{"id":6168,"date":"2020-01-25T20:41:38","date_gmt":"2020-01-25T20:41:38","guid":{"rendered":"http:\/\/dev.yogaesoteric.net\/la-tradition-du-yoga-fr\/maha-vidya-yoga-3712-fr\/videosurveillance-paradigme-du-techno-solutionnisme-1\/"},"modified":"2020-01-25T20:41:38","modified_gmt":"2020-01-25T20:41:38","slug":"videosurveillance-paradigme-du-techno-solutionnisme-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/videosurveillance-paradigme-du-techno-solutionnisme-1\/","title":{"rendered":"Vid\u00e9osurveillance : paradigme du techno-solutionnisme (1)"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p>  par Hubert Guillaud<\/p>\n<p><\/p>\n<p>  La lecture du livre du sociologue Laurent Mucchielli, Vous &#234;tes film&#233;s ! Enqu&#234;te sur le bluff de la vid&#233;osurveillance, m&#8217;a profond&#233;ment d&#233;prim&#233;. Elle m&#8217;a profond&#233;ment d&#233;prim&#233; parce qu&#8217;elle montre que ceux qui n&#8217;ont cess&#233; de d&#233;noncer l&#8217;inutilit&#233; de la vid&#233;osurveillance n&#8217;ont absolument pas &#233;t&#233; entendus.&#160;<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/ianuarie 2020\/25\/7625_1.jpg\" align=\"center\" \/><\/p>\n<p>  Ils ont &#233;t&#233; lamin&#233;s par le bulldozer d&#8217;une d&#233;sinformation sans pr&#233;c&#233;dent&#8230; alors m&#234;me que les constats initiaux sur l&#8217;inefficacit&#233; de la vid&#233;osurveillance n&#8217;ont cess&#233; d&#8217;&#234;tre confort&#233;s par les rares &#233;valuations qui ont eu lieu. Apr&#232;s des ann&#233;es de d&#233;veloppement, la vid&#233;osurveillance, rapport&#233;e &#224; son co&#251;t, ne sert toujours &#224; rien et pourtant, elle s&#8217;est impos&#233;e partout. Elle est devenue si banale d&#233;sormais, qu&#8217;on s&#8217;&#233;tonne plut&#244;t quand une collectivit&#233; locale n&#8217;en est pas &#233;quip&#233;e. Pourtant, ces ann&#233;es d&#8217;&#233;quipements, ces centaines de millions d&#8217;euros d&#233;pens&#233;s, n&#8217;ont pas chang&#233; le constat initial, celui point&#233; depuis tr&#232;s longtemps par les chercheurs : &#224; savoir que la vid&#233;osurveillance sur la voie publique ne produit rien. Le retour sur investissement de cette technologie est scandaleux. Le taux &#171; d&#8217;utilit&#233; &#187; aux enqu&#234;tes comme le taux de &#171; participation &#187; &#224; l&#8217;&#233;lucidation de voies de fait est quasiment inexistant. Elle ne parvient m&#234;me pas &#224; combattre le sentiment d&#8217;ins&#233;curit&#233; que les cam&#233;ras promettaient de r&#233;soudre comme par magie.&#160;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>    <strong>La vid&#233;osurveillance : un programme politico-industriel massif<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>  Dans son livre, Mucchielli rappelle que la vid&#233;osurveillance municipale consiste &#224; surveiller la voie publique, la rue, pour g&#233;rer un risque prot&#233;iforme et difficilement pr&#233;visible appel&#233; selon les moments d&#233;linquance, ins&#233;curit&#233;, terrorisme voire incivilit&#233;s&#8230;&#160;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>  Depuis l&#8217;origine (la &#171; t&#233;l&#233;surveillance &#187; na&#238;t apr&#232;s la Deuxi&#232;me guerre mondiale, mais prend son premier essor dans les ann&#233;es 70 avec l&#8217;enregistrement par cassettes analogiques et les premiers programmes de vid&#233;osurveillance publique, notamment &#224; Time Square &#224; New York d&#232;s 1973), la vid&#233;osurveillance