Aux sources de la sophrologie

Méthode de relaxation, méditation, technique de développement personnel ou forme particulière de thérapie ? Qu’est-ce au juste que la sophrologie ? Et comment s’y retrouver parmi les courants issus de cette approche ?

Aux sources de la sophrologie, nous trouvons Alfonso Caycedo, né en 1932 en Colombie. Il termine ses études de psychiatrie à la faculté de Madrid lorsqu’il aspire à d’autres voies thérapeutiques que celles qui prévalent à l’époque, biologisantes et parfois violentes. Cherchant à travailler à partir d’un état de conscience modifié, comme en hypnose (qu’il explore mais dont il se désintéresse rapidement), il forge dès 1960 le terme « sophro-logie », étymologiquement « étude de la conscience ». Il devient neuropsychiatre auprès du psychiatre Ludwig Binswanger à Kreuzlingen, en Suisse, puis se forme au yoga en Inde et au Zazen au Japon, avant d’être nommé professeur de psychiatrie à Barcelone en 1968. Deux ans plus tard, le premier congrès mondial de sophrologie, à Barcelone toujours, réunit 1.400 participants.

À partir des années 1970, la sophrologie se voit victime de son succès : beaucoup s’en réclament en y ajoutant des ingrédients disparates qui vont du coaching au bouddhisme version New Age. Alfonso Caycedo dépose le terme de «  sophrologie caycédienne » en 1992, pour bien distinguer sa pratique originelle des multiples sophrologies « sauvages » émergentes, parfois créatives mais pas toujours recommandables.

La sophrologie sous sa forme caycédienne n’est pas une thérapie à proprement parler, mais un ensemble de méthodes qui ont pour but, à partir d’une « relaxation dynamique » en individuel ou en groupe, de développer une conscience sereine, de renforcer les attitudes positives au quotidien, de mieux affronter le stress… Elle peut également servir à mobiliser son énergie, dans un contexte sportif, par exemple. Aujourd’hui, l’un des objectifs de la sophrologie caycédienne est de faire la démonstration scientifique de ses bienfaits.

Voilà un entretien avec Natalia Caycedo recueilli par Jean-François Marmion :

Jean-François Marmion :En quoi la sophrologie caycédienne se différencie-t-elle d’autres techniques comme l’hypnose ou la relaxation, par exemple ? Ces méthodes ont bien pour point commun de nous faire glisser entre la veille 
et le sommeil, où nous sommes particulièrement sensibles à la suggestion et à l’autosuggestion ?

Natalia Caycedo : C’est une question très intéressante : afin de bien expliquer la différence avec l’hypnose et la relaxation, nous devons expliquer les origines de la sophrologie caycédienne. La sophrologie est née au cœur de la médecine classique en se basant sur la phénoménologie existentielle, méthode d’étude appliquée par de grands psychiatres, comme Ludwig Binswanger, pour diagnostiquer et traiter leurs patients. C’était un courant opposé à la psychanalyse freudienne. Au lieu d’interpréter les rêves de leurs patients, les médecins décrivaient avec un grand luxe de détails les manifestations observées chez leurs patients, en essayant d’éviter toute interprétation ou préjugé. Mon père, Alfonso Caycedo, médecin psychiatre, a développé une méthode qui étudie de manière phénoménologique les diverses dimensions de la conscience humaine. L’objectif est d’éviter tout type de suggestion, autosuggestion ou interprétation des vivances – c’est-à-dire des expériences vécues – obtenues, puisqu’il s’agit surtout d’une méthodologie vivantielle bien plus qu’intellectuelle.

Pour en revenir à l’état de conscience auquel vous faites allusion, j’aimerais vous préciser que selon la finalité de l’entraînement sophrologique, nous pouvons, à court terme, exercer une influence sur le niveau de la conscience, en l’augmentant ou en le baissant. Pour cela, les postures employées sont très importantes. Les postures actives – assis ou debout – avec des mouvements doux facilitent la prise de conscience de la perception positive du corps, ce qui, à son tour, aide à mieux gérer les tensions corporelles. L’objectif de cet entraînement n’est pas la relaxation, mais l’atteinte progressive d’un état de sérénité et de bien-être.

Bien au-delà des bénéfices psychophysiques et de la relaxation, la sophrologie caycédienne apporte une dimension sans doute plus profonde, vers la découverte et la conquête de ses propres capacités et de ses propres valeurs.

Jean-François Marmion :C’est un postulat partagé par les thérapies humanistes qui sont apparues parallèlement à 
la sophrologie, il y a un demi-siècle…

Natalia Caycedo : En effet, la sophrologie se situe là, et partage avec ces thérapies l’idée que l’être humain est un être unique et libre, responsable et digne, sujet de sa propre existence. En reconnaissant et en acceptant les limites biologiques de l’être, la sophrologie caycédienne propose un entraînement quotidien qui permet à la personne de découvrir et de conquérir les valeurs de sa propre existence, selon sa propre réalité objective.

Jean-François Marmion :Ces techniques sont-elles applicables à tout le monde ? Jouer avec ses états modifiés de conscience 
peut provoquer de mauvaises surprises 
aux plus fragiles…

Natalia Caycedo : La sophrologie caycédienne ne joue pas avec les états de la conscience. La personne peut s’entraîner dans différents niveaux de conscience selon ses objectifs personnels. La pratique répétée mène peu à peu à un état de conscience (compris comme une manière d’être dans le monde) plus serein, avec des attitudes plus positives face à la vie. Pour cette raison, les techniques de la sophrologie caycédienne n’ont aucun effet secondaire et tout le monde peut les appliquer, depuis les enfants jusqu’aux personnes d’âge avancé. La condition sine qua non à la pratique de cette méthodologie est que la personne soit consciente d’elle-même et de ses actes.

