Les Théories de la Synchronicité (1)


Ou les différentes approches de l’ordre sous-jacent qui préside aux manifestations du hasard


Informations, archétypes, champs morphiques, formes pensées, psyché quantique ?

La science bute toujours aujourd’hui sur l’incroyable défi pour la raison humaine que représentent les témoignages nombreux et crédibles de certains phénomènes qui par leur synchronisme étrange exigent la recherche de causes physiques, tout en ne laissant aucune possibilité d’explication causale : il s’agit de synchronicités ou de coïncidences dont la forte improbabilité laisse penser qu’elles n’ont pas pour origine un hasard du à l’ignorance des causes.

Du point de vue du commun des mortels, les coïncidences les plus courantes ont été banalisées par différentes expressions comme « Le monde est petit », « La loi des séries », « La loi de Murphy », « L’effet Pauli ou effet Démo » ou encore « La Chance ». Certaines synchronicités peuvent également être très banales comme par exemple : suite à un problème que vous aviez en tête, vous prenez au hasard et sans y penser un livre dans une librairie et vous êtes surpris d’y trouver une réponse à vos questions.

L’exemple classique présenté par le père du concept de synchronicité (1946), Carl Gustav Jung, est celui d’une patiente ayant tendance à trop rationaliser ce qui lui arrive, rendant ainsi son analyse inefficace. Un jour elle raconte un rêve à Jung dans lequel elle reçoit un scarabée d’or. Au même moment, elle entend un bruit à la fenêtre et Jung va l’ouvrir puis saisit l’insecte qui s’y trouve et le montre à sa patiente : « Le voilà votre scarabée » dit-il, attrapant l’insecte qui vient de se cogner contre la vitre. Le choc ressenti par elle à cette vue eu alors pour effet de générer chez elle un déblocage mental qui aida grandement à la poursuite de sa thérapie.

Ce ne sont cependant pas ces évènements plus ou moins imputables au hasard et relativement subjectifs qui justifient aux yeux des gens la nécessité de rechercher une théorie physique de la synchronicité. Ce sont des évènements encore plus puissants dans leur improbabilité et dans leurs conséquences, par exemple des cascades de coïncidences significatives qui changent une vie profondément, que différents auteurs ont relaté dans de nombreux ouvrages et qu’il serait trop long de résumer ici. L’un des aspects du caractère le plus intriguant des synchronicités est qu’il semble aujourd’hui de plus en plus admis qu’il soit possible de les provoquer, ce qui en ferait ainsi un phénomène reproductible qui ouvre la porte à une possible approche scientifique et expérimentale.

Il semblerait toutefois que les synchronicités les plus improbables tendent à se produire dans certaines circonstances particulières de la vie où une transformation à la fois psychique et matérielle est à l’oeuvre, cette situation instable pouvant conduire le sujet à changer radicalement sa vie. La synchronicité semble alors jouer un rôle de guidage dans ce processus de changement. Au contraire, les personnes ayant une vie bien réglée par des habitudes ont très peu de chances d’en vivre. C’est pourquoi il s’agit d’un phénomène difficile à contrôler et qui se prête mal à une investigation rationnelle.

La pensée rationnelle dominante ne sait d’ailleurs y répondre qu’en invoquant le hasard ou la subjectivité de l’observateur, mais cela n’explique pas la caractéristique essentielle de ces phénomènes qui provient moins de leur subjectivité que de leur forte improbabilité. Le fait de mettre systématiquement cette improbabilité sur le compte du hasard lui-même en prétendant qu’il n’y a aucune autre explication à rechercher provient au mieux d’une méconnaissance des lois de la statistique, au pire d’une foi aveugle dans le caractère abouti d’une science qui reposerait exclusivement sur la causalité. Bien qu’il soit juste et sain d’invoquer en première hypothèse le hasard face à de tels phénomènes, il devient obscurantiste de maintenir envers et contre tout cette hypothèse en présence de cas où elle ne résiste pas au calcul des probabilités.

