{"id":95385,"date":"2022-10-07T19:25:01","date_gmt":"2022-10-07T19:25:01","guid":{"rendered":"https:\/\/yogaesoteric.net\/?p=95385"},"modified":"2022-10-07T19:25:56","modified_gmt":"2022-10-07T19:25:56","slug":"totalitarisme-et-ecosysteme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yogaesoteric.net\/fr\/totalitarisme-et-ecosysteme\/","title":{"rendered":"Totalitarisme et \u00e9cosyst\u00e8me"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\">par Ariane Bilheran<\/p>\n<p><em>\u00ab Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour na\u00eetre une seconde fois, et lutter ensuite, \u00e0 visage d\u00e9couvert, contre l&#8217;instinct de mort \u00e0 l&#8217;\u0153uvre dans notre histoire.\u00bb <\/em>Albert Camus, Discours de Su\u00e8de, 10 d\u00e9cembre 1957.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-95386\" src=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/1-7-e1665170628950-300x177.png\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"331\" srcset=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/1-7-e1665170628950-300x177.png 300w, https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/1-7-e1665170628950-357x210.png 357w, https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/1-7-e1665170628950.png 421w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><\/p>\n<p>Nous protestons, \u00e0 juste titre, contre la d\u00e9rive totalitaire explicitement visible depuis le printemps 2020. Cette protestation citoyenne, morale et spirituelle est indispensable, car elle dit notre souci de conserver les racines, en particulier gr\u00e9co-romaines et jud\u00e9o-chr\u00e9tiennes, de notre civilisation actuelle. Si nous d\u00e9finissons, de fa\u00e7on laconique, le totalitarisme comme l&#8217;ambition de la \u00ab <em>domination totale <\/em>\u00bb (H. Arendt), avec des m\u00e9thodes imp\u00e9rialistes, incluant le monopole de la communication, la confiscation de l&#8217;\u00e9conomie aux mains de quelques-uns, le fonctionnement \u00e0 l&#8217;id\u00e9ologie sans cesse mouvante, et le contr\u00f4le \u00e0 la terreur, alors il est bien \u00e9vident que le totalitarisme n&#8217;est pas n\u00e9 hier, ni m\u00eame avec les totalitarismes du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Il s&#8217;agit d&#8217;une conception politique du monde, dans laquelle l&#8217;\u00eatre humain est r\u00e9duit au mieux, \u00e0 une fonction ou un instrument, au pire, \u00e0 un rebut inutile, destitu\u00e9 de ses \u00e9tats d&#8217;\u00e2me impr\u00e9visibles, de ses encombrantes aspirations \u00e0 la libert\u00e9, de ses pr\u00e9tentions farfelues \u00e0 incarner des valeurs morales. C&#8217;est par essence un r\u00e9ductionnisme de l&#8217;individu : \u00e0 un \u00ab <em>cas positif<\/em> \u00bb ou \u00ab <em>n\u00e9gatif<\/em> \u00bb, \u00e0 une unit\u00e9 math\u00e9matique, hormis \u00e9videmment celles qui lui correspondraient par leur dimension incommensurable et insaisissable, \u00e0 savoir, le z\u00e9ro et l&#8217;infini. (A. Koestler)<\/p>\n<p>L&#8217;humanit\u00e9 n&#8217;a jamais vaincu le totalitarisme. Elle en est \u00e9ternellement, r\u00e9guli\u00e8rement, p\u00e9riodiquement, victime, quels que soient les d\u00e9cors de fa\u00e7ade, la couleur locale, les id\u00e9aux brandis pour \u00ab <em>le bien<\/em> \u00bb de la masse, le type d&#8217;exigence sacrificielle requis. Nous pourrions souligner notre aptitude croissante \u00e0 l&#8217;autodestruction en tant qu&#8217;esp\u00e8ce humaine, et partager raisonnablement les vues de G\u00fcnther Anders sur le sujet. Or, parfois, j&#8217;adopte une autre perspective, depuis laquelle je d\u00e9c\u00e8le dans une telle appr\u00e9hension un p\u00e9ch\u00e9 <em>d&#8217;hybris<\/em> : notre pr\u00e9tention orgueilleuse \u00e0 croire que nous serions puissants au point d&#8217;\u00e9radiquer toute vie sur terre, ou encore, la race humaine. Plus j&#8217;approfondis l&#8217;\u00e9tude du totalitarisme, plus je serais tent\u00e9e d&#8217;embrasser une autre vision, selon laquelle le totalitarisme serait un moment n\u00e9cessaire de notre \u00e9cosyst\u00e8me humain.