pose la question de son efficacit&#233; en regard des questions de libert&#233;s publiques et d&#8217;autres choix politiques s&#233;curitaires possibles, mais son efficacit&#233; m&#234;me est pourtant rarement interrog&#233;e. En fait, sa raison d&#8217;&#234;tre n&#8217;est pas l&#224;. Son d&#233;ploiement est tout entier li&#233; &#224; la mont&#233;e de l&#8217;id&#233;ologie s&#233;curitaire. Ses phases de progression sont d&#8217;ailleurs li&#233;es &#224; la fois &#224; l&#8217;essor des politiques conservatrices et au d&#233;veloppement de crises s&#233;curitaires, notamment les attentats de 2001 aux &#201;tats-Unis ou de 2015 en France. Les dispositifs mis en place n&#8217;auront pourtant pas r&#233;ellement d&#8217;impacts ni pour pr&#233;venir, ni pour dissuader, ni pour r&#233;soudre les actes de terrorisme.&#160;<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/ianuarie 2020\/25\/7625_2.jpg\" align=\"center\" \/><\/p>\n<p>  En France, le sociologue d&#233;c&#232;le trois &#233;tapes dans son d&#233;ploiement. Un premier temps &#224; la fin des ann&#233;es 90, &#224; l&#8217;initiative de communes plut&#244;t conservatrices qui s&#8217;acc&#233;l&#232;re et s&#8217;&#233;largit avec les &#233;lections municipales de 2001 qui font de la s&#233;curit&#233; un enjeu local majeur. La seconde phase correspond &#224; une acc&#233;l&#233;ration du d&#233;ploiement &#224; un niveau national li&#233;e &#224; l&#8217;&#233;lection de Nicolas Sarkozy en 2007, qui instaure une politique de financement et d&#8217;&#233;quipement massive. Les enjeux avanc&#233;s alors visent &#224; prot&#233;ger les b&#226;timents et lieux publics, r&#233;guler le trafic et les infractions, pr&#233;venir les atteintes &#224; la s&#233;curit&#233; des personnes et des biens, lutter contre le terrorisme et diminuer le sentiment d&#8217;ins&#233;curit&#233;. Une nouvelle phase, plus invisible, se d&#233;ploie depuis les attentats de 2015, sous couvert d&#8217;&#201;tat d&#8217;urgence et de terrorisme, dans les petites communes et les villages, o&#249; le risque est tr&#232;s faible et o&#249; l&#8217;efficacit&#233; encore plus probl&#233;matique. Tant et si bien que les villes les plus vid&#233;osurveill&#233;es de France &#224; pr&#233;sent, c&#8217;est-&#224;-dire celles o&#249; le ratio cam&#233;ra par habitant est le plus fort, sont avant tout de petites villes et des villages. Le traumatisme des attentats a fait de la vid&#233;osurveillance la premi&#232;re des technologies de s&#233;curit&#233;.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>  Mucchielli estime qu&#8217;&#224; pr&#233;sent il y aurait environ 1,5 million de cam&#233;ras filmant des lieux publics et des voies publiques, dont environ 150.000 &#224; l&#8217;initiative des communes (soit le triple des estimations officielles). Seulement 5 des 60 plus grandes villes fran&#231;aises ne sont pas &#233;quip&#233;es. D&#233;but 2018, 88% des villes de 15.000 &#224; 150.000 habitants sont pourvues d&#8217;&#233;quipement ou de programmes. La moyenne serait de pr&#232;s de 52 cam&#233;ras par ville en 2016, un chiffre qui a doubl&#233; depuis 2010. 80 &#224; 90% des communes en zones urbaines sont vid&#233;osurveill&#233;es et l&#8217;extension se poursuit depuis 2015 en direction des petites villes et des territoires p&#233;riurbains et ruraux. La vid&#233;osurveillance s&#8217;est impos&#233;e partout !&#160;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>    <strong>Pourquoi la vid&#233;osurveillance a-t-elle si bien march&#233; ?