La police britannique teste un système d’IA pour suivre les trajets des conducteurs « suspects »
Les forces de police britanniques testent actuellement une intelligence artificielle capable de surveiller et de classer automatiquement les déplacements des conducteurs à l’aide du vaste réseau national de reconnaissance des plaques d’immatriculation.
Des documents internes obtenus par Liberty Investigates et The Telegraph révèlent que trois des neuf unités régionales de lutte contre le crime organisé en Angleterre et au Pays de Galles testent actuellement un programme développé par Faculty AI, conçu pour apprendre à partir des données de déplacement des véhicules et détecter les trajets que les algorithmes qualifient de « suspects ».
Depuis des années, le système de reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation (ANPR) enregistre plus de 100 millions d’observations de véhicules chaque jour, principalement pour confirmer si une immatriculation spécifique est apparue dans une certaine zone.
La nouvelle initiative change complètement cette logique. Au lieu de vérifier des plaques isolées, il apprend au logiciel à suivre des itinéraires complets, à la recherche de schémas de comportement qui ressemblent aux déplacements des réseaux criminels connus pour le trafic de drogue « county lines ».
Le projet, appelé Operation Ignition, représente un changement d’échelle et d’ambition.
Contrairement aux alertes traditionnelles qui dépendent du signalement manuel des « véhicules d’intérêt » par les agents, le modèle d’apprentissage automatique apprend à partir des données passées pour générer sa propre liste de cibles potentielles.
Les documents officiels admettent que le processus pourrait concerner « des millions d’immatriculations de véhicules » et que les informations recueillies pourraient orienter les décisions futures concernant l’utilisation éthique et opérationnelle de ces technologies.
Ce qui a commencé comme un essai financé par le ministère de l’Intérieur dans le nord-ouest, couvrant le Merseyside, le Grand Manchester, le Cheshire, le Cumbria, le Lancashire et le nord du Pays de Galles, s’est désormais étendu à trois unités régionales de lutte contre la criminalité.
Les autorités décrivent cela comme une expérience technique, mais des documents font état de plans à long terme pour une adoption à l’échelle nationale.
Les groupes de défense des libertés civiles avertissent que ce type de systèmes reste rarement limité à son objectif initial.
Jake Hurfurt, de Big Brother Watch, a déclaré : « Le réseau ANPR britannique est déjà l’un des plus grands réseaux de surveillance de la planète, suivant chaque jour les déplacements de millions de personnes innocentes. L’utilisation de l’IA pour analyser les millions de plaques d’immatriculation qu’il enregistre ne fera que rendre le filet de surveillance encore plus intrusif. La surveillance et l’analyse d’un nombre aussi important de déplacements auront un impact sur la vie privée de chacun et pourraient permettre à la police d’analyser nos déplacements à travers le pays d’un simple clic. »
Il a ajouté que si la lutte contre les réseaux organisés de trafic de drogue est un objectif légitime, « il existe un réel danger de dérive : l’ANPR a été introduit comme mesure antiterroriste, mais il est désormais utilisé pour faire respecter le code de la route. La question n’est pas de savoir si la police doit essayer d’arrêter les gangs, mais comment cette utilisation nouvelle génération de la lecture des plaques d’immatriculation pourrait être utilisée à l’avenir. »
L’application Find and Profile a été développée par Faculty AI, une entreprise technologique britannique étroitement liée à des projets gouvernementaux.
Cette entreprise, qui a collaboré avec Dominic Cummings pendant la campagne Vote Leave, a depuis développé des outils d’analyse de données pour le NHS et le ministère de la Défense.
Faculty a récemment attiré l’attention après avoir été chargée de créer un logiciel qui scanne les réseaux de communication virtuelle à la recherche de publications « préoccupantes », utilisé par la suite pour surveiller les débats en ligne sur l’hébergement des demandeurs d’asile.
Faculty a refusé de commenter son rôle dans l’initiative ANPR.
Le chef de la police Chris Todd, président du comité des données et de l’analyse du Conseil national des chefs de police, a décrit le système comme « une preuve de concept opérationnelle à petite échelle et exploratoire examinant l’utilisation potentielle de l’apprentissage automatique en conjonction avec les données ANPR ».
Il a déclaré que le projet pilote utilisait « un très petit sous-ensemble de données ANPR » et a insisté sur le fait que « des mesures de protection et de sécurité des données sont en place, et qu’un comité d’éthique a été créé pour superviser les travaux ».
William Webster, commissaire chargé de la biométrie et des caméras de surveillance, a déclaré que le ministère de l’Intérieur menait des consultations sur de nouvelles règles juridiques relatives aux outils numériques et biométriques utilisés par la police, notamment l’ANPR.
« La surveillance est un élément clé de ce cadre », a-t-il déclaré, ajoutant que les essais de ce type devraient avoir lieu dans un « espace sûr » garantissant « la transparence et la responsabilité dès le départ ».
Un porte-parole du ministère de l’Intérieur a déclaré que l’application était « conçue pour faciliter les enquêtes sur les crimes graves et le crime organisé » et qu’elle était « actuellement testée à petite échelle » à l’aide d’« un petit sous-ensemble de données collectées par le réseau national ANPR ».
Du point de vue de la vie privée, le problème ne réside pas seulement dans la collecte de données de déplacement, mais aussi dans ce qu’on peut en déduire.
En reliant des millions de trajets à des modèles comportementaux, le système pourrait finir par former une carte en temps réel des déplacements des personnes à travers le pays.
Une fois que cette capacité d’analyse fera partie des pratiques policières courantes, la distinction entre le suivi des suspects et celui des citoyens pourrait s’estomper complètement.
yogaesoteric
22 janvier 2026