Les expériences au seuil de la mort (7)

Par Alain Moreau


Lisez la sixième partie de cet article

Dans le magazine télévisé « Complément d’enquête » (sur France 2) du 2 novembre 2009, l’émission de ce soir-là étant consacrée à la mort, le présentateur a posé une question à un intervenant à propos des NDE. Réponse de l’individu : « l’idée » est qu’il s’agit d’impressions cérébrales… Les réponses ineptes émanant d’individus incompétents se succèdent donc dans le temps.

 

S’agissant des revues, j’ai déjà évoqué l’article de Philippe Chambon paru dans la revue « Science et vie » (novembre 1997 et février 1998). La page de couverture du numéro de février 2002 de la revue « Sciences et avenir » a pour sous-titre : « Les expériences de ‘mort imminente’ obligent les scientifiques à repenser la localisation de la conscience ». Ce qui, pour une revue de vulgarisation scientifique, constitue une petite « révolution ». Mais, si les recherches du cardiologue hollandais Pim Van Lommel sont citées (voir plus loin), nous avons toujours droit à l’« étalage » des phénomènes neurologiques et psychologiques qui expliquent « peut-être » (sic) le phénomène : endomorphines, manque d’oxygène, etc. Ces explications matérialistes ne font malheureusement pas l’objet, dans la revue, d’une analyse critique. (Ce qui n’a rien de surprenant compte tenu de l’orientation idéologique de ce type de revue.) J’ai déjà fait la critique de ces explications, mais je les évoque quand même, rapidement, une nouvelle fois.

Ce ne sont pas les éventuelles « endomorphines apaisantes » qui expliquent la sensation de bien-être éprouvée par les sujets, mais la libération provisoire de l’enveloppe corporelle. (Voyez à ce sujet, dans le présent article, l’explication donnée dans le cadre du modèle de conscience « super-lumineux ».)

Selon le neurobiologiste Jean-Pol Tassin (du Collège de France), le cerveau, à la suite d’une anoxie, interprète l’absence ressentie de gravitation comme un flottement du corps, et recrée la scène (bribes de conversations captées…) en fonction d’indications parcellaires. On trouve encore ici, chez ce scientifique, l’ignorance du phénomène naturel de sortie hors du corps interprété en termes psychologiques réductionnistes.

Contrairement à ce que pense la psychologue Susan Blackmore, la vision de « tunnels » n’est pas de nature physiologique, mais constitue une sorte de « passage » de la conscience, de notre monde au monde « super-lumineux » (ou « astral »). Pour la même raison, l’explication de Jack Cowan (de l’Université de Chicago), lequel fait intervenir une population neuronale moindre dans la périphérie du champ visuel, n’est pas plus valable. Il n’y a pas d’« allumage progressif des neurones » donnant l’impression d’une sorte de tunnel, mais une accession à la lumière inhérente à l’Univers « super-lumineux »…

Contrairement à ce que s’imagine Susan Blackmore, les « visions à caractère mystique » ne s’expliquent pas par une création cervicale à partir de souvenirs, de moments intenses de la vie, de visages de personnes chères, le cerveau étant censé être privé de ses sensations et de ses points de repères habituels. La « rétrospective panoramique » ne s’explique pas de la sorte, des « expérienceurs » ayant en outre « vu » des proches dont ils ignoraient la mort…

L’évocation de souvenirs par la stimulation de la zone temporale (expérience Wilder Penfield) est qualitativement différente de celle expérimentée lors de la vision panoramique d’une NDE (avec notamment l’assistance d’un « être de lumière »…).

Quant à l’appréhension de quitter un état « où tout n’est que lumière et quiétude », cela s’explique fort bien dans le cadre du modèle de conscience « super-lumineux » : retour à la souffrance physique après avoir goûté à un monde de paix et d’harmonie…

La revue « Sciences et avenir » revient aussi sur le prétendu rôle de l’anoxie, les NDE étant peut-être explicables par l’asphyxie progressive du cerveau et la décharge massive de neuromédiateurs, un mécanisme hallucinatoire qui serait reproductible avec certaines drogues. On se reportera, pour la critique de cette théorie (référence au glutamate, aux récepteurs NMDA, analogue physiologique de la kétamine), à l’analyse faite par Jean-Pierre Jourdan, évoquée ci-avant. Il est inutile d’invoquer le rôle du glutamate dans le souvenir à long terme de l’expérience vécue, les témoignages « frais et riches en détails » au bout de nombreuses années pouvant fort bien s’expliquer par le caractère d’« hypervigilance » caractérisant l’état de conscience spécifique de la sortie hors du corps.

Selon Jean-Pol Tassin, la similitude dans les récits « ne signifie pas la similitude des états physiologiques ». Il déclare que le cerveau continue à fonctionner normalement dans des états modifiés de conscience comme l’hypnose ou la transe, alors qu’une EMI survient quand le cerveau est en train de mourir. Une telle analyse est cependant incorrecte car, contrairement à ce qu’il s’imagine, une NDE n’est pas produite par une libération de neuromédiateurs. On retrouve, là encore, l’ignorance de la faculté de sortie hors du corps, celle-ci pouvant se produire à la faveur de nombreuses circonstances, à l’approche de la mort, certes, mais aussi, par exemple, par un acte de volonté. Comme ses collègues scientistes, ce scientifique ignore manifestement les données de la parapsychologie (ou veut ignorer celles-ci) et la littérature spécialisée sur la décorporation.