<\/p>\n<p>Mon immersion dans la nature luxuriante de la c\u00f4te carib\u00e9enne de Colombie m&#8217;a permis de faire plusieurs observations du fonctionnement de la nature. Tout d&#8217;abord, la nature s&#8217;organise en syst\u00e8me, c&#8217;est-\u00e0-dire que plusieurs parties se c\u00f4toient, et interagissent ensemble, jusqu&#8217;\u00e0 former un tout vivant, abondant, chantant, qui ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la somme des parties : fourmis, abeilles, gu\u00eapes, moustiques, colibris, aigles, vers de terre, chauves-souris, plantes diverses et vari\u00e9es, etc. Lorsque le syst\u00e8me est \u00e9quilibr\u00e9, chaque esp\u00e8ce dispose de son espace vital, et l&#8217;harmonie r\u00e8gne. En revanche, lorsqu&#8217;une agression trop forte survient, apparaissent des ph\u00e9nom\u00e8nes qui fragilisent l&#8217;ensemble, et le rendent malade. Je vais prendre un exemple. Chaque ann\u00e9e, dans ma r\u00e9gion, les exportateurs de mangues fumigent les manguiers de produits chimiques, ce qui entra\u00eene toujours \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque des pertes de ruches d&#8217;abeilles, et donne lieu \u00e0 une invasion de hannetons. La fumigation aux pesticides s&#8217;attaque en effet aux mouches qui aiment les mangues. Or, les mouches sont les pr\u00e9dateurs des larves de hannetons. Ainsi se produit le d\u00e9s\u00e9quilibre.<\/p>\n<p>Dans ce m\u00eame syst\u00e8me, il existe des p\u00e9riodes. Semons des tomates : nous plantons la graine, qui ensuite d\u00e9veloppe la plante, laquelle donnera le fruit. Puis, la plante fanera et son d\u00e9chet alimentera de nouveau la terre. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;interviennent les parasites, qui entament un processus de destruction et de d\u00e9composition de feuilles, de fruits, de plantes, etc. qui n&#8217;\u00e9taient plus viables. Si vous luttez pour supprimer les parasites dans votre \u00e9cosyst\u00e8me, vous vous rendrez rapidement compte (du moins, si vous \u00eates observateurs) qu&#8217;ils reviennent plus forts, plus nombreux, et que vous ne vous en d\u00e9barrasserez pas comme cela ! Il s&#8217;agit donc surtout de d\u00e9tourner leur attention du lieu o\u00f9 vous souhaitez qu&#8217;ils n&#8217;interviennent pas : par exemple, dans le cadre des fourmis d\u00e9voreuses d&#8217;un jeune arbuste de moringa, les dissuader en peignant la tige de l&#8217;arbre naissant avec de l&#8217;huile de neem, et dans le m\u00eame temps, attirer leur attention ailleurs, o\u00f9 elles seront s\u00e9duites par un meilleur repas \u00e0 moindres frais.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;\u00e9cosyst\u00e8me, chacun a sa fonction. Il n&#8217;y a pas de \u00ab <em>bons<\/em> \u00bb et de \u00ab <em>mauvais<\/em> \u00bb. Mais chacun doit rester \u00e0 sa place, et surtout, chacun a sa fonction selon des p\u00e9riodes pr\u00e9cises. \u00c9liminer des insectes qui servent \u00e0 la d\u00e9composition des mat\u00e9riaux dans le sol serait une \u00e9norme erreur : comment ensuite fertiliser les sols naturellement et cr\u00e9er une terre riche en min\u00e9raux ? La fumigation des manguiers dont j&#8217;ai parl\u00e9 est une faute tout aussi grave, car au pr\u00e9texte de sauver les mangues de cette r\u00e9colte pour des Occidentaux en mal