Persécution du Falun Gong (3)

Lisez la deuxième partie de cet article

L’incident de la place Tian’anmen

Le 23 janvier 2001, au moment des fêtes du Nouvel An chinois, survient un incident majeur qui va marquer les esprits. Sept personnes tentent de s’immoler par le feu sur la place Tian’anmen. Les sources du gouvernement chinois annoncent alors que ces personnes étaient pratiquantes de Falun Gong. Les sources de Falun Gong contestent cette affirmation en soulignant que leurs enseignements interdisent toute violence ou suicide. Plusieurs journalistes et universitaires occidentaux ont également noté des incohérences dans la version du gouvernement chinois de l’incident qui ont conduit beaucoup parmi eux à croire à une mise en scène du gouvernement chinois pour discréditer le Falun Gong et retourner l’opinion publique contre cette pratique. En particulier, Ian Johnson du Wall Street Journal, Danny Schechter et David Ownby ont attiré l’attention sur le fait que l’agence Xinhua a diffusé une déclaration déjà traduite en anglais seulement deux heures après l’incident. Ceci est très inhabituel pour ce genre de reportage qui doit être approuvé par plusieurs instances bureaucratiques, ce qui laisse penser que les autorités chinoises étaient prêtes à rapporter l’événement. Philip Pan du Washington Post a quant à lui enquêté dans l’entourage de deux des auto-immolées et découvert que personne ne les avait jamais vues pratiquer le Falun Gong. Il a également noté que le gouvernement chinois a toujours refusé que des journalistes étrangers interrogent les survivants de l’incident.

La campagne de propagande d’état qui a suivi l’événement a changé l’opinion plutôt favorable des Chinois envers le Falun Gong. Comme l’a rapporté le Magazine Time, de nombreux Chinois trouvaient que le Falun Gong ne représentait pas de menace réelle, et que la répression de l’État était allée trop loin. Des affiches, des tracts et des vidéos détaillant les présumés effets néfastes de Falun Gong ont été émis en quantités innombrables, et des classes régulières anti-Falun Gong ont été introduites dans les programmes scolaires. CNN a comparé cette propagande d’état chinois à des campagnes du passé, telles que celles menées pendant la guerre de Corée ou la Révolution culturelle. Les autorités chinoises ont ensuite commencé à « systématiquement recourir à la violence » pour éliminer le Falun Gong. L’année suivant l’incident, le nombre de cas d’emprisonnement, de torture et de décès de pratiquants de Falun Gong en détention a considérablement augmenté. En 2002, des pratiquants de Falun Gong ont réussi à diffuser à Changchun, à la place des programmes d’une chaine de la télévision chinoise, le film documentaire Feu mensonger analysant les incohérences dans les comptes rendus officiels de l’incident de la place Tian’anmen. L’auteur de ce piratage a été mis en prison où il est décédé, probablement torturé à mort comme beaucoup d’autres pratiquants.

Censure de l’Internet

Freedom House a rapporté que le Falun Gong faisait partie des sujets les plus systématiquement bloqués sur l’Internet chinois. Dans son rapport sur la genèse de la censure d’Internet et les capacités de surveillance en Chine, Ethan Gutmann suggère que beaucoup de ces méthodes (y compris des attaques par déni de service), ont tout d’abord été utilisées par les autorités chinoises contre le Falun Gong. Selon James Mulvenon, l’analyste de la Rand Corporation, le ministère chinois de la Sécurité publique mène une cyber-guerre en attaquant des sites Web du Falun Gong aux États-Unis, en Australie, au Canada et en Angleterre, ainsi que bloque l’accès aux informations sur Internet au sujet du Falun Gong.

La BBC News a rapporté que le Global Internet Freedom Consortium (GIFC), un groupe lié au Falun Gong et promouvant la liberté d’Internet, aurait annoncé que le département d’État des États-Unis lui avait offert 1,5 millions de dollars, ce qui a été condamné par les autorités chinoises. Selon le rapport, l’ambassade de Chine à Washington a déclaré que la Chine était opposée à l’aide américaine au GIFC, étant donné qu’il était dirigé par le Falun Gong. Selon l’ambassade, la réglementation chinoise de l’Internet est conforme aux lois de Chine et de nombreux autres pays, et elle est soutenue par la grande majorité de Chinois.

