Et si le virus, c’était l’hygiénisme ?

 
Dès qu’un concept se trouve décliné avec le suffixe « isme », il passe du statut de neutralité factuelle à celui d’idéologie militante. L’islamisme dessert l’islam comme l’écologisme dessert l’écologie. Il en va de même pour l’hygiénisme qui, faisant de l’hygiène un dieu, transforme la prophylaxie en religion et les gens soignés en adeptes pratiquants de rituels sectaires. « Dominus vobis cum – et cum spiritu tuo » a cédé la place à « Lavez-vous les mains – respectez les gestes barrières ».

Le fantasme de la santé absolue et la publicité qui en est faite par « big pharma » font de la pureté l’idéal d’un ascèse et instrumentalisent la propreté qui permet d’atteindre cet idéal, comme les prières et l’enfermement permettaient aux reclus de gagner le paradis pour eux-mêmes et leurs familles par leur abnégation. Pour les nouveaux réprouvés, les bannis et les infréquentables, la censure, la dénonciation et le traçage sont les outils de leur exclusion.

Cette nouvelle divinité nous enjoint d’être propres et sains pour être forts et nous différencier radicalement de l’animal, parangon de l’impureté bestiale, porteur de cornes et de sabots, à la langue de feu et aux griffes acérées, autant d’attributs méphistophéliques. C’est le triomphe de l’asepsie contre le grouillant, du lisse contre le velu et de la savonnette au parfum d’aloès contre les remugles musqués du mâle en rut et le sortilège provoqué par les miasmes de l’œstrus menstruel de la femelle lascive.

En inventant le « sain » l’hygiène a aussi inventé le malsain ; un mythe chasse l’autre, la sainte trinité républicaine obsolète « Liberté, Egalité, Fraternité » vient de se faire évincer par les valeurs de monde nouveau : « Propreté, Santé, Pureté ». Du coup, il est urgent de mettre en œuvre une ségrégation fondée sur l’« épuration » des malpropres, impurs, dont le sang devait jadis abreuver nos sillons. La santé est devenue la valeur suprême. L’ennemi ? Ce n’est plus la finance qui a été vaincue définitivement en un discours électoral en forme d’anaphore. L’ennemi ? C’est le malsain, l’insalubre, le pathologique. Si je veux être pur, je dois combattre l’impur qui est en moi et surtout dans les autres, pratiquer le prosélytisme pour convertir ceux qui sont dans l’erreur, partir en croisade contre les infidèles, les incroyants et les païens. L’impropre, c’est-à-dire l’étranger et le différent sont à éviter, à circonvenir, à éliminer.

Au-delà de la simple hygiène qui consiste tout simplement à « prendre soin de soi », l’hygiénisme a ses armes : les antibiotiques, l’inoculation universelle et le contrôle sanitaire, le confinement, la quarantaine et le fichage numérique connecté, pour éliminer microbes, spores, poussières, champignons, germes, bactéries, déchets et suspects indésirables.

Fi de l’adaptation des virus et germes eux-mêmes, fi du mécanisme de l’évolution et de l’apparition des espèces (dont la-nôtre) par hasard et non par finalité divine, fi de notre ADN issu de mutations génétiques !

Soyons tous « créationnistes » et combattons le « Mal » envoyé sur terre par le diable pour punir les hommes des péchés de stupre et d’opprobre comme dans le « Concile d’Amour  » d’Oskar Panizza..

En fait, ce culte du corps sain dissimule (mal) l’angoisse de l’individu concentré aujourd’hui sur sa propre personne. Etre major de l’ESC de Reims ou d’ailleurs, puis Young Leader, gérer sa carrière pour « réussir » dans la vie, rentabiliser son existence, le plus vite et le « mieux » possible repose sur l’utilisation d’un corps en parfait état de marche, pur, sain, fort, aussi performant qu’un Smartphone et aussi puissant qu’une Bugatti Chiron. Même les émotions de cet homme nouveau sont contrôlées par une bonne posologie de la technologie pharmaceutique. Plus de dépression ni de mélancolie : les antidépresseurs sont les autoroutes à péage qui mènent à un nirvana accessible à toute heure et en tout lieu, à condition d’en avoir les moyens.

L’obsession hygiéniste de la pureté vient d’emporter dans sa folie des nations entières, non plus sous la forme de l’« épuration ethnique », mais sous celle du « confinement », à la fois atomisation d’une société et éclatement de ses repères logistiques : petits commerces, bars et restaurants, pour épurer l’humanité grâce à la nouvelle « révolution culturelle » qui connait même ses structures de rééducation louées au groupe Accor et ses gardes rouges vérificateurs d’« attestations dérogatoires de déplacements ».

Fin en soi ou arme de guerre au service d’une stratégie géopolitique occulte, peu importe quel est son statut, l’« hygiénisme nouveau » qui nous submerge vient de produire un avatar désespérant, celui d’un pays dans lequel des gens masqués se croisent désormais en prenant leurs distances et en lançant des regards méfiants débarrassés de ce fléau humain générateur de contacts douteux : l’empathie.

yogaesoteric

18 juillet 2020

 

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