<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>  Les critiques &#224; l&#8217;encontre de la vid&#233;osurveillance ont plus interrog&#233; le co&#251;t des dispositifs que leur efficacit&#233; ou que leurs effets discriminatoires (&#224; l&#8217;encontre des jeunes et des &#171; minorit&#233;s visibles &#187; notamment, ou leur d&#233;veloppement dans des quartiers qui ne sont pas toujours les plus criminog&#232;nes&#8230;). Ses partisans par contre ont promu le caract&#232;re irr&#233;futable de la preuve de l&#8217;image, notamment via le &#171; vid&#233;o-flag &#187;, le flagrant d&#233;lit captur&#233; par la vid&#233;o qui permettrait de confondre sans erreur possible les d&#233;linquants par l&#8217;image, mais qui n&#8217;existe quasiment pas dans les faits (m&#234;me si les rares exemples sont tr&#232;s relay&#233;s par les m&#233;dias). &#171; A contrario, ne sont jamais mentionn&#233;es les proc&#233;dures dans lesquelles la pr&#233;sence de cam&#233;ras n&#8217;a pas aid&#233; les enqu&#234;teurs de police ni celles dans lesquelles l&#8217;existence d&#8217;images enregistr&#233;es a permis d&#8217;innocenter les personnes suspect&#233;es par les forces de l&#8217;ordre &#187;.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>  La principale raison du succ&#232;s de la vid&#233;osurveillance n&#8217;est pas &#224; chercher du c&#244;t&#233; de son efficacit&#233;, mais tient purement d&#8217;un couplage entre une injonction politique et des incitations financi&#232;res. Depuis 2007 notamment, l&#8217;&#201;tat et les collectivit&#233;s locales ont d&#233;velopp&#233; des modalit&#233;s de financement public pour aider les communes &#224; s&#8217;&#233;quiper. 150 millions d&#8217;euros ont &#233;t&#233; investis par l&#8217;&#201;tat entre 2007 et 2013 (213 millions entre 2007 et 2017 <a href=\"http:\/\/www.senat.fr\/questions\/base\/2017\/qSEQ171001689.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">selon<\/a>&#160; le minist&#232;re de l&#8217;Int&#233;rieur) auquel il faut ajouter presque autant de la part des aides provenant des collectivit&#233;s ainsi que les d&#233;penses des communes elles-m&#234;mes. Si le financement public s&#8217;est un peu r&#233;duit &#224; partir de 2012 (mais sans &#234;tre remis en question), le co&#251;t pour les communes a &#233;t&#233; consid&#233;rablement r&#233;duit par ces aides, rendant le co&#251;t de l&#8217;&#233;quipement &#171; acceptable &#187;.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>  Enfin, il faut compter sur les efforts marketing et le lobbying des industriels du secteur (Thales, Safran, mais &#233;galement Eiffage, Cofely, SPIE&#8230; et Anaveo, leader fran&#231;ais des syst&#232;mes de &#171; surveillance intelligente &#187;&#8230;), des associations (notamment l&#8217;Association nationale des villes vid&#233;osurveill&#233;es, n&#233;e en 2004, devenue Association nationale de vid&#233;oprotection en 2011) et des lobbies comme le Conseil des industries de la confiance et de la s&#233;curit&#233; (CICS, n&#233; fin 2013, qui se pr&#233;sente comme l&#8217;interlocuteur industriel de l&#8217;&#201;tat dans un domaine qui revendique 125 000 emplois et 21 milliards d&#8217;euros de CA en 2017).