Le système tient par l’imaginaire

Trump n’a pas perdu de temps. Il s’est empressé de tenir ses promesses de campagne. Les executive order se sont succédé sur l’Obamacare, le Trans-Pacific Partnership, l’immigration, le pipeline Keystone, etc. Des questions comme la politique du dollar fort, les taxes à l’importation, l’OTAN ont été abordées, un peu dans la confusion voire les contradictions. Tout cela est normal, Trump n’est pas comme les autres et c’est pour cela qu’il a été élu, parce qu’il ne ressemble à rien de connu. Et en plus il improvise plus ou moins !

Les journaux publient les graphiques boursiers, titrent sur le Dow 20.000 : l’illusion et la magie jouent à plein. Les coupes d’impôts, les dérégulations, les réformes, les stimulus fiscaux, tout cela est enthousiasmant n’est-ce pas. Certes la confiance politique en Trump n’est pas là, mais l’exubérance suffit largement pour le court terme.

Alors que les commentateurs ont les yeux braqués sur les gesticulations, les executive orders de Trump, bref sur le spectacle, ils passent à côté de l’essentiel: l’essentiel dans nos sociétés c’est ce que l’on ne voit pas. Nous disons souvent, mais ce n’est qu’une comparaison bien sûr, que c’est l’inconscient, le non-su, le caché qui gouvernent. Et ici ce qui gouverne, c’est le passif du bilan de nos systèmes.

Les systèmes ont failli sauter, révulser en 2008 , ils ne l’ont pas fait, mais c’est au prix colossal d’une fragilisation bilantielle. Une fragilisation colossale au niveau des chiffres mais encore plus au niveau qualitatif car pour « tenir » il a fallu tout faire remonter au cœur du système, le couple Gouvernements/Banques Centrales et singulièrement au cœur du centre, les Etats-Unis.

Il a fallu faire donner la garde, les troupes d’élite, celles de dernier ressort. On a « tenu » grâce au transfert des risques sur les banques centrales et les contribuables. Voilà ce qu’il faut savoir, avoir présent à l’esprit chaque matin. On a tenu, mais en même temps on a échoué, voilà ce que bien peu savent : nous avons échoué à relancer la croissance. Les élites le savent depuis 2014, elles, mais les commentateurs eux n’en n’ont pas encore pris conscience, ils ont trois ans de retard. On a échoué, et c’est pour cela que l’on a vu émerger la thèse, l’hypothèse qui avait déjà émergé il y a 80 ans plus tôt, l’hypothèse d’une croissance séculaire durablement faible. Une croissance de 1 à 2% au lieu des 3 à 3,5% dont nous avons besoin.

L’hypothèse d’une croissance durablement ralentie de nos systèmes n’est pas nouvelle, elle revient à chaque grande crise, mais ensuite on a tendance à l’oublier. Ainsi le boom économique qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale a fait taire les pessimistes, on est reparti pour un tour grâce au choc qu’a constitué la guerre. Certains, comme Bernanke, Krugman ou Summers parmi les plus grands et les plus influents ne sont plus éloignés de penser qu’il faut un choc extraordinaire pour relancer la machine durablement; pour certains ce choc reste pacifique, pour d’autres, peut-être un peu moins… Shinzō Abe au Japon a tenté un choc colossal pacifique, sur les conseils de Bernanke et Krugman, les résultats ne sont, encore une fois pas au rendez-vous. On se demande ce qu’il va pouvoir inventer pour prolonger son expérience.

Quelques-uns disent que les systèmes ont tenu au prix d’une fragilisation bilancielle historique, d’autres formulent les choses autrement, ils disent au prix d’un « gap » d’un écart considérable entre le réel et ses signes représentatifs, entre le réel et les illusions, entre les promesses et les moyens de les tenir, entre les stocks, les masses et les flux, les cash-flow pour les honorer; ce sont des formulations différentes mais elles cernent la même réalité : les déséquilibres, les gouffres, les béances. Une insuffisance de la production de richesses réelles face à l’inflation exponentielle des ayants droit.

L’espoir de la croissance que l’on a entretenu jusqu’en 2014 au niveau des élites a disparu. Et l’expérience Trump, devrait n’être qu’une parenthèse plus ou moins courte à cet égard; Trump, ce n’est rien d’autre qu’un réaménagement des sièges sur le pont du Titanic au profit des Etats-Unis. Nous ne développons pas ce jour, les raisons qui conduisent à penser que les Trumponomics ne sont qu’une parenthèse, le fond de la question est qu’elles n’apportent rien de plus que ce qui a déjà été essayé et a échoué. L’espoir de la croissance a globalement disparu. Donc on ne peut espérer que le réel va rattraper les illusions et venir les solvabiliser. Les promesses ne pourront être tenues que ce soit au niveau des prix des actifs financiers, actions, obligations gonflés par des anticipations intenables, au niveau des masses monétaires hypertrophiées qui en fait ne recouvrent aucune contrepartie et donc aucun pouvoir d’achat, au niveau des promesses de retraites, de couverture sociale, etc.

