Le terrorisme arme du Capital pour son industrie de guerre

Tout d’abord, il nous faut rappeler que tout État est arrivé au pouvoir par la terreur. La terreur, ensuite se stabilise sous la forme d’un État et considère à son tour tout opposant comme un futur terroriste.

Pour la France il suffit de se souvenir du FLN algérien passé du statut de terroriste au statut d’ami de la France depuis la paix en Algérie. Ceux qui furent opposés à la paix, allaient devenir des terroristes, et l’OAS organisation de l’armée secrète un ennemi de l’état gaulliste…….

Des histoires de ce type il y en a des centaines, notamment les groupes terroristes israéliens Irgoun et Stern qui allaient être à la tête de l’État d’Israël. Le groupe terroriste n’est jamais qu’un embryon d’État en devenir qui cherchera une reconnaissance à l’international. Là aussi les exemples ne manquent pas, exemples les Kurdes, les Sahraouis qui reviennent sur le devant de la scène, les Kabyles contre l’État algérien…….

L’IRA face à la Grande Bretagne, les indépendantistes basques et tous les petits nationalistes en herbes voulant une reconnaissance. Le franchouillard Hollande le sait, c’est pour cela qu’il a pris soin de dire qu’il ne fallait pas dire État Islamique mais Daech.

Daech est directement ou indirectement une production des rivalités capitalistes autour de la rente pétrolière et de son recyclage, rivalités qui peuvent être atténuées si les principaux acteurs de l’ordre mondial et le capital financier globalisé y trouvent leur compte et parviennent à masquer et colmater l’émergence d’une nouvelle crise financière.

La chute du prix du pétrole[1] est en quelque sorte un choc pétrolier à l’envers qui permet de réduire les dettes des pays « désindustrialisés » aux frais des peuples de certains pays de l’OPEP. L’Arabie saoudite, nous dit-on serait devenue le mauvais élève de l’oncle Sam refusant de réduire sa production de pétrole pour maintenir les cours. De plus, elle serait l’accoucheuse de Daech dont elle ne maîtriserait plus les actes.

La réalité est tout autre et tourne toujours autour de la rente pétrolière, du capital financier, et le bloc militaro-industriel mondial. Quelques auteurs comme Luc Manpaey et Claude Serfati ont amplement démontrer la place de la finance dans la transformation du système militaro-industriel (SMI) américain depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Récemment encore Luc Mampaey[2] indiquait que « l’indice boursier du secteur de l’armement (DFI) n’intéressait que très peu les investisseurs, surtout braqués sur le Nasdaq. C’est ce que l’on a appelé la ” bulle Internet “. Celle-ci a explosé en avril 2000 et nombre d’investisseurs se sont rabattus sur le DFI, qui a connu un envol, accentué par les attentats du 11 septembre 2001 et l’agression contre l’Irak en 2003. La valeur du DFI a ensuite chuté, comme toutes les autres, lors de l’automne 2008, avant de reprendre et de ne plus cesser d’augmenter depuis. Actuellement, elle représente 2000% de ce qu’elle était en 1996, alors que celle du Nasdaq ne représente que 300%. Ce qui montre qu’il y a bel et bien militarisation de l’économie. Le travail s’annonce très difficile pour le mouvement pour la paix ».

Ceci démontre qu’au-delà des rivalités apparentes au sein même du capital, celui-ci à un intérêt commun, celui de maintenir et de développer son secteur le plus parasitaire celui de la « sécurité » en fabriquant un climat de terreur de plus en plus généralisé. Climat visant à justifier la militarisation de l’économie, l’union sacrée, et le recrutement de militaires, avec bien sur la note à la clef pour le citoyen contribuable. Pour rappel c’est la 1ère Guerre mondiale qui a justifiée l’impôt sur le revenu. Mais aujourd’hui il y à mieux, les dirigeants américains, dans la pure tradition des nazis qui s’attaquaient aux biens des juifs et des autres peuples européens, s’attaquent aux biens de ceux qui s’opposent à leur politique :

« Depuis 2007, les États-Unis ont procédé la confiscation des biens de personnes qui s’opposent à leur politique en Irak et au Liban. Cette mesure a été appliquée aussi bien à des nationaux qu’à des étrangers ; que leur opposition ait pris une forme violente ou non. Ces dispositions, prises par l’administration Bush, ont été prorogées par l’administration Obama. Elles violent aussi bien la Constitution des États-Unis que le Pacte des droits civils et politique de l’ONU, dont Washington est pourtant signataire ».[3]

Il faut sauver le soldat Daech et tuer les islamo-fascistes

Comme le dit Michel Chossudovsky[4] :

« Ceux qui ont ordonné les bombardements sont ceux qui sont derrière le projet de califat. Les milices de l’EI, qui sont actuellement la cible présumée d’une campagne de bombardements des États-Unis et de l’OTAN en vertu d’un mandat de ” lutte au terrorisme “, ont été et sont toujours soutenues clandestinement par les États-Unis et leurs alliés. Autrement dit, l’État islamique a été créé par le renseignement étasunien, avec le soutien du MI6 britannique, du Mossad israélien, de l’Inter-Services Intelligence (ISI) pakistanais et l’Al Mukhabarat Al A’amah de l’Arabie saoudite (ou General Intelligence Presidency (GIP) en anglais). Par ailleurs, selon des sources du renseignement israélien (Debka), l’OTAN, en liaison avec le haut commandement turc, était impliqué dans le recrutement de mercenaires djihadistes dès le début de la crise syrienne en mars 2011.

