François de Girolamo (1641-1716)

Né le 17 septembre 1642 près de Tarente, en Italie du Sud, Francesco de Girolamo, aîné de onze enfants, appartient à une famille aisée et pieuse.

Son enfance fut remarquable par une compassion innée pour les misères d’autrui. Un jour, il prenait un pain pour les pauvres, sans la permission de ses parents. Sa mère lui en adressa d’amers reproches : « Croyez-vous que l’aumône appauvrisse ? dit-il à sa mère ; regardez le buffet ! » La mère regarda: aucun pain ne manquait.

Entré en religion à seize ans, diplômé en droit canon et civil, Francesco de Girolamo est ordonné prêtre en 1666, avec dispense d’âge – il n’a pas encore les vingt-quatre ans demandés –, puis entre dans la Compagnie de Jésus. Nommé professeur de collège, il subit les brimades des élèves, fils de grandes familles qui le traitent en domestique. Un jour, l’un d’eux le gifle en public. Au lieu de le punir, Francesco s’agenouille et lui demande pardon, bouleversant l’adolescent. Désormais, les jeunes gens, clairvoyants, l’appellent « le saint prêtre ».

Entré jeune encore dans la Compagnie de Jésus, il s’y montra dès l’abord saint religieux dans la force du terme. Ce qu’il convient avant tout de remarquer en lui, c’est l’apôtre. Il demande un jour à ses supérieurs d’aller évangéliser les Indes et le Japon : « Les Indes et le Japon, lui est-il répondu, sont pour vous à Naples. Quant au martyre, les épines du ministère apostolique suffiront. » C’était vrai.

Qu’il est beau de le voir chaque mois, la sonnette à la main, appeler Naples à la Sainte Communion, bravant toutes les intempéries des saisons et réussissant à amener jusqu’à vingt mille communiants, le même jour, à la Table sainte! Souvent l’église ne suffisait pas à ses prédications; une éminence en plein air lui servait de chaire, et l’on voyait les multitudes saisies d’émotion sous sa parole puissante.

Avant d’aller prêcher, le missionnaire passait des heures en prière, déchirait sa chair à coups de discipline, et ne paraissait devant la foule que le coeur débordant des flammes de la charité qu’il avait puisée aux pieds du crucifix. Un jour, il se fait insulter par une courtisane à la mode nommée Caterina. Peu après, repassant devant la maison de cette femme, il s’étonne de voir les volets tirés. On lui répond qu’elle est morte. Bouleversé, Francesco monte dans la chambre où repose la défunte et, la contemplant, demande à haute voix : « Caterina, infortunée, dis-nous où tu te trouves maintenant ? » Et chacun entend la morte répondre d’une voix désespérée : « En enfer, hélas, en enfer !!! »

Un autre jour, un couple de notables lui apporte son nouveau-né pour qu’il le bénisse ; Francesco leur annonce que leur fils sera un grand saint. Cet enfant s’appelle Alphonse de Liguori et sera en effet porté sur les autels.

Lorsque son frère Cataldo est au plus mal, Francesco promet à Marie-Louise Cassien, qui le veille, de venir assister son cadet sur son lit de mort, mais, quand l’événement se produit, le jésuite est lui-même cloué au lit, loin de Naples, incapable de bouger. De nombreux témoins l’affirment. La domestique attestera pourtant sous serment l’avoir trouvé au chevet de son maître. Francisco annonce à son frère qu’il vivra encore huit jours et qu’il reviendra lui dire adieu, ce qu’il fait, prédisant au mourant qu’il ne lui survivra qu’un an. Il en sera ainsi.

Francesco de Girolamo a sans doute réclamé à Dieu la grâce de prendre sur lui les souffrances et les angoisses, méritées en raison de leurs fautes, de certains de ses convertis. Il souffre atrocement plusieurs semaines avant de mourir, le 11 mai 1716, mais refuse tout soulagement.

Il vénère spécialement saint Cyr, martyrisé à l’âge de trois ans, au IIIe siècle, avec sa mère, sainte Julitte (ou Juliette). Quand les miracles commencent à se multiplier, Francesco affirme qu’ils sont l’œuvre du petit martyr, non la sienne.

Sa réputation et le succès de ses premières prédications irritent ses supérieurs qui, pour le mettre à l’épreuve, lui interdisent de célébrer la messe et de communier plus de trois fois par semaine. Bien qu’être ainsi privé de ce qui est sa raison de vivre lui soit un crève-cœur, le père de Girolamo se soumet. Tant que dure cette pénitence injuste, Jésus lui apporte l’eucharistie les jours où il en est privé. Ce choix du renoncement se révèle un tremplin vers la sainteté.