Vous avez compris. Les déséquilibres sont là pour durer, les fossés pour se creuser, et les écarts pour se dilater, sans espoir de retour en arrière.

Vous comprenez en passant un peu mieux les divers ballons d’essai qui sont lancés de temps à autre, ils tournent autour du pot : il y a trop de promesses. Il faut les euthanasier, par la confiscation dite fiscale, par la redistribution avec la montée du thème des inégalités, par l’interdiction de l’usage du cash pour protéger les banques des runset avoir un accès direct aux excédents d’avoirs monétaires des contribuables, par les législations qui permettent de geler les dépôts et les assurances-vie, etc.

Vous noterez également que jusqu’à présent on se refuse à rentrer dans la zone interdite, celle qui consiste à organiser la dévalorisation systémique, systématique, pilotée des promesses. Malgré la situation de la Grèce, malgré les pressions du FMI on se refuse à entrer dans le seul vrai domaine réaliste ; la restructuration/moratoire des dettes et des promesses. On refuse les opérations dites vérités. D’ailleurs sont-elles encore possibles sans effet de contagion ?

Le Gap, le fossé entre les illusions et le réel est comblé. C’est ce que les Cassandres ne comprennent pas, eux qui ne cessent de crier au loup et aux catastrophes millénaristes. Si le système tient, s’il ne s’effondre pas, c’est parce qu’il est en équilibre, il y a un pont qui permet passer au-dessus du gouffre, de franchir le fossé. Ce pont n’est pas matériel, tangible, sonnant et trébuchant, non il est imaginaire.

Les composantes de cet imaginaire sont :
– l’ignorance, la crédulité, les rideaux de fumée. Les peuples et leurs représentants, prennent les vessies pour les lanternes et les imposteurs pour des prophètes
– l’expérience du passé car chaque fois que l’on a frôlé la catastrophe et Dieu sait si il y en a eu des alertes, on a réussi à passer le cap
– le court termisme, la tyrannie des apparences, l’esprit de jeu, la surestimation personnelle, on croit toujours que l’on s’en sortira
– l’ignorance, l’expérience, la psychologie se combinent pour donner une alchimie que l’on peut appeler la foi, la confiance.

Ainsi au début de 2017 on voullait croire que :
– Trump va relancer la croissance
– la Fed va faire comme avant, comme elle le fait depuis 2009, elle ne va tolérer aucun resserrement des conditions monétaires ou aucune fuite devant le risque
– la Chine va éviter la dislocation économique, financière et bancaire
– les émergents vont passer le cap de la hausse des taux, de la raréfaction du dollar, du America First
– le Japon va continuer de bénéficier d’un marché obligataire ordonné quel que soit le poids des émissions du Gouvernement
– la BCE va pouvoir maintenir dans le même ensemble des entités aussi divergentes que l’Italie, le Portugal, l’Espagne, la France d’un côté et les pays du Nord de l’autre
– le détricotage des tissus sociaux, la révolte des Tiers Etats n’ont pas d’importance

Le fond, est miné; il est donc fragile. Mais il tient grâce à la force de l’imaginaire. C’est cet imaginaire qu’il faut sans cesse analyser, remettre sous le microscope. Surveiller. Le problème n’est pas de deviner, et de prétendre prédire l’avenir, personne ne le peut. Il faut comprendre pourquoi et comment cela tient ! Peut-être grâce à cette attention à l’imaginaire, sera-t-il possible de discerner le moment où cela commencera à ne plus tenir.

Voici quelques graphiques. Ils donnent une image de l’arrière-plan, du « backdrop », sur lequel se joue l’actualité du système mondial.


CHINE, TAUX D’INTÉRÊT


BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE l TAUX DE RÉFÉRENCE

 


BILAN DE LA BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE



BILAN DE LA BANQUE CENTRALE DE LA CHINE



 


BILAN DE LA BANQUE CENTRALE JAPONAISE


BANQUE CENTRALE DE L’ALLEMAGNE, BILAN


BANQUE CENTRALE DE FRANCE, BILAN


CHINE, TAUX D’INTÉRÊT


BANQUE CENTRALE DE LA CHINE BILAN


EURO STOXX 50 INDICE DE MARCHÉ STOCK


INDEX DU MARCHÉ STOCK FTSE 100

 


JAPON NIKKEI 225 INDICE DE MARCHÉ STOCK


ALLEMAGNE DAX 30 INDICE DE MARCHÉ STOCK

FRANCE CAC 40 INDICE DE MARCHÉ STOCK


MARCHÉ D’ACHAT D’ITALIE (FTSE MIB)

A priori la meilleur façon de se préparer est de transformer l’argent qui risque de ne plus rien valoir en biens concrets.

yogaesoteric

18 juillet 2017

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