L’Agence France-Presse (AFP) a cité Philip Crowley, le porte-parole du département d’État, affirmant que la nouvelle de la BBC concernant cette subvention était « prématurée », qu’ils « n’ont pas finalisé l’accord sur le financement et qu’aucune décision finale n’a pas été prise ». Les pratiquants de Falun Gong qui travaillent avec le Global Internet Freedom Consortium ont développé un logiciel anti-censure Freegate, permettant de camoufler l’utilisation de l’Internet du gouvernement chinois. Un autre logiciel anti-censure nommé Tor, a été partiellement financé par le gouvernement des États-Unis.

À l’étranger

Actes de sabotage et agressions

Le 28 juin 2004, neuf pratiquants de Falun Gong d’Australie, dont David Liang, sont arrivés en Afrique du Sud pour aider des pratiquants locaux à alerter l’opinion sur la persécution du Falun Gong, et sur le rôle particulier de deux haut fonctionnaires chinois en visite : le Vice-Président Zeng Qinghong et le Ministre du Commerce Bo Xilai. Les pratiquants prévoyaient une conférence de presse pour dénoncer les crimes des deux officiels au public et aux médias d’Afrique du Sud, et les notifier d’une plainte légale contre eux. En route de l’aéroport de Johannesburg à Prétoria aux alentours de 20h30 lundi soir, une voiture blanche avec trois personnes à bord les a rattrapés et a tiré avec un fusil AK 47 au moins cinq fois sur leur véhicule. Les tireurs se sont immédiatement enfuis après la fusillade, sans rien leur voler. Le conducteur, le citoyen australien David Liang, sérieusement touché aux pieds a été hospitalisé et sa voiture mise hors service. Pour le porte-parole de la branche taïwanaise du Falun Gong, l’attaque vient du gouvernement chinois et vise à terroriser les membres du mouvement.

Le 8 février 2006, Peter Yuan Li, pratiquants du Falun Gong et informaticien travaillant pour le journal Epoch Times, est attaqué chez lui, à Atlanta, par des hommes asiatiques armés. Li gère le site web du journal ainsi que les sites appelant les membres du parti communiste chinois à quitter celui-ci à la suite de la publication du livre Les neuf commentaires sur le parti communiste chinois. Les agresseurs l’ont gravement battu à la tête et au visage avec la crosse du pistolet. Li a saigné à profusion. L’un d’entre eux a parlé en chinois (mandarin). Les agresseurs se sont emparés uniquement les ordinateurs et des documents, dédaignant d’autres objets de valeur. Dr Li a dit que les assaillants étaient des agents du régime communiste chinois visant à contrecarrer ses efforts pour exposer les violations des droits de l’homme en Chine.

Pressions locales et ingérences

En 2003 le Congrès des États-Unis a adopté à l’unanimité une résolution condamnant les agressions contre les pratiquants de Falun Gong aux États-Unis par des agents du Parti communiste. La résolution a rapporté que les acolytes du parti ont « fait pression sur les élus locaux aux États-Unis pour qu’ils refusent ou retirent leur soutien au groupe spirituel de Falun Gong », que les porte-paroles du Falun Gong ont eu leurs maisons saccagées et que les individus qui avaient participé aux actions de protestation pacifiques devant les ambassades ont été agressés physiquement. La résolution appelait le gouvernement chinois à « cesser immédiatement de s’ingérer dans l’exercice des libertés religieuses et politiques aux États-Unis ».

Arrestations de journalistes et reporters étrangers

Le Club des correspondants étrangers en Chine s’est plaint d’avoir ses membres « suivis, arrêtés, interrogés et menacés » pour avoir publié des reportages sur la répression du Falun Gong. De nombreux journalistes étrangers présents à la conférence de presse organisée par les pratiquants à Pékin le 29 octobre 1999, ont été accusés par les autorités chinoises du « journalisme illégal ». D’autres ont été punis pour avoir communiqué des informations à la presse étrangère ou pour avoir organisé des conférences de presse. Des journalistes de Reuters, du New York Times, de l’Associated Press et d’autres médias ont été interrogés par la police, forcés à signer des aveux, et se sont vu retirer leurs titres de travail ou de séjour temporaire. Les correspondants se sont également plaints que les transmissions télévisées par satellite avaient été interférées et acheminées à travers la chaine d’État Télévision Centrale de Chine (CCTV). Amnesty International affirme que « plusieurs personnes ont reçu de longues peines de prison ou de détention administrative pour avoir parlé de la répression ou pour avoir transmis des informations par Internet ».