Depuis des décennies, de nombreux auteurs ont cherché à trouver d’autres explications et ont proposé différentes théories alternatives au hasard. Elles s’intéressent toutes à la compréhension de l’ordre sous-jacent au réel qui semble présider à ces manifestations :

On développe sommairement chacune de ces approches en tentant d’en extraire les points communs. Chacune apporte un éclairage original et complémentaire sur ce phénomène qui n’est pas encore – ou trop marginalement – intégré par la physique comme sujet d’étude « mainstream ».

1. Théorie de l’Acausalité

Carl Gustav Jung a étudié le phénomène de synchronicité conjointement avec le physicien Wolfgang Pauli, l’un des pères de la physique quantique qui a reçu le prix Nobel en 1945 pour la découverte du « principe d’exclusion de Pauli », un principe fondamentalement acausal. L’acausalité étant un concept émergeant de la mécanique quantique, la collaboration entre Jung et Pauli les a conduits à rattacher ce phénomène à un « synchronisme acausal » dans lequel les deux événements sont liés par un principe de correspondance dénué de causes. Autrement dit l’Acausalité est l’absence de lien causal entre deux événements corrélés.

Pauli a ainsi eu une participation décisive pour la préparation finale de la théorie de l’inconscient collectif de Jung (Théorie de l’Unus Mundus) dans laquelle il introduit la notion d’archétype comme provenant de la tendance humaine à utiliser une même « forme de représentation psychique donnée a priori ». L’archétype peut ainsi être considéré comme une « forme pensée » qui existe déjà dans un collectif humain et qui est même un principe fondateur de sa tradition.

Si l’on essaie de se rapprocher de la physique on pourrait dire que l’archétype agit en tant qu’attracteur de toute autre « forme pensée » qui s’en rapproche. L’Acausalité peut alors se concevoir comme recouvrant le mécanisme encore inconnu qui tend à synchroniser des évènements reliés par le sens (similarité archétypale) et non par la cause.

Ce n’est qu’en 1992 qu’a été publiée la correspondance entre Jung et Pauli. Il s’agit surtout de discussions entre eux sur la relation entre la psyché et la matière, où l’on découvre qu’ils sont parvenus avec un accord remarquable à la supposition de l’existence d’un seul monde dans lequel la psyché et la matière seraient une seule et même chose. On verra que cette absence de distinction entre matière et psyché, somme toute très objective dans une vision matérialiste, a des implications fortes sur une théorie de la synchronicité qui centre son approche sur le temps.

2. Théorie de l’Ordre Implicite de David Bohm :

La théorie de l’Ordre Implicite (ou encore caché) suppose que le comportement des particules élémentaires est à tout instant déterminé par une description d’un ordre supérieur, non observable dans l’espace-temps ordinaire à 4 dimensions. En ce sens elle rejoint la théorie des cordes qui fait appel à des dimensions supplémentaires de l’espace, qualifiées de dimensions invisibles, car extrêmement petites ou encore repliées sur elles-mêmes.

Le problème de cette hypothèse est qu’elle est à priori en contradiction avec les conclusions de la mécanique quantique, vérifiées depuis 1982 par l’expérience d’Alain Aspect, suivie de bien d’autres, selon lesquelles il ne peut exister de variables cachées qui détermineraient le comportement apparemment aléatoire des particules.

Cependant, en unifiant la mécanique quantique et la relativité générale d’Einstein, la théorie des cordes propose un modèle cohérent de l’univers dans lequel il existerait bien un ordre supérieur caché, qui serait contenu dans des dimensions supplémentaires de l’espace embobinées dans un espace de Calabi-Yau, décrivant les propriétés de vibration des cordes et notamment leurs formes géométriques.

Le comportement des particules ne serait donc pas déterminé par des variables cachées faisant partie de notre espace-temps ordinaire mais par des informations extérieures à cet espace-temps, qui seraient contenues dans des dimensions spatiales supplémentaires, au nombre de 7 selon la théorie M.