En ce qui concerne l’insurrection syrienne, les combattants de l’État islamique ainsi que le Front Al-Nosra, des forces djihadistes affiliées à d’Al-Qaïda, sont les fantassins de l’alliance militaire occidentale. Ils sont secrètement soutenus par les États-Unis, l’OTAN et Israël. Leur mandat consiste à mener une insurrection terroriste contre le gouvernement de Bachar al-Assad. Les atrocités commises par les combattants de l’État islamique en Irak sont similaires à celles commises en Syrie ».

Dans le chaos qui règne au Moyen-Orient, les effets d’annonces et l’intox généralisée dans les médias (occidentales et orientales) sont si courantes qu’il est bien difficile de savoir qui est avec qui et pourquoi. Même Machiavel doit se retourner dans son tombeau. Michel Chossudovsky a raison de dénoncer une mascarade de guerre entretenue volontairement :

« Les meurtres de civils innocents par les terroristes de l’État islamique en Irak sont utilisés afin de créer un prétexte et une justification en faveur d’une intervention militaire étasunienne pour des raisons humanitaires. Les bombardements ordonnés par Obama, cependant, ne sont pas destinés à éliminer l’État islamique, qui constitue un ” atout du renseignement ” étasunien. Bien au contraire, les États-Unis visent la population civile ainsi que le mouvement de résistance irakien ».

Ce n’est certes pas une nouveauté d’apprendre que les États-Unis, ont toujours collaboré avec les forces les plus réactionnaires du monde arabe :

« En règle générale, les régimes les plus laïcs du Moyen-Orient sont ceux qui se sont montrés les plus indépendants vis-à-vis des États-Unis. Plus un régime est allié avec Washington, plus il est islamique. L’Égypte de Nasser, l’Irak républicain, le mouvement national palestinien, l’Algérie d’après l’indépendance, la République du Yémen du Sud, la Syrie baasiste : tous ces pays ont choisi une trajectoire indépendante des États-Unis. Aucun d’eux ne s’est proclamé État islamique, et ils sont nombreux à avoir réprimé chez eux les mouvements islamiques. En revanche, les gouvernements dépendants des États-Unis ont toujours revendiqué une autorité islamique, qu’ils soient gouvernés par un monarque affirmant descendre du prophète, comme en Jordanie, au Yémen du Nord et au Maroc, ou prétendant à un rôle particulier de protecteur de la foi, comme dans le cas de l’Arabie saoudite. Quand d’autres gouvernements se sont rapprochés des États-Unis – l’Égypte de Sadate dans les années 1970, le Pakistan de Zia ul-Haq dans les années 1980 -, leur rhétorique politique et leur mode de légitimation se sont faits ouvertement plus islamiques ». Carbon democracy », Timothy Mitchell, p.240/241, ed. La découverte.)

Le New Deal militaro-industriel

Nombreux sont ceux qui ont entendu cette histoire que durant le New Deal, on faisait creuser des trous par des chômeurs qu’ils devaient ensuite reboucher pour simplement les occuper. L’affaire Daech est du même tabac. Les occidentaux et les pétromonarchies comme nous venons de le voir ont mis sur pied Daech à grand renfort de vente d’armes de part et d’autre, comme l’indique René Naba : Le croquemitaine n’est peut-être pas celui que l’on croit :

« À l’Iran s’est superposée depuis la créature saoudo américaine, Da’ech. Ses prises de guerre sur l’ennemi notamment le matériel de guerre pris à l’armée irakienne conduit au renouvellement des stocks. Le jackpot est ainsi assuré pour l’industrie américaine d’armement avec l’appauvrissement consécutif des pays arabes et l’accentuation de leur dépendance.

Par un subterfuge que les politologues américains désignent du vocable de ” Politics of Fears “, l’Iran sert depuis trente ans de prétexte pour éponger le surplus de pétrodollars arabes en alimentant le complexe militaro-industriel américain, et Israël, un prétexte pour maintenir la dépendance technologique arabe. Alors que le Monde arabe accuse un retard manifeste tant au niveau de la recherche scientifique que du développement des nouvelles technologies et que le chômage atteint des proportions rarement égalées ailleurs dans le monde, quatre pétromonarchies auront débloqué la colossale somme de 253 milliards de dollars en cinq ans (123 milliards en 2010+130 milliards en 2014-2015), pour résorber le chômage….…. des États-Unis.