<\/p>\n<p><\/p>\n<p>  Le march&#233; mondial de la vid&#233;osurveillance a doubl&#233; de volume dans les ann&#233;es 90. Et cette tendance s&#8217;est amplifi&#233;e avec un taux de croissance &#224; deux chiffres depuis les ann&#233;es 2000. Aux march&#233;s initiaux, qui se d&#233;veloppent jusque dans les pays en d&#233;veloppement, il faut ajouter l&#8217;entretien et le renouvellement du parc (la dur&#233;e de vie d&#8217;une cam&#233;ra est de 5 &#224; 8 ans) ainsi bien s&#251;r que la surveillance humaine des &#233;crans et des enregistrements, c&#8217;est-&#224;-dire le co&#251;t de fonctionnement (op&#233;rateurs et lieux d&#233;di&#233;s). Politisation, m&#233;diatisation et commercialisation expliquent largement le succ&#232;s.&#160;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>  Un autre facteur, et non des moindres, explique encore le succ&#232;s sans pr&#233;c&#233;dent de la vid&#233;osurveillance : son relai jusqu&#8217;aux politiques locales ! Si on constate des clivages politiques entre droite et gauche dans son d&#233;ploiement initial (la droite a adh&#233;r&#233; plus rapidement &#224; ces dispositifs et engag&#233; plus lourdement les budgets), depuis, les &#233;lus de gauche se sont align&#233;s sur le mod&#232;le.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"\/all_uploads\/uploads5\/ianuarie 2020\/25\/7625_3.jpg\" align=\"center\" \/><\/p>\n<p>  Mucchielli montre que la vid&#233;osurveillance s&#8217;impose par contagion et sous la pression citoyenne qui voit dans les promesses de la vid&#233;osurveillance une solution pour r&#233;duire le sentiment d&#8217;ins&#233;curit&#233; r&#233;el comme ressenti. Mucchielli pointe la cr&#233;dulit&#233; des &#233;diles qui suivent la pression politique, m&#233;diatique, marketing. Mais &#233;galement la pression des assurances qui l&#8217;exigent de plus en plus souvent, de la police locale qui y voit un moyen d&#8217;accro&#238;tre sa l&#233;gitimit&#233;&#8230;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>  Une pression de conformit&#233; s&#8217;exerce sur les &#233;lus qui subissent &#233;galement des demandes pr&#233;cises de leurs administr&#233;s (commer&#231;ants, populations politis&#233;es ou &#226;g&#233;es). La vid&#233;osurveillance est utilis&#233;e comme une r&#233;ponse pour calmer col&#232;re et inqui&#233;tude. Elle permet de mener une action concr&#232;te et visible. &#171; Le calcul politique n&#8217;est rentable qu&#8217;&#224; court terme, d&#8217;une part parce que la demande de cam&#233;ras risque d&#8217;&#234;tre sans fin, d&#8217;autre part parce qu&#8217;il ne semble pas que le sentiment d&#8217;ins&#233;curit&#233; soit r&#233;ellement impact&#233; par l&#8217;installation de la vid&#233;osurveillance &#187;, rappelle le chercheur. Les maires ont effectivement une responsabilit&#233; de s&#233;curit&#233; et de pr&#233;vention alors que dans la r&#233;alit&#233; leur r&#244;le en la mati&#232;re est assez limit&#233;. La vid&#233;osurveillance leur permet d&#8217;exister, de s&#8217;affirmer dans ce domaine. Beaucoup conc&#232;dent qu&#8217;ils sont cern&#233;s par les pressions qu&#8217;elles viennent d&#8217;&#233;lus, des politiques des communes avoisinantes, des demandes de certaines cat&#233;gories de citoyens. Face &#224; la pression globale de conformit&#233;, bien peu parviennent &#224; r&#233;sister. &#171; La vid&#233;osurveillance est un symbole visant &#224; donner l&#8217;impression d&#8217;une action sur le th&#232;me de la s&#233;curit&#233; &#187;.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>    <strong>La vid&#233;osurveillance ne sert &#224; rien !