Les récits obtenus dans des conditions variées (NDE ou non) présentent des caractéristiques identiques témoignant de la nature identique du phénomène. Cette identité de nature constitue la meilleure preuve de l’absence d’implication des neuromédiateurs, de l’anoxie, etc., dans les NDE, ces divers éléments étant absents lors des sorties hors du corps réalisées dans un contexte excluant toute approche de la mort. Si les phénomènes physiologiques et neurologiques, censés être à l’origine d’un phénomène, sont absents dans des récits comparables survenant en l’absence de ces éléments, cela prouve une chose : les explications « rationnelles » données ne sont pas valables !

 

Notons que Karl Jansen, un spécialiste de la kétamine, s’est en quelque sorte « converti » en 1997 :

« Je ne suis plus opposé aux explications spirituelles concernant les EMI. Après douze ans d’étude, je suis à présent convaincu que la kétamine, comme d’autres drogues, ouvre des portes vers un endroit auquel nous ne pouvons normalement accéder. Il existe une âme indépendante de l’expérience. »

Il existe, évidemment, de farouches irréductibles, comme la psychologue Susan Blackmore qui déclare ne plus s’intéresser aux NDE car, dit-elle de façon tout à fait inexacte, « nous savons en détail comment toutes les étapes de l’EMI peuvent être produites par un cerveau en état de stress », rien, dans ces expériences, ne suggérant, prétend-elle, « qu’autre chose se déroule ». Comment peut-on continuer à tenir de tels propos ? Il est vrai que Susan Blackmore est une sorte de « zététicienne » britannique, une curieuse « parapsychologue » qui ne croit pas aux phénomènes qu’elle étudie… Les explications qu’elle invoque sont les suivantes : informations captées par les sens encore en éveil, connaissances préalables, rêves ou fantasmes, déductions a posteriori, travail sélectif de la mémoire échafaudant une histoire cohérente en ne sélectionnant que les détails qui font sens… On est surpris de constater qu’une prétendue spécialiste (du réductionnisme) des NDE puisse avoir la prétention de rendre compte du phénomène par ces ridicules interprétations psychologiques. Je renvoie le lecteur ou la lectrice à l’analyse, faite plus haut, des diverses explications de type psychologique, analyse qui montre l’inanité totale de ce genre de propos. Il n’y a pas, par exemple, d’élaboration d’une histoire cohérente par la sélection de détails spécifiques, l’extraordinaire similitude des témoignages rendant cette interprétation tout à fait invraisemblable. Nous avons vu aussi que les sujets savaient très bien faire la différence entre leur expérience et un rêve (ou un fantasme)…

Le cardiologue Michael Sabom a recueilli le témoignage de Pam Reynolds, une Américaine qui fut opérée d’un anévrisme cérébral. L’EMI de celle-ci, précise-t-il, n’a pas pu être déclenchée par l’activité électrique incohérente d’un cerveau à l’agonie « car les ondes cérébrales étaient plates et le tronc cérébral inactif au moment précis de l’expérience ». Jean-Pol Tassin conteste cette conclusion (difficile de s’avouer battu !) en prétextant que l’EMI a peut-être eu lieu au moment de l’anoxie ou lors de la récupération du cerveau. Mais, comme nous l’avons vu, l’anoxie, par exemple, n’explique pas les NDE. Rappelons encore que la décorporation se produit en dehors de tout contexte « mortel », en l’absence par exemple d’anoxie. En fait, le tort d’individus comme Jean-Pol Tassin c’est d’ignorer les données de la littérature ésotérique et médiumnique qui montrent que les récits de sortie hors du corps, avec la plupart des éléments caractéristiques des NDE, se retrouvent en d’autres circonstances que l’approche de la mort, similitude parfaitement compatible avec la conception d’un « corps » ou « véhicule de conscience » pouvant se dissocier de son enveloppe corporelle à la faveur de divers états modifiés de conscience, dont l’approche de la mort ne constitue qu’un exemple.