Force est pourtant de constater que l’unique intervention militaire iranienne contre les pétromonarchies s’est produite à l’époque où l’Iran se situait dans la mouvance occidentale dans la décennie 1970 sans que la protection américaine n’ait été d’un grand secours aux protégés arabes qui se sont vus amputer ce jour-là de trois îlots appartenant à l’Émirat d’Abou Dhabi : la grande et la petite Thomb et l’île d’Abou Moussa. Il est vrai que le Chah d’Iran Mohamad Reza Pahlevi faisait office à l’époque de gendarme du Golfe pour le compte des Américains et que les princes arabes ne pouvaient qu’obtempérer, sur injonction américaine, au super gendarme régional qui leur avait été assigné ».[5]

Le rôle de l’État français dans la guerre au Moyen-Orient et ailleurs

Il est bien connu que le rôle de la France dans le cadre de l’alliance atlantique et de l’OTAN est sous contrôle américain. Que les États Unis s’occupent du ciel et la France du sol, ceci est toujours d’actualité pour la présence française en Afrique. Mais la donne a quelque peu changé sous la présidence de Sarkosy, ce dernier s’est lancé dans l’opération Harmattan[6] contre la Libye de Kadhafi sous les conseils de BHL Bernard Henri Lévy.

L’État français nous l’avons sans cesse souligné, veut être la tête de pont de l’armée européenne, tous les conflits se doivent de montrer la capacité de la France d’intervenir……. Derrière chaque opération il y a cette volonté de faire fonctionner le complexe militaro-industriel européen, avec l’autorisation américaine qui s’octroie la gestion informatique des théâtres de guerre. Chaque intervention française est à ce titre, un présentoir de sa panoplie guerrière, et doit se traduire par des commandes, les éternels achats puis annulation de la vente du rafale, l’affaire des Mistral ; finalement vendus à l’Égypte.

Bien entendu toutes les occasions sont bonnes pour faire un appel aux armes et au drapeau et entraîner tous les gogos des stades aux églises à chanter la Marseillaise « aux armes citoyens » mais il n’est nullement question de l’armement du peuple dans cette affaire ; mais de son adhésion à la guerre et à l’état d’urgence. Quand la mayonnaise du national sera bien prise, l’État passera aux frais de la guerre[7] vis à vis de la classe moyenne, les autres sont déjà bien plumés (prolétaires, retraités, chômeurs et indigents de toute sorte). Là, ils ne chanteront plus la Marseillaise ni la Carmagnole mais l’Ave Maria pour enterrer les morts.

À ce titre, Daech fait figure d’un nouveau fascisme « les islamo-fascistes » que la démocratie prétend combattre sur le plan militaire et idéologique. Comme toujours on fabrique un ennemi extérieur pour créer un réflexe national et occidental aujourd’hui, la dichotomie au sein de laquelle on veut enfermer le prolétariat mondial est « démocratie ou barbarie ».

Nous devons combattre les deux, (démocratie bourgeoise impériale et sa barbarie) car ils sont du même moule : la terreur capitaliste, celle des « marchands de canons ».

Notes :
1. Au 19 novembre 2015 il est à son cours le plus bas 41,47 USD le baril WTI
2. Directeur du GRIP depuis mai 2012. Il a publié de nombreux travaux et articles et collaboré à plusieurs ouvrages sur l’évolution de l’industrie de l’armement aux États-Unis et dans l’Union européenne et plus généralement sur les questions liées à l’économie de l’armement. Il coordonne au GRIP les travaux de recherche relatifs à la production d’armements et à la gouvernance dans les grands groupes de l’industrie de l’armement.
3. « Les États-Unis ont confisqué les biens d’opposants à leur politique en Irak et au Liban »
4. Michel Chossudovsky est un économiste canadien, professeur à la faculté des sciences sociales de l’université d’Ottawa, fondateur et directeur du Centre de recherche sur la mondialisation à Montréal.
5. Renè Naba « Vers une révision des priorités saoudiennes en matière de désignation de l’ennemi principal : L’Iran ou Da’ech ? » extrait.) Page non trouvée – les 7 du quebec
6. Les noms de codes des interventions d’armées étrangères sont l’opération Harmattan pour la France, l’opération Ellamy pour le Royaume-Uni, l’opération Odyssey Dawn pour les États-Unis, l’opération Mobile pour le Canada et l’opération Unified Protector pour l’OTAN.
7. « L’heure de vol d’un Rafale est estimée à 13.000 euros et l’heure d’intervention du porte-avions Charles-de-Gaulle à 50.000 euros. Une dizaine de millions d’euros concerne enfin les primes versées aux militaires ». Le Monde 05/05/2011

 

yogaesoteric
13 novembre 2023

 

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