La Turquie va exiger la présentation d’une carte d’identité nationale pour créer un compte sur les réseaux de communication virtuels
Tous les comptes sur les réseaux de communication virtuels en Turquie sont sur le point d’être liés à un numéro d’identité délivré par le gouvernement. Le ministre de la Justice, Akın Gürlek, a annoncé le 3 avril que les plateformes mondiales avaient donné leur accord à ce système et qu’une période de transition de trois mois débuterait dès l’adoption de la loi par le Parlement. Les comptes qui ne seront pas vérifiés seront fermés.

« L’accès aux réseaux de communication virtuels se fera désormais avec des informations réelles et une identité personnelle. Nous sommes parvenus à un accord avec les plateformes de communication virtuels », a déclaré M. Gürlek. Il n’a pas précisé quelles entreprises avaient signé cet accord.
Ce projet exige des utilisateurs qu’ils fournissent leur numéro TC Kimlik, l’identifiant unique à 11 chiffres attribué à chaque citoyen turc dès sa naissance, relié aux bases de données gouvernementales contenant les noms, dates de naissance, registres familiaux et données biométriques. M. Gürlek a qualifié les comptes anonymes de moteurs de désinformation et de harcèlement. « Si quelqu’un insulte autrui ou mène une campagne de dénigrement en ligne, il doit en assumer les conséquences », a-t-il déclaré.
La justification officielle ne résiste pas à l’examen des antécédents de la Turquie. Des spécialistes en cybersécurité ont souligné que les adresses IP et les journaux d’accès à Internet permettent déjà aux autorités de retracer les utilisateurs anonymes. Le gouvernement n’a pas besoin de votre numéro d’identité national sur chaque publication. Il a besoin que vous sachiez qu’il existe.
La Turquie a bloqué plus de 1,26 million de sites web depuis 2007. Rien qu’en 2024, les autorités ont restreint l’accès à environ 17.000 comptes X, 75.000 publications et des dizaines de milliers de contenus sur YouTube, Facebook et Instagram.
Des citoyens ayant accordé de brèves interviews de rue à des médias indépendants ont été placés en détention après la diffusion de ces vidéos en ligne. L’article 217 du Code pénal prévoit des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans pour la diffusion d’informations jugées trompeuses, les sanctions étant alourdies pour les publications anonymes. Les comptes anonymes constituaient l’un des derniers espaces où les citoyens turcs pouvaient exprimer leurs opinions politiques sans avoir à s’identifier immédiatement.
La réglementation ne s’applique d’ailleurs qu’à l’intérieur de la Turquie. Les comptes gérés depuis l’étranger ne font l’objet d’aucune vérification, ce qui signifie que les réseaux de désinformation disposant de ressources offshore continuent d’opérer anonymement tandis que les utilisateurs turcs ordinaires perdent cette possibilité.
La Corée du Sud a testé un système d’identification par le nom réel presque identique en 2007. Sa Cour constitutionnelle l’a invalidé à l’unanimité en 2012, constatant qu’il n’y avait pas de réduction significative des contenus préjudiciables, tandis que les bases de données d’identification par le nom réel devenaient la cible de violations massives touchant 35 millions de citoyens. Les utilisateurs ont simplement migré vers des plateformes étrangères.
Le système turc présente les mêmes vulnérabilités, à une différence près : son système judiciaire a pris le contre-pied, en confirmant des lois qui sanctionnent la liberté d’expression en ligne.
Gürlek a qualifié les réseaux de communication virtuels de « certainement pas un espace de liberté ». Le système qu’il met en place le prouve.
yogaesoteric
25 avril 2026