ChatGPT montre à quel point l’Europe est à la traîne en matière de technologie

L’Europe est l’endroit où ChatGPT est réglementé, pas inventé. C’est quelque chose à regretter. Aussi déséquilibrés que puissent être les premiers résultats de la course aux armements de l’intelligence artificielle, ils rappellent également à quel point l’Union européenne est à la traîne des États-Unis et de la Chine en matière de technologie.

Comment la terre qui a donné naissance à Nokia Oyj et Ericsson AB est-elle devenue la terre que la technologie a oubliée ? Certains blâment les acronymes synonymes de bureaucratie bruxelloise – RGPD, DMA, DSA – même si les Google de ce monde semblent bien plus effrayés par ChatGPT que n’importe quelle amende de l’UE. Les lobbyistes de la technologie sont furieux contre le commissaire européen Thierry Breton, qui souhaite que les règles entrantes sur l’IA soient renforcées pour freiner une nouvelle race de chatbots.

Mais peut-être que l’ancienne société de Breton, Atos SE, est un meilleur exemple du malaise plus profond qui afflige la technologie européenne. Le champion de l’aérospatiale Airbus SE a proposé d’investir dans Evidian, l’unité de big data et de cybersécurité qu’Atos prévoit de scinder cette année. L’accord potentiel a été présenté comme un coup de pouce à la « souveraineté » technologique européenne grâce à la croissance du cloud et de l’informatique de pointe.

Un coup d’œil au cours de l’action d’Atos révélera que la société est un symptôme, et non un remède, du déclin technologique de l’Europe. L’entreprise a doublé son chiffre d’affaires et ses effectifs dans les années 2010 grâce à des acquisitions, mais a été trop lente à passer au cloud et à s’éloigner de l’ancienne infrastructure informatique. Pendant ce temps, des sociétés comme Microsoft Corp. et Alphabet Inc., les entreprises qui se battent pour faire entrer des chatbots avec une personnalité dans chaque foyer, ont dépensé d’énormes sommes d’argent pour développer leurs propres activités cloud et, avec Amazon.com Inc., contrôlent les deux tiers du marché mondial.

L’écart de R&D entre les États-Unis et l’Europe semble pertinent ici. Alphabet et Microsoft figuraient parmi les trois plus grandes entreprises au monde qui dépensent en recherche en 2021, avec environ 30 milliards de dollars et 23 milliards de dollars respectivement, selon les données de la Commission européenne. La seule entreprise européenne dans le top 10 était Volkswagen AG, qui a dépensé 15,6 milliards d’euros (16,6 milliards de dollars). Airbus était loin derrière à 2,9 milliards d’euros, tout comme Atos à 57 millions d’euros.

Les décideurs politiques pourraient supposer que tout ce qu’il faut pour combler l’écart est de bricoler des champions nationaux ou régionaux toujours plus grands. Mais les aspirations à un « nuage européen » n’ont guère abouti.

L’ancien dirigeant d’Atos, Olivier Coste, dans un nouveau livre sur le retard technologique européen, considère que le véritable problème concerne davantage le coût élevé de l’échec dans l’UE, sous la forme d’une restructuration d’entreprise. Contrairement aux États-Unis, le licenciement d’ingénieurs coûte plusieurs centaines de milliers d’euros par personne, prend du temps à négocier et démotive le personnel qui reste. Cela décourage la prise de risques sur des projets technologiques avec un taux d’échec élevé, estime-t-il. Cela explique également pourquoi les entreprises industrielles du 20e siècle – meilleures dans l’innovation incrémentale que radicale – dépensent plus que la technologie du 21e siècle dans l’UE.

La prescription de Coste est de réduire le coût de l’échec. Il recommande une approche de « flexicurité », à la danoise, pour les emplois technologiques. Cela signifierait plus de flexibilité pour embaucher et licencier, compensée par le filet de sécurité d’un revenu suffisant pour protéger les personnes qui perdent leur emploi. Son point de vue est loin d’être un consensus; d’autres suggèrent une innovation plus perturbatrice, comme la Defense Advanced Research Projects Agency des États-Unis, ou Darpa. Une autre idée serait de mieux rémunérer les chercheurs européens.

De toute évidence, la récente série de licenciements dans la Silicon Valley après une surembauche pandémique ne ressemble pas à quelque chose à imiter. Mais Atos n’est pas non plus dans une position solide. Elle a traîné les pieds dans sa restructuration et a maintenant besoin de 1,6 milliard d’euros de financement supplémentaire jusqu’en 2023. Ce chiffre équivaut à peu près à sa capitalisation boursière actuelle, un embarras pour une entreprise qui valait 13 milliards d’euros en 2017. Et il n’est même pas clair qu’Evidian les retombées sont la meilleure voie à suivre compte tenu des perspectives de croissance, selon Tamlin Bason de Bloomberg Intelligence.

Tout n’est pas catastrophique. Des mesures récentes telles que l’initiative de capital-risque de 3,8 milliards d’euros de la Banque européenne d’investissement pourraient accélérer l’investissement et l’innovation. Mais il est difficile de secouer un sentiment de déjà-vu alors que l’Europe défend son complexe cyber-industriel tout en maîtrisant les chatbots. Il ne reste plus aux politiciens qu’à appeler à un « ChatGPT européen » – du moins jusqu’à ce que le prochain grand événement se produise.

 

yogaesoteric
9 avril 2023

 

Also available in: Română

Leave A Reply

Your email address will not be published.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More