S’il s’attaque d’abord aux vices et péchés de la chair, entrant crucifix à la main dans les maisons closes pour convertir prostituées et clients, il se dévoue aussi à toutes les misères morales, spirituelles et physiques de Naples – galériens, malades hospitalisés, nécessiteux, asiles et refuges –, servant d’aumônier aux écoles, couvents et monastères sans cesser ses prédications. Nul ne comprend comment, humainement parlant, il peut, sans s’épuiser, mener de front tant de tâches.

La rumeur, fondée, se répand en ville que le religieux a des extases, des lévitations, qu’il possède le don de prophétie, celui de voir les choses cachées et de lire dans les âmes. Une nuit, il se lève, poussé par une force qu’il ne s’explique pas, part dans un quartier qu’il ne connaît pas, se plante devant une maison et se met à prêcher dans la rue déserte comme en plein jour devant une foule. Une jeune fille se précipite alors vers lui en pleurant : elle s’est enfuie pour rejoindre un homme et, sans Francesco, aurait succombé aux avances de celui-ci. Son étrange intervention a évité ce péché et, plus étrange encore, le suborneur, qui s’était mis à blasphémer en l’entendant, est tombé raide mort….… Tout cela est attesté et vérifié.

En plusieurs autres cas, le jésuite manifeste sa capacité à deviner les secrets les mieux enfouis, de sorte que, saisis de frayeur, certains grands pécheurs n’osent plus croiser sa route de peur de voir révéler leurs fautes. Ce sont souvent ceux que la grâce divine poursuit avec le plus d’obstination et qu’il se refuse à abandonner malgré leur obstination.

En 1688, le jésuite prêche à un carrefour et apostrophe quelqu’un qui a l’air d’être un soldat en garnison à Naples : « Toi, viens demain me trouver et te confesser ! » Cette personne se fait appeler Charles Pimentel, mais elle est en réalité Marie-Louise Cassien et sert dans l’armée, travestie, depuis des années.  Dans les années 1670, elle et sa sœur ont assassiné durant son sommeil leur père qui les persécutait, ont caché son corps, et, habillées en garçons, ont fui vers la Savoie où elles se sont engagées comme soldats dans les armées ducales.

Marie-Louise Cassien n’est pas, tant s’en faut, la première apostrophée de la sorte. Comme les autres, sa première idée est de fuir. Ainsi qu’elle le racontera, elle n’y arrive pas, toutes ses tentatives de fuite la ramenant vers Francesco, alors même qu’elle pensait quitter la ville avec son régiment. Finalement, quand elle finit par se retrouver au confessionnal avec lui, Francesco lui révèle son véritable nom, les circonstances de l’assassinat de son père, celles de la mort de sa sœur, mais, au lieu de l’écraser sous le poids de ses terribles fautes, il lui demande doucement pourquoi elle s’acharne à fuir loin de l’amour et de la miséricorde du Christ, qui a versé pour elle jusqu’à la dernière goutte de son sang. Telle la Samaritaine face à Jésus, sans considération pour les ennuis qu’elle risque, Marie-Louise confesse la véracité des faits et peut dire : « J’ai rencontré un homme qui m’a dit tout ce que j’avais fait. »

Placée comme domestique chez un frère de Francesco, Cataldo de Girolamo, Marie-Louise le servira jusqu’à sa mort, en 1715, et attestera de nombreux autres prodiges du jésuite dont elle a été témoin : bilocations, résurrection d’un enfant mort déposé dans son confessionnal, prophéties….… Sa propre conversion a été totale et sans retour.

Marie-Louise vivra jusqu’en 1727 et fera partie des personnes appelées à témoigner au procès de béatification de François, décédé le 11 mai 1716. Ses dires ont donc été vérifiés et passés au crible. S’ils ont été retenus pour la béatification du serviteur de Dieu, c’est qu’on a pu montrer leur véracité.

Il passe ses dernières heures dans l’angoisse, s’accusant de « n’avoir rien fait » et condamnant « sa paresse » comme son plus grand péché. Nul ne doute que le démon, auquel il a arraché tant de pécheurs, le harcèle, car il répète inlassablement : « Je te combats ! Je te combats ! Va-t’en ! Je n’ai rien à démêler avec toi ! » Combat victorieux puisque le vieux jésuite meurt en chantant le Magnificat.

 

yogaesoteric
16 mai 2026

 

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