&#8217;humain se sent capable de vaincre les maladies. Une profession de foi que le VIH va mettre &#224; mal, puis Ebola. Le coronavirus est le dernier clou plant&#233; dans le cercueil de cette illusion.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pour autant, la soci&#233;t&#233; refuse de repenser son rapport &#224; la mort. &#171; Apr&#232;s la guerre, avec la disparition de la mortalit&#233; infantile et la progression du confort, l&#8217;Occident d&#233;veloppe petit &#224; petit l&#8217;id&#233;e d&#8217;un capital d&#8217;existence garanti, explique Dominique Bourg. On pense que seule l&#8217;incurie d&#8217;autrui peut vous amener &#224; ruiner ce capital. &#187;<\/p>\n<p align=\"justify\">D&#8217;o&#249; les r&#233;actions gouvernementales tr&#232;s fortes qui imposent le confinement. Est-il la cons&#233;quence d&#8217;un imp&#233;ratif in&#233;dit dans l&#8217;histoire de l&#8217;humanit&#233;: sauver tout le monde? Critique sur le lib&#233;ralisme, le philosophe en doute et pr&#233;vient : &#171; Dans les ann&#233;es 1990 est aussi apparu un cynisme consistant &#224; pr&#233;tendre qu&#8217;une partie de l&#8217;humanit&#233; pourrait dispara&#238;tre sans dommages. Le n&#233;olib&#233;ralisme, c&#8217;est le darwinisme total. Si la vague n&#233;olib&#233;rale et populiste s&#8217;&#233;tend, cette vision pourrait pr&#233;valoir d&#8217;ici &#224; quelques ann&#233;es. &#187;<\/p>\n<p align=\"justify\">On n&#8217;en est pas encore l&#224;. Mais d&#233;j&#224;, des voix se font entendre pour assurer que les cons&#233;quences de l&#8217;effondrement &#233;conomique seront plus mortif&#232;res que le virus.<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>&#171; Notre &#233;poque ne supporte plus ni l&#8217;&#233;chec, ni l&#8217;offense, ni les obstacles &#187;<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">Professeur de philosophie dans un gymnase vaudois et lib&#233;ral, Enzo Santacroce, lui, voit dans le confinement une ambition quasi prom&#233;th&#233;enne : &#171; Ces mesures de prudence r&#233;sultent d&#8217;un orgueil &#224; rester ma&#238;tre, &#224; vouloir &#233;radiquer la mort et la souffrance de la condition humaine, des r&#233;alit&#233;s aujourd&#8217;hui intol&#233;rables, mais qui l&#8217;&#233;taient encore en 1968. &#187; M&#234;me si, pour cela, il faut mettre l&#8217;&#233;conomie en veille, comme en mani&#232;re de p&#233;nitence.<\/p>\n<p align=\"justify\">C&#8217;est d&#8217;autant plus difficile au si&#232;cle de &#171; l&#8217;euphorie perp&#233;tuelle &#187;, une th&#232;se de Pascal Bruckner rappel&#233;e par le professeur: &#171; Notre &#233;poque ne supporte plus ni l&#8217;&#233;chec, ni l&#8217;offense, ni les obstacles. Des Lumi&#232;res, qui pensaient que le bonheur sur terre &#233;tait possible, on est pass&#233; &#224; l&#8217;imp&#233;ratif d&#8217;&#234;tre heureux. Le coronavirus est un coup du sort v&#233;cu comme une offense. &#187;<\/p>\n<p align=\"justify\">On sent en effet qu&#8217;au souci sanitaire vient s&#8217;ajouter une anxi&#233;t&#233; plus profonde, issue peut-&#234;tre de cette menace sur un bonheur qu&#8217;on croyait acquis. &#171; Il faut alors se souvenir, avec Blaise Pascal, qu&#8217;il y a de la grandeur &#224; reconna&#238;tre qu&#8217;on est petit, et que la menace peut aussi conduire &#224; trouver les ressources &#187;, conclut Enzo Santacroce. D&#8217;une illusion contemporaine qui s&#8217;ach&#232;ve pourrait resurgir une r&#233;ponse philosophique trop vite oubli&#233;e.<\/p>\n<p align=\"justify\">&#160;<\/p>\n<p align=\"justify\">\n    <strong>yogaesoteric<br \/>24 juillet 2020<\/strong>\n  <\/p>\n<p align=\"justify\">&#160;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#160; La grippe de 1968 a fait un million de morts, dans l&#8217;indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale. Comment et pourquoi, &#224; cinquante ans d&#8217;&#233;cart, la soci&#233;t&#233; r&#233;agit-elle de mani&#232;re diam&#233;tralement oppos&#233;e devant le danger &#233;pid&#233;mique ? 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