de saveurs tropicales, on prend le risque de tuer des abeilles. Or, les abeilles f\u00e9condent la fleur, qui elle-m\u00eame donnera le fruit, duquel se nourrira l&#8217;abeille. Voici un cycle, o\u00f9 chaque \u00e9l\u00e9ment est n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-95389\" src=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/2-300x183.jpeg\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"341\" srcset=\"https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/2-300x183.jpeg 300w, https:\/\/yogaesoteric.net\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/2.jpeg 620w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><\/p>\n<p>Dans la nature, tout est communication. Il existe des plantes qui s&#8217;entendent bien entre elles : \u00e0 les rendre voisines, le syst\u00e8me devient vertueux. En revanche, si l&#8217;on place une plante envahissante \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;une plante plut\u00f4t tranquille, l&#8217;une d\u00e9vorera le territoire de l&#8217;autre. Enfin, la nature est un \u00eatre vivant, qui r\u00e9agit \u00e0 l&#8217;environnement, au stress, aux lunaisons. \u00c9laguer un arbre en pleine lune pr\u00e9sente un danger \u00ab <em>d&#8217;h\u00e9morragie<\/em> \u00bb de la s\u00e8ve de l&#8217;arbre, tandis que le tailler en lune descendante est beaucoup moins traumatique pour lui. Les blessures des coupes peuvent \u00eatre envelopp\u00e9es par des pansements ou cataplasmes, mais je ne rentrerai pas davantage dans ces d\u00e9tails techniques, sinon pour dire que les arbres ont manifestement des sensations[1]. Tout le vivant ressent : il existe des interactions permanentes. Savez-vous que les arbres et les plantes s&#8217;avertissent de l&#8217;existence d&#8217;un pr\u00e9dateur ou d&#8217;un stress par leurs racines[2] ? Ou encore, que des abeilles attaqu\u00e9es par un pr\u00e9dateur organisent des pi\u00e8ges labyrinthiques extr\u00eamement savants, jusqu&#8217;\u00e0 condamner l&#8217;entr\u00e9e de la ruche ?<\/p>\n<p>Cette observation m\u00e9ticuleuse depuis plusieurs ann\u00e9es de l&#8217;\u00e9cosyst\u00e8me qui m&#8217;entoure dans la Sierra Nevada de Colombie m&#8217;a donn\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le totalitarisme. Et si le totalitarisme, ce moment de destruction radicale, correspondait tout simplement au moment o\u00f9 les parasites viennent d\u00e9vorer ce qui n&#8217;est plus viable ? Je me suis dit que cela expliquerait beaucoup de choses. Notamment, le pourquoi nous restons presque toujours dans les m\u00eames pourcentages de psychologie sociale concernant la soumission des masses au syst\u00e8me totalitaire, malgr\u00e9 la somme colossale d&#8217;informations alternatives qui circulent aujourd&#8217;hui. Le <em>prorata<\/em> entre les individus lucides, les moutons de Panurge, et les pr\u00e9dateurs est toujours le m\u00eame, au d\u00e9part du mouvement totalitaire. Comme s&#8217;il fallait que la masse soit suffisamment anesth\u00e9si\u00e9e pour permettre l&#8217;\u0153uvre de destruction. \u00c0 l&#8217;avenant, et je m&#8217;en \u00e9tais exprim\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises, il n&#8217;y a pas de syst\u00e8me totalitaire sans t\u00e9moins, et il n&#8217;y a pas de syst\u00e8me totalitaire qui n&#8217;\u00e9pargne pas des t\u00e9moins, <em>alors qu&#8217;il aurait tout \u00e0 fait le loisir de les supprimer<\/em>[3]. Or, ce sont ces t\u00e9moins qui pr\u00e9cis\u00e9ment prendront la rel\u00e8ve apr\u00e8s l&#8217;\u0153uvre de destruction, car une fois les d\u00e9chets transform\u00e9s en compost, il faudra bien que la graine soit sem\u00e9e et que le nouveau cycle reparte. Le r\u00e9veil de la conscience des individus et la sortie de l&#8217;hallucination psychotique dans laquelle ils sont pris en croyant \u00e0 la fiction id\u00e9ologique du d\u00e9lire parano\u00efaque, sont progressifs, mais surtout, proportionnels \u00e0 la quantit\u00e9 de destruction engendr\u00e9e par le totalitarisme.