Or les conclusions de David Bohm conduisent au solipsisme, cette philosophie selon laquelle le Monde est dans l’esprit de celui qui l’observe, et serait ainsi indissolublement relié à, voire dépendant de, son psyché : Tout est dans tout, dit-il, la masse, l’énergie contiennent des informations sur l’univers tout entier. Quand un son ou une lumière parvient jusqu’à nous, que la conscience les reconnaît, les organes sensoriels sont confrontés à tout l’Univers. On devient le sujet de son étude, l’observateur s’observe.

On peut alors s’avancer à conclure, si ces intuitions sont fondées, ainsi que la théorie des cordes, que ses dimensions supplémentaires de l’espace pourraient être intimement liées à son psyché, à son esprit, en tant qu’entité douée de la propriété de se rendre observateur de l’univers. Cette idée est reprise dans la théorie de la double causalité, dans le but d’expliquer le mécanisme des synchronicités.

Le phénomène de synchronicité serait alors l’une des rares manifestations concrètes de l’« ordre caché » de l’univers.

3. Théorie des Champs Morphiques de Rupert Sheldrake :

La morphogénèse sheldrakienne est censée toucher toutes les formes auto-engendrées, des cristaux aux embryons, du langage aux comportements. Vaste ambition, que les sciences modernes peuvent toutefois difficilement intégrer. La résonnance morphique remet en effet en cause toutes les disciplines contemporaines.

Dans son premier livre, Une nouvelle science de la vie (1981), ce jeune biologiste de Cambridge essayait de tout prouver par A plus B, citant beaucoup d’expériences frappantes, tant sur les cristaux que sur les rats ou sur les humains, mais son approche a toujours eu le même souci que la parapsychologie : grand renfort de statistiques et/ou témoignages, mais absence de modèle de compréhension connecté à la physique actuelle.

Dans son livre, Presence of the Past (1988, traduit La mémoire de l’Univers), Rupert Sheldrake affirme que tout ce qui arrive devient une question d’habitude, de coutume. La lumière même, qui se déplace à 300.000 km/s ? Est-ce parce qu’elle a pris cette habitude ? Rien ne serait immuable. Tout pourrait bouger, évoluer. On serait influencés par des « champs de forme » depuis en dehors de l’espace-temps, mais on influencerait ces champs en retour – comme si une idée divine vous modelait tout en étant modelée par vous en permanence.

Avec son livre The rebirth of Nature (1991, traduit L’âme de la nature), le chercheur entre dans une réflexion philosophique. Après deux cents ans de mécanisme forcené, dit-il, on a voulu mordicus comparer la nature aux machines, la transformant en un enchevêtrement de structures inertes, et voilà que s’annonce un nouvel animisme. La nature a une âme !

A l’occasion de la sortie de son livre The Science Delusion, Rupert Sheldrake a été invité à faire une conférence à TEDx Whitechapel (2013) où il a présenté la science comme un système de croyances en faisant une liste de dix dogmes selon lui très contestables. Il a ensuite argumenté contre le dogme des constantes universelles de la physique en expliquant que la vitesse de la lumière pourrait varier. Sheldrake n’est pourtant pas physicien. Se rend-t-il compte que la physique sans constantes ne pourrait pas exister ? Or ses résultats sont pourtant là. On ne s’étonnera donc pas que cette conférence ait ensuite été controversée et ait subi une tentative de censure.

Son travail d’argumentation en faveur de son hypothèse des champs morphiques reste toutefois intéressant, d’autant plus que les champs morphiques peuvent être comparés aux archétypes et à l’inconscient collectif de Jung. Là où Sheldrake a surement raison, c’est lorsqu’il dit que la science fera un fabuleux bond en avant lorsqu’elle sera capable d’appréhender les champs psychiques. En voici autant de qualificatifs : archétypes, formes pensées, champs morphiques, psyché quantique… ? Dans tous les cas, on a là des informations qui semblent se situer en dehors de cet espace-temps.

Voici sa conférence à TEDx qui est plus une rébellion justifiée contre le matérialisme scientifique qu’une argumentation en faveur de ses thèses :


Lisez la deuxième partie de cet article

 

yogaesoteric
11 octobre 2019

 

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