Un autre exemple d’interprétation réductionniste des NDE est celui de Detlef Linke, dont un article est paru dans le n° 3 (septembre-novembre 2003) de « Cerveau et psycho ». Ce professeur de neurophysiologie clinique et de rééducation neurochirurgicale à l’Université de Bonn a aussi la prétention d’expliquer les NDE par des mécanismes cérébraux naturels « de mieux en mieux compris » (sic). Il semble, écrit-il, que le cerveau en détresse « utilise comme ultime stratégie de défense des mécanismes particuliers qui prennent le dessus sur le fonctionnement normal ». Toutes les perceptions liées aux NDE seraient ainsi vraisemblablement produites par le cerveau, des mécanismes habituels du système nerveux se cachant très probablement derrière ces phénomènes. Il récuse l’idée que ce type d’expérience soit une preuve de l’existence de Dieu ou d’une vie éternelle. Ce n’est certes pas une preuve, mais, contrairement à ce qu’il pense, cela constitue néanmoins un indice fort de ces deux points ! L’idée que Detlef Linke défend, selon laquelle il s’agit là de « réactions exceptionnelles » du cerveau engendrées par la mort, fait appel aux mêmes ingrédients que j’ai déjà critiqués :

– La thèse de Karl Jansen :

• L’activation anormale des récepteurs NMDA à la suite d’une baisse d’oxygène dans le sang de personnes en train de mourir, l’intervention des récepteurs NMDA justifiant l’activation d’innombrables perceptions et souvenirs dans un laps de temps très court.

 

• La libération, par ces récepteurs NMDA, de substances opioïdes dans l’organisme (des molécules proches de la morphine), lesquelles peuvent calmer la douleur. Ces récepteurs pourraient alors participer à l’apparition des sentiments de paix, de joie et de bonheur mentionnés dans les récits des témoins.

• La référence à la kétamine, ce composé produisant un sentiment de fusion avec le monde, ce qui correspondrait au vécu des rescapés, avec le sentiment de disparition des barrières physiques entre eux et le monde environnant.

– L’explication de la lumière perçue par une irrigation réduite du cerveau et des yeux.

– L’explication de la sensation de décorporation par l’anoxie.

J’ai déjà critiqué ces explications réductionnistes, et il est donc inutile d’y revenir. Par exemple, la lumière n’a strictement rien à voir avec un « trouble visuel » mais est en relation avec la lumière inhérente au Plan astral ou Univers « super-lumineux ».

La décorporation n’est pas corrélée avec l’anoxie, mais au processus de détachement de l’âme et du corps au moment de la mort imminente. Tout au plus, dans le cas des NDE – l’anoxie étant par ailleurs absente dans les cas de décorporation hors « contexte mortel » –, l’anoxie constitue-t-elle un facteur déclencheur de la libération de la conscience (le « corps subtil ») de son enveloppe corporelle, les visions et perceptions associées n’ayant par contre aucune teneur hallucinatoire. Quant aux récepteurs NMDA et à la kétamine, reportez-vous à la critique qui a été faite plus haut.

Detlef Linke écrit que l’anoxie ne suffit pas, dans bien des cas, à déclencher une EMI. Cette dernière ne surviendrait « que si la personne peut formuler consciemment, dans son for intérieur : ‘Je meurs maintenant.’ ». Il ne s’agit là, en fait, que d’une déclaration tout à fait discutable, cette prétendue formulation intérieure n’ayant strictement rien à voir avec le déclenchement du processus, lequel est simplement associé à la séparation de la conscience et du corps au moment de la « mort » imminente.

On notera que la seule référence bibliographique de l’article de Detlef Linke est l’étude de Pim van Lhommel (orthographié ailleurs Lommel), étude parue en 2001 dans « Lancet ». Or, cette étude va à l’encontre de l’interprétation matérialiste réductionniste des NDE ! En outre, nous avons vu que Karl Jansen (qui a élaboré une théorie faisant intervenir notamment la kétamine) n’était plus opposé aux explications spirituelles des NDE.

La philosophe Elisabeth Pacherie (chargée de recherche au CNRS) écrit dans le même numéro de « Cerveau et psycho » que Detlef Linke montre, dans son article, que les constantes positives caractérisant l’expérience de la mort imminente – sensation de légèreté, de paix et de bonheur, vague de sentiments extrêmement plaisants – « ne surviennent qu’après que l’individu, confronté à sa mort prochaine, a abandonné la lutte et renoncé à tout espoir ». Ceci est faux car les sentiments positifs évoqués sont simplement l’expression de l’état de conscience inhérent à la libération de l’enveloppe corporelle, c’est-à-dire du passage de la conscience cérébrale à la conscience « astrale » ou « super-lumineuse »… Et, bien sûr, il n’y a point de « mécanismes cérébraux qui rendent compte de l’expérience de mort imminente »… Cette même (piètre) philosophe évoque le « goût du merveilleux et du surnaturel » pour caractériser les tenants de l’explication spiritualiste. Nous avons toujours, ici, la même attitude condescendante des scientistes (qu’ils soient scientifiques ou philosophes) qui prennent pour des « idiots » ceux qui, en quelque sorte, ne font pas allégeance à leur conception matérialiste et athée de la réalité. Mais, en fait, les explications données n’ont qu’un caractère pseudo scientifique.

Detlef Linke, qui mentionne Olaf Blanke, écrit que des expériences de décorporation peuvent être déclenchées artificiellement, ce qui permet de déduire que celles-ci résultent d’un mode de fonctionnement particulier du cerveau, une autre assertion avec laquelle je ne suis pas du tout d’accord. Il est nécessaire d’évoquer ici ce dernier point.

Lisez la huitième partie de cet article
 
 



yogaesoteric


17 octobre 2019

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