<\/p>\n<p>Avec cette grille d&#8217;analyse, le moment totalitaire, que j&#8217;associe bien volontiers au \u00ab <em>moment du n\u00e9gatif <\/em>\u00bb selon Hegel dans la <em>Dialectique de l&#8217;Histoire<\/em>, est tout bonnement l&#8217;instrument de la destruction d&#8217;une civilisation qui n&#8217;est plus viable. Pourquoi n&#8217;est-elle plus viable ? Simplement, parce qu&#8217;elle ach\u00e8ve son d\u00e9clin. Car il n&#8217;existe rien sur terre qui n&#8217;ob\u00e9it pas au cycle suivant : naissance, croissance, apog\u00e9e, d\u00e9clin, et mort. Les plantes y ob\u00e9issent. Les animaux et les individus, aussi. Les entreprises. Les dynasties. Et bien entendu, les civilisations.<\/p>\n<p>Le moment totalitaire est celui de la pulsion de mort brute. Les individus r\u00e9gressent dans une confusion psychique telle que \u00ab <em>les quatre piliers de la maison<\/em> \u00bb, comme je m&#8217;emploie \u00e0 l&#8217;imager, s&#8217;effondrent : interdit du meurtre, interdit de l&#8217;inceste, diff\u00e9rence des g\u00e9n\u00e9rations et diff\u00e9rence des sexes. Il faut entendre ces interdits comme des digues psychiques et symboliques. Plus qu&#8217;une tentation, cette r\u00e9gression pulsionnelle de l&#8217;humanit\u00e9, par moments cycliques dans l&#8217;histoire, serait alors : un besoin et une n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>Avec une telle perspective, le groupe t\u00e9moin[4] appartient int\u00e9gralement \u00e0 l&#8217;\u00e9cosyst\u00e8me dans sa p\u00e9riode totalitaire. Il n&#8217;en est pas s\u00e9par\u00e9. Il n&#8217;est pas \u00e0 l&#8217;\u00e9cart. Sa fonction est de veiller, telles des Vestales, \u00e0 la conservation du feu sacr\u00e9 entre l&#8217;ancien et le renouveau. Dans le moment de la d\u00e9composition au sein de la nature, les parasites n&#8217;\u00e9liminent jamais non plus tous les \u00e9l\u00e9ments qui seront indispensables pour faire repartir le nouveau cycle. Bien s\u00fbr, certains peuvent \u00eatre \u00e9limin\u00e9s pour intimider l&#8217;ensemble : les parasites ne permettent pas d&#8217;\u00eatre emp\u00each\u00e9s de mener leur \u0153uvre \u00e0 terme. Mais les t\u00e9moins ne sont jamais tous supprim\u00e9s : d&#8217;une part, car c&#8217;est impossible, d&#8217;autre part, parce qu&#8217;ils ont une fonction de rel\u00e8ve dans l&#8217;\u00e9cosyst\u00e8me.<\/p>\n<p>Nous sommes sur la fin d&#8217;une civilisation en d\u00e9clin, qui atteint son terme[5]. Cela prend un certain temps, avec une destructivit\u00e9 majeure, par paliers. Les fonctions de pr\u00e9dation et de parasitage exercent leur labeur de d\u00e9construction et de d\u00e9composition, n\u00e9cessaire \u00e0 l&#8217;\u00e9limination de cette civilisation qui se meurt. Selon une telle hypoth\u00e8se, nous serions utilis\u00e9s dans l&#8217;\u00e9cosyst\u00e8me pour nos capacit\u00e9s et nos dispositions, r\u00f4le auquel nous consentirions tout simplement parce qu&#8217;il \u00e9mane de qui nous sommes. Le d\u00e9ni massif aurait alors un sens m\u00e9taphysique, et serait incontournable pour que s&#8217;op\u00e8re la destruction. La sortie du d\u00e9ni serait proportionnelle \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de freiner puis d&#8217;arr\u00eater les destructions au niveau collectif, car elles auront \u00e9t\u00e9 suffisantes pour un renouveau.