Le rapport de 2002 de Reporters sans frontières sur la Chine affirme que les photographes et les cameramen travaillant avec les médias étrangers ont été empêchés de travailler dans la zone de la place Tiananmen, où des centaines de pratiquants de Falun Gong faisaient des démonstrations pendant les dernières années. Le rapport estime qu’au moins 50 représentants de la presse internationale ont été arrêtés depuis juillet 1999, que certains d’entre eux ont été battus par la police, tandis que plusieurs pratiquants de Falun Gong ont été emprisonnés pour avoir parlé avec des journalistes étrangers. Ian Johnson, le correspondant du Wall Street Journal à Pékin, a écrit une série d’articles qui lui ont valu le prix Pulitzer 2001. M. Johnson a quitté Pékin après avoir écrit ses articles, déclarant que « la police chinoise aurait rendu impossible ma vie à Pékin » après qu’il a obtenu le prix Pulitzer.

De grands médias ont été sujets à des restrictions liées au Falun Gong. En mars 2001, le magazine Time Asia a publié un article au sujet du Falun Gong à Hong Kong. Le magazine a été retiré des rayons en Chine continentale, et menacé de ne plus jamais être vendu dans le pays. Vers 2002, en partie en raison de l’environnement journalistique difficile, la presse occidentale a presque complètement arrêté à couvrir la répression en Chine, malgré le fait que le nombre de décès des pratiquants de Falun Gong emprisonnés continuait d’augmenter.

Formes de la repression

Gao RongRong, pratiquante de Falun Gong, décédée en 2006 à l’hôpital à la suite de nombreuses tortures

Depuis 1999, les observateurs étrangers estiment que des centaines de milliers et peut-être des millions de pratiquants de Falun Gong ont été illégalement détenus dans des camps de rééducation par le travail, des prisons et des centres de détention.

Arrestations et emprisonnements arbitraires

Selon des estimations, telles que celles citées par le Département d’État des États-Unis, des centaines de milliers de pratiquants de Falun Gong sont illégalement détenus en Chine, la plupart dans des camps de rééducation par le travail. Selon un rapport de Human Rights Watch de 2005, les pétitionnaires qui eux-mêmes n’étaient pas des pratiquants de Falun Gong ont indiqué que la plupart des détenus dans les camps de rééducation par le travail étaient pratiquants de Falun Gong. Ils ont également déclaré que les pratiquants de Falun Gong recevaient « les condamnations les plus longues et les pires traitements ».

Selon le ministère de la Sécurité publique, la « rééducation par le travail » est une mesure administrative imposée aux personnes coupables d’avoir commis des infractions mineures, mais qui ne sont pas légalement considérées comme des criminels. Fin 2000, la Chine a commencé à utiliser à grande échelle cette forme de punition envers les pratiquants de Falun Gong dans l’espoir de « transformer les récidivistes » une fois pour toutes. Leurs peines pouvaient être arbitrairement prolongées par la police. Selon l’article de Robert Bejesky dans le Columbia Journal of Asian Law, les pratiquants pouvaient faire face à des accusations ambigües, telles que « trouble à l’ordre social », « atteinte à la sécurité nationale » ou « subversion du système socialiste ». Jusqu’à 99 % des détenus du Falun Gong sont traités dans le cadre de ce système sans entrer dans le système formel de justice pénale. Selon Human Rights Watch, les détenus ne peuvent pas sortir des camps et sont forcés à travailler dur dans des mines, des usines de briques et le secteur agricole, tandis qu’ils sont soumis au passage à tabac, des interrogatoires, un rationnement alimentaire insuffisant et d’autres violations des droits de l’homme.