Jean-François Marmion :Que pensez-vous des techniques de privation sensorielle utilisées par une certaine sophrologie, par exemple l’enfermement dans un caisson, qui peuvent provoquer des sensations psychédéliques ?

Natalia Caycedo : En sophrologie caycédienne, nous n’utilisons aucune technique de privation sensorielle, et aucune sensation psychédélique n’est provoquée. Toutes les techniques se pratiquent de manière consciente. De préférence dans un lieu tranquille à la maison, mais un grand nombre de personnes les pratiquent également à certains moments de leur vie quotidienne : dans le train, une salle d’attente, en avion ! Nous apprenons ainsi à trouver la paix dans le monde dans lequel nous vivons, malgré le bruit et l’activité qui nous entourent…

Jean-François Marmion : Cela rappelle la méditation de pleine conscience (mindfulness), qui contribue elle aussi à travailler son attention. Êtes-vous en concurrence avec cette approche ?

Natalia Caycedo : Il est vrai qu’il existe une certaine similitude avec les objectifs de la mindfulness, qui est à la mode actuellement. Cependant, la méthodologie de la sophrologie est bien distincte et très complète.

La méthodologie proposée est la Relaxation Dynamique de Caycedo qui compte 12 degrés d’entraînement. Les 3 premiers s’inspirent du yoga, du bouddhisme et du zen japonais (de là, une certaine ressemblance avec la mindfulness), les autres degrés sont plus adaptés à notre mentalité et notre forme de vie occidentales. Les grandes caractéristiques de la sophrologie caycédienne, qui la différencient de la mindfulness, sont les suivantes : elle a son origine dans la médecine, elle se base sur la phénoménologie, elle possède une méthode structurée d’entraînement, et aide à la connaissance de soi pour que chacun d’entre nous apprenne à développer ses propres capacités et ses propres valeurs.

Jean-François Marmion :Peut-on dire que la sophrologie se rapproche du développement personnel ?

Natalia Caycedo : Nous pouvons dire que quiconque pratique la méthode sophrologique développe ses propres capacités et ses propres valeurs. Cependant, la plupart des personnes recherchent, dans un premier temps, une solution à un problème concret. Les professionnels des sciences de la santé l’appliquent comme thérapie unique ou comme recours supplémentaire au traitement médical de leurs patients ; les professionnels de l’éducation, comme recours pédagogique ; les sportifs de haut niveau, pour améliorer leurs performances ; ou les chefs d’entreprise pour gérer le stress.

Jean-François Marmion : Situez-vous plutôt la sophrologie du côté de la psychologie positive ?

Natalia Caycedo : Oui, je m’identifie beaucoup à Martin Seligman, son fondateur. Je suis sûre qu’il apprécierait la sophrologie caycédienne si on la lui présentait telle qu’elle est. C’est un psychologue qui a su regarder au-delà de ce qui existait pour se centrer sur la conquête et le développement des valeurs personnelles, avec des recherches bien faites. Ceux qui pratiquent la sophrologie caycédienne au quotidien vivent leur vie de manière plus sereine et jouissent d’une existence plus positive grâce au développement de leurs propres valeurs.

Jean-François Marmion :Justement, des études scientifiques ont-elles validé les effets bénéfiques de la sophrologie ?

Natalia Caycedo : De plus en plus d’études prouvent l’efficacité de la pratique sophrologique. Tant en Suisse qu’en Espagne, nous arrivons aux mêmes conclusions, qui démontrent que les personnes qui pratiquent les techniques sophrologiques réduisent de 30 % leur consommation de pharmacopée (prise d’anxiolytiques ou de somnifères, visite médicale en rapport avec des maladies psychosomatiques, etc.).

Des travaux de recherche sont publiés ainsi que des thèses doctorales dans plusieurs universités. D’ailleurs, certains d’entre eux, en rapport avec le bio feedback et la formation – c’est le cas d’un mémoire soutenu à l’université d’Aix-Marseille –, ont été présentés lors du IIIe Symposium International de Sophrologie Caycédienne dédié à la gestion des émotions, qui s’est déroulé à Sitges, dans la province de Barcelone, en décembre 2013.

Jean-François Marmion :La sophrologie se développe-t-elle aux États-Unis ?

Natalia Caycedo : Oui, car des praticiens formés en Europe s’y installent peu à peu, de même qu’au Canada. Elle se répand aussi dans d’autres pays, comme au Maroc, ou en Colombie…

Jean-François Marmion :
Le titre de sophrologue n’est pas protégé, n’importe qui peut se prétendre tel. Cela n’affecte-t-il pas votre crédibilité ?

Natalia Caycedo : Oui ! C’est une bonne et triste question… Le titre de « sophrologue caycédien », protégé en tant que propriété intellectuelle, indique que ses bénéficiaires ont suivi une formation de qualité d’au moins trois ans. D’autres sophrologues existent – certaines formations durent seulement trois mois –, mais on ne peut garantir ni leur sérieux ni leur pratique.

yogaesoteric
12 janvier 2018

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