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Un art de vivre par temps de catastrophe \u00bb (Camus)<\/strong><\/p>\n<p>Cette hypoth\u00e8se est irritante, car elle oblige \u00e0 modifier notre conception classique de la libert\u00e9 : nous serions, en somme, des acteurs de cycles du vivant qui nous d\u00e9passent. Mais \u00e0 quoi sert-il de penser si penser ne nous d\u00e9range pas dans nos certitudes et notre confort ?<\/p>\n<p>Au printemps 2020, nous n&#8217;\u00e9tions que tr\u00e8s peu nombreux \u00e0 parler, et encore moins \u00e0 dire : \u00ab <em>tout ceci est totalitaire et va durer <\/em>\u00bb. La suite du programme actuel est la radicalisation des tensions entre deux mouvements qui ne parviennent plus \u00e0 trouver des terrains de jeux et d&#8217;entente : l&#8217;ordre et la libert\u00e9. La situation suppose d&#8217;accomplir un ample travail de d\u00e9tachement, de deuil, d&#8217;acceptation, pour retrouver de la souplesse, de la cr\u00e9ativit\u00e9 et de l&#8217;agilit\u00e9. Lorsque la maison s&#8217;\u00e9croule ou br\u00fble, qu&#8217;allons-nous et que pouvons-nous sauver dans l&#8217;incendie ? Certains objets ou meubles, qui nous semblaient tant importants, ne sont peut-\u00eatre pas si utiles \u00e0 sauver. En revanche, d&#8217;autres nous appara\u00eetront essentiels, tandis que nous les avions toujours consid\u00e9r\u00e9s comme anodins. Le moment de d\u00e9composition totalitaire nous invite aussi \u00e0 faire le tri dans notre propre maison int\u00e9rieure, \u00e0 r\u00e9aliser un travail d&#8217;\u00e9puration interne et externe, et \u00e0 d\u00e9ployer \u00ab <em>un art de vivre par temps de catastrophe<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Notes :<\/strong><br \/>\n[1] Il s\u2019agit \u00e9galement d\u2019une affirmation des Indiens Kogis, qui ont 4.000 ans d\u2019histoire et de survie dans la Sierra Nevada de Colombie, mais comme pr\u00e9cis\u00e9 dans le livre de Lucas Buchholz Kogi<em>. Le\u00e7ons spirituelles d\u2019un peuple premier<\/em>, que j\u2019ai eu le privil\u00e8ge de traduire, cette conception de la nature comme syst\u00e8me vivant n\u2019est pas ici animiste. Elle se rapproche davantage de la vision d\u00e9velopp\u00e9e par Bergson dans <em>L\u2019\u00c9nergie Spirituelle.<br \/>\n<\/em>[2] <a href=\"https:\/\/ecotree.green\/blog\/les-arbres-communiquent-ils\">https:\/\/ecotree.green\/blog\/les-arbres-communiquent-ils<\/a><br \/>\n[3] Cf. \u00ab <em>Chroniques du totalitarisme 6, Le t\u00e9moin par destin<\/em> \u00bb, <em>Chroniques du Totalitarisme 2021<\/em>, ainsi que le <em>briefing<\/em> de l\u2019<em>Antipresse<\/em> avec Slobodan Despot du 01er juillet 2022.<br \/>\n[4] Cf. \u00ab <em>Chroniques du totalitarisme 6, Le t\u00e9moin par destin<\/em> \u00bb, <em>Chroniques du Totalitarisme2021<\/em>, et le <em>briefing <\/em>de l\u2019<em>Antipresse<\/em> avec Slobodan Despot du 01er juillet 2022.<br \/>\n[5] Cela fait bien longtemps que le d\u00e9clin de l\u2019Occident est observ\u00e9 par certains penseurs, on pense \u00e0 \u00ab <em>la fin du courage<\/em> \u00bb de Soljenitsyne, mais avant, au texte \u00ab<em> la crise de l\u2019autorit\u00e9 <\/em>\u00bb d\u2019Hannah Arendt, ou encore, aux textes incisifs d\u2019Andr\u00e9 Suar\u00e8s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>yogaesoteric<br \/>\n7 octobre 2022<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Ariane Bilheran \u00ab Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour na\u00eetre une seconde fois, et lutter ensuite, \u00e0 visage d\u00e9couvert, contre l&#8217;instinct de mort \u00e0 l&#8217;\u0153uvre dans notre histoire.\u00bb Albert Camus, Discours de Su\u00e8de, 10 d\u00e9cembre 1957. 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