À la fin de leur peine de rééducation par le travail, les pratiquants peuvent être incarcérés dans des « centres d’éducation juridique », une autre forme de punition mise en place par les autorités provinciales pour « transformer l’esprit » des pratiquants. Bien qu’au début les fonctionnaires de Pékin aient présenté le système « d’éducation juridique » comme « clément », une ligne plus dure a été adoptée plus tard. « Des équipes composées d’assistants d’éducation, d’ouvriers, de cadres dirigeants et de gens de toutes les couches sociales » ont été formées dans le cadre de cette campagne. Au début de 2001, des quotas ont été établis pour le nombre de pratiquants à « transformer ». Les documents officiels ne mentionnent pas les méthodes utilisées pour atteindre cet objectif, bien que le Falun Gong et les sources indépendantes indiquent que les abus physiques et mentaux pourraient y être « extrêmement sévères ».

Torture en détention

En 2001, un article de John Pomfret et Philip Pan paru dans le Washington Post relatait qu’aucun pratiquant n’était épargné par des mesures coercitives dans le but de lui faire renoncer à sa pratique. Selon leurs sources dans l’appareil de sécurité, les pratiquants les plus actifs étaient directement envoyés dans des camps de travaux forcés, où ils « sont tout d’abord “ brisés ” par des passages à tabac et autres formes de torture ». Selon cet article, certains gouvernements locaux auraient utilisé des classes de lavage de cerveau auparavant, mais c’est seulement en janvier 2001 que « le Bureau 610, un organisme interministériel officieux chargé de la répression du Falun Gong, a ordonné à tous les comités de quartier, institutions d’État et sociétés de les mettre en place ».

Le site du Falun Gong, Minghui.org, annonce de nombreux cas de torture psychologique et physique extrêmes, accompagnés de témoignages et de détails sur l’identité des victimes. Ces tortures affectent les facultés mentales, sensorielles, physiologiques et de la parole des victimes et provoquent un traumatisme mental, la paralysie ou la mort. Plus d’une centaine de formes de torture sont supposées être utilisées, notamment des décharges électriques, la suspension par les bras, l’enchaînement dans des positions douloureuses, la privation de sommeil et de nourriture, le gavage et les violences sexuelles, avec de nombreuses variations de chaque type.

Selon Amesty International, en 2008, plus de 250.000 personnes en Chine étaient détenues dans des « camps de rééducation par le travail » sous accusations vaguement formulées. Ces gens n’ont jamais vu un avocat, n’ont jamais été au tribunal et sont détenus sans aucune forme de contrôle judiciaire. On ne sait pas combien de pratiquants de Falun Gong sont détenus dans ces camps. Après la fermeture officielle des camps de rééducation par le travail en décembre 2013, les détenus ont souvent été simplement acheminés vers une autre forme de détention arbitraire – les centres de lavage de cerveau, les instituts psychiatriques et autres. D’après le rapport d’Amnesty International « Changer la soupe mais pas le médicament ? », la pratique de « soumettre les gens à la rééducation par le travail en punition pour avoir paisiblement exercé leurs droits de l’homme n’a pas fondamentalement changée : tout au contraire. […] Les pratiquants de Falun Gong continuent à être condamnés par la procédure pénale et envoyés aux centres de lavage de cerveau et d’autres établissements de détention arbitraire ».

Depuis 2000, le Rapporteur spécial de l’Organisation des Nations unies a mis en évidence et transmis au gouvernement chinois 314 dossiers de torture représentant plus de 1.160 personnes. Le Falun Gong constitue 66% de tous les cas de torture rapportés, 8% se produisant dans des « Ankangs » (hôpitaux psychiatriques). Le Rapporteur spécial de l’ONU se réfère à des allégations de torture comme « déchirant le cœur » et demande au gouvernement chinois de « prendre des mesures immédiates pour protéger la vie et le bien-être de ses détenus, conformément aux normes minimales des Nations unies pour le traitement des prisonniers. » Corinna-Barbara Francis d’Amnesty Internationale explique que le nombre de décès des pratiquants de Falun Gong semble un peu élevé, puisqu’ils ne résultent pas d’exécutions officielles.
  
Lisez la quatrième partie de cet article

 

yogaesoteric
9 novembre 2017 

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