<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>  Reste que le coeur de la d&#233;monstration du sociologue repose sur l&#8217;inefficacit&#233; de la vid&#233;osurveillance. La vid&#233;osurveillance ne prot&#232;ge personne. Elle n&#8217;arr&#234;te ni les d&#233;linquants, ni les terroristes, ni les incivilit&#233;s. Pire, elle n&#8217;a que peu d&#8217;effet sur la r&#233;solution des enqu&#234;tes. Le rapport co&#251;t\/efficacit&#233; est si d&#233;risoire, qu&#8217;il explique de lui-m&#234;me pourquoi l&#8217;&#233;valuation de ces &#233;quipements a &#233;t&#233; si inexistante.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>  A pr&#233;sent, on a l&#8217;impression que les citoyens sont devenus les premiers demandeurs de vid&#233;osurveillance. Pourtant, rappelle Laurent Mucchielli, ce n&#8217;est pas si exact. D&#8217;abord, quand on livre des informations concr&#232;tes sur les co&#251;ts et l&#8217;efficacit&#233;, on constate qu&#8217;ils en comprennent tr&#232;s bien les limites, &#224; l&#8217;exemple d&#8217;une commune du Lot-et-Garonne de 7000 habitants qui fin 2011 avait r&#233;alis&#233; un r&#233;f&#233;rendum consultatif sur l&#8217;utilit&#233; de la vid&#233;osurveillance (au plus fort de son engouement) et qui l&#8217;a clairement rejet&#233; (&#224; 59%). De m&#234;me, quand on interroge d&#8217;une mani&#232;re plus ouverte la population, la vid&#233;osurveillance n&#8217;est pas la r&#233;ponse pr&#233;f&#233;r&#233;e de la population en mati&#232;re de s&#233;curit&#233;. Souvent, ils valorisent d&#8217;autres politiques : la lutte contre l&#8217;&#233;chec scolaire, la pr&#233;vention et l&#8217;aide aux familles en difficult&#233; ou le recrutement des policiers viennent devant l&#8217;installation de cam&#233;ras.&#160;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>  Les rares &#233;tudes d&#8217;&#233;valuation montrent pourtant que l&#8217;utilit&#233; de la vid&#233;osurveillance est faible, pour ne pas dire d&#233;risoire. Elles soulignent &#233;galement qu&#8217;il n&#8217;y a pas de corr&#233;lation syst&#233;matique entre la densit&#233; de cam&#233;ras sur un espace et leurs suppos&#233;s effets pr&#233;ventifs. Quant &#224; la th&#232;se du d&#233;placement de la d&#233;linquance, l&#224; encore, les &#233;tudes estiment qu&#8217;elle est difficile &#224; &#233;valuer. Les rapports des Cours des comptes r&#233;gionales sur ces questions, par exemple &#224; Saint-&#201;tienne en 2010, montrent combien l&#8217;efficacit&#233; est d&#233;risoire. Pour un co&#251;t de 1,3 million d&#8217;euros annuels, le taux de faits &#171; rep&#233;r&#233;s ou &#233;lucid&#233;s &#187; culmine &#224; 2% sur l&#8217;ann&#233;e. &#192; Lyon, &#224; la m&#234;me &#233;poque, un autre rapport montrait que pour un co&#251;t de 2,7 &#224; 3 millions par an, c&#8217;est seulement 0,7 &#224; 1,6% des faits d&#233;lictueux sur la voie publique qui ont recours aux images de vid&#233;osurveillance. Nice (ville embl&#233;matique puisque grande ville la mieux &#233;quip&#233;e avec une cam&#233;ra pour 600 habitants), le taux de participation &#224; l&#8217;&#233;lucidation serait de 1,2%, pour un co&#251;t en constante augmentation qui devrait d&#233;passer les 17 millions d&#8217;euros annuels en 2018 !