Les anciens combattants de l’UE se mobilisent pour refondre la loi sur les services numériques afin qu’elle soit axée sur la responsabilité et non sur le contrôle

Les gardiens du numérique européens redéfinissent le contrôle comme une forme de protection, enrobant le pouvoir dans un discours protecteur.

Ce n’est pas tous les jours qu’un groupe d’anciens dignitaires européens sort des coulisses de Bruxelles pour expliquer à tout le monde à quel point l’Union européenne est incomprise.

Et pourtant, Bertrand Badré, Margrethe Vestager, Mariya Gabriel, Nicolas Schmit et Guillaume Klossa se sont associés pour rédiger une défense sentimentale des nouveaux commandements numériques du bloc.

Leur essai, intitulé « La vérité sur la réglementation européenne des plateformes numériques », vise à nous assurer que les règles européennes en matière d’internet, à savoir la loi sur les services numériques (DSA) et la loi sur les marchés numériques (DMA), ne constituent pas une forme de censure. Il s’agit selon eux de « responsabilité ».

Selon eux, la DSA est moins un instrument juridique brut qu’un document moral, une sorte de Magna Carta numérique conçue pour civiliser le terrain de jeu chaotique de la Silicon Valley.

« Il n’y a pas de réglementation des contenus au niveau de l’UE », écrivent-ils, invoquant cette phrase comme une formule magique destinée à éloigner les sceptiques.

Les lois, expliquent-ils, obligent simplement les grandes entreprises technologiques à « évaluer et atténuer les risques systémiques » et à « lutter contre les contenus illégaux ». Il n’y a rien à voir ici, juste un peu de transparence, une pincée de protection de la démocratie et la suppression occasionnelle de tout ce qu’un État membre qualifie d’« illégal ».

C’est le genre de langage qui ne peut venir que de fonctionnaires qui ont passé des décennies à décrire la réglementation comme une libération.

Cette lettre était une réponse à un chœur croissant de critiques, notamment d’anciens responsables américains, qui affirment que le régime numérique européen donne aux bureaucrates un contrôle indirect sur ce que des milliards de personnes peuvent voir ou dire en ligne.

En vertu de la DSA, les plateformes doivent rechercher les contenus « préjudiciables ou trompeurs », rendre compte de leurs efforts d’atténuation et avertir les utilisateurs lorsque quelque chose est supprimé.

Les groupes de défense de la liberté d’expression ont souligné que lorsque la loi oblige les entreprises à « évaluer les risques pour la démocratie », celles-ci ont tendance à pécher par excès de prudence en supprimant tout ce qui est vaguement controversé.

Pour elles, « atténuer » signifie souvent supprimer en masse.

Badré et ses collègues ont balayé cette critique. « Lorsque nous exigeons des plateformes qu’elles soient transparentes sur leurs algorithmes, qu’elles évaluent les risques pour la démocratie et la santé mentale, qu’elles suppriment les contenus clairement illégaux tout en informant les personnes concernées, nous ne censurons pas », ont-ils écrit.

« Nous insistons pour que les entreprises qui exercent un pouvoir sans précédent sur le discours public opèrent avec une certaine responsabilité publique. »

Lorsque l’Europe le fait, ce n’est pas de la censure, c’est de l’hygiène civique.

À les entendre, la DSA et la DMA sont de nobles instruments d’indépendance continentale.

Les auteurs affirment que ces lois protègent « l’indépendance numérique, intellectuelle et politique » de l’Europe, une expression qui ressemble davantage à un slogan de sécurité nationale qu’à une politique technologique.

Ils présentent cette législation comme une défense contre la domination des entreprises et l’influence étrangère, preuve que Bruxelles a enfin pris de l’assurance à l’ère numérique.

Mais malgré tous les discours sur la souveraineté et la transparence, le système repose sur le même principe qu’il prétend restreindre : la concentration du pouvoir sur la communication.

Seulement, aujourd’hui, ce pouvoir n’est plus détenu par les entreprises technologiques, mais par une bureaucratie supranationale qui ne rend de comptes qu’à elle-même.

Dans un système où les gouvernements définissent le « risque » et où les entreprises l’appliquent, la frontière entre réglementation et contrôle de la liberté d’expression devient une question d’interprétation, et l’interprétation est la seule chose dont Bruxelles ne manque jamais.

Au final, l’essai des fonctionnaires se lit comme une lettre ouverte d’un empire qui insiste sur le fait qu’il ne fait que vous protéger de vous-même.

 

yogaesoteric
23 janvier 2026

 

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