Un plan secret des États-Unis et d’Israël visant à retirer à la Jordanie la garde de la mosquée Al-Aqsa a été dévoilé
Les États-Unis et Israël s’emploient activement à mettre fin à la tutelle historique exercée par la Jordanie sur le complexe de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, selon plusieurs responsables américains, jordaniens et palestiniens, ainsi que des sources occidentales et des pays arabes du Golfe.
Ce plan, défendu par le gendre du président Donald Trump, Jared Kushner, et l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, remplacerait le Waqf islamique soutenu par la Jordanie par un nouvel organisme créé par Israël qui déclarerait la mosquée Al-Aqsa centre multiconfessionnel, ont indiqué des sources à Middle East Eye. Dans le cadre de l’accord proposé, les Juifs se verraient accorder un accès égal au site musulman et seraient officiellement autorisés à y organiser des prières juives en grand groupe, selon les responsables qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat.
Israël aurait également son mot à dire dans la nomination des imams, des prédicateurs et des hauts responsables de la mosquée, et approuverait le contenu des sermons du vendredi. Deux responsables américains ont déclaré que Washington avait rédigé un document sur l’avenir envisagé pour la mosquée.
Détails de l’accord proposé
L’autorité du Waqf islamique, qui gère les affaires internes du complexe d’Al-Aqsa depuis la guerre de 1967, prendrait fin brutalement en vertu de cette proposition. Le nouvel organisme créé par Israël gérerait le site comme une attraction touristique emblématique accueillant les trois religions abrahamiques, dépouillant de fait la mosquée de son identité musulmane exclusive.
Un responsable occidental et une source informée par le gouvernement jordanien ont déclaré que les pays arabes pourraient se voir accorder une supervision à tour de rôle du complexe. Selon deux sources arabes du Golfe et une autre source proche de la pensée jordanienne, l’Arabie saoudite s’oppose à cette proposition.
Bahreïn, l’Égypte, le Maroc et les Émirats arabes unis ont tous été informés de la proposition américaine, ont indiqué des sources. Une source proche du gouvernement jordanien a déclaré à Middle East Eye que les Américains étaient mécontents que les Jordaniens invoquent leur tutelle et formulent des plaintes concernant les actions israéliennes à Al-Aqsa. La proposition laisse incertain le sort des lieux saints chrétiens de Jérusalem, également sous tutelle jordanienne, a ajouté une autre source.
Réactions jordaniennes et régionales
Un responsable du gouvernement jordanien a souligné que la position d’Amman sur Jérusalem et ses lieux saints restait ferme, notant que la tutelle hachémite est internationalement reconnue en vertu de traités, notamment l’article 9 du traité de paix de 1994 entre la Jordanie et Israël. Le responsable a déclaré que la Jordanie coordonnait ses efforts avec ses partenaires palestiniens, arabes et internationaux pour préserver l’identité arabe, islamique et chrétienne de ces lieux. L’Arabie saoudite considère cette tutelle comme un pilier de la stabilité régionale, selon des sources arabes du Golfe, et le prince héritier Mohammed ben Salmane a déjà qualifié les actions d’Israël dans la région de génocide.
Les puissances régionales ont exprimé leur opposition aux empiétements israéliens sur Al-Aqsa. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé le monde musulman à s’unir contre Israël, et huit pays à majorité musulmane ont condamné la fermeture de la mosquée par Israël pendant le ramadan, la qualifiant de violation flagrante du droit international. Le prince héritier jordanien Hussein bin Abdullah a noué de bonnes relations avec le prince héritier saoudien, ont indiqué des sources, renforçant ainsi les liens entre les deux pays ces dernières années.
Statut quo historique et implications
Le statu quo régissant la mosquée Al-Aqsa est en vigueur depuis la guerre de 1967, lorsque Israël a occupé Jérusalem-Est. En vertu de cet accord, le Waqf islamique gère les affaires internes tandis qu’Israël assure la sécurité extérieure. Les non-musulmans sont autorisés à visiter le site à certaines heures, mais ne peuvent y prier. L’accord proposé s’inspire vaguement de la division de la mosquée d’Ibrahim à Hébron par Israël après le massacre de 1994, où 63 % du site avait été alloué au culte juif.
Pour la Jordanie, la garde de la mosquée est au cœur de la légitimité de la monarchie, qui remonte à 1924 sous le mandat britannique. Le rôle de la Jordanie hachémite est reconnu dans le traité de paix de 1994 avec Israël.
Cependant, les responsables israéliens et les groupes d’extrême droite ont progressivement érodé le statu quo ces dernières années, les raids de la police israélienne et les incursions de colons devenant de plus en plus fréquents. Le cheikh Ekrima Sabri, membre du Conseil du Waqf de Jérusalem, a déclaré que l’occupation israélienne avait modifié le statu quo sur le terrain et ne reconnaissait plus la garde jordanienne hachémite.
Cette proposition jette le doute sur le sort des lieux saints chrétiens également placés sous la tutelle jordanienne, notamment l’église du Saint-Sépulcre. Les mesures prises précédemment par l’administration Trump, telles que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et l’annexion du plateau du Golan, ont créé un précédent en matière de modifications unilatérales d’accords internationaux de longue date.
Conclusion
Un responsable américain a démenti ces allégations après la publication du rapport, qualifiant de totalement fausses les affirmations selon lesquelles Washington chercherait à mettre fin à la tutelle jordanienne sur la mosquée Al-Aqsa. Cependant, des sources ont déclaré à Middle East Eye que la pression s’était intensifiée depuis que M. Huckabee a pris ses fonctions l’année dernière. L’envoyé américain, un chrétien évangélique fervent, est un défenseur de longue date d’Israël qui a soutenu les colonies israéliennes illégales.
Si elles sont mises en œuvre, ces modifications pourraient enflammer toute la région, selon des sources arabes du Golfe. Mustafa Abu Sway, vice-président du Conseil du Waqf, a déclaré que la tutelle hachémite est un pilier de la stabilité dans la région, et que la remettre en cause revient à remettre en cause les principes mêmes de la paix.
yogaesoteric
9 juin 2026