<\/p>\n<p><\/p>\n<p>  Dans la seconde partie de son ouvrage, le sociologue enfonce le clou en rendant compte d&#8217;&#233;tudes sur l&#8217;efficacit&#233; de ces dispositifs sur des communes tr&#232;s diff&#233;rentes en taille et ampleur d&#8217;&#233;quipement. Les trois enqu&#234;tes vont dans le m&#234;me sens. &#171; La contribution de la vid&#233;osurveillance aux enqu&#234;tes est bien trop r&#233;duite &#187; pour avoir un impact sur la d&#233;linquance. M&#234;me les responsables de la police municipale semblent sans illusion : beaucoup d&#8217;agents conviennent finalement que les cam&#233;ras ne servent pas &#224; grand-chose. Dans la plus petite commune &#233;tudi&#233;e, les probl&#232;mes rel&#232;vent plus d&#8217;incivilit&#233;s (nuisances sonores, d&#233;gradations l&#233;g&#232;res de v&#233;hicules, tags, agressivit&#233; verbale, conduite automobile, probl&#232;me de salubrit&#233;, encombrements sur la voie publique&#8230;) que de d&#233;linquance. Tant et si bien que la vid&#233;osurveillance semble surtout instrument&#233;e pour transformer les incivilit&#233;s en d&#233;lits.&#160;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>  Le sentiment d&#8217;ins&#233;curit&#233; n&#8217;est pas tant li&#233; &#224; une d&#233;linquance qui dans les chiffres est plut&#244;t basse, qu&#8217;&#224; d&#8217;autres probl&#233;matiques : fragilit&#233;s individuelles, isolement, individualisme, intol&#233;rance &#224; la vie sociale&#8230; La vid&#233;osurveillance semble une politique s&#233;curitaire qui se d&#233;veloppe &#224; la place d&#8217;une offre de sociabilit&#233; et de coh&#233;sion sociale, de loisirs et de vivre ensemble, d&#8217;une politique de pr&#233;vention ou d&#8217;accompagnement des populations en difficult&#233; qui seraient peut-&#234;tre plus utiles pour d&#233;velopper un sentiment de s&#233;curit&#233; et une meilleure sociabilit&#233;. Mais les budgets pour la pr&#233;vention de la d&#233;linquance sont partis dans la vid&#233;osurveillance et celle-ci n&#8217;a eu aucune action sur le vivre ensemble, au contraire : elle semble plut&#244;t en aiguiser l&#8217;intol&#233;rance. L&#8217;activit&#233; fondamentale des op&#233;rateurs de vid&#233;osurveillance rel&#232;ve plus de la gestion urbaine de proximit&#233; que de la lutte contre la d&#233;linquance, souligne le chercheur.<\/p>\n<p>  Lisez&#160;<a style=\"color: \" href=\"\/moved_content.php?lang=FR&amp;item=22159\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">la deuxi&#232;me partie<\/a> de cet article<br \/>\n  &#160;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>    <strong>yogaesoteric<\/strong><\/p>\n<p>    <strong>25 janvier 2020<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>  &#160;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Hubert Guillaud La lecture du livre du sociologue Laurent Mucchielli, Vous &#234;tes film&#233;s ! Enqu&#234;te sur le bluff de la vid&#233;osurveillance, m&#8217;a profond&#233;ment d&#233;prim&#233;. Elle m&#8217;a profond&#233;ment d&#233;prim&#233; parce qu&#8217;elle montre que ceux qui n&#8217;ont cess&#233; de d&#233;noncer l&#8217;inutilit&#233; de la vid&#233;osurveillance n&#8217;ont absolument pas &#233;t&#233; entendus.&#160; Ils ont &#233;t&#233; lamin&#233;s par le bulldozer [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[839],"tags":[],"class_list":["post-6168","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-maha-vidya-yoga-3712-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6168","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6168"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6168\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6168"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6168"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6168"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}